‹ Correspondance du comte J. Capodistrias, président de la Grèce ..., Volume 3Chapitre 51 sur 65 · AU COLONEL PISA · texte numérisé non relu

AU COLONEL PISA

Lorsque la commission nous présentera le comte final des dépenses qu'exige Tenvoi des familles pauvres dans leur patrie, elle y ajoutera aussi celles qu'elle fera pour la famille Stournaris.

Nauplie> -- noyembre 18Î9.

Il m'est très-agréable de vous témoigner toute la reconnaissance que je tous dois pour les soins que vous donnez aux enfants que le vagabondage allait pousser à leur perte.

J'approuve le plan que vous proposez de suivre, pour leur donner une éducation qui les rende des hommes utiles à leur pays, et je vous remercie infiniment des. mesures économiques, au moyen desquelles vous espérez pouvoir le mettre à exécution. D'après le compte que vous m'envoyez, il vous reste à dépenser pour le mois de novembre 367 piastres d'Espagne. En faisant un calcul approxiqpiatif , l'entretien de quarante-quatre enfants n'outrepassera pas la somme de 600 piastres par mois. Le secrétaire du gouvernement pour la guerre est autorisé à mettre à votre disposition les 232 piastres, pour compléter la dépense du mois de novembre.

S'il s'agit de soustraire encore au vagabondage d'au-

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très enfants , le nombre de ceux qui sont sous votre surveillance pourra être porte au nombre de soixante.

Vous voudrez bien à la fin de chaque mois pre'senter votre compte au secrétaire pour la guerre, afin qu*il vous fournisse la dépense du mois suivant.

Le service que vous rendez à la Grèce en posant les bases de ce nouvel établissement, vous donne de nouveaux titres à la gratitude du gouvernement , et il s'empressera de saisir la première occasion de vous en donner la preuve.*

Nauplie^ — Dovembre 1829.

Le brick français TÀventure commandé par M. d'Assigny est arrivé ici le 6 (18) du courant, et il m*a apporté vos lettres en date du 26 octobre, ainsi que les 700,000 francs qu'elles accompagnent.

Ce secours sauve pour le moment la Grèce. Son gouvernement, en recevant le complément de la somme de 1,000,000 et demi qu'il a sollicitée, pourra attendre et utiliser les ressources et le crédit que l'emprunt lui promet pour la nouvelle année.

* M. le colonel Pisa avait réuni ce nombre d'enfants^ et avec beaucoup de soin et d*économie les faisait instruire , les habillait et les nourrissait : c'était le commencement d*un second orphanotrophe.

Sans ces moyens subsidiaires nul service ne pourra jusque-là se soutenir. Les soldats et les marins, sans pain et ^ns solde , seront poussés par le désespoir au brigandage et à la piraterie. Le paisible laboureur fuira les foyers qu'il commence à rétablir. Toute confiance disparaîtra. Le peuple se croira livré encore une fois au droit du plus fort. Les intrigants et les aventuriers dont ce pays fourmille reprendront courage, et en prêteront aux hommes qui les ont secondés durant Fanarchie. Ils tourneront au profit de leurs coupables desseins le départ inattendu de la brigade fi:ançaise. En peu de jours la Grèce sera replongée dans le désordre et Tanarchie , et ses augustes bienfaiteurs perdront le fruit de leurs nobles et généreux sacrifices.

Telle eut été dans le courant de novembre la déplorable situation de ce pays, sans le secours qu^il doit aux nobles sentiments qui vous animent en sa faveur. Telle elle deviendra, si en décembre nous ne recevons pas le complément de 1,000,000 et demi, et si Temprunt n'est pas conclu au commencement de la nouvelle année.

Pénétré de cette conviction, vous aurez la mesure tout entière de l'œuvre de bien que vous avez commencée, et que vous êtes appelé à accomplir.

Dieu nous a aidés , en vous portant à secourir ce pays de votre propre fortune dans une époque de crise , et lorsque les circonstances peu favorables retardent les décisions du ministère de S. M. T. C. et de M. l'ambassadeur de Russie. Dieu nous aidera encore. Les souverains.

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bienfaiteurs de la Grèce, ne lui refuseront pas Tavance que sollicite son gouvernenoient. Vous serez rembourse, et vous lui enverrez les 800,000 fi*ancs dans un mois, ainsi que la nouvelle de la conclusion de l'emprunt.

S'il doit en être autrement, ce pays subira une nouvelle catastrophe; mais du moins nulle responsabilité ne pèsera plus sur son gouvernement. Vous allez en avoir la preuve.

