A M. DESJARDINS
les entrefaites le projet de décret qui devra les résoudre, et vous en jugerez.
-j ,. 20 février
Nauplie, 1830.
4 mars
M. Bambas m'a exactement remis la lettre que vous avez bien voulu m' écrire en date du 26 novembre. Je vous rends grâces des informations qu'elle renferme. Le jeune Botzaris et son mentor Christos m'écrivent aussi ; l'un et l'autre pre'tendent que c'est par ordre de son auguste bienfaiteur que De'me'trius a quitte' votre établissement. Il se prépare, disent-ils, à faire des études militaires. Je lui réponds comme je le dois, et je lui donne une bonne leçon. La vanité est un peu dans le sang des vieux et des jeunes Hellènes , et tout ce que vous ferez pour guérir vos élèves de cette maladie ajoutera aux titres que vous avez déjà à la reconnaissance de ce pays.
Dans une tournée que je viens de faire dans les îles après la réception de votre lettre, j'ai trouvé qu'à Spetzia il y aurait moyen de vous offrir une ou deux grandes et belles maisons, oii vous pourriez peut-être vous établir très-commodément, avec les jeunes Grecs qui sont déjà dans votre institut, et avec tous ceux que le gouvernement et beaucoup de familles s'empresseraient sans doute de vous confier.
L'île de Spetzia est place'e très-ayantageusement. Elle çst à la porte'e du Pe'loponèse et de T Archipel. Son climat est très-sain. Un établissement semblable au vôtre y apporterait des bienfaits inappréciables. Les habitants de cette île, leurs confrères d'Hydra et des autres îles, et en général tous les citoyens de la Grèce, sont impatients de procurer à leurs enfants une bonne éducation morale, littéraire et scientifique. Mais le pays manque de maîtres et surtout de directeurs. Les dépenses qu'exige l'éducation dans l'étranger, dépassent trop la pauvreté des moyens, tant des pères que du gouvernement.
En vous rendant en Grèce, ainsi que vous en avez conçu la noble idée , en amenant avec vous des maîtres et tout le matériel en livres, cartes et autres objets d'instruction, les élèves obtiendraient tous les avantages d'une éducation européenne , et les frais seraient analogues aux ressources du pays.
Si vous persévérez dans l'intention que vous m'avez annoncée, veuillez vous occuper des vœux que je vous exprime au nom et de la part des citoyens les plus respectables de la Grèce.
Ainsi que je vous l'ai dit , Fîle de Spetzia , qui abonde en belles et grandes maisons, nous fournira avec peu de frais le local le plus convenable; et le gouvernement vous ferait, comme de raison, toutes les facilités et toutes les avances qui seraient nécessaires. Il se chargerait aussi de vous envoyer aux frais de l'état à Trieste un bati-
ment national, qui vous amènerait avec tout votre inonde , maîtres et élèves, sur les lieux. Il vous garantirait enfin pour son compte douze ou dix-huit e'ièves, qu'il tirerait de Torphanotrophe , ou quil prendrait parmi les enfants dont les parents ont porte' de grands sacrifices à la restauration de la Grèce.
C'est d'après ces données, que je vous invite à me communiquer avec le plus grand détail les observations que vous aurez à me faire, pour le cas où il vous serait possible d'accue4llir mes propositions.
Afin que vous soyez au fait des de'penses qu'exigerait l'entretien de chaque élève d'après le prix des choses dans le pays, je vous envoie ci-jointe une petite note qui vous indiquera ce que coûte l'entretien des élèves à l'école centrale militaire.
M. Mustoxidis va vous répondre quant au maître. Il a en vue un excellent ecclésiastique qui se trouve, je crois, à Trieste; et je l'autorise à l'engager de ma part à se mettre en correspondance avec vous.
ti^o/^. ^ i^ne^a^e^ ép^iaia, à ^alù.
,. 20 février ^^^
Nûuplie, 1830.
^ 4 mars
Je vous ai écrit, mon cher Eynard, en date du 3 (IS) février. Je continue aujourd'hui , pour vous accuser la réception de vos lettres du 9 et du 22 janvier.
Les démarches que vous avez faîtes avec le courage qu'inspirent toujours des sentiments purs et e'Ievës, n'ont pas manque leur effet, et j'attends d'une heure à l'autre les 600,000 A^ancs qui sont déjà annonces à Modon, d'après ce que me mande M. le général Schneider.
