II
274 LE DUC D'AUMALE Eï CUVILLIER-FLEURY. — 1855
car je ne voudrais, en rien, éveiller la susceptibilité de Fauteur; j'ai déjà eu bien assez de peine à calmer les amours-propres que j'avais involontairement froissés cette année.
Je ne sais rien encore de mes mouvements ultérieurs; tout dépend de l'état de la Reine. Si vous avez àm'écrire, adressez vos lettres à MM. Gibbs et G'®, banquiers à Gênes ; ces messieurs sauront où me les faire parvenir. Adieu; j'ai peut-être plus d'espoir qu'il ne faudrait, mais ma nature est confiante et je ne puis m'en défendre. Le climat, ici, est délicieux.
Paris, 8 janvier 1856.
J'espère bien, mon cher Prince, que vous ne pensez pas •que j'aie la prétention de compter avec vous et que j'aie attendu une lettre de vous pour vous écrire ; non pas, certes; mais, sur l'honneur, je ne savais où mon souvenir irait vous chercher, où il vous trouverait, et j'attendais toujours quelque direction à lui donner, qui n'est pas venue. Je comprends que vous vous soyez condamné à <îette interruption de correspondance dans une course si rapide ; et, puisque vous voilà revenu à Twickenham, que j'en reçois l'avis à l'instant par M. Gouturié, je m'empresse de reprendre mes bonnes, mes douces habitudes, et je •commence par vous envoyer l'expression de mes vœux tels que vous les recevez tous les ans, et, cette année, avec des félicitations en plus, pour le bonheur que vous avez eu de revoir votre auguste mère si chérie, pour celui que vous avez de vous retrouver auprès de votre femme et de vos enfants, que Dieu bénisse ! Je suis en règle avec la Duchesse, pour laquelle je ne formais qu'un souhait quand vous n'étiez pas là, et vous savez lequel.
Il me semble que j'aurais des volumes à vous écrire, •car il me semble aussi qu'il s'est passé un siècle entre les alarmes qui vous accompagnaient à Nervi, et les félicitations qui vont vous chercher à Twickenham; mais pour
aujourd'hui, et à l'heure si avancée où j'ai reçu la lettre de M. Couturié, ne voulant pas remettre ma correspondance à demain et vous adresser des compliments de bonne année figés sur le papier par le temps qu'ils y auraient passé, je ne vous écris qu'un mot, un seul mot, sauf à reprendre l'entretien un autre jour.
Vous avez dû trouver là-bas un assez gros ballot de livres : le train de Petit, qui s'est classé parmi les premiers de Paris par cette livraison qu'on a fort admirée chez moi; — le produit de la vente Leroux de Lincy; — divers envois, entre autres, mes Nouvelles études, que je prends la liberté de vous envoyer pour que vous leur donniez place dans votre bibliothèque, si parva licet...
Merci de vos lettres de novembre relatives au douzième volume de Thiers. Vous verrez, dans mes deux articles^ insérés au Journal des Débats (9 et 20 décembre), l'usage que j'en ai fait dans l'intérêt de la vérité.
Cuvillier-Fleury.
Twickenham, 11 janvier 1856.
Avant tout, mon cher ami, je vous souhaite une bonne année, du meilleur de mon cœur. Je suis honteux d'arriver si tard; mais les vœux que je forme pour votre bonheur et celui de tous les vôtres n'en sont pas moins les plus sincères du monde. Je ne puis souhaiter à Mme Fleury que de rester ce qu'elle est, de toute manière; mais à votre fille, je souhaite de croître en beauté, en force, en sagesse et en vertu; à vous, de vous débarrasser de toutes vos maladies mortelles, de n'en contracter aucune autre, enfin, d'être académicien avant le 31 décembre 1856. J'oubliais
encore un vœu : c'est que nous puissions nous revoir cette année. Il y a encore bien des choses que je désire et que je demande à Dieu; mais il est peut-être mieux de n'en rien dire ici, si ce n'est, cependant, que personne, plus que moi, ne souhaite d'éclatants succès aux armes de la France.
