‹ Correspondance du maréchal Davout, prince d'Eckmühl (volume 2)Chapitre 15 sur 95 · COHUES POIN DAN CE · texte numérisé non relu

COHUES POIN DAN CE

la manière dont nos jeunes soldats se comportaient au feu, qu'ils voyaient pour la première fois.

Le maréchal s'était rendu auprès du général Pecheux pour reconnaître la position du camp retranché de Tennemi. Il vit de rhésitation dans les troupes qui défendaient les redoutes devant Lauenbourg, et ordonna une attaque de nuit qui fut faite par un bataillon du 30' de ligne, dirigée par le capitaine d'Houdetot, Tun de ses aides de camp. Les redoutes furent enlevées à la baïonnette, et sans tirer un coup de fusil; Tennemi s'enfuit en grande confusion, abandonnant son camp et la ville, et laissant entre nos mains 80 prisonniers, dont 5 officiers. Il prit position derrière la Stecknitz, dont il voulut brûler le pont ; mais nos voltigeurs arrivèrent assez à temps pour conserver ce passage au corps d'armée.

Le maréchal concentra en avant de Lauenbourg les troupes du général Pecheux, celles du général Thiebault, et la cavalerie du général Wattier.

De son côté, le général Loison avait chassé devant lui les troupes du général Tettenborn, au camp de Buchen sur la Stecknitz, et avait poussé à Schawaneide. Le corps danois le remplaça dans sa position de Schwartzembeck.

Le 20, on rencontra l'ennemi à quelques lieues en avant de Boitzenbourg : il fit sa retraite, et le général Thiebault, soutenu par la cavalerie du général Wattier, vint prendre position sur les hauteurs en avant de Schwartau; il se liait avec le général Loison qui venait d'arriver à Greiss après un engagement de trois heures. On échangea quelques coups de canon dans cette position, et bientôt l'ennemi continua sa retraite, nous abandonnant quelques blessés et quelques prisonniers.

La petite colonne commandée par le général Gengoult, sur la rive gauche de l'Elbe, vint s'établir à Boitzenbourg et Lauenbourg, dans la position retranchée que l'ennemi avait la veille.

Le corps danois remplaçait le général Loison à Schawaneide.

Le maréchal établit son quartier général à Schwartau ; un de ses aides de camp, le chef d'escadrons Hervo, fut blessé dans une reconnaissance de nuit.

Le lendemain 21, te corps d'armée continua son mouvement, et tandis que le général Loison, avec son infanterie et la cavalerie danoise, commandée par le général Lallemand, était aux prises avec Tennemi et gagnait du terrain vers Kamin, position qui lui était indiquée, le maréchal se dirigeait sur Zarensdorf, avec Tinfanterie du général Thiebault et 600 hommes de la cavalerie du général Wattier.

L^ennemi avait mis le feu au pont; nos voltigeurs s'en emparèrent avec une grande résolution, et en un quart d'heure il fut rétabli. On marchait sur Marsow, une colonne de cavalerie ennemie nous flanquait sur notre droite ; en débouchant du village de Marsow, nous trouvâmes Tennemi qui occupait une belle position et paraissait attendre le combat; après quelques charges de cavalerie infructueuses que nos jeunes soldats repoussèrent avec intrépidité, et une canonnade de 12 ou 15 pièces, dont le feu fut bientôt éteint par une batterie de la 4-0* division, que le maréchal plaça fort à propos, Tennemi se décida à la retraite; il nous avait montré ce jour 4,000 chevaux, une vingtaine de pièces et de Tinfanterie, dont nous ne pûmes évaluer le nombre, car elle ne prit point part au combat et se faisait voir dans Téloignement. Le maréchal y perdit un de ses aides de camp, le lieutenant Gross, officier de la plus grande détermination et de valeur.

Le général Vichery et les pièces de 12 nous rejoignirent dans la nuit.

Le général Loison occupait Goldenbau, et les Danois Greiss.

Le 22, le corps d'armée se porta sur Wittenbourg, que l'ennemi avait abandonné.

Le 23, l'armée se mit en marche sur deux colonnes, vers Schwerin; le corps danois vint à Wittenbourg et de là à Parum, où il prit position.

L'ennemi ne se laissa pas voir dans cette marche ; nos convois avaient marché entre nous et le corps danois, et rien n'avait été compromis.

