II
miner vos idées au sujet de la suite à donner à la première publication de la Rei>ue, et j'ai attendu, pour me décider moi-même à quelque chose. Puisque vous n'avez rien ajouté à la lettre du 4, voici à quoi je m'arrête. Je vais faire faire un tirage à cinq cents exemplaires de la composition de la Revue; puis, j'attendrai, pour l'impression du volume in-12, que vous m'ayez envoyé vos corrections ; il vous suffira de faire coller une bande de papier en marge des feuilles imprimées de la Revue, et d'y mettre vos indications; mais, entre nous, corrigez peu. Il n'y a rien à changer au fond ; quelques mots peut-être à modifier. Quant à la satisfaction que vous projetez au mécontentement de la Belgique, ne vous en préoccupez pas trop. Je crains que vous n'ayez été mal informé. Je n'ai entendu dire nulle part sérieusement qu'on ait été mécontent. Si on l'a été, cela tient à un excès de vanité que les héros devraient bien laisser aux gens de lettres. Quoi que vous fassiez, vous ne guérirez pas cette plaie-là. Ne vous en souciez donc pas plus que de raison. Pour satisfaire de certains amours-propres, il ne faudrait louer personne et ne chatouiller qu'eux. Ne faites donc aucun changement sérieux. Une fois votre texte bien assuré, je mettrai Michel Lévy à l'œuvre; il n'y a pas un meilleur choix à faire et vous serez bien servi. Du reste, il n'y a pas à se plaindre d'avoir un peu retardé cette distribution ou cette mise en vente : le succès vrai, qui était celui de la Revue, n'en a été que plus assuré et de meilleur aloi. C'était celui qui vous convenait. Si nous nous étions remués davantage, comme les ardens le voulaient, nous aurions tout gâté et nos amis sages nous auraient blâmés, et le public, qui est fm, et qui est toujours un peu indifférent, même aux grands de la terre, heureux ou malheureux, le public aurait vu qu'on voulait faire un succès politique à vos écrits, et ils n'auraient pas eu le succès d'estime sérieuse.
d'émotion honorable, de talent et de caractère qu'ils ont eu, car là-dessus, il n'y a qu'une voix. J'aurais voula que vous puissiez entendre tout ce que, hier, aux obsèques du vieux d'Haubersart, j'ai entendu, venant de tout le monde ; il faudrait citer tous nos amis qui étaient là, et les plus huppés, Mignet, Rémusat, le duc de Broghe, M. Guizot, M. de Salvandy. Thiers, je le tiens de M. Buloz, a été ravi. L'opinion de tous était celle-là même que Buloz vous exprime dans une lettre que j'ai remise à Bocher pour ne pas charger le paquet : les Chasseurs ont encore fait plus •d'effet que les Zouaves, un effet plus sérieux et plus profond. Et puis le succès a été naturel, facile, sans provocation, sans fanfares, tel qu'il vous convenait. Maintenant la publication du volume le renouvellera sous une autre forme. Les journaux pourront parler quand ils auront à rendre compte d'un livre. J'espère y décider le Journal des Débats. On me dit que le gouvernement a défendu l'envoi en Crimée du dernier numéro de la Revue; je ne le crois pas, et Buloz me l'eût dit. Mais, entre nous soit dit, les ardens prennent souvent pour la réalité le désir qu'ils ont des mesures extrêmes et ils les désirent, pour avoir le droit de s'en plaindre. La France est pleine de grognards politiques.
Cuvillier-Fleury.
Twickenham, 12 avril 1855.
Ce petit mot, mon cher ami, pour vous remercier encore de tout ce que vous faites; je vous ai laissé, je vous laisse toujours parfaitement le maître dans cette petite affaire; je m'en suis trouvé à merveille, et je ne saurais mieux faire.
Je tempérerai les ardens, dont les avis, cependant, peuvent être bons quelquefois, car ils sont intelligents et dévoués; mais tout cela n'est qu^ad référendum. J'ai jeté un coup d'œil sur les livres, et ce first glanée a été fort satisfaisant. N'oubliez pas que je vous ai envoyé, le 27, mes commissions pour la vente Libri. Je n'ai que le temps de vous serrer la main; je pense avec bonheur qu'avant un mois je le ferai matériellement.
Mille amitiés.
Paris, samedi, 14 avril 1855.
Mon cher Prince,
M. Buloz a reçu l'avis officieux que rien ne pouvait être plus désagréable que ce qu'il a fait, et que si on avait pu supposer qu'il connût le véritable auteur, on ne l'aurait pas laissé si tranquille *. Bien que ce donneur d'avis
* Nous avons dit, déjà, que le gouvernement impérial tolérait difficilement, dans la presse, ce qui rappelait l'existence des princes de la maison d'Orléans. Le zèle de ses agents, à cet égard, allait si loin, que même encore en 1862, les préfets envoyaient des « communiqués » aux journaux assez téméraires pour prononcer le nom du duc d'Aumale. Une lettre du général Le Flô, adressée au Prince, fournit une preuve assez piquante de cette intolérance. La famille royale avait été touchée des termes dans lesquels Victor Hugo venait de parler du Roi dans le roman des Misérables; le duc d'Aumale en avait remercié Victor Hugo, à qui le général Le Flô s'était chargé de transmettre ce remerciement. En rendant compte de cette mission, il écrivait au Prince le 27 août 1862 : « ... Je me suis empressé d'envoyer à Victor Hugo la lettre qui le concernait plus particuMèrement ; voici le petit billet qu'il m'a adressé à ce sujet : je crois ne pouvoir mieux faire que vous en transmettre l'original. Vous y verrez que l'auteur des Misérables a été très heureux, et je vous assure qu'il
ET CUVILLIER-FLEURY. — d8o5 243
soit un conseiller d'Etat, ancien rédacteur de la Revue, je crois qu'il a beaucoup pris sur lui; et, bien que j'aie l'assurance qu'on aurait mieux aimé voir, dans la Revue^ un article sur le Chili que sur les Zouaves, je ne pense pas que l'irritation ait eu le caractère qu'on lui donne. Quoi qu'il en soit, le tirage est terminé; voici cent exemplaires que je fais porter chez Collin, d'où je vous écris, et que vous recevrez demain. Il y en a quatre cents autres qui resteront au bureau jusqu'au retour de Bocher de Londres, et alors nous conviendrons de l'usage discret que nous en ferons, sans fanfare et sans politique.
Cuvillier-Fleury.
Paris, lundi, 16 avril 1855.
Je veux d'abord vous remercier, mon cher Prince, pro parte virili, du magnifique cadeau que vous avez adressé à ma fille pour sa première communion et qui n'a d'autre défaut que de n'être pas, pour elle, une leçon d'humilité;
a été extrêmement flatté du témoignage de la satisfaction de la famille royale. Je viens de savoir qu'il a dû le dire à un de ses amis, rédacteur d'un petit journal de Mâcon, je crois, lequel, en ayant parlé dans ce journal en citant votre nom, a reçu, du préfet de son département, un léger communiqué, l'engageant à n'avoir jamais à écrire, dans ses colonnes, sous quelque prétexte que ce soit, les noms des princes d'Orléans. C'est se montrer bien susceptible, et indiquer d'étranges préoccupations... » Voici, d'ailleurs, le billet de Victor Hugo :
« Londres, 31 juillet.