Me voilà donc rentré dans mon home, content de mon voyage de toute manière, mais encore plus content de l'avoir terminé l'esprit en repos sur la santé de la Reine, et c'est le grand point. Je vais, maintenant, me remettre à la pioche ; mais je veux d'abord mettre nos petites affaires au courant.
U Horace de Didot est un livre exquis et dont je raffole. Je garde certainement celui que vous m'avez envoyé; mais veuillez me permettre de vous en offrir un, que vous choisirez à votre guise ; de plus, envoyez-m'en trois autres, un, réglé, avec photographies; deux, avec vignettes gravées.
J'ai déjà donné un coup d'œil au train de reliures dont je suis content à première vue.
Je suis en marché pour acheter à Gênes le manuscrit le plus beau que j'aye vu, au point de vue de l'art, après le Julio Clavio du roi de Naples ; gardez cette grande nouvelle pour vous jusqu'à ce que j'aye conclu.
Mille remerciements pour vos Nouvelles études, si dignes de leur somptueux habit. Je vais me faire donner les Débats des 9 et 20 décembre; je n'ai pas lu un journal pendant six semaines; mais j'ai vu la Sicile, les orangers, les rosiers et les jasmins en fleur au mois de décembre! Quel admirable pays ! Et qu'il fait bon ne rien faire, ne rien savoir, sous ce ciel éternellement beau ! Encore une fois, bon jour et bon an.
Paris, 15 janvier 1856.
J'ai reçu votre aimable lettre, mon cher Prince, et je ne puis assez vous dire le plaisir qu'elle nous a fait à tou», car vous n'avez oublié personne. Aussi, personne ne veut être oublié dans mes remerciements. Il serait bien temps que le ciel prit parti pour les vœux que vous formez, vous et les vôtres, et j'y aurais mon compte tout fait, votre lettre à la main. Mon dividende vaudrait bien celui que donnent à leurs actionnaires de grandes affaires qui font plus de bruit. Je me contenterais même, dans les vœux que vous formez, de l'accomplissement de ceux où je ne suis pas personnellement intéressé, si ce n'est par mes sentiments généraux et mes sympathies politiques; je sacrifierais bien des choses à cette satisfaction-là, et surtout ma candidature académique, que vous voudriez voir aboutir avant 1857, et qui n'est pas même posée. Je n'ai fait aucune visite. J'ai sondé le terrain, et il m'a paru qu'il n'était pas encore assez solide pour me porter. Le rapprochement de l'élection de Sacy m'oblige à beaucoup de prudence, et la concurrence de Liadières, à de certains ménagements. L'Académie n'est pas moins embarrassée que moi-même, dans cette mêlée; elle voudrait bien ne pas perdre sa majorité libérale, ni la laisser entamer par le parti contraire ; elle voudrait bien aussi ne pas avoir Fair, en faisant un choix comme celui de Liadières, de se donner le tort, vis-à-vis des lettrés, de préférer des politiques. Enfin on dit que Cousin, pour gagner du temps, a imaginé de ressusciter, cette semaine, le vieux Biot, qui a été autrefois un grand savant, est resté homme d'esprit et de bon ton, et passe pour écrivain à ses heures. C'est
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le chat qu'on jette aux jambes des candidats. On prendra le vieillard, pour donner aux jeunes une leçon de patience. J'ignore si Liadières comprendra l'apologue et prendra la leçon pour lui. Quant à moi, après m'être à peu près écarté cette fois à son intention, j'oserai peut-être davantage plus tard. Au fond, je me sens un pauvre candidat ; mon bagage est léger, mon ambition médiocre, mon activité facilement lassée. Je n'en reçois pas moins les vœux que vous m'adressez à cette occasion, comme le meilleur des encouragements, et la meilleure de mes chances. Mais, parlons d'autre chose.
