‹ Correspondance du comte J. Capodistrias, président de la Grèce ..., Volume 3Chapitre 50 sur 65 · TOME m · texte numérisé non relu

TOME m

370 DE NAUPLIS. — NOVEMBRE 1829.

-, ,. 25 octobre ^^^^

Nauplie, r— ^829.

6 DOYembre

C'est hier à cinq heures du soir que j'ai reçu la lettre que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'ëcrire en date du 3 novembre, et je m'empresse de lui transmettre ma réponse par le même courrier.

Vous n'ignorez pas, Monsieur le géne'ral, qu'à l'exception des faibles garnisons des places, toutes nos troupes sont dans ce moment réunies au camp de Mëgare. Je viens d'expe'dier un exprès au général Trézel ; je l'autorise à lever le camp , à envoyer sans perte de temps un détachement pour former la garnison de Coron, et À se rendre immédiatement ici de sa personne, pour que nous puissions concerter ensemble les dispositions qui sont relatives tant à l'occupation des places de la Messénie pour le 15 décembre, qu'aux arrangements qui ont trait au matériel que Votre Excellence est disposée à céder au gouvernement grec.

Le général Trézel ne pourra recevoir ma lettre que le 8. Je doute par conséquent que la garnison qu'il destinera pour Coron puisse être arrivée sur les lieux le 14.

Votre Excellence donnerait à la Grèce une nouvelle preuve de la bienveillance qu'elle lui porte, si elle voulait faire occuper encore la place de Coron par un détachement des troupes qui sont sous ses ordres, et qui ne

s'embarqueront que le 15 décembre. Dans ce cas elle mettrait le comble à son obligeance, en m'en informant par un courrier que le gouverneur provisoire de Modon reçoit Tordre de m'expédier.

Dès que j'aurai pris en considération, conjointement avec M. le gênerai Trëzel et M. de Saint-Martin , les mesures que nous aurons à prendre pour proce'der à l'estimation et à l'acquisition des objets indiqués dans la note jointe à la lettre de Votre Excellence , je me hâterai , Monsieur le général, de nommer les commissaires, de les munir d'instructions, et de vous en faire part.

Vous ne doutez pas, j'espère, de la peine que j'éprouverais à vous voir quitter la Grèce, sans me procurer la satisfaction de vous exprimer de vive voix les sentiments de la reconnaissance qu'elle vous doit. Je tacherai néanmoins dans le courant du mois de novembre de me rapprocher de votre quartier général , si toutefois des incidents imprévus ne m'empêchent d'exécuter ce projet.

-, ,. 25 octobre ..^

NaupJie, T — 16Î9.

^ 6 novembre

L'intérêt que S. E. le comte de Bourmont se plaît à porter aux progrès de la nouvelle organisation de ^o« troupes, encourage mes espérances et pour le présent

et pour l'avenir. Je reconnais en effet avec S. E. que TeVacuatiori de la More'e par les troupes françaises met le gouvernement grec dans T impérieuse nécessité d'organiser complètement et définitivement son système militaire. Mais plus je suis pénétré de cette conviction, et plus je dois regretter que la retraite de votre brigade s'opère avant que le gouvernement ait reçu les moyens les plus indispensables de donner un peu plus de consistance à ses nouveaux bataillons et d'en former d'autres. La dernière lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire vous a fait connaître tous les vœux que je forme à cet égard, et j'aime à espérer que vous ne les laisserez pas ignorer à Monsieur le ministre de la guerre.

Je partage également son opinion sur les services importants que rendrait à la Grèce l'administrateur d'un ordre supérieur qu'il nous propose. Mais dans l'incertitude où nous sommes de savoir si les subsides nous seront continués et si l'emprunt sera fait, nous ne pouvons pas concevoir la possibilité de compléter notre système militaire , et par conséquent nous ne croyons pas pouvoir offrir à M. Flandrin une place qui soit en rapport avec celle qu'il occupe sans doute en France, et qui doit être analogue à ses capacités et à son expérience •

M. de Saint-Martin, qui exerce actuellement les foiîc^ tions d'ordonnateur, ne me laisse rien à désirer. Il a fait son apprentissage ,* et commence à comprendre la langue .du pays, et à se faire comprendre par les jeunes

Grecs qui Tentourent, et qu'il forme avec beaucoup de zèle dans cette partie du service. Il s'acquitte donc de ses devoirs, sans rencontrer les grands obstacles qui Tentravaient dans les premiers moments. Cet avantage inappréciable , qui n'est et qui ùe peut être que le résultat du temps, serait perdu pour la nouvelle organisation militaire, si M. de Saint-Martin devait être remplace'.

