A M. CORAY
On a beau désirer d'organiser l'instruction publique aussi promptement que les besoins l'exigent , il est impossible d'y réussir. Pour établir une école, il faut avant tout une maison. Or à mon arrivée ici je n'ai trouvé que des chaumières, à peine suffisantes pour offrir un abri à des milliers de familles affamées. Depuis le mois de janvier de cette année, il y a à Lgine Torphanotrophe, qui renferme environ 500 enfants, et à côté de cet établissement une école normale qui commence déjà ses travaux, Beaucoup d'écoles d*enseignement piutuel sont déjà instituées, et environ 6,000 enfants pauvres sont déjà en état de lire, d'écrire et de chiffrer. Du moment que j'aurai de quoi bâtir des maisons pour faire d'autres écoles normales, je le ferai. C'est dans ce moment que je m'occupe à recueillir les fonds qui sont nécessaires à cet effet. Je vous donne tous ces détails. j>our vous prouver qu'il se fait quelque bien, mais pas. autant que je le voudrais et que vous le voulez.
Soyez assuré que les livres que vous nous enverrez dorénavant n'auront pas le sort des envois c{ue vous avez faits en 1826 et 1827^ Tachez donc de nous en expédier iine bonne provision, et pour cela permettez-moi de vous envoyer la s.on^me de 2,000 francs, non comme le paiement des livres que vous nous avez envoyés, mais comme un à-compte de tout ce que la nation vous doit.
La gazette grecque énumèrera les donateurs dont fait iaention voti'e lettre, pour les encourager à continuer ^eurs, bienfaits.
332 d'eGINK. — OCTOBRE 1829.
Je partage votre opinion , quant à la nécessite de recueillir en Grèce tous les jeunes Hellènes qui se démoralisent en Europe sous pre'texte de s'y instruire. Mais pour les recueillir ici, il faut encore qu'il y aitdese'tablissements pour les placer; et ainsi que je vous l'ai dit, nous n'en sommes pas encore là.
Quant à l'héritage de M. Macris, veuillez prendre une décision avec M. Photilas, et si vous pouvez nous envoyer les fonds que ce brave homme a destinés à l'instruction publique, nous en ferons bon usage.
ËgiDe, --- octobre 1829.
Nous chargeons M. Méiaxas pour la Grèce orientale, et M. Mavromatis pour la Grèce occidentale , de présider la commission que notre lieutenant plénipotentiaire va nommer pour payer le cinquième trimestre à l'armée, et pour procéder à sa réorganisation.
La copie ci-jointe des directions que nous avons données à notre lieutenant plénipotentiaire vous indiquera les grands intérêts qui vous sont confiés.
Il s'agit de faire justice aux soldats et en même temps au pays. Vous aurez soin de prendre en considération toutes les réclamations qui vous seront adressées par
AU STRATARQUE TPSILANTIS. 333
les habitants des provinces, où les soldats se sont permis de porter atteinte au droit de proprie'të. La commission en jugera sous votre pre'sidence , et c'est sur la solde du trimestre que seront prises les indemnités.
En ce qui concerne la nouvelle organisation et tout ce qui peut y avoir rapport, vous voudrez bien prendre toutes les informations que notre lieutenant est chargé de vous donner.
J'aime à espérer. Messieurs, que vous répondrez en cette occasion à Tattente du gouvernement, et que vous rendrez ainsi un nouveau service à votre patrie.
Nanplie, — octobre 1829.
Je viens de recevoir vos rapports en date du 5 et du 6 du courant. Les témoignages de satisfaction et d'estime que les Turcs vous ont donnés, me font éprouver beaucoup de plaisir, et je vous en félicite. J'en dis de même des informations qui vous arrivent de l'île d'Eubée.
