‹ Correspondance du comte J. Capodistrias, président de la Grèce ..., Volume 3Chapitre 3 sur 65 · AU GOUVERNEUR CIVIL DE CORINTHS · texte numérisé non relu

AU GOUVERNEUR CIVIL DE CORINTHS

assez Tesprit de parti qui domine encore dans toute sa force les grands comme les petits intérêts de la province que vous administrez. H faut dompter ou du moins neutraliser cet esprit, et procurer ainsi aux citoyens la possibilité de jouir enfin, et peut-être pour la première fois, du droit de sufi&age.

Les mouvements dont vous parlez dans votre dernier rapport, n'ont pas seulement pour but la querelle entre HH. Notaras et la province, mais aussi les mesures préparatoires que chaque parti tache de prendre, à Tefifet de s'assurer une prépondérance dans l'élection des plénipotentiaires. Ce qu'on tente de faire à Corinthe, on l'essaie plus ou moins sourdeoiient partout. Comme on ne peut pas créer des plénipotentiaires sur des blancsseings r^nplis de signatures , on tache de les faire élire par ce qu*on appelle des hommes sûrs, ou en d'autres termes par les hommes de la maison. Il est du devoir du gouvernement d'être attentif à toutes ces menées; il doit en prendre note^ et faire tout ce qui peut dépendre de lui pour en prévenir les conséquences funestes. Si les fonctionnaires publics partagent de bonne foi ses intentions, s'ils joignent leurs eflPorts aux siens, le peuple sera préservé des. malheura que peuvent attirer sur lui les desseins coupables, des meneurs. Nous comptons sur vous pour la partie qui vous concerne, et nous aimons à croire que vous justifierez complètement notre attente^

24 d'ÉGINK. — FÉVRIER 1829.

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» . 26 janvier ^^^^

Je réponds à votre lettre du 18 janvier par le même homme qui me Ta apportée. Je joins ici quelques mots pour M. Fe'burier, que je vous prie de lui remettre en mains propres.

Vous recevrez les directions relatives à vos lettres d'office; mais je me réserve de m'expliquer avec vous de vive voix sur plusieurs points dans le courant du mois de février, époque à laquelle j'espère me trouver à Modon.

Je vous recommande en attendant de penser mûrement à la question des démogéronties. Elle n'est pas aussi simple qu'on peut le penser. Le mouvement qu'on se donne pour apporter des changements dans le personnel de cette magistrature, est motivé aujourd'hui principalement par l'esprit de parti qui veut se ménager une influence dans l'élection des plénipotentiaires au congrès nations^l. Ce fait m'est connu et il est incontestable. Je vous en préviens afin que vous en soyez averti à temps. Le gouvernement n'est d'aucun parti. Il doit vouloir la justice ; et elle ne peut se trouver qu'avec le peuple , ou en d'autres termes la grande majorité des citoyens, laquelle ne gagne jamais rien à servir l'esprit

de parti. Tâchez donc dte préserver cette majorité des pièges qu*oii veut lui tendre. Vous la garantirez alors dans la jouissance pleine et entière de ses droits.

La lettre que Votre Excellence m*a fait Thonneur de m' adresser en date du 30 janvier me trouve au moment où je tache de quitter Egine pour me rendre à Modon. J'espère pouvoir m'embarquer dans le courant de la semaine prochaine. Je me rendrai d'abord à Nauplie , où je ne resterai que deux ou trois jours. Si le temps permet une prompte traverse'e , je continuerai mon voyage par mer. Dans le cas contraire je le ferai par la ligne la plus courte, n'importe l'ëtat peu satisfaisant de ma santé.