Quoique Votre Excellence ne me parle pas à cette occasion du gênerai Trezel, je trahirais ma conscience si je ne vous faisais les mêmes observations à son égard. Après beaucoup de peine et de travail, il a enfin reconnu son monde , et son monde l'aime , le respecte et l'apprécie.- Un nouveau chef devrait se donner pour longtemps les mêmes peines , et ce temps serait sans contredit perdu pour les progrès de notre institution militaire.

Je ne vous fatiguerai pas plus longtemps. Monsieur le général , en vous énumérant les inconvénients qu'aurait tout changement quelconque dans la direction et dans l'administration de nos troupes régulières. Vous êtes bon juge : vous interposerez par conséquent vos bons offices auprès du ministère du roi, pour qu'il nous laisse M. le général Trézel, M. de Saint-Martin, et les autres officiers qui ont bien voulu entrer au service de la Grèce. Veuillez encore une fois recommander à M. le comte de Boiu'mont ces intérêts.

-T ,. 25 octobre

Nauplie^ =■ — 182^.

6 noyembre

Votre lettre du 30 octobre m'avait fait espe'rer que le Moniteur s'était trop presse , et que la brigade sous TOtre commandement aurait achevé par sa présence et par sa coopération l'œuvre de bien que l'expédition de Morée avait commencée. Votre dépêche du 3 novembre me prouve qu'il doit en être autrement, et j'en suis profondément peiné.

On ne nous, dit rien des négociations qui doivent avoir lieu à G>nstantinople et à Londres, sur les graves questions dont la solution doit décider du sort de la Grèce. Le gouvernement ignore si l'emprunt se fera ou non^ Si le roi votre auguste souverain lui continue le subside des 100,000 francs par mois pour l'organisation de ses troupes, et si enfin il peut toucher sans retard quelque secours sur les subsides arriérés , dès que la liquidation pour les objets de guerre cédés à la Grèce sera faite ; et c'est dans une crise semblable que vos troupes quittent le Péloponèse, sans que son gouvernement en ait été au moins instruit quelques mois d'avance.

Sans doute des intérêts majeurs auront déterminé le ministère du roi à prendre cette mesure ; mais n'était-il pas en son pouvoir d'en mitiger les conséquences fâcheuses? On les mitigerait sans doute , en prêtant dès aujour-

d'hui au gouvernement grec les fonds qui sont indispensables pour organiser quelques bataillons de plus, et en lui laissant des cadres pour ces bataillons, selon le plan dont M. le maréchal Maison était convenu avec moi.

M. le comte de Bourmont nous propose pour toute ressource un nouvel intendant, que la caisse militaire* devrait largement payer. Or M. de Saint-Martin n'a. jusqu'ici reçu aucun traitement, parce qu'il conservait celui que lui donnait le roi.

J'en dis autant des autres officiers. Ceux mêmes qui reçoivent leur solde de la Grèce se retireront tous , du moment qu'ils craindront de perdre leur place dans les rangs de Tarme'e française. Il court à ce sujet beaucoup, de bruits, et plusieurs de vos officiers qui nous prêtent leurs services, semblent inquiets sur leur avenir. Est-ce* sur une base semblable que le gouvernement grec peut fonder et développer son existence militaire?

C'est sur toutes ces questions que je désire. Monsieurle général, m'expliquer avec vous; et, ainsi que j'ai eu riionneur de vous le dire dans ma lettre d'office, je tacherai dans deux ou trois semaines de m'approcher devotre quartier général , en me rendant par Tripolitza le plus tôt que je pourrai à Modon.