En ce qui concerne la nouvelle organisation de l'armée, j'ai déjà donné des instructions nu lieutenant plénipotentiaire, et M. Métaxas doit se rendre à Eleusis, où je pense que vous vous rendrez aussi avec Tarmée, pour que le cinquième trimestre lui soit payé, et qu'on pro-
cède alors à la nouvelle organisation. Si vous de'sirez vous entretenir avec moi, je vous écouterai toujours avec intérêt; mais je doute qu il me soit possible de revenir sur le plan qui est déjà arrêté, et qui n'a été arrêté qu'à la suite des explications que vous avez données au lieutenant plénipotentiaire* Je suis loin d'être satisfait du plan qu'il s'agit de mettre à exécution, parce que selon mon opinion il y aura plus de soldats qu'il n'en existe de véritables, et parce que Ton continuera à donner leur traitement à beaucoup d'officiers supérieurs et subalternes, qu'on pourrait en pleine conscience renvoyer dans leurs foyers. Quoi qu'il en soit, il se peut qu'on mitigé en quelque sorte les abus et les scandales, et qu'on parvienne à organiser l'armée, de manière à pouvoir la faire exister honorablement et à l'employer. Après vous avoir donné cette explication, je vous laisse la pleine liberté de venir me rejoindre, en prenant d'avance toutes les mesures qui seront nécessaires pour que le paiement et la réorganisation de l'armée ne souffrent aucun retard.
Le secrétaire d'état a reçu l'ordre de vous transmettre l'extrait de plusieurs rapports qui sont adressés au gouvernement, sur la situation déplorable où se trouvent les provinces de la Grèce orientale, par une suite nécessaire des fausses mesures qu'ont prises le commissariat et le commandement de l'armée , et par une suite aussi de la licence effrénée à laquelle les soldats et leurs chefs se livrent impitoyablement. Je fais adresser les mêmes
AU BARON DE ROtEN. 335
t'ommunications à M. Métaxas, et je vous engage à vous concerter avec lui, ainsi qu'avec le commissaire exti'aordinaire de la Grèce orientale, afin d'empêcher la continuation de désordres semblables et d'en prévenir le retour.
J'ai inspecté moi-même la malheureuse province de Mégare. Elle ne respire que depuis que le général Trézel avec les troupes régulières y est campé. Je me suis entretenu moi-même avec les habitants du pays, et il ne m'est pfus permis de douter de la vérité des faits. Je vous engage donc encore une fois à faire une attention toute particulière à cette branche si importante du service public. Si nous délivrons les provinces pour les dévaster nous-mêmes, nous nous rendons responsables devant Dieu et devant les hommes; et il est bon d'observer qu'un grand nombre d'étrangers veillent avec beaucoup de soin sur cet état de choses et sur notre responsabilité. Je crois inutile de vous en dire davantage.
Naiiplie, — octobre 1829.
Vous n'ignorez pas avec quelle impatience le gouvernement attendait la communication que vous avez bien voulu lui faire en date du 17 du courant.
336 DE NAUPLie. OCTOBRE 1829.
Vous connaissez aussi les moti& qui le portaient à compter avec une entière confiance sur le subside que vous aviez annonce dès votre arrivée en Grèce. Il va recevoir les 500,000 francs que vous êtes autorise' à mettre à sa disposition , avec des sentiments de reconnaissance qu'il ne saurait assez vous exprimer.
Si, comme nous avons eu Thonneur de vous Te'noncer plus d'une fois, ce subside nous avait ëtë remis au mois de juillet, la plus grande partie en aurait ëtë dès lors distribuée aux différentes provinces qui, à pause de la prësence des Turcs et du dësordre qui en ëtë la suite, sont privëes de bëtail, de semences, n'ont pas même de chaumières , et sont en un mot hors d'ëtat de se suflire à elles-mêmes.
Le gouvernement a fait tout ce qui dëpendait de lui pour leur donner quelques secours. Mëgare et la Livadie en ont reçu; mais il n'a pu rien faire en faveur de la Grèce occidentale, qui est dans la plus grande dëtresse. Les avances faites ont ëtë prises sur les fonds destines à d'autres objets de première nécessite, tels que la construction de quelques abris pour les fonctionnaires publics et pour les ëlèves des ëcoles d'enseignement mutuel.
Les nouveaux 500,000 francs que la Grèce va devoir à la munificence du roi, votre auguste souverain, seront donc ëpuisës en peu de temps , soit pour couvrir le déficit qui existe dans là caisse publique par les dëpenses mentionnées ci-dessus, soit pour préserver des horreui'S
de la famine les provinces de la Grèce continentale. Nous les garantirons de ce nouveau désastre, en prêtant aux habitants de ces provinces les moyens d'acheter des bœufe, des bétes de somme et des semences.
Nous attachons le plus grand prix à vous mettre à même, Monsieur le baron, d'oflFrir au ministère de S. M. la connaissance positive de l'emploi que fera le gouvernement des nouveaux bienfaits de la France , et nous nous empresserons de vous communiquer, aussitôt que nous le pourrons, un état où seront indiquées avec détail les dépenses auxquelles les 600,000 francs seront affectés.