« Je vous remercie, mon cher Le Flô. Cette lettre m'a ému profondément. Je suis heureux d'avoir touché ce noble cœur. On a des abîmes entre soi, mais le rayonnement des âmes passe au-dessus.
« Je ne vous écris qu'une ligne. Ma femme vous répondra. Ceci n'est qu'un serrement de mains.
« Victor Hugo. »
mais elle y trouvera, du moins, une bonne inspiration de reconnaissance. Votre souvenir seul nous avait flattés au delà de toute expression; et le choix du témoignage que vous avez voulu nous en donner, s'il n'ajoute pas à notre gratitude, complète pourtant notre plaisir. Ma femme écrit dans ce sens à la Duchesse votre sœur, et elle me met à ses pieds, comme elle désire aussi que je vous transmette l'expression de son admiration toute maternelle pour le bel ornement destiné à une jeune tête qui lui est si chère. Merci donc pour nous deux, mon cher Prince ; mais je sais qu'il ne faut pas vous remercier trop longtemps, et je passe à autre chose.
M. Bocher m'a transmis vos intentions au sujet du tirage, et Collin les exécute aujourd'hui même. De mon côté, j'ai mis en train Michel Lévy, qui vous fera un joli volume dans les conditions que vous dites, c'est-à-dire belle impression et beau papier. Il y faudra une douzaine de jours pour le moins; comptez que je vais presser le travail, car je veux quitter Paris vers le 8 ou le 9 mai au plus tard et je ne voudrais pas être retenu par le souci de la distribution.
Cuvillier-Fleury.
Paris, vendredi, 27 avril 1855.
Oui, certainement, mon cher Prince, j'ai lu et approuvé V introduction que vous m'avez envoyée. Je n'ai pas trouvé la même approbation chez les ardens, qui, naturellement, trouvent cela froid, et auraient voulu quelque chose qui indiquât Tauteur et la source. Mais c'est justement l'obstination de cet anonymat si bien soutenu par vous et si mal
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gardé par le public que j'approuve. Pourquoi se mettre en frais de confidence quand le public s'en charge si bien? Mais, sur ce point, l'antagonisme n'a pas cessé d'exister entre les ardens et moi ; peut-être mon âge est-il de moitié dans ma prudence ; je crois aussi qu'il s'y mêle le sentiment d'une certaine dignité : il faut, dans votre situation, se laisser deviner et ne pas se jeter à la tête des gens. Voilà pourquoi j'aime votre introduction. Je l'ai montrée à Bocher l'ardent, et à Buloz le prudent. Ce dernier n'y voit rien à redire à son endroit, bien qu'il soit devenu, depuis quelque temps, exceptionnellement chatouilleux, sans doute par suite de quelques avis officieux qu'il a reçus. Il nous demande quelques jours de répit pour la deuxième édition sous forme de volume ; je n'y vois pas d'inconvénient, si ce n'est de retarder de quelques jours aussi mon départ, car je voudrais, jusqu'au bout, garder le gouvernement sur cette petite affaire qu'un excès de zèle pourrait compromettre. C'est l'avis de tous nos amis de quelque poids.
En général, je crains que Buloz, après avoir été très franchement décidé pour une première publication, ne se fasse beaucoup d'illusions sur le danger qu'elle a eu pour lui; mais je n'en suis pas moins disposé, pour ma part, à tenir compte de ses appréhensions. Nous lui devons cela, de toute manière. Il m'a, du reste, rapporté que le général Dumas lui avait dit : « Les princes ont raison de revendiquer pour eux l'honneur de ces deux créations : elles sont bien leur œuvre. » D'un autre côté, on me rapporte que Drouin de l'Huys aurait dit à des Méloizes, son secrétaire :« L'article du duc d'Aumale est charmant. » Je vous ai cité le propos d'un chambellan qui n'était pas moins favorable ; et, en somme, je ne vois pas trop ce qui fait la grande alarme de Buloz, que je suis cependant décidé à respecter dans une mesure raisonnable. Du reste.
notre impression marche ; je corrige, ce soir, la dernière épreuve.
Cuvillier-Fleury.
Paris, 7 mai 1855.
Nous mettons en vente demain, mon cher Prince, le volume de Michel Lévy, et nous allons nous en occuper. Il est bien entendu que c'est Buloz qui a autorisé la publication de ses articles sous forme de volume, et c'est inattaquable. Du reste, les approbations se multiplient : Villemain est venu me voir hier pour me remercier de mes Etudes, m'offrir l'Académie et me parler de vous avec une singulière vivacité d'apologie. M. de Falloux a chargé Mme de Chantérac de dire à ma femme le plaisir que cette lecture lui avait causé. En résumé, l'effet a été excellent ; l'impression qui en reste, dégagée de tout ce que la passion et l'opposition politique ont pu y mettre dans le premier moment, est bien ce que je voulais qu'elle fût, en ne la gâtant pas par des fanfares, et en laissant à l'auteur des Zouaves un succès de caractère, d'esprit et de loyauté digne de son nom et de son sang, et digne aussi du souvenir de ce grand homme de bien dont les démagogues avaient fait un roué, et qui était, vous le savez, le moins charlatan des hommes et le moins Franconi des rois...; ce n'était pas un médiocre mérite quand il s'agissait de gouverner des Français.
Adieu donc; je n'ai que le temps de vous dire que je imets le cap sur Twickenham, que je ne pense plus à autre chose, et que, mardi soir, je pars sans remise. Oh ! que ne suis-je déjà sous votre toit !
Cuvillier-Fleury.
ET CUVILLIER-FLEURV. — 1855 249
Paris, 4 juillet 1855.
Mon cher Prince.
J'aurais bien voulu, au lieu d'avoir à vous faire aujourd'hui une nouvelle exposition de mes sentiments pour vous, ravivés et renouvelés, s'il était possible, par cette adorable villégiature que je viens de passer sous votre toit, — mais protestation toujours un peu fastidieuse pour quelqu'un qui est aussi naturellement et aussi simplement bienfaisant que vous l'êtes, — j'aurais aimé à vous dire quelque chose de nouveau de ce pays où je suis de retour depuis bientôt une semaine, et dont la physionomie n'a guère changé, même sous le coup de ces formidables nouvelles qui nous arrivent de l'Orient. L'émotion est grande, dans les rangs élevés, et en ce moment très clairsemés de la société parisienne ; plus bas, l'insouciance est visible ; plus bas encore, il semble qu'on soit plus sensible à ce bruit de guerre et à ces alternatives si émouvantes de défaites et de victoires, qu'à toute autre considération. Ce peuple-ci aime le spectacle, même à travers la lanterne magique; et, de si loin que lui en vienne l'émotion, elle lui plaît; seulement, il ne faut pas le lui faire payer trop cher. Nous entrons dans la voie des impôts et des contributions de guerre. C'est là le délicat de la situation. Quelque soin qu'on prenne de la déguiser, les spectateurs émus de cette grande et glorieuse représentation qu'on leur donne en Crimée, pourront bien, à un jour donné, faire place à des contribuables mécontents. Mais nous n'en sommes pas là; et qui peut dire qu'un second assaut de Malakofî ne réussira pas? On a répandu, ces jours-ci, la nouvelle de la mort
du général d'artillerie Beuret; j'ai vu hier, sur le boulevard, votre ancien officier d'ordonnance, Neigre, qui m'a dit que tous ses camarades de Grimée étaient plus que décimés ; il est, en ce moment, à la grande caserne de l'Hôtel de Ville ; il m'a très chaudement prié de le rappeler à votre souvenir ; c'était après dîner, et il était in çery high spirits.