Le corps d'armée prit position à Schwerin.

Notre ligne de communication, qui jusqu'alors était par Lauenbourg, devenait beaucoup trop étendue; elle était

découverte sur son flanc et ne présentait aucun point pour la mettre à Tabri de la cavalerie légère de Tennemi, elle fut abandonnée.

Un corps suédois, commandé par le général Wegesack, fort de 8,000 hommes, 2,000 chevaux et 20 pièces de canon, se trouvait encore à Gadebusch pour se porter sur Lubeck. Notre position sur Schwerin isolait ce corps de ceux du général Tettenborn et du comte de Walmoden, qui s'étaient retirés sur Neustadt.

Le maréchal, après avoir établi le corps danois à SchwenD, la division Yichery en arrière de cette ville, et la division du général Thiebault sur la droite de toute cette position, se mit en marche vers Gadebusch avec Tinfanterie du général Loison. la cavalerie légère danoise du général Lallemand et 600 cuirassiers du général Wattier.

Le corps suédois s'était retiré en toute hâte sur Bolitz; on envoya à sa poursuite la division Loison et le général Lallemand, qui occupèrent Wismar, poussant des avant-gardes jusqu'à Hohenfelde, sur la route de Rostock.

Le maréchal rentra à Schwerin et établit sa nouvelle ligne de communication par Gadebusch, Ratzebourg et Môllen.

Les 26 et 27, on fit de fortes reconnaissances sur Haguenau, Wittenbourg et Criwitz, et Ton établit une ligne de communication entre le général Loison à Wismar et nous à Schwerin, par Zickhussen et Muhl-Eichlen.

Les rapports d'un mouvement de Tennemi sur notre flanc droit, rapports faits par les prisonniers, les déserteurs et les paysans, engagèrent le maréchal à ne pas laisser s^éloigner autant le général Loison sur Rostock, avant de savoir où nous en étions du côté de Berlin. Nous n'avions aucune nouvelle du maréchal Oudinot duc de Reggio, qui, dans le plan dont il est parlé plus haut, aurait dû se trouver le 20 ou le 21 à Berlin, s'il avait réussi.

Le mouvement du général Walmoden et celui des Suédois paraissaient avoir changé de caractère et indiquer que nous avions éprouvé un échec. On était instruit par le gouverneur de Magdebourg que le général Dombrowski n'avait pu débou-

cher de Wittenberg, et que le général Girard, qui s'était porté iZizar, pour y profiter du succès du mouvement du duc de Beggio, avait été attaqué par des forces trois fois supérieures et avait été forcé, par la désertion des corps allemands qui formaient en grande partie ses troupes, de se rep lier sur Wittenberg.

Nous avions rempli et au delà les instructions que Napoléon a?ait données ; les hostilités avaient recommencé le 17, et le 23 nous nous trouvions dans le cœur du Mecklembourg, occupant la division suédoise du général Wegesack, le corps du général Walmoden et les troupes du général Tettenbom, et nous étions en mesure de jouer le rôle auquel le 13* corps avait été destiné.

Le I*** septembre, le maréchal s'aperçut d'un grand mouvement très-prononcé sur notre droite, et nous ne pûmes nous <lissimuler plus longtemps que nous avions échoué sous Berlin. En effet, des lettres du gouverneur de Magdebourg firent connaitre au maréchal que Napoléon avait rappelé à lui le <^rpsdu général Yandamme, et que le maréchal Oudinot, duc "C Reggio, avec son corps et celui du général Reynier, avait été forcé, après la perte de la bataille du 22, de se replier sur ^reuenbritzen ; dès lors, toute coopération ultérieure avec les Opérations de la Grande Armée nous était devenue impossible; ^1 £allait penser à la seconde destination du 13* corps, celle de Couvrir Hambourg, le Holstein et la 32' division militaire.

La ligne de Schwerin était beaucoup trop étendue, puisqu'elle laissait découvert depuis la pointe du lac jusqu'à l'Elbe, que l'ennemi pouvait manœuvrer sur notre flanc droit sur dix lieues de terrain sans que nous pussions l'en empêcher et même nous en apercevoir, ayant peu de cavalerie légère. Cette position devenait mauvaise, puisqu'elle n'avait pas de sûreté en elle-même et qu'elle n'avait plus de but pour la coopération avec les mouvements des autres corps de l'armée française.