Indépendamment du compte rendu au congrès d'Argos, le gouvernement pourrait encore en faire autant pour les 3,000,000 qu'il a reçus Tannée dernière; mais il ne se dissimule pas que les résultats de ces subsides ne sont pas proportionnés aux sacrifices qu'ils ont coûtés, ce qui provient seulement de ce qu'ils étaient éventuels. Il en eût été autrement , s'ils avaient été assurés pour un temps déterminé, et remis à des époques fixes. La caisse publique forte de ce crédit aurait pu régler ses dépenses, de manière à placer la réorganisation du pays sur une base stable, et par conséquent il eût effectué des améliorations progressives.
Pénétré entièrement de cette conviction , le gouvernement n'a cessé de solliciter, comme il le sollicite encore, l'accomplissement des vœux qu'il a exprimés l'année dernière aux cours alliées, relativement h, un
emprunt de 60,000,000 de francs, que la Grèce contracterait sous leur garantie.
Nous nous dispensons de développer ici les moti& qui nous portent à considérer cette mesure comme la seule dont Texëcution puisse donner des résultats réels et permanents, tant à la restauration de la Grèce, quà Taccomplissement des vues bienfaisantes de ses protecteurs.
Nous nous sommes entretenus avec vous. Monsieur le baron, sur ce sujet; et nous aimons à espe'rer qu'en rendant compte au ministère du roi des observations que nous vous avons communiquées, vous lui ferez partager notre conviction et la vôtre. Alors la continuation des secours que vous nous faites espérer par votre office du 17 octobre, consisterait dans la garantie de l'emprunt, et dans quelques avances que le trésor français nous ferait, sauf à se rembourser sur les fonds provenant de l'emprunt.
Nauplie^ — ■ octobre 18Î9.
Permettez-moi, Monsieur le baron, de résumer ici les observations que j'ai eu l'honneur de vous faire dans notre dernier entretien sur les subsides, sur les arrérages, sur la garantie d'un emprunt, enfin sur les avances
que je ne cesserai de solliciter, au risque de passer pour importun.
J'ai ose' avancer dans ma lettre d'office que tous les bienfaits dont la Grèce a été' Tobjet, auraient e'te' beaucoup plus fe'conds en résultats heureux et pour le présent et pour l'avenir, si les secours n'avaient pas été éventuels. Pour se pénétrer de cette vérité, on n'a qu'à jeter un coup d'oeil sur l'état actuel de ce pays. On se convaincra que ses besoins en tout genre sont aussi nombreux que pressants; on verra que dans l'ordre matériel tout est à faire, à commencer par la chaumière; et l'on reconnaîtra probablement que dans l'ordre moral aucune amélioration essentielle n'est possible qu'au moyen du travail. En partant de ces faits et du point de vue sous lequel je les envisage, il me parait incontestable que tout secours qui ne porte pas en lui-même la garantie de sa durée ne peut offirir au gouvernement les moyens d'asseoir sur une base solide la restauration graduelle de la Grèce.
Pour ne pas vous fatiguer. Monsieur le baron, par des détails infinis , je m'arrêterai seulement à ceux qui concernent l'organisation des troupes régulières. Le roi dans sa munificence nous accorde depuis le mois d'avril 100,000 francs par mois, pour l'organisation et l'entretien de ces troupes. Une caisse militaire a été instituée adhoc^ afin que ce subside soit exclusivement consacré à ce service. Nous avons environ 3,000 hommes, dans les trois armes de l'infanterie, de l'artillerie et de la cava-
ierie; mais il faut en même temps pourvoir à la construction de casernes et d'hôpitaux, et au mateViel nécessaire dans les forteresses. Dès lors les 100,000 francs suffisent à peine à Tentretien de ce faible corps ; et si le gouvernement, comme il le de'sire, pouvait les porter à 6 ou à 8,000 hommes (ce qui le contraindrait à épuiser d'autres ressources), par quels moyens pourrait-il les soutenir, quand il ignore d'une part pour combien de temps les 100,000 francs par mois lui seront accordes, et que de l'autre il n'a point où prendre les fonds supplémentaires dont il faudrait qu'il pût disposer pour cet accroissement d'organisation i*
Ici se pre'sente naturellement la question relative aux troupes irrégulières. Celles-ci ont absorbé sans doute des sommes très-considérables; mais si l'on pense que le gouvernement doit au moins du pain à des hommes qui défendent leur sol natal, dans l'espoir de ne plus le quitter, mais sans cependant en avoir la certitude; si l'on considère qu'en livrant au désespoir cette population en armes, la Grèce continentale et peut-êti*e même le Péloponèse en seraient les victimes, on conviendra que ces sacrifices étaient nécessaires, et qu'ils ne cesseront à% l'être, tant que le sort de la Grèce ne sera pas définitivement arrêté, et tant que le gouvernement n'aura pas assez de ressources pour attirer une partie des Rouméliotes dans les rangs des troupes régulières, et pour fournir aux autres les moyens de cultiver leurs champs.