J'ai vu ici à peu près toutes les personnes que j'avais été voir avant mon départ et dont je vous ai dit l'opinion sur nos affaires ; elle n'a pas changé et je n'ai rien à ajouter à ce que je vous avais communiqué de leur part. Mais je ne saurais trop vous dire à quel point votre attitude en Angleterre est appréciée de ce côté-ci du détroit : major e longinquo reç>erentia. Ceux qui ont passé quelques heures avec vous là-bas, et qui ont été si satisfaits de ces entrevues, reviennent ici charmés, et communiquent ces impressions à leurs amis. J'ai trouvé ce qui reste de notre société à Paris sous le charme des réceptions de Twickenham; beaucoup se proposent de les juger par eux-mêmes. C'est du duc de Noailles lui-même que j'ai su le désir qu'il a de faire une visite à Claremont et chez vous ; M. Guizot ira vers la fm d'août. On s'entendra pour ôter à ces visites tout caractère de manifestation concertée ; le moment serait mal choisi, et tout le monde le comprend.
J'ai visité l'exposition, qui a bien de la peine à prendre son essor, qui ne sera jamais aussi brillante que celle de Londres, mais qui contient, pourtant, ce que l'Angleterre n'aura jamais, les porcelaines de Sèvres et les tapisseries des Gobelins. C'est par là qu'elle est supérieure : jamais ces admirables manufactures n'ont donné de si beaux produits ; c'est le véritable joyau de cette couronne industrielle un peu manquée. Je n'ai pas pu aller encore aux tableaux.
Saviez-vous que Salvandy avait fait une allusion à vos Zouaves, dans son discours en réponse à celui de Sacy?
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C'est de lui que je l'ai appris, bien que j'eusse lu le discours avec une attention scrupuleuse; vous en jugerez; l'intention n'est pas douteuse; je vous donne copie de ce passage *; ne manquez pas d'en remercier, dans l'occasion, cet excellent homme. Ci-joint également un extrait de VAthenœum; peut-être reconnaîtrez-vous le « troupier » qui vous a si bien jugé. Du reste, la première édition des Zouaves tire à sa fin; je soupçonne Lévy d'en avoir tiré beaucoup plus d'exemplaires qu'il n'en accuse, car le succès a été très grand, et la demande considérable; mais il n'y a aucun moyen de contrôler sur ce point les opérations d'un éditeur ; songez à ce que je vous ai dit pour la deuxième édition, et demandez- vous s'il n'y aurait pas utilité à revoir, la plume à la main, et dût-il vous en coûter un peu d'ennui, un exemplaire de la première.
Avez-vous les Lettres du maréchal de Saint- Arnaud, 2 vol.in-8o chez Michel Lévy? il faut les avoir de suite. C'est fort curieux et cela vous touche par plus d'un point. Le livre fait estimer l'homme ; il y a là beaucoup plus de cœur, de désintéressement, de poursuite de la vraie gloire que je ne l'aurais attendu d'un des exécuteurs du 2 décembre. L'homme privé y est excellent de tout point. Je crois bien que la correspondance a été fort amendée ; il en reste assez pour donner l'idée de l'homme de guerre et du particulier ; le politique et le courtisan sont un peu dans l'ombre. Mais ayez cela ; en attendant, je vous transcris quelques lignes qui vous concernent :
♦ a ... Ici les regards sont fixés sur une des fortunes de notre patrie^ celle qui lui est toujours fidèle, qui ne fait pas attendre le prix de la persévérance et du courage, qui est le génie même de la paix et de la civilisation, mais qui se fait honneur de buriner les fastes de la guerre, fût-ce par des mains guerrières quelquefois, par des mains illustres, et les rend immortels... »
(Avant-dernier paragraphe du discours de M. de Salvandy, samedi, 30 juin 1855, Journal des Débats.)
A son frère.
Taguin, 15 mai 1844.
Je t'écris sur le lieu même où le duc d'Aumale a pris la Smalah d'Abd-el-Kader, il y aura demain un an; j'examine le terrain, je me fais expliquer la position de la Smalah et celle du Prince et, bien que ce fait d'armes m'ait coûté un régiment [parce qu'il n'était pas nommé colonel, je suppose?], je persiste à dire que c'est un coup d'une hardiesse admirable. Avec la prise de Gonstantine, c'est le fait saillant de la guerre d'Afrique. Il fallait un prince jeune et ne doutant de rien, s'appuyant sur deux hommes comme Yusuph et Morris, pour avoir le courage de l'accomplir. (T. I, p. 521, 522.)
Au même.
Alger, 1er septembre 1847.
... Le duc d'Aumale est décidément notre Gouverneur; c'est bien...
Au même.
Philippeville, 23 juillet 1851.
... J'ai reçu du duc d'Aumale une lettre affectueuse et pleine de compliments sur mon expédition *... (T. II, p. 158, 167-350.)
* Le général de Saint-Arnaud avait répondu au Prince, le 1 8 juillet ; sa lettre, très ^tendue, raconte toute l'expédition qu'il venait de terminer; en voici le premier et les derniers paragraphes.
«Bivouac sous Collo, 18 juillet 1851.
« Monseigneur,
« Ni les chances heureuses d'une belle expédition, ni les résultats obtenus, ni le grade dont on a récompensé mes services, rien, en un
Je vous donne ces citations comme je les ai prises, au hasard, et je n'ai pas tout lu. Evidemment il y a d'autres passages qui vous concernent, vous et vos frères. En général il paraît plutôt mal disposé pour l'intervention des princes dans les affaires de l'Algérie, et il me semble, sur ce point, l'écho de son protecteur, le maréchal Bugeaud ; les témoignages que la vérité lui arrache n'en ont que plus de poids.
Je vous quitte, mon cher Prince, je vais reprendre ma plume de journaliste, si toutefois cette douce habitude de ne rien faire ne l'a pas rouillée. Oui, c'était là une charmante façon de vivre, vous voir toujours, vous écouter souvent, se sentir sous votre toit et dans votre atmosphère ! Vous nous avez procuré là, la Princesse et vous, à ma femme et à moi, un véritable trésor de doux souvenirs
mot, ne m'a fait autant de plaisir que la gracieuse lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Vous êtes un noble cœur. Monseigneur; un cœur vraiment français, et je suis bien fier deraffection dont vous voulez bien m'honorer.
« ... Voilà une longue et rude expédition ; 80 jours ; 26 combats sérieux, un homme tombé sur 7 ; 12 officiers tués, 42 blessés ; 176 hommes tués ; 741 blessés. Nous avons eu de petites batailles... Demain nous reprenons la route de Gonstantine...
