‹ Correspondance du comte J. Capodistrias, président de la Grèce ..., Volume 3Chapitre 49 sur 65 · A M. FIRMIN DIDOT · texte numérisé non relu

A M. FIRMIN DIDOT

Si VOUS avez à votre disposition un jeune homme capable de rédiger un journal français, où seraient publies les actes du gouvernement, quelques articles arche'ologiques dont M. Mustoxidis se chargerait, et quelques nouvelles concernant la situation intérieure du pays, je remploierai immédiatement. M. Raybaud, qui ne peut pas continuer son journal, a cédé au gouvernement le matériel de son imprimerie. Je pense donc que le jeune homme que je vous demande ferait une bonne affaire, et dans tous les cas je lui assurerais pour quelques mois le traitement dont vous seriez convenu avec lui. Une fois sur les lieux et muni de vos instructions , il vous donnerait tous les, renseignements dont vous avez besoin pour vous décidera exécuter votre projet.

Vous m'obligerez infiniment si vous m'envoyez, le plus tôt que vous pouiTCz, les caractères que je vous ai demandés pour Timprimerie grecque, d'après Tétat que M. Âpostolidis m'a remis. Si vous pouvez me faire cet envoi par le jeune homme que je vous.demande, expédiezmoi avec lui beaucoup de papier pour l'imprimerie, ainsi que pour les bureaux du gouvernement. La qualité ne doit pas être superfine, parce que nous sommes pauvres. Nous avons aussi besoin d'un grand nombre de registres tant pour les diflférents ministères que pour la comptabilité. Vous verrez s'il peut être plus économique d'envoyer les livres tout faits, ou bien de faire arriver en Grèce avec le rédacteur du journal un relieur et tout le matériel nécessaire. Je le placerai alors à côté de l'or-

phanotrophe, et ceux parmi les élèves qui n'ont pas de vocation pour les lettres apprendront cet art, comme il y en a déjà qui travaillent avec le plus grand succès dans Timprimerie.

Lorsque M. ÂpostoUdis recevra les livres que vous lui envoyez, je tacherai de lui faciliter les moyens de les vendre. Je regrette beaucoup que vos affaires ne vous permettent pas de faire une tournée en Grèce dans le printemps prochain. Vous ne doutez pas du plaisir que j'aurais à vous y voir, et à m' entretenir avec vous d'imprimerie, de livres et d'écoles, attendu que c'est la seule partie agréable de mes rêves.

Je m'arrête ici. Je vous prie de répondre aux diflférçnts. articles, de cette lettre le plus tôt possible.

^^ ,. 22 octobre ^ 3 Dovembre

Le gouvernement grec reçoit avec des sentiments de gratitude qu'il lui serait impossible d'exprimer, les six mille fusils et les douze canons de montagne avec leui" attirail complet, qu'il a plu à S. M. l'empereur Votre auguste souverain de lui envoyer, et que Votre Excellence accompagne de sa lettre du 16 courant.

La frégate l'Elisabeth qui nous apporte ces objets 4' un ai haut prix est arrivée , et M. le capitaine lieute-

AU CHEVALIER £YNARD. 361

nant Tchistagoff nous prête une généreuse assistance pour leur débarquement.

Les intentions généreuses de S. M. I. ont été remplies avec une fidélité scrupuleuse, attendu que les officiers chargés de cet envoi semblent avoir mis un soin tout par* culier, pour que le choix des objets de guerre qui le composent, ainsi que tous les accessoires qui sont nécessaires à leur emploi, ne puissent rien laisser à désirer.

Il ne nous reste maintenant qu'un seul vœu à former : c'est que S. M. I. , conjointement avec ses augustes alliés, achève l'œuvre de bien qu'elle a commencée, en procurant par leur garantie collective les fonds et le crédit dont la Grèce a le besoin le plus urgent, pour donner à l'organisation de ses troupes régulières tout le développement et toute la consistance qui sont nécessaires. Les Grecs alors feront bon usage et des fusils et de la batterie de montagne , qui seront en attendant soigneusement gardés dans l'arsenal de cette forteresse.

Veuillez, Monsieur le comte , faire parvenir aux pieds de S. M. L l'hommage de notre reconnaissance, ainsi que l'expression des vœux que nous formons.

-, ,. 22 octobre ^^^^

Nauplie» r — 1829.

3 Dovembre

Vous trouvère* ci-jointe la réponse d'office que je

donne à votre lettre du 25 septembre. Elle est d'office parce qu'elle doit prendre place aux archives , ainsi que l'ont prise ma lettre du 12 (24) août et les pleins pouvoirs. J'aime à espe'rer que cette expe'dition vous trouvera à Paris en bonne santé' , et que M"' Eynard y est aussi.

Veuillez dorénavant me répondre d'office, pour tout ce qui a trait aux informations qui concernent les afiPaires dont vous avez la bonté de vous charger, et réservezvous de me dire dans vos lettres particulières ce qui, d'après les usages diplomatiques, ne se dit pas. dans la correspondance officielle. Cette dernière doit être faite de manière à ce que le gouvernement puisse la mettre sous les yeux du sénat , et un jour peut-être sous les yeux du congrès national. Il y a des informations qui , bien qu'indispensables pour que le gouvernement puisse s'acquitter de ses devoirs, ne sauraient néanmoins sortir de son cabinet sans compromettre des égards qu'il doit respecter. Or vos informations font d'ordinaire l'objet de lettres confidentielles ou particulières. C'en est assez pour les formes.

