‹ Correspondance du comte J. Capodistrias, président de la Grèce ..., Volume 3Chapitre 60 sur 65 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

498 DE NAUFLIE. -— MARS 1830.

/UCLil^ù

Nauplie> — 1830.

*^ 10 mars

La commission du sénat, chargée de nous faire un rapport sur la répartition des 50,000 piastres d'Espagne entre les trois îles, vient de nous l'adresser.

Les données sur lesquelles elle fonde son opinion nous semblent devoir être encore prises en considération, et c'est pour hâter autant qu'il peut dépendre de nous la répartition susmentionnée , que nous venons de l'arrêter d'après l'acte ci-joint.

Vous êtes par conséquent autorisé à porter sans retard ces dispositions à la connaissance de la démogérontie de Spetzia, d'Hydra et de Psara.

Vous engagerez ces messieurs à se réunir en conférence, à vous présenter la liste des citoyens qui ont des titres à une indemnité. Ils feront de concert avec vous le catalogue de ceux qui ne sont nullement en état d'entreprendre la réparation de leurs propres bâtiments. Ce catalogue fait , vous procéderez de concert avec cette conférence à la répartition de la somme qui est destinée à chaque île.

n est entendu cependant que ceux qui auront une

part à ce faible secours remploieront exclusivement à la mise en état des bâtiments qu ils possèdent, ou à la construction de nouveaux bâtiments d*un petit tonnage.

En donnant ce premier secours , le gouvernement a en vue uniquement de procurer sans retard du travail et du pain aux marins qui en manquent. Ainsi Toflice par lequel vous accréditerez auprès de nous les citoyens qui auront part à ce subside, énoncera de la manière la plus positive que la condition indiquée ci-dessus sera religieusement remplie.

A mesure que nous recevrons les offices que vous nous adresserez à cet égard , nous donnerons les ordres ne'cessaires à la commission des finances , pour que chacun reçoive la quote-part qui lui est destinée.*

Nauplie^ —- mars 1830.

Le gouvernement a toujours pense qu'il était au-dessous de sa dignité de répondre aux diatribes que le Courrier de Smyme renouvelle sans cesse contre les Grecs et leur administration actuelle. Le temps , qui tôt ou tard

^ Les 50^000 piastres d'Espagne furent distribuées ainsi: à'Hydra 25,000» à Spetzia IS^OOO, et a Psara 9,000.

fait connaître la juste valeur des hommes et des choses, devrait seul faire justice du honteux système de déception, par lequel ce journal a constamment taché d'égarer Topinion publique. On peut aujourd'hui se convaincre que, guidé par une passion aveugle ou instrument aveugle de la malveillance , le gazetier de Smyrne juge légitimes tous les moyens par lesquels il croit pouvoir parvenir à son but, celui de dénigret" la nation Grecque let son gouvernement.

Non content de consigner dans Sa feuille de fausses opinions, de fausses nouvelles, par ses numéros 104 et 105, il vient de publier deux prétendus décrets, portant 4'un la date du 14 décembre, et l'autre celle du 10 (22) janvier, en vertu desquels le gouvernement aurait institué un tribunal secret de surveillance, ou en d'autres termes d'inquisition.

Vous partagerez sans doute. Monsieur le résident, notre opinion, que dans cette circonstance le gouvernement ne saurait garder le silence , sans manquer à tous ses devoirs. Il déclare que, non -seulement le contenu des deux pièces mentionnées ci-dessus, leur date, l'endroit de leur promulgation, enfin tout ce qui les concerne, est entièrement controuvé, mais qu'il n'a jamais eu recours à des mesures semblables à celles indiquées dans ces pièces.

L'éditeur du Courrier de Smyrne s'est donc rendu coupable de di£famation et de calomnie, soit qu'il ait fabriqué des actes qui n'ont jamais existé, et qu'il présente

AU COLONEL HfilDPClC. 501

au public comme officiels, soit qu'il ait pemnis Tinsertion de ces actes dans son journal , sans s'assurer preala])le^ ment de leur authenticité'.

En conséquence le gouvernement greq se* croit en de^ voir de réclamer, Monsieur le baron , que yous fassiez ce qui est en votre pouvoir, afin qu'il soit traduit devant les autorités compétentes, et qu'il ait à reconnaître parla voie de son journal, et le plus tôt qu'il sera possible, la Êiusseté des pièces en question.

Vous jugerez sans doute convenable de porter notre réclamation à la connaissance de M. le comte Guilleminot, en l'appuyant de votre témoignage et de vos bons offices. Nous prions en même temps Messieurs vos collègues de vouloir bien communiquer aussi à LL. EE. Monsieur l'ambassadeur d'Angleterre , et Monsieur l'envoyé de Russie à Constantinople, leurs observations à ce sujet.

Nauplie, -- mars 1830.

Les deux jeunes architectes, MM. Géantes et Schutart m'ont remis la lettre que vous avez bien voulu m'écrire de Rome. Je ne vous ai pas répondu plus tôt, parce que vous connaissez mieux que personne la somme des détails et des désagréments qui absorbent tout mon temps, çt qui met à l'épreuve ma patience. Les jeunes architec-

tes sont déjà employés , et ils justifieront sans doute la bonne opinion dont vous les honorez.

Je suis bien aise d'apprendre que votre santé s'est passablement rétablie. La mienne se soutient; mais le séjour de Nauplie ne lui est pas favorable.

Nos affaires marchent ici aussi bien que possible. Malgré les longues incertitudes qui planent sur Tavenir de ce pays, malgré les intrigues auxquelles ces incertitudes donnent lieu , et qui ne sont que trop dans la nature de certains hommes, la tranquillité et Tordre se maintiennent. J'aime à espérer que ce pays traversera honorablement la crise actuelle , et que de mon côté je serai enfin quitte d'une responsabilité qui dépasse mes forces.

Vous ne devez pas douter du prix que j'attache, mon cher colonel, à recevoir de vos nouvelles, ni des sentiments que je vous porte.

«J^o/^. K^HJ^j, à

NaupUe, -— mars ISSO.

Ce n'est que depuis avant-hier que j'ai reçu. Monsieur, la lettre que vous avez bien voulu m'éorire en date du 10 décembre.