« Maintenant, on veut faire de moi un homme pohtique : le Président de la République me veut à Paris, avec un commandement. J'obéis parce qu'il y a danger à Paris, mais j'obéis à regret. J'ai grandi en Afrique, j'aime l'Afrique, c'est là que sont mes plus doux souvenirs. Je n'aimerai jamais la République, mais je verserai mon sang pour empêcher que la France ne devienne la proie des affreuses canailles qui voudraient la dévorer. Il faut que les honnêtes gens se groupent pour sauver la société et lui faire un rempart de leur poitrine.
« Quant à mes sympathies, Monseigneur, vous savez où elles sont. Je n'aime qu'un seul homme, auquel je suis dévoué; votre cœur vous le nommera. Et si cet homme-là apprend que j'accepte une position à Paris, qu'il me plaigne, mais qu'il n'ait pas d'arrièrepensée.
« Veuillez agréer, Monseigneur, l'assurance de mes sentiments de profond respect et d'entier dévouement.
a Général A. db Saint- Arnaud. »
Î5i LE DUC D'AUMALE
dont nous jouissons encore. Le présent est si triste, l'avenir si incertain ; le passé nous reste, du moins, et nous y restons avec vous.
Je suis à Paris jusqu'à la fin du mois, et à vos ordres. Nous renonçons au voyage d'Allemagne, s'il faut pousser jusqu'en Hongrie, et nous le remplacerons par un séjour à Plombières ; puis deux mois à Rosières, près Nancy. Mais, d'ici là, vous aurez de nos nouvelles, et j'espère que j'en aurai des vôtres.
Mille assurances d'inaltérable attachement.
Twickenham, 11 juillet 1855.
Je viens un peu tardivement, mon cher ami, répondre à votre lettre du 4; je continue d'avoir très peu de temps à moi ; d'abord plusieurs bonnes et aimables visites m'absorbent beaucoup; ensuite, j'ai fait la seconde partie du Roi Jean *, enfin j'ai dû relire la copie des comptes, besogne assommante et fort longue ; bref, me voilà à vous écrire, ce qui me semble assez triste et ne remplace pas nos bonnes conversations. Remerciez Salvandy de l'aimable allusion que contenait son excellent discours et, à ce propos, n'oubliez pas de faire aussi tous mes compliments à M. de Sacy. Je pense que je trouverai ici les Lettres de Saint- Arnaud; les extraits que vous m'avez envoyés sont curieux.
Toujours pas de projets fixes ! toujours une préoccupation dominante et presque exclusive : la Crimée ! Nos amis continuent à y être moissonnés par dizaines. Ici, lord John
* Notes et documents relatifs à Jean, roi de France, et à sa captivité en Angleterre.
ET GUVILLIER-FLEUKY. — 1855 255
Russel fait des siennes ; le peace party grossit, tout le monde est triste.
Ma femme et tous les hôtes de Twickenham me chargent de mille amitiés pour vous. Présentez mes hommages à Mme Fleury, qui nous a laissé de bien excellents souvenirs. L'année prochaine, j'espère bien que Clémentine sera du voyage. En attendant, donnez-moi souvent de vos nouvelles ; je vous tiendrai au courant de mes plans, si i'en ai, et quand j'en aurai.
Mille amitiés.
Paris, 15 juillet 1855.
Je vous écris, mon cher Prince, sous l'invocation de ce saint qui vous a donné son nom, qui a aussi nommé ma femme, qui préside, pour la quinzième fois, à l'anniversaire de mon mariage ; je l'aime donc à plus d'un titre, ce saint Henri, et vous êtes accoutumé à prendre votre part des hommages et des vœux que je lui adresse du fond du cœur, chaque année. Recevez-les encore aujourd'hui. Mon dévouement à votre personne et à votre cause ne pouvait s'accroître; je sens que mon affection pour vous a encore augmenté, cette année, par la nouvelle expérience que je viens de faire des progrès de votre esprit et de votre raison. Tout le monde en parle, ici, et je n'en suis pas seulement fier, quoique je n'y sois plus pour rien; j'aime en vous ce goût d'études, de recherches, de perfectionnement en tout genre, de sociabilité intelligente, qui vous distingue parmi les grands de ce monde, où la vraie grandeur est si peu comprise et si peu pratiquée; laissez-moi vous dire aussi
que je me suis senti plus d'une fois ému, et d'une émotion trop douce pour ne pas être entretenue avec soin, par les témoignages que vous m'avez donnés avec plus d'assiduité que jamais, de votre bon vouloir et de votre amitié. Plaise donc à Dieu vous rendre, en bénédictions, les vœux que je lui adresse pour vous par l'entremise de votre saint, car, si mon esprit est tant soit peu philosophe et impénitent, mon cœur ne l'est pas !
J'ai reçu votre aimable lettre du 11 juillet, que j'ai lue à ma femme pour le bon souvenir que vous lui donnez. Je vous savais très occupé — sans parler du Roi Jean — par les visites qui vous arrivent de tous les côtés et de tous les bords. Pourtant on ne nous dit pas les noms, ni dans votre lettre, ni dans celle que Mme de Goiffier nous a écrite, et j'en suis fort curieux. Je sais que Rémusat est chez vous et que son fils Paul, un agréable et sérieux jeune homme, a dû le rejoindre. Vous avez dû voir aussi le duc de Noailles. D'Haubersart suivra; je vous le recommande. C'est un homme de sens, d'esprit et de dévouement, mais pourvu d'une susceptibilité maladive et d'une originalité à tout dérouter. Ne le traitez pas trop sans façon, bien qu'il soit de vos meilleurs amis. C'est une trompette* de parti admirable, mais qui ne joue pas tous les airs, même qui n'aime guère qu'à jouer sa musique. Donnez-lui à dîner, et un bon; et, au besoin, quelques pages de vos Condés, Dreux ou Jarnac. Enfin, soignez-le, pour lui, d'abord, puis pour la cause. J'espère que Rémusat aura été content. Que j'éprouverai de bonheur à le savoir de mon avis sur votre ouvrage ! Je me défie tant d'une prévention trop légitime, et, si j'ose le dire, trop naturelle pour n'être pas très vive, et, peut-être, aveugle ! Il me semble, pourtant, qu'il y a là les conditions d'un beau livre, l'exactitude et la nouveauté de l'information, la sobriété du style, la simplicité forte, et rien du métier, et que c'est ainsi qu'écrivent ceux qui ont
fait la guerre, administré et gouverné. Me suis-je trompé? Rémusat ne se trompera pas. Il faut que quelqu'un se trouve qui vous dise la vérité :
« Faites choix d'un ami prompt à vous conseiller. »
Je voudrais être cet ami-là; j'y fais tout mon possible; mais le puis-je? un vieux maître est comme ce père de La Fontaine qui frappe à côté.
Buloz est fort afîriandé par la petite confidence que jelui ai faite sotto voce du travail destiné à ces Welches du Philobiblon... Pensez donc un peu à nous, quand viendra lemoment de faire imprimer votre Roi Jean, et n'abusez pasde l'alliance anglaise.
