‹ Correspondance du comte J. Capodistrias, président de la Grèce ..., Volume 3Chapitre 42 sur 65 · TOME m · texte numérisé non relu

TOME m

306 d'ÉGINE. SEPTEMBRE 1829.

quelques garanties d'ordre et de repos à ces malheureuses provinces. D'ailleurs je ne vois pas quelle différence ces messieurs font entre les troupes régulières et les Rouméliotes, les unes et les autres étant grecques. Aucun des agents des trois Puissances ne m*a adresse encore un seul mot à ce sujet ^ et ce ne sera certainement pas moi qui leur en parlerai le premier. Je crois donc, mon cher général, que le mouvement de nos troupes doit continuer, d'après Tordre du jour que vous avez publié; et je vous prie d'aller vous-même au camp, ne fût-ce que pour y faire une apparition et y installer M. le colonel Pélion.

Vous verrez qu il en sera de cette menace comme de la fameuse communication du protocole du 22 mars. Quoi qu il en soit , je ne changerai de direction que lorsque ces messieurs m'écriront officiellement, au nom et de la part de leurs cours. A moins d'un acte semblable, ma responsabilité serait compromise aux yeux de ce pays et du monde, et j aime à espérer que nous n'en viendrons pas à cette extrémité.

Parlons d'affaires d'un ordre inférieur.

Nous verrons plus tard ce que nous pourrons faire de M. Souquct, si M. de Saint-Martin ne peut pas s'arranger avec lui. Je suis parfaitement d accord avec vous quant à la convenance de ne pas publier, dans l'état qui concerne la réforme du bataillon d'artillerie, la liste des officiers mis a la suite.

Nous n'avons point de nouvelles de Gonstantinople del>uis les dernières que je vous ai communiquées. Ce retard

A M. FORSTEll. 307

ne s expUcjue que par Tattente oîi l'on est encore de la ratification russe. Espérons toujours que justice sera faite, et tachons de nous placer de manière a ne pas légitimer quelque grande injustice.

P. S. Si ces messieurs étaient autorisés à faire une démarche officielle contre tout mouvement quelconque de nos troupes dans la Grèce continentale, se seraient-ils bornés à vous en écrire confidentiellement? Puisqu'il en est ainsi, continuez votre mouvement. Vous pouvez toujours leur répéter que ce n'est pas à vous qu ils doivent s'adresser, mais au gouvernement grec, duquel dépendent les troupes régulières.

Je n'attends pas la poste de demain pour vous transmettre ces lignes. Je désire vous atteindre a Nauplie, et mon piéton y arrivera demain au soir, à moins que le vent ne le contrarie dans son passage à Épidaure.

La poste vous portera toutes les réponses d'office que je vous dois. Je compte moi-même faire une apparition momentanée à Nauplie, pour inspecter ce que l'on prépare pour la nouvelle administration.

s/ ^/é, <êfboA^^ Kj^a^d/e^, à ^oncÂed,

Egîne, — septembre 1829.

En réponse a la lettre que vous avez bien voulu m'écrire

â08 d'ÉGINE. SEPTEMBRE 1829.

vn date du 22 juillet, je voudrais pouvoir vous en écrire une toul aussi longue, en vous transmettant quelques détails sur nos établissements naissants d'instruction publique. Mais pour le faire convenablement le temps matériel me manque 9 et je dois me borner à vous remercier sincèrement de T intérêt qu'il vous plaît de prendre à cette partie vitale de la régénération de la Grèce. Ce n*est qu'avec le secours de ses généreux amis qu'elle pourra s'accomplir, et parmi ces secours Tenvoi de bons maîtres est sans contredit le plus efficace. Tout ce que vous me dites sur le jeune Piéridi me fait éprouver une bien vive impatience de le voir enfin arrivé sur les lieux, afin de pouvoir utiliser les connaissances et les bons principes qu il a puisés à votre école»

Il me sera également agréable d'employer le jeune Lampros, dont vous m'annoncez le départ prochain d'Angleterre. L'un et l'autre trouveront facilement leur place, soit en dirigeant chacun une école d'enseignement mutuel dans les provinces, soit en donnant des leçons dans celle que l'on va construire a Égine, et qui servira d'école normale. Dans tous les cas ils mettront eut-mémes en œuvre les matériaux dont votre générosité les a munis, et pour lesquels je vous exprime ici ma reconnaissance.

L'orphanotrophe que j'ai pu fonder ici, grâce à la munificence de quelques bienfaiteurs de la Grèce, renferme déjà près de 500 élèves.

L'exemple donné par le gouvernement n'a pas été perdu. Dans tout l'état, parmi toutes les classes, le besoin de s'in-

A M. RIIIKO. 301)

struire est vivement ressenti, et V ignorance est désormais considérée comme incompatible avec Taccomplissemenlt des devoirs que Dieu impose à T homme libre et chrétien. Que le Seigneur dans sa toute-puissance daigne bénir nos efforts, et nous aurons semé dans un terrain fertile, où Tarbre du bien prendra racine et portera d'heureux fruits. S'il m est donné de goûter un jour quelques consolations en poursuivant la tâche a laquelle je me suis voué, je les trouverai uniquement dans la conviction de n'avoir rien négligé pour faire avancer ce peuple, autant que mes faibles moyens peuvent me le permettre, vers son perfectionnement intellectuel et moral.

tjgine, — j septembre 182ôw

Je réponds à vos rapports sous les numéros 22 et 23., et je vous remercie des détails qu'ils renferment.