Voici Bocher qui va partir ; il vous dira bien des choses dont je veux lui laisser la primeur et qui sont l'entretien de nos coulisses. Vous aurez eu des détails sur l'entrée des troupes revenues de Grimée. J'étais la aux premières loges, à un entresol de la rue Lepelletier et j'ai tout vu et bien vu. La mise en scène était bonne et pas trop franconisée. L'empereur a eu le bon goût de mettre une bonne demi-heure entre son retour par les boulevards et le passage de la troupe, que Canrobert a ramenée comme il convenait. Vous savez l'émotion qu'a excitée la ligne. J'ai été, pour ma part, touché, jusqu'aux larmes ; c'était simple et grand, et vrai de tout point, et tout en rapport avec le sentiment qu'on éprouvait. C'était un vrai retour de campagne. Les zouaves étaient peut-être plus nombreux et mieux attifés qu'il ne fallait pour produire la même impression, bien que leur présence ait été vigoureusement applaudie partout. La garde a été reçue plutôt froidement ; elle était habillée presque à neuf, les rangs épais, et cela ne donnait pas au même degré l'idée d'un retour d'expédition. L'ensemble était, malgré tout, admirable. Je ne crois pas qu'il y eut aucune malveillance dans la foule pour aucun corps en particuHer; mais le génie démocratique de notre pays éclatait dans l'accueil fait à ces héroï-
ques enfants de la charrue et de l'atelier qui avaient si bien fait leur devoir sans y rien gagner, même une capote neuve ou un képi de rechange. On leur donnait, du reste, en les faisant défiler les premiers, et conduits par un général populaire, la plus grande récompense qu'ils pussent prétendre, les honneurs de cette belle journée. Le ciel luimême était de la partie...
Merci, ah! grand merci de V Horace! car j'oublie le plus important. Vous ne pouviez me faire un plus grand plaisir, ,et naturellement, puisque vous me laissez le choix, je prendrai le plus beau des trois exemplaires, et j'y mettrai plus tard une belle reliure. Je crois, du reste, qu'il y faut quelque chose de très simple. Merci! J'espère être bientôt en mesure de vous envoyer les trois exemplaires que vous demandez.
Je vous quitte, cher Prince, non sans vous dire que nous penserons à vous demain 16 janvier, encore plus qu'à l'ordinaire. Les Saints méritent qu'on les fête; mais je ne sais rien qui ressemble plus à une joie, en ce triste monde, que le souvenir qui nous reporte au jour où la vie a été donnée à quelqu'un qui en a fait un si noble usage que vous, et qui, l'ayant eue si belle, l'aurait donnée et la donnerait encore, sans sourciller, pour son pays. Mais adieu, il y a bien de la tristesse dans nos meilleurs moments et dans nos sentiments les plus expansifs !
Guvillier-Fleury
Twickenham, 24 janvier 1856.
Il est déjà convenu, mon cher ami, qu'indépendamment de VHorace Didot que vous avez bien voulu accepter,
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VOUS devez m'en envoyer un ici. Il m'en faut maintenant un autre, que vous ferez relier en reliure pleine par Petit ; il est destiné à mon neveu le comte de Flandre.
Santés bonnes ici ; rien, dans nos nouvelles, ne justifie les inquiétudes qu'on a propagées à Paris sur la santé de la Reine. Les Anglais se préparent à subir la paix avec une mauvaise humeur maladroite, et une inquiétude mal déguisée sur ses conséquences futures. Il fait un temps abominable. J'ai reçu vos lettres des 15 et 16
Mille amitiés.
Paris, 29 janvier 1856.
Mon cher Prince, j'ai eu occasion, hier soir, chez la duchesse de Galliera, de parler à M. Bocher d'une offre qui m'avait été faite à votre intention par l'acquéreur des trente exemplaires restés disponibles de Vlmitation éditée par l'Imprimerie impériale. J'avais fait sur ce point une information complète et je savais que des courtiers s'étaient adressés directement à vous pour spéculer sur votre goût bien connu pour ces raretés. Bocher m'a dit qu'il était chargé par vous de suivre l'affaire, et il m'a offert pourtant de la prendre à ma charge, par pure bienveillance et courtoisie. J'ai refusé, ne voulant pas, quand il s'agit de votre service, d'une délégation de seconde main. Il appelle cela de la susceptibilité, et je vous entends d'ici lui donner le même nom. N'importe; la susceptibilité est le rempart des faibles, et je m'y retranche, quand je ne puis mieux faire que de me défendre. J'ignore où commencent, où s'arrêtent mes attributions; mais, bien
certainement, je ne soulèverai aucun conflit de ce genre avec Bocher qui est l'obligeance même, et qui aurait bien tort de n'être pas bon prince puisqu'il peut tout et qu'il fait tout. D'un autre côté, je suis d'un âge qui diminue fort le zèle et qui n'augmente pas les illusions. N'en parlons donc plus. Je ne regretterai pas d'avoir vu et examiné cette nouvelle édition d'un livre immortel, qui seulement se fait payer cher. Méfîez-vous des courtiers et, s'il est vrai que Mme Andrieux se soit mêlée de cette affaire, faites-lui donner une leçon en refusant son entremise.