Quant au fond je ne saurais rien ajouter à la volumineuse expédition du jour. Donnez-vous la peine de lire toutes les pièces qu'elle renferme, et vous aurez encore une idée complète de la situation difficile et critique où se trouve ce pays.

Malgré les 500,000 francs que je n'ai pas encore touchés, quoique M. de Rouen m'ait dit qu'ils sont à ma

disposition, je suis toujours aux expédients. Cette somme est en grande partie ëpuisee par des assignations. Je le re'pète, sans le secours que j'ai sollicite' et que je sollicite encore , nous ferons des pas rétrogrades vers le désordre et l'anarchie.

Vous ne devez pas douter des démarches que je n'ai pas cessé de faire, et vous devez trouver de bonnes dispositions. Il faut seulement frapper souvent à la porte des grands personnages qui peuvent nous obtenir ce secours. J'espère que vous ne refuserez pas ce service à la Grèce qui vous doit tftnt.

Il court depuis quelques jours le bruit que les troupes françaises vont rentrer à Toulon avant la fin de l'année, et que la France ne nous, continuera pas le subside de 100,000 francs par mois pour les troupes régulières. Ces bruits se sont répandus depuis l'arrivée du vaisseau de guerre le Scipion^ Le général Schneider ne m'en a pa& dit le mot, et j'ai lieu de croire qu'il n'a point reçu d'instructions à cet égard, du moins jusqu'à ce moment.,

Le départ des troupes françaises ferait beaucoup de mal à ce pays, surtout si cette mesure était prise avant que le sort de la Grèce fiit arrêté, et avant que les conventions qu'on aura faites avec la Porte soient mises à exécution.

J'en dis autant de la cessation des subsides pour les troupes régulières. Le gouvernement serait hors d'état de maintenir ce qui a été fait pour cette partie vitale de notre réorganisation , à moins que l'emprunt ne soit

364 DE NAUPUE. NOVEMBRE 1829.

conclu, et que le gouvernement ait dès lors des fonds et du crédit.

Je ne deVeloppe pas ces observations. Elles frappent de conviction tous ceux qui jugent de nos intérêts de bonne foi et sans prévention. Vous n'aurez pas de peine à faire partager votre conviction à vos amis et aux am^ bassadeurs, tant à Londres qu'à Paris.

Nous n'avons aucune nouvelle officielle de Gonstantinople. Les lettres particulières de Smyrne et de Syra annoncent cependant que les ratifications de Tempereur de Russie sont arrivées, et que Farmée commence à opérer sa retraite. Je ne vous réponds pas néanmoins de l'authenticité de cette nouvelle.

tS^ t^y^. ^ (ûo^nfn^oïi^ ea>^iaci(/maiie cce

< %$Ûaaude,

- ,. 23 octobre ^^^^

Nauphe, r — 1829.

Nous approuvons les mesures que vous nous proposez par votre rapport d'hier, relativement aux familles pauvres que renferment encore l'enceinte et les faubourgs de Nauplie. Pour procéder à l'exécution de ces mesures, nous désirons que vous vous fassiez aider par l'archimandrite aumônier des troupes régulières et pav M. N. Mavromatis. Après vous être assuré, conjointement avec ces messieurs , quel est positivement le nom-

bre des familles qui veulent rentrer soit à Messolonghî soit à Salona, vous nous proposerez le secours pécuniaire que le gouvernement devrait leur donner, pour qu'elles puissent effectuer ce voyage. Nous adoptons le mode que vous proposez, c'est-à-dire que la moitié leur soit payée ici , et l'autre à l'endroit où elles se rendent. Quant aux autres, c'est-à-dire aux familles qui pre'fèrent le vagabondage à Nauplie ou ailleurs, nous ne consentons pas à leur donner de secours. Enfin pour ce qui est de celles qui sont dans une misère extrême , et dans l'impuissance de se procurer l'existence journalière, vous nous proposerez le secours que le gouvernement pourrait leur donner, à l'exception des rations qu'il est impossible de leur continuer ou d'admettre par la suite. Nous sommes irrévocablement déterminés à ne plus laisser subsister ce mode de secours.

-, ,. 25 octobre ^^^^

Nauplie. 5 — 1829.

^ 6 novembre

Hier à cinq heures du soir j'ai reçu de la part du général Schneider une communication officielle, par laquelle il m'annonce qu'il vient de recevoir l'ordre de faire partir dès le 15 novembre les troupes de la brigade française; que toutefois pour laisser au gouvernement grec le temps de faire occuper les places, de faire

reconnaître le matériel qui y est laissé, et de prendre possession du tout, il est autorise à ne faire partir que la moitié des troupes pour le 15 novembre, et de n'embarquer le second envoi que le 15 décembre.