AU BARON DE ROUEN. 34 i
Le gouvernement n'a cesse de faire des efforts, afin de parvenir à obtenir deux résultats qui promettaient de si heureuses conséquences. Aussi dans ses communications avec M. le maréchal Maison a-t-il demandé, kcompte sur les subsides arriérés, des draps et d'autres, objets d'équipement. Quoique M. le maréchal m'ait fait rhonneur de m'annoncer, dans le courant du mois de juillet, qu*un envoi de draps nous serait fait, cependant depuis lors je manque entièrement d'informations, tant sur cet objet important que sur ce qui concerne les subsides arriérés, et les déductions qui en seront faites pour les fournitures que le corps régulier grec doit à l'armée d'expédition. Vous mettriez. Monsieur le baron, le comble à votre obligeance, si vous vouliez me procurer des notions positives sur tous ces points.
Les observations que je viens d'avoir l'honneur de vous faire démontrent, ce me semble, d'une manière assez évidente l'urgente nécessité de procurer à- U Grèce un crédit financier qui lui assure les moyens d'organiser sa marine et son armée, et de payer les indemr nités qui seront à sa charge, afin de se libérer de la dette extérieure, qui pourrait tôt ou tard lui enlever la plus grande partie de ses terres^
J'ai mis il y a un an sous les yeux des cours alliées un mémoire, par lequel je sollicitais leur garantie pour un emprunt de 60,000,000. M. le comte Bulgari m'a annoncé officiellement que S. M. l'empereur de Russie daignait accueillir favorablement cette demande. M. le ma-
réclial Maison après son retour en France a bren vouhi plus d'une fois m'assurer que S. M. T. C. s'associerait à cet acte de bienfaisance, et que l'Angleterre, sans y prendre part, n'y mettrait aucun obstacle. Monsieur le maréchal, par une suite de Tinte'rêt bienveillant dont il honore la Grèce , m'a même engage à accélérer Tenvot d'instructions à M. Eynard, que je destinais provisoirement à être le fonde de pouvoirs du gouvernement grec. Les insti'uctions et les pleins pouvoirs ont été en effet expédiés dans le courant du mois d'août, et depuis lors, je n'ai reçu aucune nouvelle sur cette affaire. Je n'hésite pas, Monsieur le baron, à vous prier de me procurer sur cela les renseignements les plus prompts et les plus précis.
J'oserai demander encore davantage. Dans l'espoir que cette demande sera décidée favorablement à la Grèce , le trésor français ne pourrait-il pas mettre à notre disposition, avant la fin de l'année courante , 1,000,000 et demi de francs , soit à titre de subsides , soit à titre d'avances, dont il se rembourserait sur le produit de l'emprunt? A moins d'un secours semblable, il serait impossible, je ne dirai pas, que j'avançasse l'organisation intérieure du pays, mais qu'elle ne rétrogradât point vers le désordre et toutes ses conséquences.
Je ne doute pas. Monsieur le baron , de vos bons offices auprès de M. le prince de Polignac. Le nouveau ministère consolidera l'œuvre qui a été si heureusement commencée. Les intentions magnanimes et bienfaisantes
du roi seront accomplies, et la Grèce restaurée pourra enfin s'acquitter de la dette de reconnaissance , que lui ont imposée les nombreux et généreux sacrifices que la France a multipliés en sa faveur.
Je TOUS fais mes excuses de la longueur de cette letti^e*
Nauplie> -- octobre 1S29.
L'admmrstration intérieure de l'état est confiée dans ce moment aux commissaires extraordinaires , aux gouverneurs provisoires et aux démogéronties. Celles-ci devront redoubler de zèle pour contribuer à la prompte exécution des mesures, par lesquelles le gouvernement a'efforce de hâter la restauration des, provinces. Cette coopération lui est aujourd'hui plus indispensable que jamais, à raison des nombreux travaux qu'il faut achever, pour remplir les vues qui ont dicté le troisième décret, rendu par le congrès A'Argos en date du 26 juillet.