En attendant, vous mettriez le comble à mes vœux, si avec la moitié de votre brigade vous vous chargiez encore de Ck)ron pour quelques jours au delà du 14 novembre, et si par vos dépêches vous ne laissiez pas ignorer au rot les observations que je vous ai adressées par ma der-

nière lettre et par la pre'sente. Je réponds aussi par une autre lettre à celle qui concerne le nouvel intendant, et je crois en conscience ne pouvoir pas e'mçttre une opinion di£fërente.

Il vous appartient, mon gênerai, d'appuyer de vos bons offices la demande que je fais à Tegard de M. le gênerai Tre'zel et de M. de Saint-Martin. Ce sera un service essentiel que vous rendrez à ce pays, çt vous m'o-r bligerez infinin^ent*

. ,. 28 octobre

riauplie> r — 1829.

^ 9 Do^embre

Je m'empresse de vous transmettre ci-jointe la copie de la de'pêcheque M. le général Schneider m'a adressée, ainsi que celle de la réponse que je lui ai fait parvenir sans retard.

Lorsque les troupes françaises allaient arriver dans le Peloponèse, le ministère de S. M. T C, a bien voulu en pre'venir le gouvernement grec par Torgane de M. le comte de la Ferronays. Ce ministre lui fit Thonneur en même temps de Tinstruire des intentions magnanimes qui portaient le roi votre auguste souverain à prêter, du consentement de ^% augustes allies, ce puissant secours à la Grèce,

Le Panhellénium en fut alors informe par un message du gouvernement, et toutes les provinces bénirent le nom de Charles X. Celles de la Messenie et de i'Achaïe, à la restauration desquelles i'arme'e d'expédition a pris une part si active, ont voue' à leurs nobles bienfaiteurs une reconnaissance e'ternelle.

Le gouvernement est aujourd'hui dans le devoir de portera la connaissance du sénat Te'vacuation des places de Modon, de Coron et de Navarin, et de témoigner encore une fois par cet acte public les sentiments de gratitude profonde, dont la nation est pe'ne'trée pour tous les bienfaits qu'elle doit à la France et aux braves qui ont délivre' le Péloponèse.

N'ayant reçu, Monsieur le baron, aucune communication de votre part, ni de celle de Messieurs vos collègues, sur les ordres qui viennent d'être transmis à M. le général Schneider, j'ignore s'il peut m'être permis d'annoncer dans mon message au sénat que vos troupes quittent le Péloponèse dans ce moment, à la suite d'une détermination arrêtée d'un commun accord entre les Puissances alliées.

Vous m'obligerez infiniment en m'éclairant sur ce point essentiel. J'invoquerai de même l'obligeance de M. DawJiins et de M. le comte de Panin, dési'rant me guider, dans une circonstance si importante, d'après l'opinion que vous voudrez bien me manifester, conjointement avec vos collègues.

378 DE NAUPLIË. NOVEMBRE 1829.

, ,. 28 octobre .^^^

Nauplie, r — 1829.

^ 9 noYembre

Je ne saurais assez remercier Votre Excellence des communications qu'elle m'a fait l'honneur de me transmettre par ses lettres du 22 et du 24. M. le comte de Panin m'a fait aussi part de celles qu'il a reçues de Saint- Pe'tersbourg en date du 27 septembre, et M. le comte de Nesselrode, ainsi que M. le comte Die'bitch, m'ont informé directement par ce courrier de tout ce que la Grèce doit à la généreuse protection de l'empereur.

La destination de Votre Excellence au commandement des forces navales qui doivent rester dans l'Archipel est un nouveau bienfait, et je ne manquerai pas de déposer aux pieds de l'empereur l'hommage de ma reconnaissance. La bataille de Navarin a commencé l'œuvre de la restauration de la Grèce. Lorsqu'il s'agit de l'achever, à qui mieux qu'à vous, Monsieur le comte. S, M. L pouvait-elle confier l'accomplissement de ses intentions magnanimes? J'en suis heureux pour ma part.

Il reste encore beaucoup à faire. Messieurs les ambassadeurs de France et d'Angleterre, conjointement avec M. deRibeaupierre, vont s'occuper d'un grand et difficile travail.

Quoiqu'en passant, nous verrons M. de Ribeaupierre

A l'amiral HEYDIN. 379

dans ces parages, et je tâcherai de remplir mes devoirs aussi bien qu'il me sera possible.