On dit, à ce propos, qu'une des difficultés du commandement supérieur de notre armée en Grimée est aujourd'hui dans le désaccord qui éclate de plus en plus entre les généraux des deux armées coalisées. Qu'y a-t-il de vrai là dedans? Je ne crois pas le mal a priori; mais cette fâcheuse nouvelle n'est que trop probable. Comment résister si longtemps à une antipathie si radicale? Comment ne pas s'accuser réciproquement, quand on est deux pour ne pas réussir? Vous avez vu, du reste, avec quelle facilité tout réussit, ici, à la politique du gouvernement, et que Montalembert, lui-même, s'est mis de la partie pour l'aider dans cette épreuve. Ce sentiment-là a bien son côté patriotique ; je crois qu'il ne le serait pas moins d'avertir le pouvoir qu'il fait fausse route, et personne ne l'a osé.
J'ai lu à de Sacy ce qui, dans votre lettre, se rapportait à lui, et il en a paru très touché. Dimanche dernier il a été reçu par l'empereur. Salvandy, qui le présentait, trompé par un chambellan qui lui a fait prendre une porte au Heu d'une autre, s'est trouvé tout à coup sur les talons de Sa Majesté sans y prendre garde. C'était à la sortie de la messe. « ... Vous marchez sur l'empereur! » lui a crié II. 17
l'habit violet. L'empereur s'est retourné et a reçu la députation comme elle se présentait, assez gauchement. Salvandy a fait un speech très long et assez vif sur le dernier décret que l'empereur croyait avoir modifié à la satisfaction de l'Académie, et il a paru visiblement décontenancé pendant la harangue un peu soudaine de l'orateur. Puis il a répondu, d'un ton calme et d'un air souriant qui a satisfait Villemain lui-même : « Messieurs, j'examinerai de nouveau la question; comptez-y; je veux vivre en bonne intelligence avec l'Académie. »
'■ Vous savez que Tardieu a fait, sans autorisation, une ^édition à 1 fr. 25 des Zouai^es; commercialement, c'est un acte de piraterie. Lévy aurait pu poursuivre; mais, politiquement, c'était bon, et je n'ai pas eu de peine à le désarmer ; il laissera faire ; il s'est conduit, en tout cela, comme un honnête et galant homme. Cette édition lui enlève la Belgique et l'Allemagne, mais elle vous sert.
Adieu, mon cher Prince, je vous quitte pour recevoir quelques amis et entre autres Daveluy et sa fille, qui viennent fêter avec nous la Saint-Henri et la Sainte-Henriette. Ma fille est décidément sortie du couvent ; ma femme s'unit, du fond du cœur, aux vœux que je vous adresse.
Guvillier-Fleury.
Paris, 25 juillet 1855.
Je ne vous écrirai qu'un mot aujourd'hui, mon cher Prince, car vous pourriez bien n'avoir pas beaucoup plus de temps pour lire de longues lettres que pour en écrire. Je plains et j'admire la presse au milieu de laquelle vous vivez en ce moment ; rien n'en peut donner l'idée à qui ne l'a
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pas vue ; vous ne vous appartenez pas, cela est positif et le pouvoir ne vous a jamais causé une dépendance égale à celle que l'exil vous impose. Mais cette crise passera; vous serez rendu à vos habitudes tranquilles, et alors nous reprendrons nos causeries. Pour aujourd'hui, je ne veux que vous accuser réception de vos livres ; en voici la liste... Bertrandi ne m'a pas encore trop expliqué la suite que vous voulez donner à ses travaux ; je l'ai prié de me donner un mot là-dessus. Mais, revenir sur les premiers Gondés, y pensez-vous? Est-ce que vous ne vous sentez pas entraîné vers le plus grand de tous, le but de votre travail et de vos recherches? Abordez celui-là, en passant par son père, et tâchez de nous donner, au printemps prochain, la vie de l'un, l'enfance et la première jeunesse de l'autre; cela est attendu.
Guvillier-Fleury.
Orléans-House, 28 juillet 1855.
... Je n'ai pas l'intention de revenir sur les premiers Gondés ; mais, ayant su qu'il y avait, à Bruxelles, des documents importants sur les relations de Henri IV avec âon neveu, voire avec sa nièce, j'en ai demandé la copie, afin de pouvoir vérifier ou compléter ce que j'ai fait. Mais, ce que j'ai recommandé de pousser activement, ce sont les recherches relatives au troisième Gondé, depuis la mort de Henri IV et surtout à la première et seconde jeunesse de son fils, jusqu'à la Fronde.
Je n'ai pas le temps de vous en écrire davantage.
Paris, 2 août 1855.
Mon cher Prince, je suis encore à Paris pour quelques jours et je ne partirai que mardi matin pour aller à Rosières aux Salines, passer trois mois, non de repos, mais de travail et de lectures un peu suivies. J'ai renoncé à Plombières pour toute sorte de raisons. Je vais vivre silencieusement chez ma sœur, pendant ce trimestre de dispersion générale ; non que Paris ne soit très vivant en ce moment, mais d'une vie bien bruyante, bien en l'air, avec quelque chose de provincial, de festoyant et d'artificiel qui m'est insupportable ; sans compter qu'il y a encore plus d'Anglais à Paris qu'à Londres peut-être, en ce moment; j'entends des Anglais nomades, dont on sent les coudes pointus partout où ils sont et dont la plupart se préparent, d'ailleurs, à recevoir ici leur reine, divertissement dont pas mal de Français se dispensent, et je suis du nombre.
Il n'y a pas grand'chose dans la politique, si ce n'est cette éternelle Grimée, et le prodigieux emprunt. Autrefois on supposait un dialogue entre la baleine et le budget ; quel monstre antédiluvien faudra-t-il choisir pour le mettre en rapport avec les emprunts de ce règne-ci ? Ils dépassent toute proportion, et je ne vois guère que le jardin de Sydenham qui puisse leur procurer des interlocuteurs dignes d'eux.
On dit le prince Napoléon admis au conseil des ministres, une espèce d'association à l'empire; l'Impératrice, assez souffrante; on parle aussi, mais c'est peu probable, d'un duel entre Morny et Changarnier, qui aurait eu lieu à Ems... Sunt çerha et çoces.
Cuvillier-Fleury.
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Twickenham, 4 août 1855.
Un mot seulement, mon cher ami, mais que je veux faire partir aujourd'hui pour être sûr de vous souhaiter un bon voyage : car, plus tard, grâce au dimanche, je n'arriverais plus à temps. Je souhaite que votre séjour à Rosières vous fasse tout le bien du monde ; je ne manquerai pas de vous y écrire.
Je pars le 10 avec ma smalah, pour aller rejoindre la Reine à Beaumaris (Anglesey) ; je serai de retour chez moi le 25; je continue d'ignorer ce que je deviendrai ensuite.
Toujours rien de Crimée !
Mille amitiés,
Twickenham, 31 août 1855.