L'article 9 du second décret dé ce même congrès autorise le gouvernement à modifier les règlements qui concernent l'administration intérieure de l'état, toutes les fois que l'expérience lui en aura démontré la nécessité. Or nous en appelons, Messieurs, à votre propre témoignage. Vous êtes sans doute convaincus comme nous.
341 DE NAUPLIE. -p— OCTOBRE 1829.
qu'il est de la plus grande urgence de réorganiser les demogeronties.
Cette magistrature a exerce de tout ten^^s ses fonctions, sans recevoir aucun traitement fixe et régulier; maisi il n^eat notoire cpi*elle ne donnait pas gratuitement ses soins aux provinces. Les usages qui rendaient possibles et justifiaient le mode de rétribution qui avait lieu sont heureusement tonibés en de'suétude, et depuis Tin- (tallation du gouvernement actuel les dëmogërontes sont lés seuls fonctionnaires publics qui donnent leur temps et leurs soins à l'administration intérieur des départements , sans recevoir d'indemnités. H résulte, de là que cette magistrature aurait résigné partout ses fonctions, si les égards qu'elle a pour le gouvernement, ainsi que Tespoir d'une réforme., ne l'avaient encour ragée à les continuer encoi^e.
Le but à atteindre dan&la réforme désirée consisterait en un traitement assuré sur des revenus, autres que ceux qui constituent les. ressources actuelles de l'état. Il est de toute justice et de toute nécessité que les £Dnds destir nés à ce service, comme à tous ceux qui concernent l'adr-. ministration intérieure des provinces^ soient le produit de ressources locales. Chaque département et chaque province peuvent en avoir de spéciales; et il appartient au sénat de s'occuper sans retard des rapports que les commissaires extraordinaires et les gouverneurs provisoires nous ont faits à ce sujet. Le secrétaire d'état est çhaj'gé, Messieurs,, de les mettre sous vos yeux.
Il VOUS communiquera en même temps les documents relatif aux frais d'administration locale, qui sont aujoui*d*hui à la charge du tre'sor. Et lorsque vous aurez pris connaissance de ces renseignements, vous aurez à nous proposer ayant tout un projet de décret qui e'tablira les rerenus de chaque de'partement et de chaque proviace. Ces revenus seront exclusivement employés à entretenir l'administration locale , et à subvenir graduellement aux autres dépenses , qui auront pour objet la fondation et la construction des établissements publics, tels que maisons de ville, fontaines, écoles, hôpitaux, prisons , etc. , et en général la restauration matérielle des villages, des villes et des faubourgs.
Nous ne doutons pas que le sénat ne partage notre opinion quant à la nature des impôts qu'il s*agit d'établir. Nous croyons que les taxes personnelles sont inadmissibles, et qu'il faut avoir recours de préférence aux impôts indirects. Celui sur les pâturages , qu'autorise l'article 8 du troisième décret du congrès d'Argos, nous pajraît appartenir à cette catégorie, et devoir faire partie drCS revenus de chaque province.
Aussitôt que ces revenus seront assurés, le trésor pourra faire des avances, sauf à se faire rembourser graduellement. U en a déjà fait à différentes provinces,, mais en proportion de la modicité de ses moyens. liC tableau de ces s^vances vous sera communiqué. Plus tard il s'agira de statuer sur l'administration des fonds q^ue devront posséder les diflérentes localités, et que
chacune d'elles conservera dans sa caisse municipale. En attendant ce dernier travail , le second objet sur lequel le sénat est invite à nous soumettre un projet de décret, concerne l'organisation des démogéronties.
Nous pensons que, jusqu'à la confection et à la promulgation de la loi relative aux élections, le choix des demogérontes pourrait être fait par le gouvernement, sur les listes qu'il recevrait des administrations locales et du sénat. Chaque province aurait un conseil compose' d'un nombre de démoge'rontes proportionné à sa population. Ce conseil s'assemblerait sous la présidence du commissaire extraordinaire ou gouverneur provisoire, pour discuter les affaires générales et le service journalier. Ce qui concerne les attributions de la démogérontie serait confié à deux membres du conseil; ceux-ci resteraient en fonction deux mois, et recevraient pendant ce temps le traitement qui serait déterminé. A l'expiration de ce terme ils seraient remplacés par deux de leurs collègues. De cette manière la charge du service public, ainsi que l'indenmité que recevraient les démogérontes , seraient partagées à tour de rôle entre tous les membres du conseil.