On aura beau presser les Turcs. Les négociations traîneront en longueur, et rien ne sera bien de'cidé en peu de temps. Jusque-là il faudra prendre patience , et pre'parer les voies aux arrangements qu'on pourra plus tard mettre à exécution.

Le gouvernement y réussira, si on ne le laisse pas sans secours pécuniaires, et que de plus on ne le contrarie point par de pauvres intrigues.

Cependant elles continuent aujourd'hui plus que jamais. La malveillance tâche de profiter du départ des troupes françaises 5 pour porter les Rouméliotes à faire encore une fois les mutins, et elle ne renonce pas non plus à l'espoir d'engager les Maïnotes à reprendre leur ancien métier.

Vous connaissez. Monsieur l'amiral, le colonel Raiko; il n'est pas trop alarmiste, et je ne saurais assez me louer des preuves de capacité, de zèle et de dévouement qu'il m'a données, surtout depuis qu'il a le commandement de Patras. Je joins ici la copie de la lettre qu'il m'a adressée en tout dernier lieu.

Je partage si intimement le vœu qu'il exprime , que je me réservais de vous en entretenir, du moment où je pourrais aller vous joindre. Mais puisque je ne puis pas être sur du jour où je pourrai quitter Nauplie, et que les Français commencent à s'embarquer le 15 novembre, permettez-moi de vous en écrire.

380 DE NAUPLIE. NOVEMBI^E 1829.

Le gëneFal Schneider vient de ni*informer qu'il a reçn l'ordre d'e'vacuer les places de la Messenie, que la moilie' de sa brigade partira le 15 novembre, et l'autre moitié un mois après.

Cet e've'nement produira une forte impression, et je pense en effet qu'il serait d'une grande importance de la preVenir par l'établissement d'une station , qui aurait sous sa surveillance les parages non-seulement de Fatras, mais aussi ceux de la Grèce occidentale. L'apparition seule de cette force maritime suffirait pour en imposer aux hommes que plusieurs espèces de séductions égarent.

Votre station pourrait être relevée tous les mois. J'ose croire que les e'quipages y gagneraient : mais le pays y gagnerait aussi sous tous les rapports, et pour le pre'sent et pour l'avenir.

Je vous adresse , Jtfonsieur le comte , une auti'e lettre au sujet des cartouches que vous avez bien voulu m'offrir avec tant d'empressement, et que j'accepte avec une sincère reconnaissance. Je suis tout aussi sensible à l'attention que Votre Excellence a eue de me demander mon opinion relativement à l'Hélène. Je désire connaître celle du bon capitaine Epentchin, et jusqu'ici je n'ai pas eu un moment à moi pour l'entretenir à ce sujet; mais je le ferai, j'espère, dans quelques jours.

AU PRÉSID, DE LA COMMISS. DE l'oRPHANOTROPHE. 381

28 octobre

NaupUe, r-- 1829.

L'ëcole centrale militaire offre sept places vacantes. L'examen qui a été fait des élèves en dernier lieu a motive' le renvoi de ceux que le juri a juge incapables de continuer à rester dans Tecole avec un profit re'el pour eux-mêmes et pour Fétat.

Le gouvernement ne saurait dans cette circonstance donner aux e'ièves de Torphanotrophe une plus grande preuve de sa sollicitude et de Taffection qu'il leur porte, qu'en vous invitant à en choisir quatre qui puissent honorablement prendre place dans l'e'cole centrale militaire.

Après vous être concerté avec vos collègues, vous procéderez à ce choix. Ces quatre élèves ne doivent pas avoir moins de quatorze ans, ni plus de dix-huit. Par leur conduite autant que par leurs progrès invariables dans leur institution élémentaire, ils doivent avoir des titres incontestables à la préférence que la commission leur accordera. Ce choix fait, vous réunirez tous les élèves, et vous leur expliquerez les motifs qui procurent à quatre de leurs compagnons l'avancement auquel ils sont appelés. Vous préviendrez cependant les uns et les autres que ces derniers ne seront définitivement in-

382 DE NAUPLIS. — NOVEMBRE 1829.

scrits au nombre des élèves de l'ëcole centrale , que dans l*espace de quelques semaines, et après avoir donné des preuves irrécusables de leur capacité et de leur bonne conduite. Vous accompagnerez ces élèves d*un certificat, qui d'après le règlement doit leur servir de titre pour appartenir à l'école militaire , et vous les ferez partir par le paquebot à vapeur.