M. le baron de Rouen m'annonce que les prestations faites par Tarmée d'expédition au gouvernement grec en objets de guerre, d'habillement, etc. , ont absorbe' si ce n'est pas dépassé les subsides arriérés. J'ignore quel en était le montant. Si ce sont les 6,000,000, le gouvernement grec n'a reçu en numéraire que 3,000,000 et demi. 2,000,000 et demi auraient été dès lors la valeur des objets susmentionnés. On m'annonce qu'on va s'occuper de cette liquidation. Le fait est que le gouvernement grec a reçu des fusils, des chevaux, du drap, de la toile, des couvertures; mais il avait espéré que les fusils, l'artillerie, les munitions de guerre, ne figureraient pas dans cette liquidation, et que seulement les objets d'habillement et les chevaux seraient payés sur les subsides. Quoi qu'il en soit, comme la Grèce doit tout cela à la munificence du roi, elle respectera toutes les décisions de son ministère, et elle bénira toujours le nom de son auguste bienfaiteur.

Le gouvernement doit se référer aux communications dont l'avait honoré l'année dernière le ministère du roi.

et il ne peut pas douter que les 100,000 francs par mois qui furent accordes à l'organisation des troupes re'gulières depuis le mois d'avril, ne seront pas pris sur les subsides arrie're's. Toutefois il paraît maintenant que ces fonds étant épuisés , le subside mensuel cessera vers la fin de Tannée. Dans ce cas le gouvernement devra pourvoir non -seulement à Tentretien du corps régulier, mais à l'organisation de quelques nouveaux bataillons, pour lesquels il avait demandé les objets d'habillement qu'il vient de recevoir. Mais pour suffire à ces dépenses, ainsi qu'à celles des troupes légères et de la marine, où le gouvernement peut-il trouver des fonds, si ce n'est dans les sommes qu'il a demandées et dans l'emprunt?

On dira peut-être que la Grèce , n'ayant plus à se défendre, elle peut licencier ses troupes légères et désarmer ses bâtiments. La Porte a signé la paix avec la Russie ; mais a-t-on défini pour cela la position des Hellènes à l'égard des Turcs? Les uns et les autres sont en armes, et il n'y a pas de jour oii le gouvernement n'ait un expédient à adopter, pour éviter la continuation des hostilités, tant sur terre que sur mer. D'ailleurs quand même il y aurait un armistice formel entre les Turcs et les Grecs, quand même la question majeure des frontières serait décidée, le gouvernement pourrait-il dans l'instant dissoudre les Rouméliotes et désarmer tous les bâtiments? Il ne le pourrait sans compromettre la tranquillité intérieure du pays et la sûreté du commerce dans

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l'Archipel. Je le répéterai avec douleur^ le brigandage et la piraterie en seraient la conséquence.

Ayant des fonds à sa disposition, il prêterait des capitaux aux marins , et ceux-ci sortiraient des ports leurs bâtiments qui pourrissent maintenant, et ils vivraient du commerce. Il prêterait des capitaux auxRoumëliotes, qui dès lors construiraient des chaumières , achèteraient du bétail et des semences^ et qui, du moment qu'ils auraient des propriétés, respecteraient celles des autres. Ces hommes poseraient alors les armes et deviendraient des citoyens utiles.

C'est dans cette vue que j'ai demandé, dès que l'emprunt sera conclu, que les prêteurs donnent 3,000,000, et que les versements mensuels ne soient pas inférieurs à 1,000,000.

J'entre dans tous les détails, parce que je désire vous en entretenir, pour que vous en fassiez part à M. le prince de Polignac et à M. le comte Pozzo di Borgo. J'aime à espérer qu'ils auront la bonté d'en rendre compte à leurs augustes souverains. Vous aurez rempli votre tache, et vous aurez la satisfaction d'avoir puissamment contribué au salut de la Grèce.

Vous ajouterez de nouveaux titres à sa reconnaissance, en me procurant quelques informations positives sur tout ce qui concerne les subsides arriérés, et sur les liquidations dont les bureaux du ministère de la guerre semblent s'occuper. Vous devez avoir la copie d'une lettre que j'avais adressée à M. le baron dé Rouen. J'en

Au ChEVALIfiR EYMARD. 401

joins ici en duplicata une copie. Cette lettre vous mettra sur la voie; votre zèle et votre activité feront le reste.

Je joins ici également un duplicata de la dépêche' que je vous ai adressée en dernier lieu. Sa teneur me dispense de vous expliquer encore ma pensée sur les garanties que vous pensez devoir donner aux Puissances qui garantiront l'emprunt.

Le sénat va être informé incessamment des nouveaux gages de générosité' que vous venez de donner à cette nation, et la nation elle-même vous en témoignera sa reconnaissance.*

* A ceUe dépêche était joint le message suirant» adressé par le sébat à M. le cheralier Eynard.

g Nauplie» — novembre 1829.

Le gouvernement vient de nous communiquer votre lettre datée du 14 (26) octobre^ dans laquelle nous avons vu avec des sentiments inexprimables de reconnaissance les efferts que vous ave2 faits pour obtenir l'avance sollicitée de 1,000,000 et demi de francs, et surtout Tenvoi des 700,000 francs que votre générosité vous a porté à nous faire de vos propres fonds.