Nous engageons le sénat à prendre en considération les règlements qui concernent toutes les autres branches de l'administration intérieure des provinces, et à nous proposer h leur égard les améliorations qu'il pourrait juger utiles et nécessaires.
Nauplîe. — octobre 1829.
Je m'empresse de remercier Votre Excellence de la communication qu'elle a bien voulu me faire par sa lettre en date du 21 du courant. Les nouvelles preuves d'intérêt et de bienveillance qu'il plaît au roi, votre auguste souverain, de donner à la Grèce ajoutent, s'il se peut , aux sentiments de reconnaissance dont elle est péne'tre'e. Son gouvernement profitera sans doute des services importants que pourront lui rendre les officiers qui sont nouvellement arrive's à votre quartier général, mais je ne pourrai donner à Votre Excellence des informations positives à cet égard, que lorsque j'aurai recueilli d'une part l'opinion de M. le général Trézel, et que j'aurai reçu de l'autre des réponses rassurantes de la part dç M. le baron de Rouen, sur les questions que j'ai pris la liberté d'articuler dans la lettre dont j'ai rhonneur de vous adresser ci-jointe une copie.
Rien en effet ne serait plus facile que de compléter Les bataillons existants de nos troupes régulières, et d'en former même deux nouveaux. Mais pour y parvenir, il est de toute nécessité que le gouvernement puisse disposer des fonds nécessaires, non-seulement à leur organisation, mais aussi à leur entretien.
Je n'entre pas ici dans des détails ultérieurs, parce
348 D£ NÀUPLIS. OCTOBHS 1829.
qu^en connaissant , Monsieur le gênerai , la situation de ce pays et de son gouvernement , vous appuierez sans doute auprès du ministère du roi les vœux qu'il forme.
Je n'ai pas de nouvelles de Constantinople , quoiqu'il en soit temps. Celles qui m' arrivent des places de la Messënie, et que la diplomatie d'Argos confirme, me feraient accroire que vous avez reçu l'ordre de rentrer immédiatement en France avec les troupes placées sous votre commandement. Je dois en douter, jusqu'à ce que j'aie reçu des informations directes de votre part ; mais dans tous les cas j'aime à espérer que, si une mesure aussi subite qu'inattendue devait être exécutée, elle serait concertée de manière à ne pas rendre peutêtre stériles les nombreux bienfaits dont le roi et la France n'ont cessé de combler la Grèce.
Je m'arrête ici , en me réservant de vous faire part de ma pensée tout entière sur ces graves intérêts , lorsque Votre Excellence me fera l'honneur de m'éclairer sur le véritable état des choses.
S^ K./W?, €S^^?nùa€Kym?4€touuJ.
Nauplie, — octobre 1829.
Quoique le gouvernement voie avec regret que vous
. persistez à ne vouloir pas être au nombre des sénateurs,
il y consent aujourd'hui, et vous accorde votre démission.
A M. LUCOPOULOS. 349
Il se réserve cependant , lorsque les intérêts du service vous permettront de rentrer avec la frégate à Poros, de vous assigner une sphère d'activité dans le service de la marine , laquelle sera en rapport avec votre grade , votre zèle , et le patriotisme dont vous avez donné tant preuves.
-- ,. 20 octobre
Nauphe, =-— 1829.
1 noTembre
Nous vous avons expliqué de vive voix l'importance que nous attachons a ce que le paiement à Tarmée du cinquième trimestre arriéré se fasse en règle, et à ce que la comptabilité dans cette branche ti^ès- dispendieuse du service soit une fois pour toutes garantie des abus et des malversations qui ont épuisé nos pauvres ressources financières.
Nous vous savons gré de ce que vous vous chargez des fonctions extraordinaires que nous vous conférons. Pour que vous puissiez les remplir conformément à notre attente , nous vous engageons à vous rendre sans relard à Egine, pour recevoir des instructions ultérieures de la part du secrétaire du gouvernement pour la guerre et pour la marine.
Nous VOUS munissons des lettres ci-jointes tant pour lui que pour M. le sénateur Métaxas, qui est chargé de régler tout ce qui concerne le paiement des arriérés, ainsi que la réorganisation du corps d'armée dans la Grèce orientale.