Le maréchal fit donc ses dispositions pour prendre une ligne plus rapprochée et plus forte, qui couvrit Hambourg et le Holstein. Cette ligue est celle de la Stecknitz, gardant Ratze-

bourg comme avant-garde, s^étendant à Lauenbourg sur TEIbe j par sa droite, et à Lubeck et Trawemûnde à laisser par sa gauche. Tous les ordres furent expédiés, et le lendemain, 2 septembre, Tarmée fit son mouvement. Le général Lallemand fut laissé à Wismar, et le général Delcambre à Schwerin, comme arrière-garde; ils suivirent le lendemain notre mouvement.

La 3' division fut établie en avantde Ratzebourg, faisant £ace à Gadebusch; le corps danois, sur le plateau, à droite du général Loison, faisant face à Wittenbourg; le général Vichery, avec partie de la 40' division, à MôUen. Le général Delcambre f fut chargé de la défense de Buchen, et le général Gengoult de celle de la Stecknitz, depuis Buchen jusqu'à Lauenbourg.

Le général Thiebault fut chargé de la défense de Lubeck; | il avait sous ses ordres le général Lallemand. Les troupes furent baraquées, on forma des camps réguliers, et Ton retrancha les diverses positions avec un grand soin.

Dans cette marche, Tennemi nous attaqua du côté de Zarentin et de Buchen; il éprouva quelque perte. Sur ce dernier point il avait déjà passé la Stecknilz, et le général Vichery était arrivé assez à temps pour le repousser. Le maréchal fit une reconnaissance sur toute la ligne pour la rectifier et assurer lui-même tous les camps, postes et passages depuis Lubeck et Trawemûnde jusqu'à l'Elbe; il établit son quartier général à Ratzebourg.

L'ennemi prévenu à temps avait renoncé à son projet de couper notre communication sur Hambourg et s'était replié sur Wittenbourg. Le corps d'armée resta dans cette position sans faire aucun mouvement jusqu'au 13 septembre; le maréchal avait été prévenu qu'un convoi considérable de poudre était parti le 10 de Hanovre se dirigeant par Minden sur Magdebourg, sous l'escorte du général Lemoine. Il jugea qu'il était de la plus haute importance pour la grande armée fran« çaise de tacher de faire diversion aux partis ennemis qui avaient passé l'Elbe à Hitzacker, et qui paraissaient marcher sur ce convoi. Il fit courir le bruit dans tout le pays qu'une division du 13* corps allait se rendre à Magdebourg, et ordonna

de préparer partout des vivres. Pour accréditer ce bruit, il fit un détachement de cinq bataillons, quatre bouches à feu et quelque cavalerie légère ; il en donna le commandement au {général Pecheux. Ce général avait pour instruction de passer FElbe, de se rendre à Lunebourg, et de là, à moins qu'il ne fût informé que Tennemi eût passé TEIbe à Domitz avec des forces majeures, il devait se placer entre Dahlenbourg et la forêt de Gôrde; cette manœuvre était combinée avec le gouverneur de Magdebourg, qui devait porter des forces suffisantes sur Werben pour nettoyer toute la rive gauche de l'Elbe et rallier le grand convoi de poudre, qui, en efFet, arriva à Magdebourg le 16 septembre.

Le général Walmoden avait passé l'Elbe à Domitz, en grandes forces, le 15 et le 16, vers six heures du soir, et avait enveloppé le détachement français dans sa position. Le général Pecheux se battit avec un grand courage contre des forces quatre fois supérieures, surtout en cavalerie et en artillerie; deux batteries de fusées à la Congrève, dont l'effet était tout à fait nouveau pour nos soldats, contribuèrent au désordre de Cette affaire. Nous perdimes mille hommes tués, blessés ou prisonniers, et l'on se retira à Winsen et Zollenspicker. Le général Pecheux y laissa trois bataillons en position et vint prendre le commandement de Haarbourg et du camp retranché.

Après cet échec, l'ennemi pouvait à son gré parcourir tout le pays entre le Weser et l'Elbe, et se porter sur Haarbourg; le maréchal organisa une colonne mobile de 500 hommes et 2 pièces de canon, avec laquelle le major Hug fut chargé de protéger les convois de vivres, argent et effets qui nous arrivaient de Bremen et qu'on dirigeait par Stade.