Je partage entièrement votre opinion quant aux moyens de faire cesser graduellement les habitudes musulmanes qui existent encore dans le pays. Les hommes qui, à raison de leur fortune et de la place que leurs Êimilles ont occupée, se croient toujours au premier rang, ne se persuadent pas aisément d'y rester aux conditions seules qui sont compatibles avec une existence civile réglée par les lois. Ils

310 DÉGIINE. SEPTEMBRE 1829.

voudraient exercer Tinfluence de leurs pères, c'est-à-dire une influence oppressive pour lous les citoyens qui ne sont pas leurs clients; ils voudraient s'enrichir au moyen de cette influence; ils voudraient en un mol ce qui est désormais impossible, h moins qu'un vizir ne redevienne le martre du Péloponèse.

Cependant le gouvernement ne peut pas punir ces primats de leurs prétentions; il n a qu a s'y prendre de manière à ce qu'ils soient forcés d'y renoncer pour toujours ; et c'est à ce grand but que tendent mes efforts, depuis que j'ai la direction des affaires de ce pays. De grandes difficultés s'y sont opposées et s'y opposent toujours. Les plus grandes de toutes ce sont les habitudes du peuple, et plus encore son ignorance et sa pauvreté.

Les écoles d'enseignement mutuel et quelques arpents de terre nationale donnés en toute propriété aux communes, prépareront les éléments de la véritable organisation sociale de la Grèce. Jusque-là il faut se contenter d'empêcher que les anciens abus ne poussent de nouvelles racines; et le moyen le plus sûr, comme vous l'indiquez avec infiniment de justesse, c'est celui de la plus stricte et de la plus sévère impartialité, aussi bien à l'égard des individus amis du gouvernement, que de ceux qui se rangent du côté opposé. Je n'ignore pas le jeu des uns et des autres, et soyez bien assuré que je tache de ne pas être leur dupe.

Je vous fais part de ma pensée tout entière, pour vous donner la mesure du prix que j'attache aux observations que vous m'avez adressées sur ce grand intérêt. Je vous

A M. RAIKO. 311.

prie, Monsieur, de ne pas les considérer comme incompatibles avec les devoirs dont vous avez bien voulu vous. charger. Vous êtes étranger, et dans votre position vous, inspirez une juste confiance aux habitants du pays. Ils ne doutent pas de celle que place en vous le gouvernement; vous pouvez donc m' éclairer souvent sur des faits dont la connaissance incomplète peut m' induire en erreur et me faire dévier involontairement de la route que je m'efforce de suivre.

Les explications que vous voulez bien me donner sur lincident qui a motive les plaintes du capitaine Criézis, me prouvent une fois que ce digne homme n avait a se plaindre que de sa mauvaise humeur. Je vous sais gré des égards que vous avez eus pour lui , en allant au-devant du désir que mon frère vous a témoigné.

Les translocations ne vous enlèveront pas la cavalerie. Je vous engage à me faire part de votre projetde remonte; tâchez seulement de la faire graduellement. Nous sommes toujours dans l'attente de nouvelles décisives de Conslantinople. Je crois qu'elles tardent, parce qu'on attend probablement les ratifications de Saint-Pétersbourg. Le général Diébitch a écrit h l'amiral comte Heyden que la paix a été signée le 2 (14), et que le sultan a accepté le protocole du 22 mars pour les affaires de la Grèce. Tant que nous ne connaîtrons pas les termes dans lesquels cette acceptation est exprimée, nous ne pourrons nous former une idée claire du sort qui nous est réservé. Espérons-le conforme à nos vœujc et a la justice.

312 d/ÉGINK. ; OCTOBRE 182ft,

^ . 22 septembre,

Egine, — — î—T 1829.

" 4 octobre

Vous aures^ Ueu d'être satisfait du suffrage du gouvernement. Les lettres d'office vous en apportent l'expression, et je suis bien aise de vous la re'ite'rer par ces lignes.

Je n'ai qu'une recommandation à vous faire, c'est de modérer Iç^ dépenses ; sans cela nous serons obliges de faire banqueroute^ Alors personne ne sera paye', et le de'sordre s'ensuivra immanquablement.

Les députes de Megare sont ici, et demandent de l'argent. Quoique votre plan soit bien calcule , toutefois il me répugne de leur donner en espèces les sommes dont il s'agit. Où achèteront-ils les bœufs? Si c'est en Asie , iljs seront infecte's de la maladie qui a fait périr le bétail dans différentes provinces du Péloponèse; si c'est eu Roumélie , comment feront-ils ? C'est sur ces questions qu'on va les interroger. D'ailleurs nous sommes si à l'étroit quant aux fonds en caisse, que & ou 10,000 talaris nous laissent un déficit énorme. Dieu néanmoins nous aidera; mais nous devons aussi nous aider nous^ mêmes , et faire la plus, stricte et la plus sévère économie^

Je ne doute pas du zèle avec lequel vous tacherez

Page 1