, ,. 31 octobre .^.^

Nauplre, r — 1M9-

^ 12 noyembre

En répondant à la lettre que vous avez bien voulu nous adresser en date du 5 octobre, nous éprouvons avant tout le besoin de vous exprimer au nom de la Grèce, qui vous doit déjà tant, les sentiments de reconnaissance que lui inspirent les nouvelles preuves d'intérêt et de générojsité qu'il vous plaît de lui donner.

Vous l'avez secourue de tous vos efforts dans les jours de détresse et de désespoir; vous n'avez cessé de penser à elle , de travailler pour elle , et vous consentez aujourd'hui à faire de nouveaux sacrifices, afin d'accélérer par votre active coopération la conclusion d'un emprunt, qui seul peut lui offrir les moyens d'honorer ses engagements , et d'avancer l'œuvre de sa régénération.

Sa dette extérieure est sans contredit une des plus

funestes conséquences de huit années de guerre, durant lesquelles les Hellènes ont eu à lutter non-seulement contre les Turcs , mais contre un ennemi plus redoutable encore , nous voulons dire Tanarchie.

Péne'tre's de la justesse des observations que votre dernière lettre renferme relativement aux différents modes d*e'teindre cette dette, nous croyons devoir les adopter, et vous en aurez la conviction , en prenant en considération celles que nous allons consigner dans la présente.

Ainsi que vous nous le faites remarquer, le rachat des bons des anciens emprunts devenant désormais impossible par suite de la hausse sensible qui s'est opérée dans le taux de ces fonds, il faudra avoir recours à d'autres mesures qui concilient à la fois les intérêts des créanciers et l'honneur de la Grèce qu'il nous tient à cœur de garantir.

En partant de là, nous croyons devoir nous arrêter au plan que vous nous proposez par votre article 3, sauf à approuver les propositions définitives que nous feraient, sur cette base et par votre entremise, les porteurs des anciens bons. Ce plan consisterait , en suivant l'exemple de la France et de T Amérique , à convertir la dette actuelle en tiers consolidé à 4 pour 100 d'intérêt. Le capital de cette dette se trouvant dès lors réduit à 24 ou 25,000,000, la Grèce n'aurait à débourser que la somme annuelle de 1,000,000 de francs.

Cette somme ne sera pas disproportionnée à nos

moyens, si, nous vous le re'pe'tons, l'emprunt se conclut sans délai ultérieur et avec la garantie des Puissances.

Dans l'hypothèse que le montant en soit fixe' à 60,000,000, le dividende Bn serait, conformément à notre projet, assure' aux prêteurs par les Puissances, lesquelles paieraient chacune 1,000,000 et demi de francs par an, pour dix ans.

Quant aux remboursement du capital , il est de Tintention expresse du gouvernement de cre'er un fonds d'amortissement , qui s'élèverait de 3 à 400,000 francs par an.

L'extinction totale s'opérera d'autant plus facilement que, loin de prescrire aux prêteurs des versements conside'rables et à des termes rapproche's, nous tàdierons de ne disposer que de la somme de 1 ,000,000 de francs par mois, ou de 12,000,000 par an.

Toutefois nous re'pe'tons ici ce que nous avons de'jà dit par nos lettres pre'cédentes , que le jour de la conclusion de l'emprunt le gouvernement voudrait pouvoir disposer de 3,000,000. Sur la somme de 1,000,000 qui formerait le versement mensuel , nous consentirons à laisser entre les mains des prêteurs chaque mois 2 à 300,000 francs, qui seront exclusivement afifecte's au paiement des intérêts de la dette consolidée, à celui du nouvel emprunt, et enfin à l'amortissement du capi* tal de ce même emprunt.

Nous osons croire qu'il nous resterait de cette ma-

XU CHEVALIER EYNARD. 385

ttiètè encore un fonds de réserve assez considérable, et qui pourrait être destiné à l'exécution des arrangements pécuniaires à prendre entre la Grèce et la Porte ottomane.