D'un autre côté, pour donner des inquiétudes au corps ennemi qui aurait pu se porter sur Haarbourg, le maréchal fit construire par le major du génie Vinache une forte tête de pont à Hope, sur la rive gauche de l'Elbe, et fit rétablir l'ancien fort.

Le corps d'armée occupait toujours la position sur la Stecknitz; le maréchal faisait de fréquentes reconnaissances, parcourait la ligne, et allait à Hambourg pour y presser les

ouvrages et y faire rentrer des vivres, prévoyant qu'il ne recevrait d'ordres que lorsqu'il ne serait plus temps de les exécuter et qu'il serait forcé de défendre Hambourg.

11 avait trouvé les travaux du génie militaire prodigieusement avancés et avait fait pousser avec une ardeur nouvelle ceux du rétablissement de l'ancien fort carré du Stemschanz, sur le front d'Altona, et du camp retranché de Haarbourg.

Le grand pont en bois était achevé, il ne restait plus à faire que la communication par terre dans l'tle de Wilhemsbourg; cette route de mille toises de développement paraissait impraticable; un grand nombre d'ouvriers et de paveurs furent requis et envoyés dans l'tle, où ils furent nourris, logés et payés pour achever cet ouvrage, qui fut mis en état et pavé en peu de jours par la persévérance et la rare intelligence de l'ingénieur eu chef Jousselin.

On établit des brise-glaces sur les passes du fleuve, dans un développement de plus de deux mille toises. On avait parfaitement organisé les grands bacs, et l'on en avait construit de rechange. Le temps était devenu pluvieux, l'apparition de l'ennemi rendait les réquisitions foit difficiles sur la rive gauche, et il fallut toute l'énergie du chef et tout le zèle des chefs du génie militaire et civil pour venir à bout de ces immenses travaux.

On dirigea sur Hambourg et les iles la plus grande quantité de bétes à cornes, levées dans tout le pays que nous occupions. On y fit rentrer du grain, des avoines, du riz, du vin et une grande quantité de fourrage. C'est ici le cas de faire une obsen ation que le maréchal s'est souvent plu à répéter, que c'est à la réunion de quatre hommes habiles et supérieurs chacun dans leur partie, le comte de Chaban, le général Jouffroy, le colonel Deponthon et Tingénieur en chef des ponts et chaussées Jousselin, que doit être attribuée en grande partie la conservation de la place et du corps d'armée.

Le général Lauberdiére fut chargé de faire à Bremen toutes les dispositions que pourraient nécessiter les circonstances, amener tous les bateaux du Weser, détruire le pont de Hoya,

DU MARÉCHAL DAVOtJT. — 1813-1814. Î99

la ville de Bremen en ëtat de défense et au besoin en luter les ponts.

s voulions tenir le plus longtemps possible la position tecknitz pour g^agner du temps et faire jeter à tout évét dans Hambourg une grande quantité de vivres ; nous

> de fréquentes reconnaissances dans lesquelles nous toujours Tavantage. Le soldat vivait de distributions res, on s'occupait beaucoup de son instruction, et la ande discipline régnait dans le corps d'armée.

r octobre, les Danois furent attaqués à Kogel, poste sur leur front, et en furent délogés avec perte d'une le d'hommes tués, blessés ou prisonniers. Nous avions e journellement une grande quantité de déserteurs de ni que nous incorporions dans le régiment de lanciers liens.

mée du général Walmoden s'était accrue d'une légion illemande, du corps de Lutzow et de quelques régije hussards à la solde de l'Angleterre.

> les rapports nous faisaient supposer que nous aurions une attaque générale. Le maréchal envoya à Môllen,

e la Slecknitz, le grand parc de réserve et renforça cette 1 de quelques bataillons et de la cavalerie du général r, prescrivant la plus grande surveillance à Buchen, qui point le plus vulnérable et dont la défense était confiée éral Delcambre.

i quelle était notre position dans tout ce mois d'octobre : tions en communication avec Bremen , Niembourg et i. On avait frappé des réquisitions de vivres de toute sur le pays d'Eutin, de Lubeck, et sur tout le territoire us occupions. Le corps d'armée était entièrement sur droite de TEIbe, dans une position qui devait donner uiétudes à Tennemi, puisqu'il pouvait, suivant les ordres aient donnés, se porter, soit sur le Mecklembourg, soit rive gauche; nous avions deux têtes de pont, l'une à l'autre à Haarbourg, et tous les moyens de passage en notre pouvoir, nemi avait reconnu et attaqué cette position, et y avait

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perdu plus de 800 hommes. Les troupes avaient acquis de Texpérience et de la force pendant ce temps; on avait formé à Hambourg des magasins de pain et de viande pour une armée de 40,000 hommes pendant neuf mois.