Nous vous autorisons à proposer l'employé qui vous remplacera provisoirement dans la direction de la poste.
. ,. 20 octobre ^^^^
IVauphe, ^ . — 1829.
1 novembre
Je suis bien aise d'apprendre que vous êtes rétabli , et que vous commencez à vous orienter.
Je vais donner le décret de votre nomination , ainsi que de celle des autres employés à Torphanotrophe. J'accompagnerai ce décret de tous les règlements qu'on m'a proposés, non pour que vous les exécutiez, mais pour que vous me proposiez plus tard un règlement plus simple et à la portée de tout le monde. Je m'occuperai dès lundi de cette afiaire, et je vous l'expédierai immédiatement.
M. Chrysogélos doit vous avoir transmis les lettres pour le père Barthélémy. Vous nous rendrez un grand service, en engageant ce digne homme à venir en Grèce. Son ouvrage est parfait. Il a été envoyé à une commission d'évèques, pour quelle donne son opinion, et
AU CHEVALIER MUSTOXIDLS. 351
pour que nous puissions le publier le plus tôt possible. M. Chrysogelos a observe' avec raison que le style est trop élevé , et que souvent il n'est pas à la portée du commun de ce peuple.
J'en viens au journal, auquel j'attache infiniment de prix, et que je vous recommande beaucoup. Je vous envoie ci-jointes sept pièces pour la pai'tie officielle.
Je n'ai aucune difficulté à vous accorder les 20 piasti'es par jour pour que vous fassiez vos fouilles, mais à condition qu'après avoir fouillé, on égalise le terrain.
Au lieu de sept pièces vous trouverez quatre pièces officielles, les autres je' vous les enverrai après-demain. Le sénat ne sera installé que le 26. Ces pièces ne doivent paraître dans le public qu'à la fin du mois. Ainsi elles restent en attendant pour vous et pour Viaro.
21 octobre
Nauplie, r — 1829.
Voici pour le moment la première partie des travaux auxquels vous êtes destiné ; viendront plus tard de plus grands encore. C'est la croix à laquelle sont condamnés tous ceux qui partagent mon sort.
J'écris à Viaro sur l'orphanotrophe, et je désire qu'il vous installe de manière à ce vous puissiez nous rendre les services que la Grèce vous devra.
352 DE NÂUPLIC. -^ NOVEMBRE 1829.
Je vous envoie les trois pièces qui manquaient à la lettre d'hier, et je les ai marquées numéros 1^ 2, 9. Je vous envoie aussi toutes les autres minutes des décrets que vous recevrez , et que recevront plus tard les trois commissions. Celle pour l'enseignement mutuel sera de fait pour M. Dutrône. Il arrivera à Egine. C'est un hom-^ me de mérite, et qui m'a souvent donne des preuves d'un véritable et sincère attachement à la cause gi*ecque.
Je m'occupe dans ce moment d'une seconde instruction pour la même commission, laquelle a pour but l'ordonnance d'organisation intérieure des écoles d'enseignement mutuel et les examens. Je vous enverrai le tout^ pour que vous puissiez aussi nous aider.
Si vous avez besoin d'un copiste, je mets à votre disposition M. Vlacos. Au cas où il vous convienne , vous me le demanderez d'ofBce, soit pour l'orphanotrophe, soit pour le musée. Aujourd'hui je le paie de ma poche. Je le paierai encore ; mais je paie plus que je ne puis.
Je ne prétends pas que les 500 piastres turques par mois vous suffisent. Si vous avez besoin de quelque petite addition, ne vous gênez pas, et expliquez-vous avec une entière franchise avec Viaro. Plus tard nous vous donnerons un meilleur traitement; mais pour le moment arrêtons-nous aux 500 piastres.*
* M. Musioxidis n*a jamais demandé rien de plus y et ceUe très -modique allocation, d*enTiron 150 francs par mois, est tout ce qu*i! a touche de la caisse publique pendant son séjour en Grèce.
A MM. DUTRÔnE, NIKITOPOULOS ET COCONIS. 353
^T 1. 21 octobre ^^^^
Naiiphe, — 1829.
2 novembre
Le décret que nous vous transmettons ci-joint ne vous laisse aucun doute sur la confiance qu'inspirent au gouvernement vos connaissances et votre zèle pour les e'coles d'enseignement mutuel.
Il vous appartient, Messieurs, de prendre en considération les ouvrages dont la traduction a e'te' confiée à MM. Cokkinakis et Rossettos. Le secre'taire pour l'instruction publique les invite à vous les communiquer.