J'ai des remerciements à vous faire , et de la peine que vous vous êtes donné de vous charger des livres que M. Vernet vous a confi.es, et des iaform,atio^s qu'il vous^

A H. LÉVÉOS. 503

plaît de me donner, relativement à l'établissement qu'il s'agit de fonder en Angleterre pour l'éducation des jeunes Hellènes. M. Widoc que je suppose arrivé à Syra, aura, j'espère, la complaisance de me faire parvenir les livres, et j'en écrirai alors à M. Vemet.

L'expérience, qui est le meilleur maître en toute* chose, nous a donné jusqu'ici la mesure des graves inconvénients qui résultent d'une éducation faite à l'étranger, lorsque les élèves s'éloignent de leurs, pauvres, foyers en bas âge% Ils nous reviennent si étrangers aux moeurs, à la langue, à la religion de leurs pères, que quelles que soient les connaissances qu'ils ont acquises, ils éprouvent des difficultés insurmontables à s'acclimater de nouveau, et à. être^ de 'quelque utilité à leurs concitoyens.

Il en serait bien autrement ^ si les élèves dont il s'agit ne quittaient leur sol natal qu'à l'âge de quatorze ou. quinze ans, et après y avoir employé ce temps à fréquenter les écoles nationales, d'abord celles.d'enseignement mutuel, et ensuite les écoles centrales.

Nos établissements naissants renferment à cette heureau delà de 7,000 élèves, et avec l'aide de Dieu, j'espère que ce nombre sera doublé, et peut-être même triplé,^ dans le courant de cette année.

Si parmi ces élèves, les plus recommandables par leur conduite et par leurs progrès obtenaient pour récompense l'avantage de perfectionner leur éducation à l'étranger, nul doute que le succès n'en serait immanquable

504 OK NAUPLIB. MARS 1830.

pour la civilisation progressive de la Grèce , et que lea soins des amis généreux de ce pays n'eussent des résultats pleinement conformes à leurs vues chrétiennes et bienfaisantes.

Si Tinstitutioii dont vous me faites Thonneur, Monsieur, de me parler, a pour objet de recevoir des élèves aux conditions et d* après le mode indiqués ci-dessus, je serai heureux de contribuer de tous mes efforts à ce qu*en temps et lieu le gouvernement puisse tirer des écoles de la Grèce le nombre d'élèves que vos amis à Londres voudront prendre sous leur protection. Dans le cas contraire je m'abstiendrai de toute participation quelconque au projet dont il est question , ne pouvant pas prendre sur ma conscience et sur ma i^sponsabilité les conséquences d'un système d'éducation , qui finirait par dénationaliser cette partie de la nouveUe génération, sur laquelle la Grèce fonde ses espérances.

Si vous partagez. Monsieur, mon opinion, et si vos amis l'honorent de leur sufifrage, il sera très-facile de régler par la suite le nombre d'élèves, et surtout de vous indiquer l'état pour lequel il serait le plus désirable de les perfectionner.

Ce dont la Grèce a le plus besoin dans cette première époque de sa restauration, c'est d'acquérir parmi ses concitoyens des hommes assez instruits et assez capables pour nationaliser chez elle les arts, les métiers, tes sciences et les lettres. C'est dans cet ordre et vers ce but qju'on devrait, ce me semble, diriger les vues bienfai-

santés de vos amis, qui veulent bien s'occuper de l'avenir de la Grèce dans des vues nobles et ge'ne'reuses.

Les de'tails dans lesquels -je suis entre' vous prouveront, Monsieur, le prix que j'attache à la commiuiication que vous m'avez faite.

Nauplie^ -- mars 1830.

La lettre d^office ci-jointe vous fera comprendre en partie, mon cher Eynard, les embarras dans lesquels on tache de me mettre. Le plus grand de tous serait sans doute le dëûcit des finances , et c'est pour le prévenir que je vous supplie de déployer tout votre zèle et toute votre activité'.

M. le comte de Panin m'a annonce que S. M. l'empereur de Russie avait autorise éventuellement son ambassadeur à Paris à mettre, s'il le fallait, à la disposition du gouvernement grec une avance supplémentaire de 400,000 francs.

Si vous pouvez en obtenir autant de la part du ministère français , nous pourrions alors couvrir les dépenses de mai et de juin, et attendre ainsi, sans courir les chances de l'anarchie et du désordre, les revenus du pays, la conclusion de l'emprunt , ou du moins l'exécution des arrangements concernant le sort de la Grèce.

506 DE NAUPLlfi. MARS 1830.

Le silence qu'on garde sur ces deux derniers points ne fait qu'aggraver la crise , et préparer des résultats qui peuvent devenir funestes pour ce pays, et qui seront sans contredit complètement contraires aux intérêts et aux vues des Puissances alliées. Leurs agents auprès du gouvernement grec manquent de toute information quelconque, et viennent se consoler chez moi, en demandant à ma vieille expérience l'explication de cette énigme. Je n'en ai aucune à leur donner, quoiqu'il ne me fut nullement difficile d'en trouver la clef.

On prétend savoir que le prince Léopold est déjà arrivé à Paris ; j'en serai bien aise, parce qu'au moins par votre intermédiaire S. A. R. voudra bien peut-être se mettre en relation avec le pays qu'elle doit gouverner.

Vos dernières lettres sont du 2 février; jugez avec quelle impatience j'attends celles du mois de mars.

Quoique les esprits soient dans une grande fermentation, la tranquillité et l'ordre se maintiennent, et je continue à apporter graduellement dans chaque branche de l'administration toutes les améliorations qui ont été arrêtées par le congrès d'Argos. La fermeté et le calme avec lesquels le gouvernement continue à s'acquitter de ce devoir, resserrent les liens de confiance qui existent déjà entre lui et la nation, et paralysent les eflForts d'une poignée d'intrigants , qui s'étaient flattés peut-être de les affaiblir dans cette circonstance. Ils ont espéré et espèrent encore de fatiguer ma patience, au point de me pousser ou à des mesures de rigueur ou à quitter mon poste,

A l'amiral MIAOULIS. 507

avant d'en faire la consigne sous les auspices de Thonneur et de la loi. Ils n'y ont pas réussi , et n'y réussiront pas , à moins que les cours alliées ne le veuillent. Elles le voudront, si elles gardent un plus long silence et nous refiisent les secours pécuniaires que je sollicite jusqu'à la réalisation de l'emprunt.

Nauplie^ — mars 1830.

Mon cher Miaoulis, J'ai tardé à accuser réception de votre lettre du 18 mars, parce que j'espérais vous apporter la réponse moi-même à Poros.