Ce petit mot, mon cher ami, est tout à fait pour vous, et il n'y sera question ni de livres, ni d'affaires grandes ou petites. Nous sommes arrivés ici le 25, après une très agréable tournée dans le pays de Galles. Nous avons eu force visiteurs, que nous avons traités de notre mieux et qui ont paru partir contents : duc de Broglie, MM. Guizot, Duchâtel, Salvandy, de Ségur, Mme de Vatry, etc. Nous voici rentrés dans le calme relatif; je dis relatif, car Montpensier est ici ; sa femme et ses enfants vont le rejoindre, et il faudra bien s'en occuper un peu; très douce obligation. La Reine a renoncé à son voyage sur le continent, et je ne songe pas non plus à quitter l'Angleterre. J'aurais
bien un peu besoin d'aller en Sicile pour mes affaires ; mais je n'y voudrais faire qu'une courte apparition et je ne suis nullement pressé à cet égard. Si je forme un projet de ce genre, je vous le manderai, mais, en ce moment, je ne songe qu'à vivre tranquille et à travailler. A propos de travail, je n'ai pu consulter aucun de mes derniers visiteurs sur mon livre en herbe. Rémusat devait m'en donner son avis : mais il était allé en Ecosse, et quand il en est revenu, j'étais parti pour Beaumaris.
Mes enfants sont un peu souffrants; l'un, de la croissance, l'autre, des dents; ce n'est rien, grâces à Dieu, et je n'en parle que pour l'acquit de ma conscience.
Je pense que votre végétation en Lorraine vous réussit bien, physiquement parlant, comme disait je ne sais quel bouffon du Palais-Royal. C'est beaucoup ; vivez donc en repos dans la société des « grands immortels », et faites une bonne provision de santé que vous dépenserez cet hiver à Paris. Ma femme vous fait dire mille choses. Mes hommages à Mme Fleury. Adieu.
' 7"^ '^ Rosières, 25 septembre 1855.
Mon cher Prince, je n'aurais pas encore songé à répondre à'Votre tout aimable lettre du 31 août, n'ayant rien à vous dire dans cette végétation absolue où je vis ici, et sachant que vous avez autre chose à faire en ce moment qu'à lire des riens, si je ne trouvais, dans la correspondance de mon beau-frère Thouvenel, l'extrait d'une lettre de son cousin Achille de Susleau, qui m'a paru assez intéressant pour vous être adressé. Rien de nouveau, assurément, dans ce qu'il
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raconte, surtout aujourd'hui, que vous avez par les jour-^ naux anglais, je le suppose, les informations les plus com-r plètes. Quant à nous, à Rosières, nous en sommes encore, aujourd'hui 25, à ce rapport du bon Simpson, par lequel il nous apprend comme quoi les Anglais n'ont pas pris le Grand Redan. Ah ! s'il n'y avait eu que des Anglais, Sébastopol serait encore debout ! Mais, que voulez-vous faire avec des gens qui sont vigoureux, sans doute, une fois l'action engagée, mais qui n'ont ni élan, ni héroïsme, ni désintéressement. L'Angleterre n'a pas de héros ; elle a des Anglais. John Lemoinne a très bien dit de Wellington : « Ce n'est pas un grand homme ; c'est un grand Anglais. » Quoi qu'il en soit, j'espère que le prince de Gondé aura tiré tous les canons de Twickenham et que les bords de la Tamise auront retenti des échos de cette gloire bien exclusivement française *. Pour en revenir à la lettre de Susleau, j'ai pensé que, comme témoignage d'une exactitude et d'une sincérité scrupuleuses, elle vous intéresserait, même avec ses redites; et puis, j'ai saisi cette occasion de me rappeler à votre souvenir, et ce prétexte de vous occuper un moment
* Voici la lettre qu'à cette occasion le duc d'Aumale avait adressée au général Pélissier qu'il avait eu sous ses ordres en Afrique :
« Twickenham, 12 septembre 1855.
« Le général en chef de l'armée d'Orient doit recevoir aujourd'hui bien des félicitations ; dans une occasion pareille, le plus silencieux de ses amis croit pouvoir sortir de sa réserve habituelle et ne peut résister au besoin de lui exprimer combien il est heureux de son éclatant succès.
« Celui qui écrit ces lignes aurait donné bien des choses pour fouler aux pieds les décombres fumants de Sébastopol. De tout ce qu'il a perdu, ce qu'il regrette le plus, c'est l'honneur de commander à des soldats français. Sa consolation est d'admirer leurs exploits et de les voir conduits par de si dignes chefs. Nul n'est plus fier de leurs victoires, nul ne se réjouit plus de la gloire de leur général, que celui qui croit toujours pouvoir se dire
« Son ancien camarade et ami,
« H. d'Orléans. »
de nous. Nous sommes ici pour une quinzaine encore ; le pays me plaît ; la vie me convient ; je ne vois personne, et je ne fréquente que Tacite, que je viens de relire avec un soin d'écolier, et une expérience de vieux libéral, non converti, et de révolutionnaire impénitent. Vous savez ce que je veux dire par là. Le fusionnisme ne fera jamais de moi un partisan de l'ancien régime, et Tacite me confirme dans mon horreur de toute tyrannie, celle d'en haut et celle d'en bas. Voilà donc ma société pour le quart d'heure, avec les livres plus ou moins nouveaux que mon métier de critique me condamne à lire. Je fais ainsi mon apprentissage de solitude et je m'exerce à cette retraite dont je rêve jour et nuit, comme étant ce qui convient définitivement le mieux à ma nature nerveuse, à mon caractère susceptible, et à mon intelligence sur le retour. J'espère bien que vous ne me direz pas le contraire. En attendant, je vais essayer de vivre encore un hiver à Paris, afin de finir le bail de fatigues où je suis engagé. Et puis, à la grâce de Dieu!
J'ai eu de bien complètes informations sur la chère et royale colonie, par une lettre récente de Mme de Goiffier, remplie de détails. Que Dieu la bénisse de nous faire ainsi vivre parfois avec vous ! Je sais maintenant où vous en êtes tous, et j'applaudis de tout mon cœur à la décision qui oblige la Reine à vous quitter pour cet hiver, puisqu'à mes yeux c'est là une nécessité inévitable : primo çiçere. Je suppose que vous resterez dans le délicieux Twickenham; où seriez-vous mieux ? où travailleriez-vous plus utilement ? Vous avez beaucoup dépensé cet été et cet automne. Et les Gondés? Gomment Rémusat est-il parti sans vous donner son avis ! G'était celui-là surtout qu'il fallait avoir, non le mien.
Guvillier-Fleury.
Orléans-House, 3 octobre 1855.
Mille remerciements, mon cher ami, de votre lettre du "25 septembre et de ses annexes. La pièce qui vous a été communiquée par votre beau-frère a été, pour moi, d'un véritable intérêt. J'envie bien à votre brave cousin (que j'ai toujours aimé et apprécié, quoi qu'on ait pu dire) la part qu'il a prise à ce magnifique fait d'armes. Je me console en me répétant que les Français sont toujours les premiers soldats du monde, et que j'avais prédit juste : c'est le l^"^ régiment de zouaves qui est entré le premier dans Malakoff ! Inutile de vous dire que tous les canons de Twickenham ont tonné à cette occasion.