Mais vous paraissez craindre , Monsieur le chevalier, que l'emprunt ne soit contracté qu'à un taux désavantageux pour la Grèce, si, indépendamment de la caution qu'ofifrent aux prêteurs les Puissances, le gouvernement ne donne aux Puissances elles-mêmes la garantie que leurs avances leur seront remboursées avec sûreté et promptitude.

Nous ne saurions. Monsieur le chevalier, partager vos appréhensions à cet égard. \u contraire nous n'hésiterons pas à déclarer ici encore une fois que les Puissances, en nous accordant ce secours, n'auront fait qu'un placement très-avantageux.

D'après l'estimation approximative de nos besoins, la caisse publique devrait pouvoir compter sur un fonds de 1,000,000 de francs par mois>. Or supposant que le nouvel emprunt nous procure une somme mensuelle de 700,000, les 300,000 autres devant être employés aux différents usages mentionnés plus haut ; et que nous puissions durant les premières années disposer du total de nos revenus, qui sont à présent d'à peu près 5,000,000, il nous resterait un excédant de 1,400,000 francs, qui convenablement employés produiraient des résultats indubitables.

Si en effet les revenus de l'état ont doublé dans l'es-

pace de dix-huit mois, et cela malgré les imperfections inhérentes à toute nouvelle administration financière, en dépit des circonstances les plus défavorables au développement de l'activité industrielle et commerciale, tout nous autorise à compter d'avance sur une augmentation de revenus progressive, infiniment plus rapide et plus considérable; aujourd'hui surtout, que nous sommes à la veille de voir cesser ces mêmes circonstances, et de voir décidées favorablement les grandes questions qui concernent le sort de la Grèce.

Les deux ou trois premières années révolues, les avances indispensables ayant été accordées aux cultivateurs, aux marins, aux commerçants, tout ce qui excéderait notre budget annuel de 12,000,000 environ, serait donc consacré à rembourser les Puissances garantes , et à éteindre graduellement la nouvelle dette-

Nous ne doutons pas qu'en soumettant ces observations à l'équité des ministres de France et de Russie, qui seront chargés de discuter avec vous les conditions de Temprunt, ils ne reconnaissent combien elles sont fondées, et ne vous facilitent les moyens de le négocier aux termes les plus avantageux pour la Grèce.

Nous sommes dans l'attente des secours que nous avons sollicités, et nous nous dispensons de répéter ce que nous vous avons écrit en date du 22 octobre (3 novembre) par l'obligeante entremise de M. de Ribeaupierre.

Nous vous remercions de la lettre que vous avez bien voulu adresser à S. E. le prince de Polignac.

AU CHEVALIER IYNARD. 387

*- ,. 31 octobre

Nauplie, r— 1829.

12 novembre

Je ne saurais assez vous exprimer, mon cher Eynard , combien je suis heureux d'apprendre par votre lettre du 5 octobre que vous êtes à cette heure à Paris en bonne santé et accompagne' de M"* Eynard, à laquelle je baise très-affectueusement la main.

J'approuve la bonne ide'e que vous avez eue d'amener avec vous le prince Soutzos. Faites-le connaître, faites-le travailler à votre correspondance , et je tâcherai de mon côte de lui ménager aussi l'occasion de rendre service à sa patrie.

Je vous ai écrit en date du 22 octobre (3 novembre) une très-longue lettre d'office et une confidentielle. Si mon expédition a trouvé M. de Ribeaupierre encore à Naples, vous l'aurez sans doute déjà reçue à cette heure. Je ne vous envoie pas les duplicata , parce que la présente vous arrive par la poste, et que ce serait un trop grand volume.

J'espère que vos démarches seront accueillies favorablement, et que grâce au bienveillant intérêt de M. de Polignac, les 1,500,000 francs arriveront bientôt en Grèce.