Vous trouverez ci-joint quelques petites feuilles détachées qui portent avec elles leur explication. Renvoyez-moi seulement le projet de reliure pour VHorace du comte de Flandre.
Vous ne m'avez rien dit de d'Haubersart qui demande à mettre vos armes sur ses Zouaves reliés par Duru. La lettre dans laquelle il vous faisait cette demande a été vraisemblablement retenue par la police, car elle ne m'est pas parvenue. Duchâtel me disait à ce propos qu'on avait beaucoup parlé, dans ces derniers temps, de lettres écrites par vous à l'époque du jour de l'an, et interceptées. Qu'est-ce à dire? En tout cas, il y faut une grande prudence et de votre part et de la nôtre, car nous sommes dans la gueule du loup. C'est plus tard que j'ai su par d'Haubersart le sort de sa lettre bien inoffensive.
Cousin m'a dit qu'il vous avait écrit en vous annonçant la troisième édition de Mme de Longueville. Peut-être attendait-il une réponse? Que dites- vous de sa Litanie sur les grandes saintes de la Fronde? Paris s'en est plus amusé qu'il ne convenait peut-être au succès du morceau et à la gravité, au moins officielle, de l'auteur. Tout cela ne l'empêche pas d'être un grand écrivain; il a renoncé à la commission qu'il avait donnée pour les autographes du grand Condé, et, seulement, m'a demandé commu-
nication de celle des deux lettres adressée à Mazarin; j'ai cru pouvoir consentir, d'après les précédents créée par vous-même, et la lettre ne me paraissant avoir aucune importance, si ce n'est par la forme d'une singulière humilité quand il s'agit d'un si grand prince vis-à-vis d'un simple ministre, si puissant qu'il fut ; on découvre, à chaque pas qu'on fait dans le passé, des choses nouvelles. Mais on sait si mal même le présent !
Avez- vous répondu à Augier? J'aurais bien aimé pour ma propre gouverne à savoir ce que vous lui répondiez. Augier vous a prié de ne pas faire profiter sa candidature de la démarche qu'il a faite auprès de vous ; mais j 'apprends qu'il s'en est chargé lui-même, et Cousin savait par lui qu'il vous avait écrit, et le contenu de la lettre qu'il m'a dite en partie. Augier serait-il, lui aussi, un habile homme ? Alors je lui cède la partie et virtute mea me involvo.
Je m'occupe du Manutius. Je vous en rendrai bon compte d'ici à une huitaine, si je trouve moyen de savoir quelque chose.
Je reçois (3 heures) votre réponse à Augier; il n'y a pas un mot à y changer ; vous y avez mis du cœur et de L'esprit ; le cœur pour vous, l'esprit pour lui. Adieu donc, et merci de la communication.
Guvillier-Fleury.
Twickenham, 28 Janvier 1856.
J'ai reçu il y a quelques jours, mon cher ami, une longue lettre d'Augier contenant des explications sur son attitude politique et sur l'injustice des reproches qu'on lui adressait. La réponse était assez embarrassante pour diverses
raisons ; cependant il fallait la faire et la faire amicale, car je n'ai aucun grief contre lui et je lui suis toujours attaché ; mais il fallait aussi éviter de s'engager. J'ai tâché d'atteindre ce double but dans la lettre ci-jointe. Lisez-la; si elle vous parait affectueuse et sans inconvénients d'aucun genre, faites-la parvenir à son adresse. Sinon, différez et donnez-moi votre avis. Rien de nouveau ici.