Le meilleur esprit animait le 13* corps, ainsi que le corps danois et surtout son digne chef, le prince Frédéric de Hesse.

De son côté, le maréchal exécutait fidèlement le traité signé entre la France et le Danemark, en couvrant le Holstein, quoique des partis ennemis qui étaient entrés à Gassel le 6 octobre menaçassent le Weser.

A cette même époque, le maréchal Ney, prince de la Moskowa, avait repoussé les tentatives de Tennemi qui voulait opérer un passage de l'Elbe entre Magdebourg et Wittenberg.

Napoléon était à Dresde avec la Grande Armée. Nous ne recevions plus d'ordres du major général depuis la rupture de l'armistice, et nous étions entièrement livrés à nous-mêmes. On avait ordonné aux habitants de Hambourg et Haarbourg de s'approvisionner jusqu'au mois de juillet 1814; on les prévenait que si les circonstances forçaient le 13* corps à défendre Hambourg, ceux qui n'auraient pas obéi à cette mesure seraient renvoyés de la place comme bouches mutiles, ainsi que le commandent les règlements militaires. Le maréchal avait ordonné que cette première invitation fût faite par les autorités civiles, le 15 octobre 1813.

On avait en outre ordonné que chaque boulanger dût avoir un approvisionnement pour son débit présumé, sous peine d'être privé du droit de continuer sa profession.

L'arsenal de Hambourg était en pleine activité; indépendamment des fonderies de bombes et boulets, des salles d'artifice, on y avait organisé un atelier de fusées à la Congrève, dont la direction était confiée au capitaine d'artillerie Brillart, qui en avait rapporté la composition du Danemark, où il avait été envoyé, à cet efFet, après l'affaire du général Pecheux, à Gôrde. On y fabriquait en outre une grande quantité de fers et de clous à glace pour les chevaux, et des crampons pour les hommes.

Le maréchal avait ordonné à Lubeck la construction de

vingt blockhaus, établis de manière à pouvoir se démonter et se transportera volonté, et qui devaient plus taixl être employés dans les ouvrages de Hambourg. Il en fit faire dix autres aussi, d'une plus forte dimension, qui devaient être à Tépreuve du canon, et en porter sur ses plates-formes. On fit construire à la hâte, par les soins du major du génie Yinache, une tète de pont à Cronsford, et il fut aussi chargé de diriger les travaux de Lubeck.

Quant aux opérations militaires, elles furent de peu d'importance pendant ce mois. Il y avait eu sur notre front quelques fourrages armés pour avoir des bêtes à cornes. Le général Rome avait eu, en avant de Môllen, un engagement où Tennemi perdit 40 hommes tués, 150 faits prisonniers et un grand parc de bestiaux. On avait fait sortir de la tête de pont de Hope une reconnaissance sur Winsen, on s'était emparé de cette ville; l'ennemi avait voulu forcer la position à Buchen avec 1,500 hommes d'infanterie et une batterie de 8 pièces; une vive canonnade et le feu de son infanterie qui avait duré deux heures, n'étaient point pari'enus à déloger deux compagnies de voltigeurs du 30* régiment, postées derrière un épaulement dans les marais de la Stecknitz. La conduite de ces braves gens avait été admirable; ils y avaient perdu une trentaine d'hommes en tués et blessés. Le général Vichery fit une forte reconnaissance sur Gudow, surprit la légion russo-allemande et lui tua beaucoup de monde. La cavalerie danoise qui était avec lui fit prisonniers une cinquantaine de hussards ennemis.

Le maréchal s'était porté de son côté, en avant de Ratzebourg sur Zarentin, et l'on avait repoussé l'ennemi au loin. Le capitaine d'état-major Môller y fut blessé d'une balle qui lui perça la poitrine. M. Albert de Fayet, lieutenant, aide de camp du maréchal, y fut fait prisonnier; on n'eut plus depuis aucune nouvelle de son sort. Le temps était fort pluvieux pendant cette première quinzaine, mais nos troupes étaient baraquées, bien nourries, et ne soufFraient pas. Les Danois avaient beaucoup de malades.