J'ai eu l'honneur de répondre par ma lettre du 19 (31) janvier à la question relative aux officiers et aux sousofficiers, auxquels Votre Excellence voudrait bien permettre d'accepter du service en Grèce. Je ne me suis pas explique' plus particulièrement sur ce qui concerne les avoines, foins, orges ou autres approvisionnements, parce que j'ai pense que ce bienfait e'tait implicitement compris dans la somme de ceux que la Grèce devra à votre noble sollicitude. MM. Latris et Mavros recevront

26 d'ÉGINE. FÉVRIER 1829.

incessamment Tordre de régler cette affaire avec l'intendant de Tarmee.

Je me flatte, Monsieur le marquis, que dans im court entretien je pourrai aisément vous convaincre de l'importance des secours que vous voulez bien nous donner, non-seulement par rapport au matériel du service militaire de la Grèce, mais aussi sous le rapport non moins vital de Tinsiruction et de l'administration. M. le gênerai Durrieu s'est donne la peine de voir dans le plus grand détail les éléments hétérogènes que huit années de faibles essais d'organisation militaire ont réunis à Nauplie. U vous dira peut-être qu'il y a encore moyen d'utiliser ces éléments, et que ce moyen est en notre pouvoir. U vous appartient donc, Monsieiu* le général, de compléter l'œuvre de bien que vous avez commencée en délivrant le Péloponèse de la présence des Turcs. Je serai heureux d'y contribuer, en m' occupant directement avec Votre Excellence des arrangements relatif à l'organisation des troupes régulières grecques.

É29 janyicr ^^^^ gine, — T7— r- 1829.

^ 10 férner

Les ordres du roi votre auguste souverain rappellent en France les troupes qui , sous le commandement

de Votre Excellence , ont entièrement délivre le Pe'loponèse.

Cette mémorable entreprise a associe désormais votre nom à la restauration de la Grèce , qui le prononcera dans les âges les plus reculés avec Témotion d'une profonde reconnaissance.

Les intentions magnanimes des souverains alliés et les volontés de S. M. T. C. ont été accomplies par Farmée d'expédition avec l'ardeur naturelle aux Français.

La renommée de leurs faits d'armes précédait leurs drapeaux; et elle a suffi pour déterminer à la retraite les musulmans qui ravageaient si cruellement la Morée.

Dans la seule occasion qui se soit offerte à leur valeur, vos jeunes soldats ont rivalisé de zèle et de courage, pour prouver qu'ils étaient dignes de marcher sous les ordres de che& éprouvés dans les combats.

Mais quels que soient leurs nobles regrets, ils ont cueilli sur le sol de la Grèce des lauriers impérissables. Trop souvent les armées signalent leur passage par la dévastation, et quelque brillants que soient leurs exploits, le sillon du cultivateur vient en détruire les traces et en bannir insensiblement la mémoire.

Ici ce sont ces mêmes travaux, fruit de la paix, qui attestent la présence des troupes françaises. Le retour de la peste menaçait encore le Peloponèse de nouvelles calamités. U en est préservé , grâce aux généreux soins de Votre Excellence et à l'infatigable sollicitude do l'armée.

28 d'ÉGINE. — FÉVRIER 1829.

Chaque Grec qui peut ainsi retrouver ses foyers, élever sur leur ruine un abri à sa famille , et rendre à la culture le champ de ses pères, comble de bénédictions Charles X et la France.

Un tel hommage est trop au-dessus de toutes les expressions dont pourrait se servir notre reconnaissance envers Tarmëe et envers son noble chef; c'est aussi le seul que la Grèce puisse lui ofiB^ir dans ce moment. Mais^i FÉtemel bénit ses travaux et ses espérances, et si des villes s'élèvent sous peu là où la misère et des ruines montrent les ravages de la barbarie, la Grèce reconnaissante et représentée par son assemblée nationale, s'em* pressera d'élever à ses libérateurs un monument destiné à rappeler la grandeur des bienfaits dont elle a été l'objet.

Pénétré de ces sentiments, le gouvernement grec se fait un devoir d'en oflfrir le témoignage sincère à Votre Excellence et à l'armée, pai^ l'organe de l'amiral Miaoulis, dont le noble caractère et la valeur reconnue le rendent digne de remplir cette honorable mission.*

* Relponse de M. le général Maison à S, E. le président de la Grèce.