Mille amitiés.
Twickenham, 31 janvier 1856.
Reçu, mon cher ami, votre lettre du 29. Ci-joint deux billets qu'elle m'a décidé à écrire, et que vous voudrez bien faire parvenir à leur destination.
Voici comment s'est engagée l'affaire de V Imitation. On parlait de ce livre; j'exprimais le désir de l'avoir. Bocher dit qu'il pensait pouvoir me le procurer; vous ne m'en aviez jamais parlé. Je répondis : Va bene. Je suis bien convaincu que vous n'y mettez aucune susceptibilité. Tout ce que je désire, c'est que, dans un combat de générosité entre vous et Bocher, l'acquisition ne s'en aille pas en fumée. Nous n'en reparlerons que quand il faudra donner le livre au relieur, ce qui sera bientôt, s'il plaît à Dieu.
D'Haubersart peut mettre mes armes sur son exemplaire. Puisque Duchâtel vous a parlé de lettres saisies, tâchez de savoir s'il a reçu la mienne, du 12. Ci-joint une note sur la reliure pour le comte de Flandre.
Mille amitiés.
Paris, 3 février 1856 (dimanche).
Mon cher Prince, Duchâtel, avec qui j'ai diné hier chez la marquise de Caraman, m'a dit avoir reçu ce mois-ci, en effet, une lettre de vous, dont seulement il ne se rappelle pas la date.
Je vais m'entendre avec Bocher pour V Imitation; ma susceptibilité ne tient pas devant mon zèle à vous servir, d'autant que l'amitié l'inspire, vous le savez, plus que l'intérêt. Merci de cette reliure de VHorace que vous m'offrez et que j'accepte. Mais vous m'aviez déjà offert et j'avais accepté celle des Zouaves, que j'ai modestement fait exécuter par Petit à un prix très inférieur à ceux de Bauzonnet. Petit gagne du terrain et il sera, désormais, mentionné dans les catalogues. Je me ruine en reliures, car le bon marché joint à la bonne exécution m'a tenté, et j'ai fait des folies. Vous m'avez, autrefois, donné le goût de fumer, et aujourd'hui vous m'entraînez dans la passion des reliures. Mais je ne vous en veux pas. Adieu donc, et mille assurances d'inaltérable attachement.
Cuvillier-Fleury.
Twickenham, 9 février 1856.
Je suis un peu en retard pour répondre à votre lettre du 3, mon cher ami; mais j'ai eu une petite fièvre de quarante-huit heures qui a momentanément interrompu
mes habitudes ; un refroidissement, sans doute, ou un mouvement de bile ; rien de sérieux d'ailleurs, ni d'intermittent. Je ne vous reparle pas de V Imitation; gouvernez cela sagement.
i Nous avons ici un temps de printemps. On est fort •calme. Les Anglais se livrent paisiblement, ou, si vous l'aimez mieux, vivement, à des débats sur les prérogatives constitutionnelles ; les heureuses gens ! Bonnes nouvelles de Nervi.
Mille amitiés.
Twickenham, 18 février 1856.
Faites-moi acheter, mon cher ami, pour me l'envoyer par le prochain convoi, le livre de M. Lechi, Délia ,typografia nel secolo decimo quinto, dont Brunet a rendu compte dans les Débats du 16; j'ai quelques livres fort rares des premiers imprimeurs brescians, et cette étude me sera utile.
Je me livre en ce moment au plaisir d'examiner et d'étudier le manuscrit que j'ai acheté à Gênes et qui vient enfin d'arriver. Les conservateurs du British Muséum l'ont proclamé unanimement a wonderful book, et n'ont jamais rien vu de pareil. Il a été évidemment commencé pour le duc de Berry, dont il porte les armes, les emblèmes, et dont il contient, je crois, le portrait ; il parait avoir été achevé pour sa petite-fille, la marquise de Montferrat. On y trouve des vues de Vincennes, du Mont Saint-Michel et de plusieurs autres édifices que je n'ai pu reconnaître. Trois artistes de premier ordre ont dû y travailler; il
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contiQnt cent quatre-vingt-trois miniatures *. Au reste, je vais préparer une série de notes et questions que je vous enverrai en vous priant de les soumettre aux conservateurs de la Bibliothèque que je m'obstine à appeler nationale bien qu'elle soit l'œuvre des rois, parce que cela met tout le monde d'accord.