Je suis charmé que vous vous trouviez bien, de toute façon, de votre retraite et de vos études solitaires. Je vais tâcher de suivre votre exemple ; je me suis déjà remis à la pioche, bien que la manie de faire des plans de campagne contre les Russes me fasse encore perdre du temps. Mais, est-ce perdre du temps qu'étudier un art qui peut redevenir le mien? Enfin, nous voilà seuls, ici, Joinville et moi, avec nos femmes et nos enfants; c'est déjà bien bon; mais le dernier mois nous a gâtés : nous étions vingt-trois de famille ! Bonnes nouvelles, d'ailleurs, de tous nos chers voyageurs qui ont, chacun de leur côté, heureusement passé la mer. La Reine, surtout, a eu une traversée magnifique et « se trouvait parfaitement bien », nous écrivait-elle hier d'Ostende.
J'ai donné en votre absence quelques petites commissions à Bertrandi, en lui prescrivant de vous en faire part.
Voilà le mauvais temps qui revient; nous ne nous en effrayons guère, nous autres campagnards qui avons besoin
d'eau ; mais cela diminuera vos regrets de quitter Rosières.. Adieu donc. Ma femme vous fait ses amitiés, ainsi qu'à Mme Fleury. Vous êtes toujours assuré des miennes, si tant est que le pluriel vaille mieux ici. que le singulier.
Thoury-Ferrottes, 27 octobre 1855.
Mon cher Prince, je suis bien en retard avec vous si vous me croyez revenu à Paris ; mais je n'ai fait qu'y toucher barres; je n'ai vu personne, je n'ai rien appris et surtout rien compris de ce qui s'y passe, et je suis venu achever ici les quelques beaux jours qui nous restent, et que je vous souhaite aussi splendides que nous les avonseus depuis une huitaine, aujourd'hui excepté. Je suis ici chez ma belle-sœur, Mme Thouvenel, dans une maison récemment acquise par mon beau-frère, à trois lieues de Montereau; j'y jouis d'une hospitalité charmante et d'un repos absolu. Je ne suis plus guère sensible, quoi qu'en disent mes amis, qu'à ce genre de jouissances. Cependant, mardi, nous reprenons le chemin de Paris où nous ne passerons encore que quelques jours pour aller ensuite à Chaalis, en quête des derniers rayons du soleil, et pour ne pas indisposer contre nous cette excellente Mme de Vatry que nous avons déjà refusée l'an dernier. Thiers est, dit-on, à la veille de s'y établir avec sa femme qui est fort souffrante. Vous voyez que j'y serai en bonne compagnie. Vers le 15 novembre, je reviens très définitivement au logis où j'attendrai vos'^ordres et vos commissions bibliographiques. Avez-vous reçu la cargaison des reliures Niédrée?
J*espère que vous serez content, bien qu'il y ait à dire; l'oraison funèbre de la Palatine est bien magnifique; j'en dirai autant du Julianus ; le Pétrarque a été, non pas rogné, mais doré sur toutes les tranches, malgré la recommandation contraire, et relié aussi avec un luxe exorbitant; mais c'est un admirable livre et vous ne vous en plaindrez pas ; la maison Niédrée a voulu se montrer digne de son nom, mais c'est à vos dépens. En résumé, elle est en règle avec nous, et nous devons nous féliciter d'en être quittes à ce prix-là.
Nous sommes allés visiter M. et Mme de Ségur hier, dans leur délicieux château de Lorrez ; Ségur est à la veille de revenir à Paris où il a son fils qui suit les cours du collège Bonaparte; la comtesse se propose de vous faire une visite à Twickenham, très prochainement. Nous avons un peu parlé des affaires du moment. Vous en savez, là-dessus, probablement, plus que moi qui ne sais rien que par les journaux qui ne disent rien. Mais ils ont beau répéter, tous les matins, que votre neveu, le duc de Brabant *, est à Saint-Cloud, je n'y comprends rien, surtout en songeant qu'il y a un mois notre bien-aimée Reine dînait à Laeken. Il y a des moments, dans la vie, où on est tenté de se croire stupide à force]d'impuissance à expliquer et à comprendre certaines circonstances de la vie politique. Je ne dis rien de plus ; je sais ce qu'il y a d'amertume pour votre famille et pour vous au fond de ces questions; je sais aussi que vous n'y répondez pas; vous avez raison.
J'ai trouvé Paris encore tout rempli du mouvement de l'exposition, les affaires en bon train, la prospérité réelle, la crise des finances plus monétaire que commerciale, la cherté facile à supporter; et, au fond de tout cela, une anxiété sérieuse tenant à l'incertitude des projets du gou-
* Le futur roi Léopold II.
vernement dans la conduite de la guerre. La violence des journaux anglais est pour beaucoup aussi dans cette disposition inquiète des partis. Malgré tout, le vent souffle à pleins poumons dans les voiles de ce fameux vaisseau qui figure l'Etat; et, s'il y a une chance contre lui, c'est la plénitude même, et l'entraînement de son bonheur; quand un pouvoir en est là, qu'il est le maître absolu, qu'il a pour lui la fortune et, jusqu'à un certain point, l'opinion ; qu'il n'y a pas, autour de lui ni loin de lui, une voix libre pour le conseiller, il n'y a plus qu'à le laisser faire. Morny disait, il y a quelques jours, à Edouard Bertin : Les orléanistes conspirent. Je ne sais pas où il a vu cela ; mais les orléanistes seraient donc bien changés ! Et, en tout cas, s'ils conspirent, ils sont bien bêtes ; contre les pouvoirs qui s'aveuglent dans leur omnipotence, le grand conspirateur, c'est le temps.
Adieu, mon cher Prince; j'espère que vous n'oubliez pas les Gondés; voici ce que Latour m'en écrivait, en septembre dernier, après une lecture que vous lui en aviez faite : « J'ai assisté à la lecture d'un nouveau chapitre, nouveau pour moi, de l'histoire des Gondés. Je trouve que l'écrivain et l'historien gagnent beaucoup l'un et l'autre, en avançant. On y sent moins l'odeur de la poudre; la pensée y est plus large, plus étendue, le style, aussi, plus ferme... » Gontinuez donc, et préparez-moi un volume à lire l'été prochain. Vous savez que je n'ai pas de lecture plus agréable. Il est vrai que la littérature courante ne me gâte pas. Quel métier que celui de critique !
Guvillier-Fleury.
ET CUVILLIER-FLEURY. — i855 26»
Twickenham, 30 octobre 1855.
J'allais vous écrire, mon cher ami, lorsque j'ai reçu votre lettre du 27, et pourtant je n'ai à vous dire que ce qui suit. Le prospectus d'un Magazine anglais annonce, comme premier article « Cuvillier-Fleury ». C'est Joinvilla qui a fait cette découverte ; mais il ne se rappelait plus le titre du recueil. Je vais tâcher de me le procurer et je vous l'enverrai, bon ou mauvais, aimable ou bienveillant. C'est déjà beaucoup que d'avoir, hors de son propre pays, les honneurs de la biographie quelle qu'elle soit.
Les nouvelles de Cornigliano ne sont pas tout ce^qu'on pourrait désirer ; la Reine a eu du rhume, puis des crampes d'estomac ; elle est mieux, et son état ne cause pas d'inquiétudes, mais des préoccupations toujours douloureuses. Et puis, son établissement ne lui convient pas; on lui en cherche un autre. Ici, tout va bien.