Voyant qu'il me sera impossible de quitter Nauplie de quelques jours , je ne veux pas vous laisser dans l'inquiétude sur l'affaire qui vous regarde.* Je vous prie donc de croire encore une fois que votre affaire est la mienne propre, et que je me croirais déshonoré pour le peu de jours qui me restent à vivre, si cette afi&ire im-

* L*amiral Miaoulis demaDdait an décret du président et du sénat» qui accordât à lui et à ses descendants la propriété de Glykia» terre nationale dont le défrichement avait été déjà commencé par son fils. Le sénat s'opposait à cette concession » et le président ne parvint a vaincre sa résistance» qu'en employant auprès des sénateurs les bons offices de son frère Augustin. Ainsi M. Miaoulis finit par obtenir ce qu'il demandait; on a vu plus tard de quelle reconnaissance il a payé le président et sa patrie.

portante pour vous n*était terminée de manière à ne laisser ni à vous, ni à vos enfants, ni à vos petits-neveux, rien à désirer à tout jamais. Soyez donc tranquille.

Vous aurez appris par des bruits qui courent que le sort de la Grèce a ëte' décide'. J'ai reçu moi-même, et de Constantinople et de Londres et de Paris, beaucoup d'informations confidentielles sur notre avenir. Les agents des cours étrangères accrédites auprès du gouvernement grec viennent aussi de recevoir les ordres de leurs gouvernements. MM. de Panin et Dawkins attendent ici M. de Rouen, pour nous faire la communication officielle des actes de la conférence de Londres. Je ne puis pas pour le moment vous en dire davantage, parce qu'on ne peut juger de questions aussi graves que d'après des communications officielles. Tout ce que j'en pense jusqu'ici n'est pas couleur de rose, parce que tout en voulant nous faire du bien et assurer notre indépendance , on le fait de manière à désobliger tout le monde. J'en ai le cœur serre'; ce qui m'encourage cependant, c'est avant tout mon espoir dans l'assistance de Dieu , ensuite la ferme détermination de remplir mes devoirs , de manière à justifier la confiance dont la nation m'honore; c'est enfin les bonnes dispositions que montre en faveur de la Grèce son nouveau souverain. Voilà , mon cher Miaoulis , en peu de mots ce qui en est de notre situation actuelle. Je vous en fais part, pour qu'à votre tour vous en entreteniez ceux de vos compatriotes qui servent sous vos ordres à l'arsenal et à la marine..

A M. RAIRO. 509

20 mars Nauplie, rr- 1830.

J'ai à peine le temps de vous dire , mon cher Raiko , que j'ai enfin reçu la communication officielle des délibérations de la conférence de Londres. C'est M. lé comte Alopeus qui les apporte à M. le comte de Panin. MM. Dawkins et de Rouen les ont aussi reçues, et ces messieurs vont aussi se réunip ici pour m'en faire part au nom de leurs cours , et pour se concerter avec moi sur les mesures qui restent à prendre , afin que les décisions susmentionnées soient exécutées.

L'ensemble de ces décisions doit remplir les vœux légitimes de la Grèce. Lorsque je serai dans te cas de porter à la connaissance de la nation Tavenir que la Providence lui a réservé 9 et lorsque j'aurai quelques instants à ma disposition, je vous donnerai des informations plus détaillées.

Ce qui est important de vous faire connaître une heure plus tôt , c'est que le prince appelé par le suffrage unanime des cours alliées à la souveraineté de la Grèce, c'està-dire le prince Léopold de Cobourg, vient de m'écrire lui-même à cette occasion , pour m'engager à lui promettre que dans la nouvelle situation des choses je continuerai encore à vouer mes services à la Grèce. Je lui

510 DE MAUPLIE. — - ÂTRIL 1830.

répondrai comme je le dois, et je ne me refuserai pas en effet à seryir, tant que mes forces pourront me le permettre. Je ne suis pas venu en Grèce pour chercher une place, ni la première place ; mais en accueillant les vœux qui m'ont e'té exprimés par cette nation , je n'ai eu d'autre but que de contribuer de tous mes moyens à sa restauration politique. Ce but a été invariable, et reste toujours le même. Du moment que le prince souverain ^ qui vient d'être choisi par les Puissances alliées, est le seul moyen par lequel ce but puisse définitivement être atteint, je suis le premier à l'accepter et à m'en réjouir de grand cœur. Pour aujourd'hui je ne vous en dis pas davantage. Ce peu de mots vous en disent assez, pour que vous ayez un langage à tenir aux citoyens qui vous entourent , et qui viendront sans doute vous demander des nouvelles et des explications.

Nauplie^ •- rp 1830.

Mon prince, La Providence n'abandonne pas la Grèce^ J'en ai une nouvelle preuve dans les sentiments généreux qui portent Votre Altesse Royale à défendre les intérêts légitimes de ce pays, au moment où il s'agissait de la décision de son sort. La lettre que Votre Altesse

AU PRINGK LÉOPOLD. 511

Royale m'a fait Thonneur de m'adresser en date du 16 (28) fe'vrier,* offre à la Grèce les gages les pluç rassurants sur son avenir. Elle les trouve tous dans les ef-

* Lettre de S, A, B, le prince Leopold de Saxe^Cobourg au comte Capodistrias,

Marlborough Hou6e> ~ fërrier 1830.

Mon cher comte» Je De tous écris aujourd'hui que quelques mots pour vous informer qu*après des discussions fort pénibles je viens d'accepter Toffre flatteuse et honorable des Puissances alliées de la souveraineté de la Grèce. J'avais prié les Puissances d'accorder aux Grecs la faculté d'objecter contre ma personne , mais elles n*ont pas écouté ma sollicitation. J'ose cependant me flatter que » lorsque les négociations seront connues des Grecs ^ on m'accordera d'avoir déjà acquis quelques droits à leur reconnaissance.

Si je n'avais pris en considération que ma position personnelle > j'aurais insisté sur des conditions plus favorables ou je n'aurais pas accepté; mais la crainte de rejeter toute la question grecque dans le chaos dont elle sortait m'a fait faire le sacrifice de toutes vues personnelles.