Ainsi que je vous l'ai dit par ma lettre d'office, M. le comte de Panin est déjà en possession des 500,000; mais n'ayant pas reçu d'ordres de la part de sa cour, ni de celle de M. Pozzo di Borgo, il ne peut qu'en être le dépositaire.
Vos 100,000 francs vont être versés dans le trésor; mais ils ne seront employés que pour encourager l'agriculture, et vous en aurez la preuve.
Ces ressources que la Grèce doit à votre infatigable bienveillance, offriront au gouvernement les moyens de soutenir jusqu'au mois d'avril l'administration publique, c'est-à-dire l'ordre et la tranquillité.
C'est dans le courant de naars que les revenus de l'état sont affermés d'après les usages du pays. D'après les mêmes usages, les fermiers paient d'avance un tiers; mais ce tiers n'entre d'ordinaire dans la caisse que dunai l'espace de six ou huit semaines^
A.vec ces minces ressources le gouvernement pourrat-il faire honneur à ses engagements envers les soldats et les marins? Pourra-t-il développer graduellement l'organisation des troupes régulières, en diminuant graduellement le nombre des irrégulières? Pourra-t-il en même temps fournir aux marins d'Hydra, de Spelzia et de Psara,
les moyens de radouber leurs bâtiments marchands, qui dépérissent dans les ports ?
Je viens de faire en tout dernier lieu, maigre' la rigueur de riîiver, une tourne'e dans ces îles; et je me suis convaincu de mes propres yeux que le gouvernement ne pourrait pas se dispenser de venir à leur secours.
La misère , et plus que la misère le désœuvrement de quelques milliers de marins, compromettent les plus grands intérêts de la nation. Les Turcs leur ofifrent dans. Tarsenal de Constantinople des places, et des emplois. Pourquoi ne les accepteraient-ils pas? Les chancelleries commerciales des ambassadeurs alliés à Constantinople leur offrent provisoirement les pavillons de leurs souverains. Pourquoi les refuseraient- ils? Or s'ils les acceptent , la Grèce aura-t-elle plus tard un pavillon et une marine?
Ces considérations , que je m'abstiens de développer ,^ m'ont porté à accorder 50,000 talaris aux communautés, des trois îles maritimes, afin qu'elles puissent radouber quelques-uns de leurs bâtiments y et donner ainsi de l'occupation , du pain et de bonnes espérances, à leurs matelots. Cette mesure a produit pour le moment un effet salutaire^ Mais ce n'est pas tout. Pour sauver notre marine des périls dont elle est menacée, le gouvernement devrait lui faire des avances plus considérables. Mais où les prendre?
Si l'imprimerie m'envoie à temps les nouveaux règlements de notre banque , vous les recevrez par la poste
d'aujourd'hui, et vous verrez les garanties que le gouvernement offre aux prêteurs de notre 8 pour 100. Si les placements re'pondent à mes vœux, Taffaire majeure de la marine sera regle'e sur une base nationale et complètement indépendante de toutes les combinaisons de la politique , si toutefois la politique ne s oppose pas ouvertement à ce que la Grèce ait une ve'ritable existence maritime et commerciale.
Plus je médite cette question grave, et moins je comprends toutes les notions qui parviennent à ma connaissance sur les mesures provisoires que les cours alliées semblent avoir adoptées. Elles of&ent, ainsi que je viens de vous le dire, aux Grecs leur pavillon et leur protection pour six mois , et jusqu'à ce que la Porte ait reconnu Te'tat Grec et son pavillon ; mais cette offre, au lieu d'être adresse'e au gouvernement actuel de la Grèce, a e'té faite directement aux marins, et par l'entremise d'une foule d'agents subalternes. Vous verrez dans les gazettes que je vous envoie les communications que j'ai cru de mon devoir d'adresser à qui de droit.
Il est bon que vous n'ignoriez pas cet état de choses, afin de pouvoir répondre si l'on vous fait quelque question. Dans le cas contraire gardons le silence, et laissons parler les choses.
Tout ceci vous donne, mon cher Eynard, la mesure de l'impatience avec laquelle j'attends les nouvelles que vous me promettez, tant sur le dénouement des négociations à Londres, que sur le résultat des dernières dé-
marches que vous avez faites pour négocier l'emprunt avec la seule garantie de la cour de Russie.