Dés le commencement de notre lutte vous n'avez cessé de faire des sacrifices en faveur de notre cause sacrée. Vous vous êtes attiré dès longtemps le respect des amis de Thumanité et la reconnaissance profonde des Hellènes; mais ce dernier bienfait, dont le prix est incalculable dans la crise où se trouve actuellement la patrie, a gravé dans nos cœurs d*une manière ineffaçable un nom qui sera désormais uni a Findépendance de la Grèce, et transmis par Thistoire aux bénédictions de notre postérité.

Notre patrie, qui a déjà reçu tant de témoignages de vos sentiments

Nauplie» -- norembre 1829.

Vos 700,000 francs nous sauvent, mon cher Eynard, pour le moment. Les 800,000 qui doivent compléter le 1,000,000 et demi que j'ai demande, en nous arrivant en décembre , nous mettront à même d'attendre la conclusion de l'emprunt et les premiers versements.

Dans ma lettre d'office je vous fais ma profession de foi. Ce n est pas pour vous que je la fais, c'est pour que vous la portiez littéralement a la connaissance de M. le prince de Polignac et de l'ambassadeur de Russie.

Je n'ai pas le temps aujourd'hui de répondre à l'office par lequel le prince m'annonce la retraite de la

affectueux pour elle^ est persuadée, d'après le sens du message de S. E. le président > que vous continuerez à employer votre sollicitude pour la conclusion de l'emprunt et pour Fenvoi d*une avance, deux objets qui sont pour nous de la première nécessité.

En vous garantissant le prompt remboursement de la somme que vous venez de lui avancer avec tant de générosité, la Grèce vous offre pour le moment par notre organe le tribut de ses sentiments. Lorsque la bienveillance et la magnanimité des souverains alliés auront accompli la restauration de notre patrie, c'est alors qu'elle s'empressera d'élever sur sa terre classique des monuments qui témoigneront a ses généreux bienfaiteurs la profonde reconnaissance dont elle est pénétrée.

Le président du sénat, G. Sissiifis.

Le secrétaire y M. Soutzos.

AU CHEVALIER £YNARD. 403

brigade qui occupait les places de la Messënie. D'ailleurs le ge'ne'ral Schneider m'avait pre'venu des ordres du ministère de la guerre, au moins quinze jours avant que je reçusse la de'pêche du prince.

Je ne vous dissimule pas que la prompte et inattendue retraite des troupes françaises fait une impression fâcheuse. Les intrigants, et nous en sommes entourés, expliquent cette mesure à leur guise. C'est une preuve, disent -ils, que la France ainsi que TÂngleterre ne croient pouvoir appuyer le gouvernement actuel de la Grèce, c'est-à-dire la personne du comte Capodistrias. Le roi de France ne donnera plus de subsides. Tous les secours sont réserves au nouveau chef que les souverains destinent à la Grèce. Tournez donc le dos. Désobéissez à celui qui vous gouverne. Faites mieux : ne lui payez pas les impôts , et accablez-le de demandes d'arrérages et d'indemnités. S'il vous les donne, c'est autant de gagné. S'il vous les refuse, prenez ce qui vous tombe sous la main.

Telles sont les suggestions perfides que des émissaires de toute forme et couleur tachent de faire au peuple et à l'armée. Elles n'ont produit jusqu'ici aucun effet, parce que les paysans, les soldats et les matelots ont du bon sens, et s'en tiennent au fond.

En serait-il de même, si le gouvernement ne pouvait pas garantir aux communes la tranquillité dont elles jouissent, et s'il était hors d'état de payer l'armée et la marine? Si l'on veut du désoixlre et de l'anarchie, il

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y en aura pour de longues années dans ce pays, et qu'on y prenne garde. Veut-on que ce dont les cours alliées conviendront enfin s'exécute ou non? Si Ton tient pour Taffirmative , qu'on donne au gouvernement les moyens d'y contribuer, car sans sa participation on n'en sortira pas, ni en peu de temps ni à bon marche'. À-t-on l'intention de se passer de lui? à la bonne heure : mais dans ce cas il faut le dire d'une manière franche et loyale.

Je n'ignore pas qu'on s'occupe à Londres des instructions dont doivent être munis les représentants des cours alliées à Constantinople. Je sais qu'on s'occupe aussi du choix du nouveau chef du gouvernement grec. Ce que je de'sire le plus, et pour ce pays et pour le bien gênerai et pour la gloire des allies, c'est que ces décisions soient fondées sur des principes de justice, et qu'elles soient par cela même exécutables. Dans cette hypothèse je n'hésiterai pas à continuer à servir encore ce pays, quels que soient la position et le titre que dans le nouvel ordre de choses on voudra m'assigner.

J'ai fait mes preuves dans le monde , et je n'ai pas besoin d'en faire de nouvelles. Tant qu'en bonne conscience je croirai remplir mes devoirs , je ne reculerai devant aucune difficulté, et je vous le répète, j'accepterai avec plaisir telle situation que l'on voudra. Du moment que je serai convaincu qu'il m'est impossible de justifier la confiance dont cette nation m'a donné et me donne des témoignages si touchants , je m'abstiendrai

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