Vous connaissez, mon cher comte , les sentiments que je vous ai voués depuis longtemps; je ne saurais donc là-dessus vous dire quelque chose de nouveau; mais je dois vous exprimer mon espérance que vous voudrez bien continuer vos généreux et utiles efforts pour la régénération de la Grèce dans la nouvelle position des choses , et m'assister de vos conseib et de vos lumières dans la carrière difficile que je vais entreprendre. Je vous prie de vouloir bien continuer à guider la barque de l'état, que vous avez si souvent sauvée du naufrage , jusqu'à mon arrivée. Je ne sais pas si les formes exigent encore une autorisation plus en règle; en ce cas je vous la ferai parvenir aussitôt que possible. Je vous prie cependant, en attendant, de considérer celle-ci comme conclusive et d'en donner connaissance à qui besoin en sera. Mon arrivée ne pourra avoir lieu de sitôt, car j'ai beaucoup d'affaires particulières à régler. Je vous prie d'avoir la bonté de me mettre au courant des affaires aussitôt que vous pourrez. Sons ce rapport il serait important de n'envoyer bientôt un secrétaire de

5i2 Dl NAUPLIK. — AVRIL 1830.

forts que vous avez faits, mon 'prince , \>à\lv ijtfe fe délimitation fat plus conforme à ses vœux, étpoûr^ljiril lui fiât accorde' une part dans le choix de son* souverain.

Le protocole du 3 fe'vrier, et les actes qui lui sfei'^fettl de complément , vont être communiques ofEcidléàibnt au gouvernement grec, j^ignore dans quels termte ; mais autant que me le font présumer mes explications Confidentielles avec les résidents des trois oours alliées', ces messieurs demandent la stricte exécution deà ordres'ddnt ils sont munis, sans admettre aucune négobiatioil, né fiiit-ce même que pour convenir des formes d'à[Jrèy tes^ quelles les arrangements adoptés par lés Puissance^ 'devront être exécutés. . . p . 1 1

Si Votre Altesse Royale veut avoir la bonté de jeter leà yeux sur les décrets du confgrès d'Argos; ddût'jéf jolttij ici un' exemplaire ^ elle Verra (1" décret, al'tîclé 3) <^il tie m'est permis dé fcontracti^'au nôinet dé'lâ'J)à]^t'd^ la Grèce aucune obligation relative aux arràn^éiA^ènti définitifs dont il s'agit, que lorsque séi^ déptiték 'plénipotentiaires en auront pris connaissaïicé et 'le^ 'kiirôhif r^tiflétf;' •■ •-•'.! - i l.ni.h ..

GëpehdÀnt, domme le point de vute'teUi Ife^él^lè

i .' .•• *'-* . ' .111 l ' i t .ltM.»« 'il l^n*tU '

coaÇance, qui pourra $tre le portent, fejps^ëpéçlfj* p^ |qj^pûy|f^ f^e senrir pour les écritures grecques.

^Jé ào\i TOUS ëd-îre longileiAeDt' en kMite joit^ ihï''ki\khiAAit; fkgtétft Vtxprtssfou 4e. ma hwtOtf)Dnsid#4M<>#<^l dei.l|Cfi^9^,iiii|^i^,a(?»fîi«4 qu^lleje ne fesserai d*étre, etc. f

AU PIUNCE LÉOPOLD. 513

congrès d'Argos a envisagé le traite du 6 juillet difïere essentiellement de celui sous lequel les Hautes Puissances contractantes ont juge devoir considérer ce même traité dans leurs stipulations du mois de février; comme le gouvernement grec, malgré ses instances réitérées, n'a été appelé à prendre aucune part aux dernières négociations, peut-il se conformer à leur résultat, sans demander la réunion préalable d'un congrès national , et sans encourir le reproche de porter atteinte aux serments , à la dignité et aux droits de la nation? En effet, réunis en congrès pour recevoir la communication des actes de la conférence de Londres, les députés des provinces se trouveraient, quant aux clauses qui concernent la délimitation, dans la pénible alternative ou de manquer aux devoirs les plus sacrés envers leurs commettants, ou de iie pas remplir ceux que leur impose à de si justes titres la reconnaissance des Hellènes envers leurs augustes bienfaiteurs.

Mais le sentiment profond de ces mêmes devoirs aurait porté les représentants de la nation à accueillir avec gratitude toutes les auti^es dispositions qui lui assurent des avantages inappréciables; et Votre Altesse Royale aurait alors éprouvé la satisfaction de se voir appelée par le suffrage unanime et solennel d'une assemblée nationale k accomplir la restauration de la Grèce, sous la sauvegarde des institutions dont le congrès d'Argos a posé les bases. Dans Tétat actuel des choses, les considérations que j'ai indiquées plus haut, et en général le mode d'après le- TOUS m. ZZ

ht A DS NAUPLIB. AVRIL 1830.

^el les Puissances ont résolu d'exécuter leurs décisions, me mettent dans la nécessite de faire une réponse inmië- ^iate aux communications que je vais recevoir, et de renoncer à la Convocation d*un congrès. Je porterai donc à la connaissance du sénat et de la nation les motiâ qui m'obligent à me charger d'une aussi grave responsabilité; et le sénat, j^espère, la partagera avec moi, parce qu'il partage la confiance sans bornes que je place dans les intentions nobles et généreuses de Votre Altesse Royale, intentions qui se trouvent si clairement exprimées dans sa lettre du 16 (28) février. C'est dans votre sein, mon prince, que les Hellènes déposeront leurs vœux; et c'est en les accueillant avec bonté que vous leur ferei; concevoir et apprécier l'étendue du bonheur que les Puissances leur ont réservé, en les élevant au rang de peuple libre et indépendant.

J'attache un si grand prix à soumettre d'avance à Votre Altesse Royale le plan de conduite que je me propose de suivre , que je lui en rends compte avant même d'avoir reçu les communications officielles de Messieurs les résidents des ccAirs alliées, et avant d'avoir adressé au sénat aucun message sur ces graves intérêts. Je me flatte que je pourrai sous peu de jours m' acquitter de ce devoir, et que le sénat exprimera lui-même respectueusement à Votre Altesse Royale les vœux de la nation. La réponse qu'elle daignera lui faire , j'en suis assuré d'avance, dissipera alors tous les doutes, calmera tous les esprits, et ouvrira tous les cœurs aux sentiments du

plus noble et du plus sincère deVouement envers Votre Altesse Royale.