La deuxième quinzaine d'octobre se passa de la même manière ; des reconnaissances, des escarmouches, une grande

rentrée de bestiaux et de fourrages dans les fies d*Ochsenwerder et de Bilhverder, occupèrent le corps d'armée.

Il est de la justice de faire une mention particulière d'une petite expédition sur Lunebourg, dont s'empara par surprise et en enfonçant les portes, le capitaine d'Houdetot, aide de camp du maréchal, avec une compagnie d'élite du 30* régiment. Cette surprise de nuit, faite à 6 lieues au delà de nos postes, dans un pays entièrement occupé par l'ennemi, avait pour objet d'avoir des nouvelles certaines de l'armée du Nord et de tenir dans le respect les autorités du pays pour nos réquisitions et nos messages. Deux colonnes mobiles aux ordres des majors Van Ommerer et Hug parcouraient tout le pays entre Haarbourg, Bremen et la mer.

Vei*s la fin d'octobre, on apprit que Bremen ayant été attaquée par des forces considérables, toute communication entre la France et nous était interrompue. L'argent commençait à manquer, rien ne pouvait plus venir de la 32* division militaire; les impôts ne se payaient pas, les bons sur la ville de Hambourg et les traites sur la banque, qui devaient représenter la contribution extraordinaire, n'étaient négociables en aucune façon; les principaux négociants, qui d'abord avaient soumissionné pour leur part dans cette contribution, quittaient Hambourg avec leur poitefeuille et ne laissaient pour toute garantie des billets qu'ils avaient signés, que leurs maisons et des meubles qui ne pouvaient être d'aucune ressource. Le comte de Chaban, intendant général des finances, prévint le maréchal de cet état de choses, en observant que, sans des mesures extraordinaires comme les circonstances, tout allait manquer, et qu'il n'y avait plus de fonds pour le service des hôpitaux, la solde de l'armée et du corps danois, les médicaments, le génie et l'artillerie, et pour payer les hommes de la classe indigente qui étaient occupés à nos travaux, et les dépenses communales et administratives de la ville de Hambourg. Le maréchal, avant de prendre un parti aussi sérieux que celui qui lui était proposé, voulut s'assurer de nos besoins et de nos ressources. Il vit par la situation des caisses, au 20 octobre, qu'il n'y avait pas un moment à perdre, ni le

moindre espoir de rien faire entrer au Trésor par les moyens ordinaires. 11 s'assura, d'autre paît, que les sommes dues pour dépenses arriérées, depuis le 1" juillet I8I3, et celle nécessaire pour tout le mois de novembre courant, s'élevaient à la somme de 12,500,000 francs. L'énormité de la somme et la nécessité urgente de pourvoir à l'avenir ne permettaient pas de balancer sur le paiti qu'il y avait à prendre.

11 faut rappeler ici que les décrets et lettres explicatives de Napoléon, du 16 juin, avaient fixé. le mode de payement de la contribution de guerre. Dix millions devaient être payés en espèces, dix millions en denrées, dix millions en bons de la ville de Hambourg, payables le 1" janvier 1815, et vingt millions en traites sur la Banque de Hambourg, signées, remises au Trésor et payables, mois par mois, depuis octobre 1813 jusqu'en août 1814.

D'après cet exposé, on voit que la Banque était la seule garantie de cette dernière partie de la contribution. En conséquence, le maréchal nomma, le 4 novembre 1813, une commission composée : du gouverneur de Hambourg, du comte de Chaban, du préfet, du maire, du commandant de la place, de l'inspecteur du Trésor, de l'inspecteur en chef aux revues, de l'ordonnateur en chef, du président de la Banque, et de deux membres de la chambre du commerce.

Cette commission reçut Tordre de mettre les scellés sur la Banque et de faire tous les arrangements possibles avec le commerce; les administrateursde la Banquede Hambourg furent convoqués, et il leur fut déclaré que les traites acceptées sur la Banque ne s'escomptant pas et les négociants s'étant soustraits à tout payement, le maréchal était forcé de prendre des mesures pour assurer les divers ser^'ices, qu'il avait fait mettre les scellés sur la Banque et en ordonnerait la saisie dans le cas où le commerce se refuserait à tenir les engagements contractés par la ville.

