LE SIÈGE DE HAMBOURG
La rupture de Tarmistlce de Pleisswitz, par suite de rinsuccès des négociations de Prag;ue (10-11 août), avait été le si(jnal de la reprise des hostilités, désormais bien ag^^ravées, puisque l'Autriche, par son adhésion à la coalition, donnait à l'ennemi 300,000 hommes de plus. Malgré tout, dès le lendemain de la rentrée en campa^^ne, Napoléon avait encore obtenu un grand succès, en battant les 2(5 et 27 août, devant Dresde, toutes les armées coalisées, y compris l'année autrichienne. Cette victoire, qui rouvrait la guerre avec Unt d'éclat pour les armes françaises, aurait pu sans nul doute avoir les conséquences les plus décisives si, à peu de jours d'intervalle, elle n'avait été précédée et suivie par deux événements malheureux qui devaient en neutraliser les effets. D'un c6té, dès les 23 et 24 août, le maréchal duc de Reggio, chargé de marcher sur Berlin, avait été arrêté par les forces alliées aux ordres de Bernadotte, et avait dû se replier sur l'Elbe; d'un autre côté, le général Vandamme, chargé, au lendemain de la bataille de Dresde, de poursuivre l'ennemi jusqu'en Bohème, essuyait le 30 avril un véritable désastre à Kulm, où, en perdant une partie de son corps, il était lui-même blessé et pris. Dès lors, tout avait gravement changé. Les coalisés, un moment abattus par l'affaire de Dresde, reprenaient courage et se ralliaient énergiquement. Les combinaisons de Napoléon manquaient successivement, soit par les revers d'Oudinot et de Vandamme, soit par les échecs partiels de quelques autres de ses corps. Vainement l'Empereur, réduit à tenir tète de tous côtés et obligé de ramener son armée sur la rive gauche de l'Elbe, redoublait d'activité et d'habileté dans ses manoeuvres : la question allait
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se dénouer le 14 octobre, dans la terrible et sang^lante bataille de Leipzi(j; à partir de ce moment, la situation était perdue. L^armée française, abandonnée successivement par tout ce qui lui restait d'auxiliaires, Saxons, Bavarois, n'avait plus qu'à se replier en combattant sur le Rhin; les armées alliées, victorieuses, s'avançaient en (jurandes masses pour forcer de toutes parts les frontières firançaiscs. Les unes et les autres allaient se rencontrer une dernière fois dans la campagne de France (février-avril 1814), où Napoléon retrouvait les plus belles inspirations de son génie pour tenir tôte à l'invasion. A mesure que ces événements s'étaient déroulés, le maréchal Davout n'avait cessé de remplir le rôle qui lui avait été assigné sur le bas £lbe. Après avoir repris Hambourg et la plus grande partiede la 32* division, dès la reprise des hostilités du mois d'août, il s'était porté, comme il en avait l'ordre, sur le Mecklembourg pour coopérer au mouvement que le maréchal Oudinot exécutait de son côté sur Berlin. A la suite de l'échec du duc de Reggio, le prince d'Eckrotihl avait dû nécessairement s'arrêter, rester en position, et dès cette époque, ses communications avec TEmpercur étaient d'abord devenues rares, puis s'étaient trouvées à peu près complètement interrompues. Ne recevant plus rien, exposé à voir ses propres lettres interceptées, livré à lui-môme avec des instructions générales, i^ tenait encore pendant plus de deux mois sur la Stecknitz, à Ratz* bourg, lorsque tout à coup, au mois de novembre, il recevait l'avis de laisser une garnison dans Hambourg et de se porter avec le reste de ses forces sur la Hollande; mais il était trop tard, le mouvement était impossible. 11 n'avait plus, aux approches de l'hiver, qu'à se serrer sur Hambourg, qu'il s'occupait depuis plusieurs mois de mettre dans un formidable état de défonse, et où il avait acca* mule avec prévoyance les approvisionnements. Aux premiers jour: de décembre 1813, il était définitivement dans Hambourg, bloqu< par des forces qui étaient d'abord de 60,000 hommes, qui s'élevaien bientôt à près de 100,000 hommes par la réunion des Suédois au: Russes de Beningsen, et tandis que les alliés envahissaient déj la France, le maréchal Davout soutenait un siège de cinq mois défiant toutes les attaques par sa mâle et habile formeté. 11 tenai encore à la fin d'avril lorsque la restauration des Bourbons élai déjà accomplie, et même alors il se refusait à toute compositioi tant qu'il n'avait pas d'ordres réguliers de Paris. Strictement fidèl aa devoir militaire, il déclinait toutes les ouvertures de l'ennemi et au besoin il n'hésitait pas à repousser les assaillants qui, pou
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l'attaquer, se couvraient perBdement du drapeau blanc, — ce qui devenait bientôt un sujet d'accusation contre lui auprès du roi Louis XVIII. Loin de mériter les reproches, il donnait le mémorable eiemple d'un soldat défendant, sans discuter, son poste, tant qu'il n'eo est pas relevé. Il réussissait ainsi à sauver, au profit du nou- Teau ^gouvernement lui-même, un corps de 30,000 hommes qui pouvait bientôt quitter Hambourg pour rentrer en France avec les honneurs de la guerre, avec ses armes, ses drapeaux, son artillerie. Il tenait à accompagner de sa personne le glorieux corps qui nVait pas été vaincu.
Sur cette période, la correspondance manque entièrement, par suite de la rupture des communications. Il n'y a aucune lettre de Napoléon à dater de la mi-août; la dernière lettre officielle du maréchal est du mois de novembre 1813. Le véritable exposé des opérations du siège de Hambourg est dans le Mémoire écrit, sous les inspirations du prince d'Eckmiihl, par son chef d'état-major, le général César de Laville, et publié après son retour en France. (Test le mémoire qu'on reproduit ici et qui suffit amplement à venger le maréchal de toutes les accusations dont il était l'objet à l'occasion de ce grand et héroïque siège. La première partie du mémoire reprend les choses à la campagne de 1812 et n'est que le ^umé du coiiimencement de la campagne d'Elbe en 1813, que la correspondance éclaire plus complètement aujourd'hui. On reproduit ici la partie essentielle sur les préliminaires du blocus et sur le siège lui-même. Quant aux accusations auxquelles le maréchal troyait devoir répondre dans un autre mémoire justificatif adressé au Roi, et qui avaient trait à certains faits de son commandement, tels que la mainmise sur la banque de Hambourg, l'exclusion des bouches inutiles d'une place assiégée, la destruction de maisons qui gênaient la défense, etc., elles sont tombées d'elles-mêmes depuis longtemps et n'ont jamais eu une valeur sérieuse. Dans ce commandement comme dans tous les autres, le maréchal Davout restait ce qu'il était toujours, jaloux de remplir tous ses devoirs militaires sans aller au delà des nécessités de la guerre, habile organisateur de troupes, tenace à l'action, intègre et prévoyant administrateur, humain et sage dans l'exécution des ordres qu'il avait reçus. Le siège de Hambourg reste pour les militaires un modèle de la défense des places.