Quel que soit Tempressement que mettront les ambassadeurs des trois Puissances à Constantinople à s'acquitter de leur commission , je doute que Tévacuation de TEube'e et de TAttique s'eflFectue aussi promptement que paraissent le croire les résidents accre'dite's auprès du gouvernement grec. Quand même la Porte aurait délivre' les firmans nécessaires, il n'est pas à présumer qu'Omer* Pacha et le commandant d' Atliènes s'y conforment sans élever des difficultés ou sans opposer des délais. Quoi qu'il en soit, il est impossible que l'évacuation des territoires occupés aujourd'hui par les Grecs ne devienne encore pour ce pays une source de troubles et de désordres, à moins qu'elle ne s'opère aux conditions suivantes :

1*". Qu'elle ait lieu en même temps que la retraite des Turcs des territoires assignés au nouvel état Grec. « 2*". Que les commissaires démarcateurs, dont fait mention le paragraphe 9 du protocole du 3 février, soient également chargés des mesures relatives à cette évacuation.

3"*. Que des fonds suffisants soient mis à la disposition du gouvernement, pour qu'il puisse offi^ir des moyens de subsistance aux nombreuses familles qui chercheront un asile en Grèce.

Votre Altesse Royale me permettra de fixer pour quelques instants son attention sur chacun de ces points.

' Gé ti'est que par des faits qu*(yn pourra conyaincre les Grecij^ue, sili ahàùàohnënt d'vaîé part des territoires 'qu'ils dut conquis au prix de leur satogy ils adptèrentde Tautre des provinces ùH le sort des armes t»e» le^ur a pas ëté'favoraWe. Cependant les Puissances alliées vôntexî- 'géi^ la reti'aite immédiate dès forces grecques de terre et dé iiier, qui couvreiit la 'Grèce occidentale. Pourra-t-elle se fafire sans désordre, è\ une autorité imposante ne se troiiVe pa^ sur les lieux? "Je crois inutile de démontrer qùé éè nest qùé par la préisen<ie des commissaires démarcâteurs, et par Tapptii mm^al ^ue leur prêteront les forces navales dés PuissànceiJ)alli=ëes,'qu*on pourra prévenir dés désastre^, qui siéraient inévitables, si on voulait confier cette tâche au 'gouvernement grec et à ses agents.

Enfin les lïialheureux habitants de la Grèce occidentale, auxquels dépuis Inoccupation de Lépante, de Messolonghi et dé Vonitza , le ' gouvernement s'est empresse 'd'offrir quelques avances pour enseniencer leurs Champs et attendre la récolte de cette année, vont probablement quitter leurs foyers. Pourra-t-il leur accorder un asile , sans être à même de leur don net* de nouveaux-recours f Lés trou verônt-ils chei leurs frères de la Grèce orientale et dû Pélérpfàndse , qui <^mmencéntir* j^>ei»e à se relever dé là 'pr6ftfi<Jé taisèt*é cjtii les' aecabteit? ' n ] . «

îlhei nàf^apf^iattîébt pas 4e^1»eu^eH si la ligtie de TAsprdpëtafcïè§*^)îmi^^anfertte« vi^ et debon

VoisiUàgà^ifi'^dif Às'Stli^ ^ll^â$t*i^fi^^^'^toquie 'et la Orèce. 'Cd^ (Jiié' Jé'rte éëssèrài de répéter,* o^eat ifue les

^U PAINGE LEQPOLD. 54^7

huit pi7Qyinces qui doivent rentrer ^us la djomin^tion ottomane? savoir IWcarnanie, Vonitza, Valtos, Vlocliqs^ AgrapJba ^ Grav ari , Carpënisi , et Patradj ik , renferment une population chrétienne de 80 à 100,000 âmes, qui fouimit à elle seule presque les deux tiers de Tarmee 'grecque 5 composée d'après la dernière réforme de yingt bataillons de 400 hommes chacun^ Il estnotoire.d'aillet^f^ que ces provinces, exclusivement habitées par des Grecs^ D*ont jamais été entièrement soumises à la Porte , et q^e leurs soldats et leurs capitaines ont ^e plus.contjribué par leur valeur à soutenii: avec,. succès .la.lufte cpijtre les Turps depuis 1821.. Lpifsqu'po le^nf .aiuippcçcft que leur I terre natale e8|b,replacée,squs Ja.sofiv/sr^i^çte, musuln^^ne,. que feront-ils? S'il^ tresten|: dai;^ l^s^rapgs de Tamée grecque, ce Vest.pas ^iCW^ ^liQP^ PPHP^^ ^o^~ £ler>lè garde de la nouvelle frontière, ^i ppoi; .sf; yc|)i^r à lei^r. ancien métier , dlamxatotis. , ih préfçrejqt^jç rjç- . gime! tuiro^ respacteroii^-iU. /cpttç.mêijde .frofl^iprp,^ :?Vp^ 'Oomm6.de coutume w, él^Mi^d'hositUités avçfl,jqç, njusnkaans?! Je ne le pense pais ;:PVi des honune;s,4îgfî^,(l^ foii m'ASSurent.quefrAspropOit^v^Ofl eVlç.Spei^ch;us ne^ éont ea plusieui^ endroits que de^ j:u^s^e;^):p^ gi^p^blç^ ; quci le pays î€aa.4^àideiWfiirivièi:eSî »n'c;$t7m'^wp^i|afftç désert, où il nexifiitditti ^iiliB,pi.vill^g|i;,,çnjpfl,que^oute;la li^gie)lti»eéa pbi> kbpro**cole <dif ^Mm^^[iVfiiViVp^^^^^

^ était 6iiifn|)iclrt«t4t4^i|^i 4p(0fc %$» .d'q^^wpp ^ppyi; Jqy- ^ )6turftro0uvre deopaix qui lai coûte ^tfinj^ 4ç ^a<;rjfiCjes,4}V^

518 DE NAUPLIE. — AVHIL 1830.

Puissances. Je ne m*étendrai pas davantage sur ce sujet , qui doit être pénible pour Votre Altesse Royale. J'ajouterai seulement que , si les décisions des cours alliées relativement à la délimitation sont irreVocables, Votre Altesse Royale peut seule aplanir sur les lieux les difiScultes presque insurmontables que rencontrera leur exécution, et prévenir des conséquences funestes pour le pays.

Je la supplie donc très-instanmient de hâter autant que possible son arrivée en Grèce. Personne ne saurait TOUS remplacer, mon prince, dans une conjoncture aussi grave, sans que votre ëloignement ne devienne une source de regrets pour les Grecs, pour les Puissances alliées, et pour la Porte elle-même.