Le lendemain 5, on fit l'inventaire de la Banque en présence des administrateurs, et l'on trouva 13,500,000 francs. La chambre de commerce, sommée de faire des fonds pour l'affranchissement de la Banque, reconnut, ainsi que les admi-

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nistratcurs, que la plus grande partie des fonds appartenaient à des étrangers, et se retusa ù faire aucune proposition.

Le maréchal fit de nouvelles injonctions et accorda plusieurs jours au commerce pour se décider à conserver, par des sacrifices, l'intégrité de ce bel établissement. Les vives instances et les représentations du comte de Chaban ne produisirent rien sur les esprits des membres de la chambre de commerce, qui déclaraient ne vouloir émettre aucune opinion ni aucun sentiment, et se bornaient à protester.

Cependant, tout allait manquer, et tout nouveau délai devenait impossible; la commission fit vei*ser, le 12, dans les caisses du Trésor, l'argent monnayé qui se trouvait au Trésor et qui se montait à deux millions. Cette opération se fit en présence des administrateurs; on en dressa procès-verbal, et Ton en établit des boixiereaux en triple expédition, dont le premier était donné, pour leur décharge, aux administrateurs, le second au comte de Chaban, et le troisième à la commission. On observa depuis le même ordre et la même régularité pour les divers enlèvements qui furent faits successivement jusqu'à la fin du blocus. On rendit aux hospices et au roi de Danemark les sommes qui leur appaitenaient; on pourvut au traitement des teneurs de livres et autres personnes employées à la Banque, et Ton conserva avec soin les registres de cette administration.

Le directeur et les administrateurs conservaient les clefs, et ce n'est qu'en leur présence que les extractions se faisaient selon les besoins, l'avis de la commission et Tordre du maréchal.

Toutes ces opérations se faisaient avec cette scrupuleuse régularité, parce que le maréchal était persuadé que quel que fût le sort de Hambourg, la France restituerait à la Banque ce que les circonstances impérieuses avaient forcé à enlever, quitte, si Napoléon avait eu des succès, à rembourser le tout sur la rentrée des contributions de guerre.

Le maréchal sollicitait instamment des ordres et informait avec régularité Napoléon, le major général et le ministre de la guerre de sa position; mais par une inconcevable fatalité,

OU négligence, rien n'arrivait du grand quartier général; les dernières lettres étaient du 18 août et ne contenaient que des détails insignifiants d^administration intérieure. Ces lettres ne portaient pas même la date du lieu, ce qui aurait pu au moins nous faire présumer les opérations de Tarmée; les dernières instructions portaient de ne pas s^inquiéter des mouvements de l'ennemi sur la rive gauche de l'Elbe, et de couvrir Hambourg et le Holstein.

Nous avions appris, le 25 octobre, par les bulletins de Tennemi les événements de Leipzig, nous savions la marche de l'armée du Nord, composée du corps de Bulow, des Suédois et de quelques corps russes, sur le Weser et Hambourg, et nous venions d'être informés que le quartier général du prince royal de Suède, qui commandait cette armée, avait été à Gœttingen le 2 novembre. Dès lors, le 13* corps se trouvait entièrement isolé de Tarmée française ; la position que Tennemi occupait par ses manœuvres nous mettait dans Timpossibilité de rien entreprendre pour s'approcher du Bliin, quand même, au mépris des ordres de Napoléon et du traité avec le Danemark, nous eussions voulu abandonner Hambourg. Le seul parti qu'il y avait à prendre, dans la circonstance, était de travailler avec ardeur à faire de cette ville une place de guerre respectable et s'y défendre à outrance.

Le maréchal, perdant ainsi tout espoir de reprendre l'offensive, et voulant rapprocher quelques troupes de Hambourg et de ZoUenspicker pour y être employées aux travaux, se détermina à quitter Ratzebourg, position avancée qui devenait sans objet, et à se borner à défendre la Stecknitz jusqu'aux glaces. Il fit détruire les retranchements et brûler les camps et le pont de Ratzebourg. Notre nouvelle position fut celle-ci :

Lubeck fut occupé par les Danois, ainsi que Cronsford; ils se liaient par leur droite avec le camp retranché de MôUen, que commandait toujours le général Vichery. De là, on continuait à défendre le cours de la rivière jusqu'à l'Elbe. Les troupes du général Loison furent placées en réserve à Schwartzembeck, où le maréchal porta son quartier général le 12 novembre.

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