La brigade française qui occupait les places de la Messénie, une compagnie d'ouvriers du génie que M. le

388 DE NÀUPLIB. — NOVEMBRB 1829.

maréchal Maison nous avait accordée , nous quittent. C'est une bombe à laquelle je ne m'attendais pas. Il ne m'est pas donne de mettre obstacle à l'éxecution des ordres que le général Schneider vient de recevoir ; mais j'ai fait et je ferai tout ce qui peut dépendre de moi, pour garder M^ le capitaine Pourchet et les ouvriers qu'il commande.

Sous peu de jours j'aurai l'occasion de vous écrire encore, et je vous dirai alors comment nous pourrons remédier au vide que nous laisse le départ inattendu des Français. Ce qui peut en atténuer dans ce moment les conséquences , c'est encore l'argent. Avec ce moyen nous compléterons nos cadres, et nous formerons peutêtre quelques nouveaux bataillons.

On nous dît que M. de Ribeaupierre va se rendre à Constantinople , pour régler, conjointement avec ses collègues les ambassadeurs de France et d'Angleterre, les arrangements relatifs à l'exécution des engagements que la Porte paraît avoir contractés. Il se peut par conséquent que nous ne tardions pas à voir un peu plus clair dans notre avenir. Je suis le seul peut-être qui y voie bien clair, parce que ma confiance en Dieu n'a point de bornes.

AU PÈRE ÉGONOMOS. 389

Nauplie, — noyembre 1829,

Le secrétaire du gouvernement pour la guen^e et pour la marine nous a fait savoir que vous avez offert au musée national, comme des monuments de la grandeur de nos ancêtres, deux bas-reliefs que vous avez découverts depuis longtemps, et que vous avez soigneusement gardés. Cette action digne d'éloge caractérise les citoyens amis de la gloire de leur patrie, et nous inspire pour vous une estime particulière. Désirant de faire connaître combien nous apprécions ceux qui, comme tous, contribuent au succès des recherches archéologiques, en of&ant au musée national des objets d'antiquité, nous vous annonçons que dès que Técole ecclésiastique sera instituée, nous nous chargerons de l'éducation de votre fils. Le directeur du musée, M. Mustoxidis , par le canal duquel vous recevrez la présente, vous donnera les instructions nécessaires pour que vous lui expédiiez à Egine les susdits bas-reliefs.

390 DE NAU|>L1K. . NOYEMBHE 1829.

NaupHe^ -— norembre 1829.

Afin d'atteindre le but que le gouvernement s'est propose en publiant le décret sous le numéro 1 , il est nécessaire de procéder avant tout à l'organisation de l'école centrale d'Egine, oit doivent se former les instituteurs qui dirigeront un jour les écoles normales qu*on établira plus tard en différents endroits de la 6rèce«

La position d'Egine , ainsi que le séjour qu'y font les commissions dont les men^rea peuvent élre d'une grande ressource à cet égard, ont porté le gouvernement à choisir la dite île pour y établir l'école centrale, dont il se plaît à vous remettre la direction , persuadé que vous remplirez entièrement ses vœux , et que vous justifierez sa confiance, en sacrifiant une partie de votre temps à l'instruction de ceux qui vont fréquenter cet établissement.

Vous voudrez bien vous entendre là-dessus avec M. Mustoxidis, pour régler de concert avec lui l'organisation de l'école, et pour fixer le cours qu'il conviendrait d'y faire tenir. En même temps vous choisirez parmi les membres deSi autres commissions ceux que vous jugerez les plus capables, et vous engagerez chacun d'eux à donner une leçon par jour. La langue fi^ançaise y sera professée de rigueur.

AU CHEVALIER MOSTRAS. 391

Le gouvernement est convaincu d'avance que vous vous chargerez avec empressement de cette mission, afin de jeter les premiers fondements de rinstruction de la jeunesse hellénique , qui fiit de tout temps Tobjet de votre sollicitude.

Nauplie, -— norembre 1S29.

Je vous envoie , mon cher Hostras, par M. Gerostathis \dL réponse que je dois à votre lettre du 18 (30) sepr tembre.