Afin de consoler les misères et d'empêcher le desordre, qui seront le premier fruit de la nouvelle délimitation , le gouvernement grec doit pouvoir donner des secours et des espérances. Or ce n est pas le gouvernement qui est au terme de sa carrière, qui peut remplir cette tache avec succès. Ce n est pas non plus ce même gouvernement, qui pourra inspirer assez de confiance aux Puissances alliées pour leur faire comprendre, ainsi quà la Porte, que les complications qui naîtront de Texëcution des arrangements adoptes seront le résultat de la nature même de ces arrangements.

Les affaires qui peuvent retenir encore Votre Altesse Royale dans l'étranger n'auront à ses yeux qu'une importance secondaire, lorsqu'elle voudra bien prendre en

AU PRINGB LÉOPOLD. 51 9

considération celle dont je viens, d'avoii^. l^Konneur de. Tentretenir.

En mon particulier, quoique accable de travail et de peines, je vouerai tous mes soins et tous mes efforts K justifier la confiance des Grecs et celle dont Votre Altesse m'honore, et je m*estimerai heureux de m*acquitter de cette double obligation, aussi longtemps que ma santé pourra n(ie le permettre, et que Votre Altesse Royale, voudra accueillir le faible hommage de mes services.

P. S. Nauplie, 26 mars (7 avril). J*ai pprté hier au, soir confidentiellement à la connaissance du sënat le protocole du a fe'vrier et la lettre de Votre Altesse Royale.

A cette occasion j*ai pris à tache de développer aux membres de ce corps les avantages que les transactions, de Londres réservent à leur patrie ; et en finissant mon. discours, je leur aï annoncé que, lorsque je recevrai les, communications officielles, je conférerai avec eux sur la marche que je me propose de suivre pour remplir mes, devoirs envers la Grèce , et pour justifier, autant qu'ils pourra dépendre de moi, la confiance dont m*honoren\ 1^ cours alliées et Votre Altesse Royale. .

Après un profond et triste silence , le sénat me demanda la permission de se retirer, afin de se donner le temps de réfléchir mûrement sur les graves questions dont je Tavais entretenu.

Aujourd'hui une députation composée du présidenjt çt de deux rapporteurs m'a demandé une audience.

Cette députation sort de chez mo*u Yoîci ^ mon prince> eu peu de mots la substance deJeuirmessageviK^ousignorons dans quels termes les Puiss^inces alliées iiou$. àoto-? neix>nt connaissance de leurs décisions. Quelles apt^talle» soient, nous doutons, diaprés lest obs6rTAtioi)Stque.v^M9 nous avez faites, que ce^ décisions pous laissent la, libeiié d*accepter ou de refuser. Nous n'^tona pas le pouvoir d'accepter Tacte du 3 février etceux.<]ui enfontlecom* plément; et quand même la nation nous aurait inyestis de ce pouvoir, il nous serait encore impossible de T^xé^ i coter sans manquer à ce que nous- bous detonsà aousr mêmes, à ce que nous devons* à »nos firères de la tivèoe continentale^ de Candie, de âamoa,iet>des- autres îles«qui seront rendues aux Turcs. Votre ExceUence-fera^ide . qu'elle jugera le plus uttl^ s^utsalutsde la.pjitrteyimdîs nousiue donnerons Jamais notre adhésion. à lce)que^toas vpus chargiez, Monsieur Le. président^ aa nom etideila^^ part de la nation, des mesurée rrelatîvea àl'exéctition'du protocole du 3 février^ Les Puissances alliées peuirent accomplir leur décision; mais nous ydeofteurero^s étran^/ gers. Nous sommes prêts à.conalgner;.dans ûn>ipémoire les motifs qui nous imposent la pénible nécessité de ne pas nous écarter de cette ligne de conduite. Nous vous supplions de porter notre mémoir^c aux pieds^ des souverains alliés. Dans leur justice et dans leur humanité ils en jugeront* m -

Votre Altesse Royale ne doute pas, j'espère, de tous les eiroiHft<{ue> j'ai faits poMir ramener cette »dépulatidn à

des opinions moins extrêmes* Je lui ai fait le tableau le plus frappant des dangers majeurs auxquels de semblables déterminations exposeraient et les provinces qui doivent rentrer sous la domination musulmane , et celles qui constitueront désormais le nouvel ëtat Grec. L*un des membt*es delà députation^ M. Ainian de Patradjik^ tné dit alors : cr Votre Excellence donnera de^ ordres dans nw provinces; mais personne n'y obéira. Qu^'atirottsnous gagné de consentir à des miesures dont Texécution est impossible? » Je lui ai répondu: « Pourquoi- seraitelle impossible, si nous offrons* à nos concitoyens Une pâ-' trie datis le territoire qui reste à la Grèce, et si nous leur donnons les moyens de s*y assurer une paisible et honorable existence? » .

Je ne fetiguerai pa^ Votre Altesse Royale de tous les détails de ce long entretien. Le fait est que les esprits se montent, et que ce ne sera pas chose aisée que de les calmer. J'ai fait tout ce qui dépendait de moi pour y réussir, et je le ferai encore; mais je le répète à Votre . Altesse, quelle vienne elle-même y contribuer, et j'aide à croire qu^Aalors ma tache deviendra moins difficile. ' " -

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Nauphe, rr ISào.

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Votjre. Al tresse Royale a la bontQ de Ine demander un

522 DE NAUPLIS. AVRIL 1830.

homme de confiance, qui puisse lui rendre compte de Tëtat où se trouve la Grèce dans ce moment décisif.

Dans Timpossibilité de faire ce choix sans exciter des jalousies, et sans donner aussi à Tesprit de parti une nouvelle occasion d* aggraver par des menées odieuses les difficultés qui ne sont que trop dans la situation des hommes et dans la nature des intérêts de ce pays, j*ai dû prendre le parti de vous écrire, mon prince, la longue lettre que j*accompagne de la présente.

Mettant un grand prix à vous la &ire parvenir une heure plus tôt, sans attendre les courriers des agents étrangers qui ne peuvent pas partir de sitôt, je confie ces lettres à M. le prince de Wrède. Il a ordre de se rendre à Marseille ou à Toulon, et d*annoncer à M. le chevalier Eynard qu'il est porteur de dépêches pour Votre Altesse Royale. Ce dernier s*empressera de vous en informer, mon prince ; et vous voudrez bien alors envoyer à la quarantaine, où se trouvera M. de Wrède, quelqu'un qui puisse les recevoir d'une manière sûre.