Conformément à ces dispositions , le général me demande que la garnison grecque qui devra occuper Coron, arrive sur les lieux tout au plus tard le 14.

Il me propose aussi d'accepter une bonne partie des subsistances, vivres, fourrages et chauffages, du mobilier des hôpitaux, des effets et ustensiles de campagne, des chevaux et des mulets avec leurs harnachements, du matériel d'artillerie et munitions, du matériel du génie, des outils et ustensiles des divers services.

Je réponds aujourd'hui à M. le général Sclineider, que je vous expédie à l'instant l'ordre de prendre les mesures nécessaires pour l'envoi de la garnison de Coron, mais que je doute que vous puissiez. Monsieur le général, la faire arriver le 14, attendu que nous sommes aujourd'hui au 6, et que la présente ne pourra guère vous arriver avant le 8. Je prie par conséquent le général Schneider de faire encore occuper Coron par un détachement des troupes qui restent jusqu'au 15 décembre , et de donner ainsi au gouvernement le temps de se concerter avec vous , tant sur la composition des garnisons, que sur le choix des commandants.

Ce n'est aussi qu'après m'être expliqué avec vous et avec M. de Saint-Martin , que je pourrai faire une réponse catégorique à M. le général Schneider sur les

objets qu'il nous propose, et sur les précautions que nous devons prendre pour mettre à couvert notre responsabilité'.

Dans cete'tat de choses je crois, Monsieur le général, qu'il faudra de toute nécessité lever immédiatement le camp de Mégare, afin de pourvoir non-seulement aux garnisons des places de la Messénie, mais aussi pour renforcer celles de Lépante et de Patras,

Par le retour du présent courrier vous voudrez bien me dire si vous pouvez envoyer directement la garnison de Coron, et comment vous l'aurez composée. Vous me proposerez aussi les compagnies qui devront former les deux autres garnisons, ainsi que les renforts que je vous recommande instamment d'envoyer à Lépante et à Patras.

Il vous appartient de juger si, pour faciliter la décision de cet arrangement, il ne serait pas plus utile que vous vous donnassiez la peine de vous rendre de suite à Nauplie, en vous faisant accompagner par M. de Saint-Martin. Vous confieriez dans ce cas l'exécution des mesures que vous auriez prises à M. le colonel Pélion.

En réponse à votre office sous le numéro 474, je vous préviens qu'un bâtiment sera envoyé à Navarin pour y recevoir les effets d'habillement que vous m'annoncez. Je me réserve de répondre plus tard aux autres offices que je viens de recevoir de votre part.

-, .. 25 octobre

Nûiipîie, — 1829.

Je ne vous répéterai pas ^ mon gênerai , le contenu de ma lettre d'office, et je ne vous ferai pas les commentaires auxquels elle doit donner lieu. Ce seraient des lamentations pour le moins inutiles. Venons au fait, et tachons de re'unir nos efforts pour conjurer ce petit orage de printemps.

Arrivez donc une heure plus tôt à Nauplie , et amenez avec vous M. de Saint-Martin , pour que nous puissions régler en bonne conscience les mesures relatives aux arrangements que nous propose M» le général Schneider.

Ce qui manque le plus dans ce moment, c'est l'argent en espèces sonnantes. Or plus nous prenons d'objets de guerre use's, plus leurs prix sont hauts, et moins nous pouvons espe'rer d'argent sur les restes des subsides arriëre's. C'est sur cette base que nous discuterons ensemble les instructions dont devront être munis nos commissaires.

J'aime à espe'rer que le ge'ne'ral Schneider se chargera de tenir garnison à Coron quelques jours au-delà du 14 novembre, et dans ce cas je l'ai prie' de me faire un mot de re'ponse par courrier. Nous en serons donc instruits à Nauplie dans huit ou neuf jours.

Je VOUS engage très- instamment à former une bonne garnison pour Le'pante et pour Patras. Le départ de vos troupes peut enhardir quelques mauvaises têtes, et encourager des hommes qui sont à la solde de quelqu'un. 11 faut donc leur en imposer; et ces points si e'ioigne's du centre du gouvernement doivent nécessairement être soutenus par une force un peu réelle , et non apparente, comme elle l'est aujourd'hui»

J'en dis autant des places de la Messenie* 11 s'agira en outre pour ces dernières de faire un bon choix de commandants. Nous en délibérerons. Vous pouvez y employer le colonel Alme'ida, le major Villani, peutêtre M. Hane, qui nous arrive de Grabuse.

Votre caisse militaire va recevoir les 100,000 pias très que vous me demandez; mais je ne vous dissimule pas que ce déficit m'effraie et pour le pre'sent et pour l'avenir; vous en conviendrez en vous rappelant, mon cher général, les observations que je vous ai faites à Me'gare.

Nous n'avons aucune nouvelle de Constantinople, et ce long silence ne peut pas être sans motif; mais je n'en suis pas en peine, parce que je ne me mêlé que de mes devoirs; et je suis très-dëcide' à les remplir aussi bien que possible , quelles que soient les contrariétés qui m'entourent, et celles qui me sont peutêtre réservées.

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