Je n'ai pas cesse' de re'pe'ter que , si des intérêts majeurs rendaient nécessaire la prolongation des ne'gociations, la conclusion prompte de l'emprunt pourrait encore rendre tole'rable cette longue crise. L'emprunt donnerait en effet au gouvernement grec une force morale et matérielle, qui seule le mettrait en e'tat d'avancer l'œuvre de la restauration de ce pays, et de préparer ainsi les voies à l'accomplissement du sort qu'on voudra lui assurer.
J'ignore quel est l'accueil qu'on a fait à mes observations respectueuses. Ce que l'on m'e'crit de Constantinople en date du 28 janvier, c'est que les trois représentants des cours alliées , dans l'attente oîi ils sont des ordres de leurs cabinets , ont consigné mes jérémiades au protocole.
D'un autre côté vous m'annonciez vous-même , mon cher Eynard, par votre lettre du 22, que d'un instant à l'autre arriveraient de Londres les communications officielles des décisions de la conférence. U y a cinq immenses semaines depuis lors , et je ne reçois aucune nouvelle de votre part.
Quelque pénibles que soient ces retards, les conséquences n'en seraient pas si dangereuses , si la malveillance n'en profitait pas tout à son aise. Le bon sens de cette admirable nation est mis à une rude épreuve depuis l'année dernière.
Des colporteurs de nouvelles, souvent titre's, lui annoncent à tout moment que dans peu de jours il y aura ici un nouvel ordre de choses. D'abord c'était le prince de Baden qui allait se rendre en Grèce , puis le prince Lëopold qui e'tait arrive' à Malte; aujourd'hui c'est le prince de Carignan qui vient recueillir ici l'héritage de la royauté de Jérusalem.
Je vous le demande, quel autre pays resterait dans une paisible et respectueuse attitude, si l'on s'efforçait de lui persuader avec un certain ton d'autorité, que le gouvernement auquel il obéit a cessé par le fait même , et qu'un autre va le remplacer ?
Cependant l'ordre se maintient; la tranquillité est parfaite. Les bons paysans bénissent Dieu , travaillent leurs terres, et haussent les épaules lorsque quelques orateurs les engagent à se préparer à ce grand changement. A l'exception d'une poignée d'hommes à mauvaise conscience, et chaque pays n'en manque pas, tout le reste conserve et renforce, s'il se peut, les sentiments de confiance et de respect qu'il a voués à son gouvernement actuel.
Sous ce point de vue les bruits imprudents qu^on a répandus et qu'on répand encore , rendent plus difficile l'exécution des arrangements que les alliés ont arrêtés. Ce pays, tout sauvage qu'il est encore, a aussi son opinion publique, et elle ne se prononce pas favorablement pour la combinaison d'une royauté , moins encore pour un prince étranger, qui viendrait l'exercer sans garan-
AU CUEYÂLIER £YNARD. 491
tics. Il est inutile que je vous en explique les moti&.
Ce qui me paraît cependant de toute nécessite' et de toute justice, ce que je n'ai pas laisse ignorer dans le temps, c'est que quel que soit le plan dont on sera convenu, puisque c'est par les Grecs et pour les Grecs qu'on voudra l'exécuter, encore faudrait-il le leur communiquer, et combiner dans les formes légales leur participation aux négociations avec la Porte , auxquelles ce plan donnera lieu nécessairement.
J'ignore également ce qui a été décidé sur ce point important. Il en adviendra ce qu'il plaira à Dieu.
M'étant acquitté loyalement de mes devoirs envers les augustes bienfaiteurs de la Grèce, il ne me reste plus qu'à attendre , tout en continuant, autant que faire se pourra , à porter ma croix , et je la porte sans murmurer.
Passons maintenant à des intérêts de détail.
Mes établissements naissants, l'orphanotrophe, l'école normale, l'école militaire, toutes les écoles d'enseignement mutuel, me donnent tous les jours de véritables consolations. Je m'occupe maintenant de la fondation d'un séminaire et d'une école rurale ou ferme-modèle. C'est sur la route de Nauplie à Argos que j'ai assigné un beau et magnifique terrain à cette ferme. Les charrues venues de France sont déjà en usage. Il s'agit maintenant de bâtir le local, des magasins, des étables, des ateliers , et d'acheter des bœu&.