Si Votre Altesse Royale trouve à propos de me faire parvenir sa réponse par ce même messager, il s'en chargera avant même d'avoir terminé sa quarantaine. Dana le cas contraire M. de Wrède aura l'honneur d'aller présenter ses hommages à Votre Altesse Royale, et elle lui donnera les ordres qu'elle jugera convenables.

M. de Wrède a fait un long séjour en Grèce; il y a servi comme militaire , et s'est toujours conduit d'une manière honorable^ En mon particulier je ne le connais^

AU PRINGB LÉOPOLD. 523

que par Tintërét que lui portait M. le colonel Heideck. Je le crois cependant assez au fait de ce qui s*est passé et de ce qui se passe en Grèce, et il pourra, si Votre Altesse Royale le désire, lui donner une idée générale de Tétat où j'ai trouvé ce pays, et de celui où il est dans ce moment.

Que Votre Altesse Royale me permette de lui réitérer encore une fois l'expression des vœux que je forme pour qu'elle se décide à arriver le plus tôt possible en Grèce* Tout retard pourrait devenir fiineste à ce pays, et compliquerait de plus en plus les affaires dont Votre Altesse Royale veut se charger.

Ces affaires sont par leur nature très-difficiles, et je crois l'avoir démontré dans ma dépêche. Du moment que Votre Altesse Royale accepte l'immense tâche d'accomplir les destinées de la Grèce, les moyens de commencer cette grande oeuvre sous d'heureux auspices ne se trouvent plus qu'entre yos mains. Vous ne pouvez, mon prince , la confier à d'autres sans atténuer leur action, et sans la rendre peut-être inefficace. D'ailleurs la délimitation doit de toute nécessité faire subir à la Grèce une forte crise. Pourquoi Votre Altesse Royale ne saisirait-elle pas cette première occasion de lui donner la mesure des sentiments paternels qui l'animent en sa faveur, et des sacrifices qu'elle est décidée à faire pour son salut?

Si j'ai eu quelque succès dans l'opinion de ce peuple, s'il ne cesse de me donner les preuves d'une confiance

524 DE NAUPLUK.' — ^ AVRIL 1830.

sinoènei et^itlimitée ,• c*ert qu'il me ^oit coMtammevit par-r tager en per$onQe $es misère» et ses «onflfeaPffidytcUui^s le but unique de les soulager*. Cest au lnyouac,«c'eU sous le .pauvre abri d'une chaumière, n'importe Ijntempërie de^ saisons, mon âge et mes infirmités, quele^peuplci et. Jle^ -soldats m'ont souvent entv'etenu^de leurs intérêts ^ qMliUx>At^ lappris^à Q»e coiwaître , qt que j'ai pu aussi leyr inspiri^rJe sentiment de. tout cejqMi'ils^ dpi vent àf^ux-mêm^^,k leur gouvernement et au movd^ civilisé. J^Qseraîy moii;i;pri»ce,, vous le dire i c'eisit à. cette première épreuve ^e les Grecs vous attendent, Si .vgjus vous présentez à kiirs yeux oonune un grand seigneur qui ne peiAtepdpr, rerilaur pauvreté et leurs ;privat^n0^jiu lieu deleur .i^a*-. ppsepv vow lv)ou&.p]riMeire^!Fplont0ir^ment du.ipojen le p)lus> sur xi';agir. utUe^enjt sur leui^ esprit. L'ocqasioQide ^itre^Cie premier sacrifiée, vous (est pfiferte^ Yene? dpnc ^-^. sister en personne aux opérations difficiles ]6t (IpmIqu-. r($i^eis de la déliïtrftation/ e«^p •souISQrezi pcis tqiiet|l'ftutrea Si'ei^.chargentàv<MFe.plo€ieé| i^uf . .^»n ..i mt»/ ..t^.i MfJiei'fdois atassl à/yol;re,lÂ.lta9S^tqifelq^€($i^i^pliQ}cti9n« pahtiou1|iènes sun la'pren^ièri&iparliei4e|paAii4^p^9fntt m'est impossible de trouver le.tempis.de;iymi$>&inâ9iffioo( pirince^ l'Mial)(sedes'aciefi[4]a W cQv^^nmt^^fU^àns; mais4 m» samUeiéindeùt l^u'ëlle ^ jtfg^flu^ulik^ piwil ex^«ditt£ d'iin^ose&rfàjb iGorèce leS'<rs4ii|ge«»^(s ^QfqH^^ doitartmUto;S(ttit4n^>â«diuiRe/ ^,)imdl^Ae^l^},^il^ ad^t^r>dânf ^iiibtiiias.li%»leSrt' ^l^«9fm*^pi^lHi^^^ d*(aptprofaftdii>Je»anott&^qnl(3#ui^nt{avo^^ l^j^ré^^

AU PRINGI LÉOPOLD. 525

fërence à ce mode; mais ce que je sais, c*est qu'il est moins favorable aux inte'rêts de ce malheureux pays et à ceux de Votre Altesse Royale.

L'acte du 3 fe'vrier et celui qui confère à Votre Altesse le pouvoir souverain et he're'ditaire n'articulent pas un seul mot sur le droit public des Hellènes. Ce silence ferait croire de deux choses Tune : ou que les Puissances alliées considèrent que la personne du prince absorbe et concentre en elle-même tous les droits des Grecs, ou que c'est au prince souverain qu'elles ont réserve' la faculté de les reconnaître, par une déclaration qu'il donnerait au moment de prendre la direction des affaires. C'est cette seconde explication que j'ai donnée aux i|iembres du sériât, et à tous les citoyens qut m'accablent de questioii^ depuis que les* transactions de Londres sont eon^ nues, et c'est dans cette pensée que sera probablement conçue l'adresse du sénat. ^

^11 dépendra maintenant dfe* Voire Altesse de faire le reste. Votre réponse, mon prince, sera attendue arec anxiété; et elle remplira tous les vœux, si elle s'exprime d^ns des termes positifs sur les points que je vais prendre là Mberté'de TOUS signaler.