J*apprends avec plaisir que vous vous décidez à venir vous e'tablir en Grèce ; mais je dois vous preVenîr que vous ne trouverez pas facilement moyen de vous caser avec toute votre famille , et qu il vous sera impossible de déballer votre bibliothèque et d'en faire aucun usage quelconque. La mienne, qui n'est pas aussi nombreuse que la vôtre, est toujours dans des caisses à Egine, attendu que je ne sais pas où la placer ailleurs. Il faut venir ici pour se faire une idée de la destruction qu'ont subie les villes et les bourgades. On commence à déblayer le terrain et à construire quelques maisons ; mais on n'est pas encore parvenu à en avoir assez pour tout le monde. Jugez donc s'il peut y en avoir pour des bibliothèques.

392 DE MAUPLIK. XOV£M>BRE 1829.

Je vous propose donc de venir ici de votre personne, pour voir vous-même ce qui peut vous coiîvenir le mieux. Si vous avez ou si vous pouvez trouver 4 ou 5,000 talaris à dépenser, je vous donnerai le terrain que vous choisirez pour y construire une belle maison, oii nous placeirons la bibliothèque, le bibliothécaire, sa famille, une imprimerie et tout ce qui s*ensuit. La natioA pourra acheter le tout ensuite , aa prix d'une bonne et belle concession de terres dont tous deviendrez le proprie'taire^Si vous vous sentez la force de donner suite à un projet semblable, jetez les yeux, tant à Corfbu qu'à Zlsinte, sur une couple de maîtres-ouvriers capables de faire la bâtisse dont il s'agit. Le peu d'hommes de cette catégorie que nous avons ici se font payer et volent d'une manière exorbitante. Ils font la loi , parce qu'il n'y en a pas d'autres.

Je vous ai explique ma pensée tout entière. Vous ferez ce que le Ciel vous inspirera. Vous ne doutez pas , j.' espère, de l' amitié et des sentiments que je vous porte.

Naiiplie, j- novembre 1829.

Nous nous empressons de vous accuser la réception de votre office en date du 29 octobre, par lequel vous

nous communiquez par ordre de votre cour le traite' de paix conclu à Andrinople le 2 (14) septembre dernier, ainsi que le manifeste qui Taccompagne.

En deux glorieuses campagnes, les armées russes viennent de moissonner de nouveaux lauriers. La valeur et la discipline les ont fait marcher de victoire en victoire. La modération magnanime de Fempereur les a seule arrêtées.

Le monde civilisé , les musulmans eux-mêmes, seront frappés d'admiration; et de nombreuses populations chrétiennes sont a la veille de recueillir le fruit de tant de généreux efforts.

La Grèce, comblée déjà des bienfaits de Tempereur, a vu avec les sentiments de la plus vive reconnaissance qu'un article spécial du traité lui promet le terme de ses cruelles et longues anxiétés.

Puissent les vues philanthropiques de S. M. L et de ses augustes alliés s'accomplir bientôt. Puissent-ils par la prompte décision du sort de la Grèce consolider dignement l'œuvre en faveur de laquelle ils ont multiplié les plus nobles sacrifices.

Telle est l'expression de nos vçeux et de nos espérances. Nous vous prions , Monsieur le courte , de la déposer aux pieds de S. M. L avec l'hommage sincère de notre profonde reconnaissance.

394 D£ NAUPLIS. NOVEMBRE 1829.

Nauplie, -— Doyembre 1829.

La veuve Stournaris* se trouve dans un e'iat d'indigence et de dénuement, qui nous prouve combien les secours que plus d'une foîs nous nous sommes empresses de lui offrir, ont peu servi à atteindre le but que nous nous e'tions propose'. Cette dame, entoure'e de %ç^s filles, manque du plus strict nécessaire. De'sirant la sortir de cette situation, nous vous autorisons à vous concerter avec l'aumônier du corps régulier et avec M. Mavromatis, afin de prendre sans délai les mesures suivantes :

V. On fournira à la veuve Stournaris et à ses filles des chemises et quelques autres vêtements.

2"*. Il est assigne à la dite veuve Stournaris 300 piastres par mois, jusqu'à ce que le gouvernement puisse pourvoir d'une manière plus convenable et de'finitive au sort de cette famille.

3*. C'est sur les 300 piastres que la commission la pourvoira du logement, et que la maison que cette famille occupe, sera dès lors remise à la disposition du gouvernement.

* Femme de ce capitaine Stournaris qui commandait les Grecs à Thcroïque défense de Messolonghi.

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