Rien de nouveau ici ; nous attendons la paix comme tout le monde. Les Anglais y sont résignés tout juste. Notre Reine va de mieux en mieux.
Twickenham, 24 février 1856.
C'est en datant ma lettre, mon cher ami, que je remarque l'anniversaire qui revient aujourd'hui. Huit ans ! C'est bien long! Mais écartons notre pensée de ce triste souvenir et ne l'attachons pas sur un présent non moins triste, à mon avis du moins...
Vous savez que j'ai déjà V Eschyle de Racine, et V Aristophane de Rabelais; vous jugez combien il me conviendrait d'y joindre le César de Montaigne ! Vous pouvez donc dépasser, pour l'avoir, le maximum que j'avais indiqué.
Je vois, par les articles de Cousin, le second volume de d'Haussonville, et une conversation que je viens d'avoir avec ce dernier, qu'il y a, aux archives des Affaires étrangères, une collection appelée France, et qui contient les lettres les plus intéressantes adressées à Richelieu et à
* Ce précieux manuscrit est une des merveilles des collections de Chantilly.
Mazarin. Y auràit-il moyen de faire pénétrer Bertrand! dans cet arcane, sans recourir en mon nom, au ministre, ce que je désirerais éviter?
Il paraît encore qu'il y a, aux archives nationales, une portion des archives de Simancas : on tient la chose un peu secrète, parce que l'Espagne réclame. Cependant, ce trésor n'est pas inaccessible et pourrait bien receler la correspondance de Gondé avec Philippe IV, que les archivistes de Simancas prétendent avoir été emportée en France. D'Haussonville dit que le directeur des archives serait probablement obhgeant, mais qu'il faudrait vraisemblablement son concours pour trouver quelque chose. Causez-en avec lui si vous pouvez, afm de préparer aussi de ce côté le terrain à Bertrandi. Il serait fort important de savoir ce qu'il y a réellement là.
Je voulais vous envoyer une série de questions à résoudre au sujet du manuscrit que j'ai acheté à Gênes; mais mes études préliminaires ne sont pas encore terminées. Rien de nouveau. Santés bonnes ici et à Nervi.
Twickenham, 28 février 1856.
Couturié est arrivé ici hier, mon cher ami, et m'a remis les livres et papiers que vous m'aviez annoncés. Je suis fort content de l'ensemble de cet envoi, quoique j'aie eu peu le temps encore de l'examiner en détail. Le manuscrit Brantôme est magnifique ; décidément Bauzonnet est incomparable pour les belles et solides reliures. J'ai reçu hier soir votre lettre du 26, spéciale pour les Mazarinades, et comme il était trop tard pour vous répondre par la poste,
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je vous ai écrit par le télégraphe. Ce sera une affaire terminée quand vous recevrez ce billet; il m'a paru préférable d'acheter le lot nous-mêmes, plutôt que d'acheter en détail ensuite les pièces dont nous avions besoin
J'avais oublié de vous faire compliment de vos articles sur Nettement ; ils étaient parfaits.
Rien de nouveau ici ; Guégué me parait dans une veine un peu meilleure; sa paresse persistante me désolait.
•Twickenham, 29 février 1856.
Carissime,i\ faut d'abord que je vous donne de mes nouvelles ; il faut ensuite que je vous donne mes commissions pour la vente qui commence le 17 mars ; je ne vous fixe pas les prix... Vous voyez que je vous inonde de lettres depuis quelque temps, et bien souvent pour peu de chose ; mais quand il me passe une idée par la tête, le soir en rangeant mes livres, je ne me gêne pas pour vous l'écrire. Vous ne m'en voudrez pas, j'espère, de toutes ces conversations insignifiantes.
Paris, 29 février 1856.
Victoire ! mon cher Prince, et je ne serais pas plus content d'avoir pour moi conquis la Gaule, que d'avoir con-