Nous de'sirons en second lieu que vous vous occupiez des mesures que le gouvernement aurait à prendre, pour donner à toutes les e'coles d'enseignement mutuel de l'e'tat des tableaux uniformes. Ceux composés par feu le professeur Cle'oboulos paraissent avoir me'rite' la pre'fe'rence. Le comité philhellénique de Paris nous annonce qu'il va nous en envoyer un grand nombre , dont on soigne actuellement l'impression.
Vous nous adresserez enfin vos observations sur les livres et les objets dont le gouvernement devrait être pourvu, afin d'organiser successivement toutes les écoles d'enseignement mutuel dont l'état a besoin, et dont le nombre pour le moment ne saurait être inférieur à 3 ou 400.
Le président de la commission de l'orphanotrophe , avec lequel nous vous engageons à vous mettre en rapport, vous fera connaître tout le matériel destine aux écoles d'enseignement mutuel, dont le gouvernement peut disposer. Il vous prêtera aussi sa coopération , toutes les fois que vous jugerez convenable de lui demander des renseignements relatifs aux travaux qui vous sont confiés.
Nauplie, r — 1829.
2 novembre
Les décrets que le secrétaire pour l'instruction publique est chargé de vous transmettre, vous donnent la mesure de la juste confiance qu'inspirent au gouvernement vos talents et votre patriotisme.
En donnant tous vos soins à Torphanotrophe, vous lui indiquerez toutes les mesures qu'il devra prendre, pour assurer à cet établissement des succès qui répondent aux espérances de la patrie.
Nous désirons préparer des éléments pour une école normale, laquelle aura pour but l'institution de maîtres pour les écoles d'enseignement mutuel. Il vous appartient d'examiner ce qui a été fait dans cette vue, et ce qui reste à faire.
Au PRÉàiD. ]>E LA coMiyii^s. DE l'orphanotrophe. 355
Nous chargeons la commission instituée pour les ouvrages et pour les objets relatifs aux écoles d'enseignement mutuel de se metti'e en rapport avec vous, et de recueillir les renseignements et les observations que vous serez dans le cas de lui faire, sur tout ce qui concerne la tâche importante qu'elle a à remplir.
Il vous appartient de nous faire connaître vos idées sur tout ce qui a rapport à Texécution du décret qui vous confie la direction du musée national.
Nous aimons à espérer que vous ne refuserez pas au gouvernement un autre service.
Les imprimeries grecque et française restent à Egine. Elles ont besoin Tune et l'autre d'une surveillance soutenue. Le secre'taire du gouvernement pour l'instruction publique, auquel il appartiendrait de s'en occuper, n'est pas sur les lieux. Nous vous engageons par conséquent à vous charger de cette surveillance. Le secre'taire pour l'instruction publique vous donnera toutes les informations qui pourront être nécessaires, et prescrira tant au directeur de l'imprimerie, qu'à M. Chrysidès, rédacteur de la gazette grecque, de suivre vos directions. Nous en disons de même de M. Raybaud, pour le cas oii la gazette française qui publiera les actes du gouvernement ait à continuer.
iecd , a ^ai<d.
-, ,. 22 octobre
Nauplie, =-— 1829.
3 novembre
Monsieur le président, Je reçois avec infiniment de reconnaissance les communications que vous ayez bien voulu me faire par votre lettre du 8 septembre.
J*aime à espérer que des circonstances plus favorables procureront à votre socie'te' Toccasion et les moyens d'achever Toeuvre de bien qu'elle a commencée à l'avantage de la Grèce.
Quelle que soit la pénurie de nos ressources financières, pourtant nous ne nous décourageons pas, et rétablissement d'écoles d'enseignement mutuel fait tous les jours quelques progrès. Lorsque j*aurai recueilli tous les rapports que j'attends des provinces, je vous enverrai Te'tat de situation de ces e'coles, et votre société' aura la mesure de ce qui a e'të fait et de ce qui reste à faire. Espérons que nous ne serons pas abandonnés de la Providence, ni de nos généreux amis.
Je vous remercie des informations qu'il vous plaît de me donner relativement aux élèves dont votre société s'est chargée. Quant aux jeunes Canaris, Giannitzis, Bourécas et Balascas, j'aurais l'intention d'accueillir les vœux que m'ont exprimés leurs parents. Ils désireraient qu'ils fussent placés dans l'institut de M. Desjardins à