Vos 100,000 francs nous sont arrivés à point nommé.
C'est sur cette somme que je prendrai 25 ou 30,000 francs que pourront coûter les bâtisses et les achats du bétail.
Si cette ferme-modèle re'ussit, nous aurons fait un pas immense vers l'amélioration agricole du pays, et je Tespère, attendu que M. Paléologue justifie jusqu'ici mon attente.
Ce qui nous manque le plus ici , ce sont des ouvriers. Si je faisais une respectueuse demande au roi de France, pour obtenir quelques places dans l'école des arts et me'tiers, serait-elle accueillie? Veuillez m'en dire un mot. Plaçant dans cette école une douzaine de jeunes Grecs, le pays aurait dans trois ou quatre ans des maîtres-ouvriers qui en feraient à leur tour une vingtaine.
Je joins ici quatre lettres, une pour M. Ruggeri, deux pour les professeurs ***, et la quatrième pour un Zuricois. Cette dernière est une simple réponse , sur laquelle il ne vaut pas la peine de revenir. Quant aux deux professeurs, vous m'obligeriez infiniment de prendre des informations à Tégard de l'institut de l'un et des capacités de l'autre. Si l'institut de M. *** est sous la sauvegarde de la bonne opinion de MM. Lasteyrie et Degerando, je n'hésiterai pas à lui envoyer des élèves, aux conditions avantageuses qu'il me propose. De même si le professeur de Bruxelles est connu avantageusement, et qu'il consente à venir ici avec un traitement modique, je le placerai immédiatement à l'école normale d'Egine, qui en aurait besoin. Enfin si d'après l'opinion des oon-
naisseurs, M. Ruggeri a en effet les capacités dont il me parle dans sa lettre , et que vous puissiez me Tassurer , envoyez-le ici. Il prendra la place de maître de dessin à Fe'cole militaire, et il fera aussi l'architecte en dehors de Te'cole. Voilà tout ce que je puis faire pour lui. Je lui paierai les frais de voyage; et s'il s'agit, pour le mettre en e'tat de partir, de lui donner 2 ou 300 francs, j'y consens et je vous prie de les lui avancer.
Il me reste à vous dire un mot de cette plaie e'ternelle des Mavromichalis. Sa famille, qui coûte toujours à cette pauvre caisse , ne veut rien faire pour le jeune homme. Elle pre'tend aussi ne le pouvoir pas. Donnez-lui donc quelque chose, et s'il s'agit de le faire revenir dans ses foyers, payez-lui ses dettes et les frais de voyage. Je ne pense pas qu'en restant à Paris il devienne meilleur, ni pour les siens ni pour la Grèce, et il me serait impossible de me charger plus longtemps de lui.
Je finis cette longue lettre, en exprimant du fond du cœur toute la reconnaissance que je vous dois, pour les services immenses que vous avez rendus, et que vous rendrez encore à cette pauvre et bonne Grèce.
P. S. Au moment de cacheter ma lettre je reçois la vôtre du 30 janvier. Je répondrai à M. Ricardo dans le sens que vous me suggérez.
Je vous exprimerai dans peu de jours mon opinion sur le projet de M. Barbezat. En attendant, je pense comme vous : je crois que c'est trop tôt.
Je vais faire prendre note dans notre compte courant des sommes dont vous m'accréditez, et je finis par vous conjurer de me faire connaître ce que vous apprendrez des longues négociations de Londres. Il est temps qu'on se décide, et qu'on nous dise ce que nous allons devenir. Je serai conséquent, et je ne changerai pas.
-y .. 24 fcTrier ^^^^
Nauplie. — 1830.
^ 8 mars
Je continue aujourd'hui, mon cher Eynard, la longue lettre particulière que je vous ai écrite il y a quatre joui's.
Je joins ici les exemplaires du règlement de la banque, et je vous prie de faire tout ce qui peut dépendre de vous pour nous procurer des actionnaires. Si la banque peut me procurer des ressources, mon intention est, ainsi que je vous l'ai dit, d'en consacrer la plus grande partie à l'encouragement de notre marine.
Je joins ici ma réponse à M. Ricardo ; vous verrez qu'elle ne préjuge aucune question.
Grâce à votre sollicitude bienveillante, je suis aujourd'hui en état de faire payer régulièrement la solde aux vingt bataillons irréguliers.