^1*; Si *VMre Altesse est disposée à embrasset* la religiéii du f)ays^ ^'«elle veuille, le luiannoinpcer^ Par le £ût Sétibde'cette 'déclm^alioii ,' le lîeh lie plus sacré* unira désfôrtààls' ceàc 'nàtidn^ à Votre Alt^îssa et à sa dynastie. "^ ΫI «VôUs^ne Voiriez pas'sâïi»' doute», mob^rificev^oo*^ vérAéi^ §Atiii ^ïiiVi^ dés; form^^ «légales , et^atià^fiiii^ipà|ptl^

526 DE NAUPLIB. — - AVRIL 1S30.

ciper la Grèce à Tadoption de ces formes. Veuillez, mon pfince, jeter mi coup d*oeil sur le second décret du congrès d'Argos, et vous verrez qu*en déclarant que vous adoptez les bases posées par le dit décret, vous vous réservez (en respectant tous les droits des Hellènes) la faculté de leur donner des institutions sages , en suivant les leçons infaillibles de Texpérience.

y. Les autres décrets du congrès d*Argos garantissent les intérêts légitimes de toutes les classes de citoyens, qui ont fait de grands sacrifices durant la guerre. Si Votre Altesse Royale annonce par un seul mot qu^elle fera droit à ces intérêts, en se conformant aux dispositions de ces mêmes décrets, elle ne laissera rien à désirer, et la nation ira à votre rencontre en vous comblant de ses bénédictions*

Je voudrais pouvoir être maître de quelques heures, pour vous développer, mon prince, les moti& qui m*engagent à vous soumettre ces trois propositions. Votre Altesse Royale me rendra, j'espère, la justice de croire que je puise ces motifs dans le fond de ma conscience. Je me trompe peut-être, mais je n'oserais pas vous répondre d'un accueil tel que cette nation le doit à son souverain, si vous arriviez au milieu d'elle, précédé ou accompagné du silence le plus complet sur les trois points mentionnés ci-dessus.

Que Votre Altesse Royale me pardonne la franchise de ce langage. C'est le mien, c'est celui qui m'a valu dans d'autres temps vos bontés.

AU CHEVALIER BTNARD. 527

J^aurais vivement dëslrë vous entretenir^ mon prince, de nos finances, de Tarmëe , de la marine, et en gênerai de toute l*administration ; mais je doute qu il me soit donne de m'acquitter de ce devoir. Telle est la masse de détails qui m'accablent aujourd'hui plus que de coutume , tel est le surcroît de travail auquel me condamne dans ce moment la diplomatie, que mes forces commencent déjà à m'abandomier, et que je suis contraint de dicter même cette lettre particulière. J'en fais mes excuses à Votre Altesse.

M. le chevalier Eynard, auquel ce pays doit tant, vous fera connaître sa détresse et l'impérieuse nécessité d'envoyer des secours pour la fin du mois d'avril. Que Votre Altesse Royale les apporte elle-même. Tel est le vœu que je ne cesserai de vous exprimer.

25 mars Nauplie, ■- tt 1830.

C'est avec les courriers qui ont apporté à Messieurs les résidents des cours alliées les ordres relatife à l'exécution des transactions de la conférence de Londres, que j'ai reçu, mon cher Eynard, vos dépêches et vos lettres particulières jusqu'à la date du 7 mars, avec la lettre que S. A. R. le prince Léopold m'a fait l'honneur de m'écrire en date du 16 (28) février.

J*attache un si grand prix, à faire arriver une heure plus tôt ma réponse au prince, que je vous la transmets aujourd'hui par un courrier ad hoc^ afin que vous la lui fassiez parvenir en mains propres, quand même il se trouverait encore à Londres.

C'est M. le prince de Wrède, officier de cavalerie qui a servi la Grèce avec distinction , que je charge de la présente. Dès qu'il aura atteint Marseille ou Toulon, il vous enverra par estafette un mot de ma part, et vous aurez alors la complaisance de faire retirer pai* une personne sûre le paquet que je lui ai confie'. Vous y trouverez la présente, et celle que j'adresse au prince.

Si le prince est à Paris, S. A. R. trouvera peut-être à propos de faire retirer le paquet par une personne de son choix. En l'ouvrant il y trouvera celui qui lui est adressé , et la présente pour vous.

M. de Wrède fera sa. quarantaine, et ne refiisera pas de revenir en Grèce avant même de l'achever, du moment que S. A. R. jugera devoir lui confier ses dépêches. Dans le cas contraire il aura l'honneur d'aller présenter ses hommages au prince et de prendre ses ordi^e**

J'ai fait payer à M. de Wrède 700 francs pour ses frais de route. S'il repart de la quarantaine, ou s'il arrive à Paris, et qu'il ait besoin d'argent, je vous autorise à faire mettre à sa disposition 1 ,000 francs.

Je n'ai fait que jeter les yeux sur les actes de la conférence de Londresr Messieurs les résidents d'Angleterre et de Russie, dans l'attente de leur collègue qui va ar-

AU CHEVALIER ETIVAKD. 529

river d*Ëgine, n*ont eu avec moi que quelques entretiens confidentiels ; mais Tensembie des notions que j'ai pu recueillir me donne assez à connaître les arrangements que les cours ont définitivement arrêtes, et le mode absolu et pe'remptoire avec lequel ces arrangements sont imposes à Grèce.

Il était de mon devoir d'appeler avant tout l'attention du prince Léopold sur les difficultés presque insurmontables que rencontrera, je ne dirai pas leur adoption, mais leur mise à exécution.

La Grèce n'a qu'à obéir, et elle obéira; mais ce n*est pas tout. Elle doit aussi faire preuve de gi^atitude pour les nombreux, bienfaits de ses augustes protecteurs. J'aime à espérer qu'elle remplira cette tâche d'une manière honorable. Elle placera désormais toute sa confiance dans les intentions nobles et paternelles de son souverain. Elle le rendra dépositaire de ses vœux et de ses espérances, et ce sera à S. À. R. à faire le reste.

Telle est la pensée du plan de conduite que je suivrai, tant pour répondi^e aux communications olBcielles des cours alliées, que pour porter les Grecs à comprendre les avantages que leur réservent les transactions de Londres. Telle est aussi la substance de la longue dépêche et de la longue lettre particulière que j'écris aujourd'hui au prince Léopold.

Je démontre à S. A. R. que ses devoirs, comme ses intérêts les plus chers, doivent l'engager à se rendre sans aucun retard en Grèce. Les opérations relatives à la dé-

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