Modon, 11 mars 1829.

J*ai reçu par l'amiral Miaoulis la leUre si remarquable sous tant de rapports , que Votre Excellence m*a fait l'honneur de m'écrire a l'occasion de nôtre rappel en France. Je la ferai connaître aux troupes. Il leur sera bien doux de receTOÎr Tassurance des sentiments que leur

A l'amiral MIAOULIS. 29

-5. . 29 jûDTÎer ^

° 10 féyner

Désirant vous conférer une commission importante pour Modon auprès du général en chef de l'armée fran-

conduite et leur dëroûment justement apprécies ont inspirés à la nation Grecque. Elles seront heureuses surtout d*avoir' honoré leur patrie, en laissant sur cette terre classique de glorieux souyenirs. Ce sera désormais Totre lettre à la main que nous répondrons aux détracteurs de Texpédition de Morée.

Votre Excellence émet le rœu que la Grèce se relerant de ses ruines élère un monument de reconnaissance. Votre éloquente lettre > que l'histoire recueillera, sera elle-même un impérissable monument; nos familles s'en glorifieront, et la transmettront arec orgueil à leurs enfants. Pour moi , dès longtemps déroué à yotre noble cause , qui ai si souyent ressenti yos peines dans les jours de malheur , qui appelai de tous mes yœux l'interyention des Puissances chrétiennes, il ne pouyait rien m'arriyer de plus heureux yers la fin de ma longue carrière, que de me yoir appelé par la confiance du roi a diriger une expédition qui deyait ayoir de Tinlluence sur la régénération d'un peuple célèbre et malheureux. Après ce rare bonheur, il ne me restait plus à désirer que de remplir ma tâche comme yous youlez bien me donner Tassurance qu'elle l'a été, et de justifier ainsi la haute confiance de mon auguste souyerain.

Les Puissances alliées n'abandonneront pas leur œuyre encore impar^ faite. Elles continueront leur protection à la Grèce ; Thonneur leur en fait un deyoir : c'est dire assez qu'il sera rempli.

Puissiez-yous, Monsieur le comte, diriger encore pendant de longues années le mouyement régénérateur de ce peuple, dans lequel, malgré les stigmates du despotisme dont il est encore tout meurtri, on retrouye les traces de la haute intelligence qui le rendit si célèbre dans Tantiquité. Votre tâche est grande; elle ne sera pas au-dessus de yos forces.

Rentré dans la yie priyée et de repos, mes souyenirs me reporteront incfessamraent yers yotre pays. Je yerrai ayec bonheur ses progrès ré-

çaise, je vous ai fait prévenir par le commissariat général de mettre la frégate en état d'appareiller dans le courant de la semaine. Je vous invite en même temps à vous rendre dans ces entrefaites auprès du gouvernement, pour recevoir directement les lettres dont vous serez porteur et vos instructions. Vous ne doutez pas du prix que j'attache à vous donner la mesure de la confiance que vous inspirez au gouvernement , et de la conviction qu'il a que vous la justifierez en ajoutant ainsi de nouveaux titres à son estime.

Egîne, -- février 1829.

Nous apprenons avec bien de la peine que T amiral Miaoulis, servant depuis le commencement de la guerre avec un noble désintéressement sa patrie, et ayant porté pour son service d'énormes sacrifices, n'est plus en état de les continuer sans achever la ruine de sa nombreuse famille. Nous regrettons de n'avoir été informé de ces

pondre à mes espérances; et s*il m'était donné de pouvoir lui être utile , mon empressement prouvera que ce fut et que ce sera toujours un besoin de mon cœur.

Je dois maintenant. Monsieur le comte , vous remercier du choix que vous avez fait de Tamiral Miaoulis pour présenter au roi et à la France Thommage de la reconnaissance de la nation Grecque ; un plus digne organe ne pouvait être donné à vos sentiments.

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