Je ne puis comprendre où on a découvert la conspiration orléaniste dont on vous a parlé. Je sais bien que les lettres les plus insignifiantes sont dépouillées dans un cabinet noir que l'empereur a le loisir et la dignité de diriger en personne (positif). Mais cette lecture seule doit le rassurer; à moins qu'il n'ait envie de faire croire à un complot, et, dans ce cas, il ne sera, sans doute, pas embarrassé de trouver des preuves.
Rien de nouveau en Crimée où il me semble que, de part et d'autre, on aurait pu manœuvrer davantage. Cependant la position des alliés reste bien forte et celle des Russes bien critique ; j'attends avec impatience la complète déconfiture de ces derniers.
Je travaille aux Condés; je suis dans une période un
peu aride, et j'aimais bien mieux le seizième siècle, avec ses vraies guerres et ses vraies passions ; mais je ferai de mon mieux.
Ma femme vous fait dire bien des choses ; mes hommages à Mme Fleury.
Mille amitiés.
Paris, 20 novembre 1855.
Me voilà donc enfin à Paris, mon cher Prince, et tout à vos ordres et bien triste pourtant, malgré cette compensation, de me retrouver dans le gouffre, au sortir de cette belle villégiature de dix jours que je viens de faire dans la forêt d'Ermenonville ; nous y avons souvent parlé de vous, comme vous le pensez bien. Avez-vous de bonnes nouvelles de Nervi? De Latour, qui est ici en passant, m'en a donné de récentes et de bonnes.
Je continue à lire beaucoup d'oeuvres historiques pour le compte des autres. Je sors du douzième volume de Thiers; qu'en pensez- vous? Je trouve la préface littérairement discutable; je blâme l'oubli qu'il a fait, dans la partie politique, des services rendus par l'armée d'Afrique, et de n'avoir pas rattaché, dans une certaine mesure, à ses services d'alors, sa gloire d'aujourd'hui. Je le trouve dur pour le roi Louis, injuste jusqu'au dénigrement pour le maréchal Soult, et par trop professeur de stratégie pour tout le monde. Malgré tout, c'est un beau livre; mais je donnerais quelques louis d'or pour n'avoir pas à en parler au public ; ceci entre nous.
Je m'occupe de toutes vos petites affaires bibliographiques avec le zèle qui continue à me caractériser, non
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moins que la modestie. Je rassemble insensiblement le convoi de livres à vous expédier. J'y joindrai le dernier rapport de Bertrandi, id est, le premier sur les Archives : il est spirituel et amusant ; vous aurez quelques décisions à prendre. Adieu, la présente n'étant que pour vous apprendre mon retour et mon entière disponibilité.
Guvillier-Fleury.
Orléans- House, 21 novembre 1855.
... Je n'ai pas fini le douzième volume de Thiers; je le lis avec beaucoup d'intérêt. Je trouve l'auteur, comme toujours, admirablement clair et sagace, souverainement habile à débrouiller les intrigues diplomatiques et à mener de front les négociations, l'administration et la guerre. Je ne lui reproche pas de faire trop de stratégie, d'abord parce que, dans mon humble opinion, je trouve qu'il la fait généralement bien; ensuite, parce que la stratégie appartient à l'histoire. Les grands historiens de l'antiquité, Thucydide, Xénophon, Polybe, Tacite, ne la dédaignaient pas ; je ne nomme pas César, dont le métier était d'en faire, ni Tite-Live, qui la comprenait peut-être moins bien que les autres. Maintenant, je reproche à M. Thiers de ne pas se donner toujours assez de peine pour graver sa pensée ; ensuite, d'être trop dur pour le maréchal Soult, trop indulgent pour Masséna et pour l'empereur. Soult a été beaucoup trop personnel et il a fait des fautes en Espagne ; il en a fait moins que les deux autres. Masséna avait plus de génie que lui ; mais il a été au-dessous de lui-même en Portugal ; c'était l'opinion de ceux qui l'avaient vu à
l'œuvre; Marbot m'a dit cent fois qu'il ne pensait qu'à sa catin. Quant à l'empereur, ses instructions, souvent données légèrement, arrivaient toujours deux ou trois mois en retard ; on le voit bien dans les Mémoires de Joseph. Il était impossible qu'il en fût autrement; après la première folie de la guerre d'Espagne, c'était double folie de vouloir la conduire à grandes guides, sans y aller soi-même, et sans y envoyer un seul et unique général en chef, ayant toute la confiance du maître, et toute autorité, ce qui peut-être, était bien difficile. Au reste, nous avons toutes les pièces du procès dans les Mémoires de Joseph, de Suchet, de Masséna, et dans les lettres de Wellington; il ne manque plus que les Mémoires du pauvre Soult. Pour bien juger, il faudrait lire tout cela simultanément, la plume à la main, car les impressions successives s'effacent réciproquement; je ne le sens que trop par moi-même.
Tout ceci est écrit au courant de la plume, entre deux parties de billard, et pour vous seul. J'ai seulement voulu répondre à votre aimable question. Santés bonnes ici, et bonnes nouvelles de Nervi. Nous avons été samedi dernier à Windsor, et lundi prochain, nous allons pour une semaine chez les Ashburton.
Voilà la campagne terminée en Crimée, la misère va y recommencer. Aussi fait-on revenir la garde, à la tête de laquelle l'empereur ne tardera pas à figurer dans une des représentations théâtrales qui remplacent pour lu' les batailles de feu son oncle.
Mille amitiés.
Nervi, 29 novembre 1855.
Nous sommes arrivés ici avant-hier soir, mon cher ami, après un voyage aussi rapide qu'heureux, si tant est que le mot heureux puisse s'appHquer à un voyage accompli pour un aussi triste motif. Nous avons cependant eu la consolation de trouver la Reine mieux que nous ne l'espérions ; non que son état soit encore rassurant ; tant qu'on n'aura pas vu un certain temps s'écouler sans le retour de ces crises violentes et inexplicables qui ont tant alarmé, on ne peut répondre de rien; mais enfin le faciès et le regard sont satisfaisants ; la voix est forte, le pouls assez bon ; les nuits tranquilles ; le docteur a assez bon courage, et nous faisons comme lui.
J'ai fini en route le douzième volume de Thiers, car je lis toujours beaucoup en voyage. L'impression que me laisse cette lecture est, décidément, très favorable ; le récit est toujours clair; les appréciations généralement exactes. L'auteur ne se défend pas toujours assez de ses préventions, favorables ou défavorables ; mais il est plutôt malveillant ou bienveillant qu'injuste. Le blâme qu'il inflige à Soult, les éloges qu'il donne à Masséna, sont souvent mérités ; mais il est trop constamment sévère pour l'un, trop constamment indulgent pour l'autre, et, dans le récit de leurs succès et de leurs échecs, il ne fait pas une part assez égale à la fortune et aux faiblesses humaines. Il ne dissimule pas les fautes de l'empereur, mais il le juge avec des ménagements que la conduite du héros ne justifie pas toujours. En somme, c'est un grand livre, et dont il n'y a guère que du bien à dire. Les critiques'^que j'en puis faire restent, bien entendu,' tout à fait entre nous,