M. le comte de Panin, qui le premier a reçu les 600,000 francs, me fera pour sa quote-part le subside de janvier et de février, c'est-à-dire 400,000 francs.
AU CHEVALIER EYNAKD. 495
L'argent envoyé à M. de Rouen est déjà à Navarin, et sous peu il sera ici. Il me remettra alors, je pense, sa quote-part pour les deux mois déjà échus , et nous vivrons.
Je tâclie aussi d'avancer avec ces secours tant Forganisation des écoles, que d'autres arrangements favorables à l'agriculture.
Je joins ici une copie de l'ofïice que j'adresse à la commission des finances relativement k vos 100,000 francs. Je n'annonce pas les autres dispositions que je compte faire, pour ne pas me faire accabler de demandes.
J'ai lu le discours du roi d'Angleterre, et je ne doute plus de la conclusion finale des négociations concernant l'avenir de la Grèce. J'en ignore le résultat, et je ne me permets pas d'en juger.
Si comme vous me l'annoncez par vos dernières lettres, le prince de Cobourg est en effet appelé par le suffrage des cours alliées à la royauté de la Grèce , et que S. A. R. vienne à Paris, veuillez m'en informer une heure plus tôt, afin que je puisse m'acquitter envers elle de mes devoirs.
Vous lui direz, en attendant, que je le conjure d'arriver droit en Grèce. Toute apparence extérieure ferait une mauvaise impression, et un mal que nous pourrions difficilement guérir.
Lorsque je connaîtrai les propositions que les cours alliées veulent bien faire à ce pays, je prendrai moi-
même la liberté d'e'crire au prince. Je lui exprimerai en toute âme et conscience mon opinion sur tous les points, et surtout je lui dirai quelles sont les précautions qu il ne doit pas négliger, afin de se placer d'abord dans une situation oîi il puisse soutenir, sans se décourager, la tâche pe'nible qu'il est destine' à remplir.
Je ne vous en dis pas davantage sur ce sujet majeur, parce que je manque de toutes les donne'es ne'cessaires.
J'ai lu la lettre que vous adresse M. Barbezat.* Je persiste à penser que ce n'est pas le moment de livrer votre correspondance aux compilateurs. Dans tous les cas je ne me permettrai pas de contribuer à l'entreprise de M. Barbezat. Le public me croirait impatient de l'entretenir de mes faits et gestes. La malveillance me supposerait l'intention d'embarrasser mon successeur. Or si je désire que le monde me juge , ce n'est pas assurément sur des plaidoyers écrits, qui peuvent ressembler à l'histoire que M. Barbezat se propose d'imprimer. On nous dit de la publier au profit des Grecs. Mais est-ce que l'imprimeur et le rédacteur n'y seront que pour leurs travaux et pour leurs dépenses? C'en est assez sur ce mince intérêt.
Vous n'aviez pas reçu jusqu'au 30 janvier l'office que je vous ai écrit en date du 26 novembre (8 décembre) relativement à l'ordre du Sauveur. Ce retard mérite
* Ce libraire offrait à M. Eynard de publier la correspondance de ce dernier avec le président de la Grèce.
quelque attention. L'expédition que je vous ai envoye'e par Modon et par la poste française en renfermait aussi une à l'adresse de M« le maréchal Maison. Tachez de tirer au clair tout ceci.
P. S. J'ai à vous répondre sur la proposition concernant le prince Soutzos.
Quel que soit mon de'sir de lui procurer le moyen de servir la Grèce, il m'est impossible de le nommei* lui seul et le premier. Les Grecs supposeraient que je le charge de mes intérêts personnels, et non de leurs intérêts. Dans quel moment concevraient- ils ce soupçon?
Au reste nous sommes dans Tattente des communications que les cours alliées feront au gouvernement grec. Ces communications reçues, il faudra leur répondre* U faudra peut-être envoyer une députation au-devant du nouveau chef de la Grèce* L'affaire de renjprunt et les arrangements avec les créanciers de ce pays , peuvent aussi exiger que vous ayez auprès de vous un ou deux députés grecs. Tout cela pourra se faire d'un trait, et dans cette mesure générale le prince Soutzos pourra avoir sa part, et s'installer alors sous des auspices favorables.
Je vous écris conune si je vous parlais au tuyau de l'oreille.