‹ Correspondance du maréchal Davout, prince d'Eckmühl (volume 2)Chapitre 16 sur 95 · IV · texte numérisé non relu

IV

Notre mouvement n'avait pas été aperçu par Tennemi; le lendemain 13, il entra dans Ratzebourg et attaqua en force le camp retranché de Môllen. Le combat fut vif; le général Vicherv, avec le brave 111* régiment, repoussa ses attaques et lui fit éprouver une perte considérable. La nôtre fut insignifiante, car notre infanterie s'était battue derrière de bons retranchements, et la cavalerie seule avait été envoyée à la poursuite.

Vers ce même temps, à la mi-novembre, le maréchal apprit par un émissaire du général Carra-Saint-Cyr, qui précédemment commandait sur le Weser et qui Tavait expédié de Munster, où il s'était retiré, que la défection des Saxons à la bataille de Leipzig, et surtout celle de la Bavière, avait forcé Tarmée française à se replier sur le Rhin; que Napoléon était arrivé à Mayence le 1*' novembre. Il était en outre chargé d'un billet chifFré de ce général qui faisait connaître que l'intention de Napoléon était que le maréchal laissât une bonne garnison dans Hambourg et se rapprochât de la Hollande, ou que, s'il n* était plus temps de faire ce mouvement, il manœuvrât sur Hambourg en se tenant sur les deux rives. Il n'était plus temps d'exécuter la première partie de cet ordre ; on avait déjà reconnu l'impossibilité de se rapprocher de la France avec tout le corps réuni, à plus forte raison ne le pouvait-on pas en laissant une bonne garnison dans Hambourg, garnison qui, vu l'état dans lequel elle se ti'ouvait alors, et sans Haarbourg et la communication qu'on n'eût pu garder, pouvait se regarder comme sacrifiée, ainsi que les 8,000 hommes que nous avions déjà alors dans les hôpitaux.

Le maréchal ne pensa donc plus qu'au corps d'armée qui lui était confié et au système de défense de Hambourg ; il fit redoubler d'activité pour l'achèvement des ouvrages, et, pour mettre plus d'ensemble dans l'organisation des approvisionnements, en chargea le général Thiebault, qui fut remplacé dans son commandement de Lubeck par le général Lallemand. Toutes les réquisitions frappées sur le pays d'Eutin ayant été fournies, on en retira les troupes. Le maréchal | donna des ordres pour faire retirer les garnisons, artillerie et

munitions de CarlsLourg, Blexen, Cuxhawen, et les faire replier sur le Holstein par les soins de la marine danoise. On retira les troupes et Tartillerie de Trawemûnde. La passe fut barrée par des bâtiments coulés à fond. Le major Van Ommerer rentra avec sa colonne mobile dans Stade, que le capitaine Laloy, que le maréchal y avait envoyé comme commandant, avait mis en peu de jours à Tabri d'un coup de main. La garnison était forte de 400 hommes, composée de faibles bataillons du 29' de ligne, quelques douaniers, quelques marins et des cavaliers démontés; un sergent commandait Tartillerie de la place.

Le 27 novembre, Tennemi, fort de 4,000 hommes et 10 pièces de canon, s'avança sur Stade, croyant la prendre d'emblée; protégé par le feu de son artillerie placée sur les hauteurs qui dominent la ville, il s'avança en colonne pour tenter un passage de vive force à la porte de Bremerworde ; le poste avancé de 25 voltigeurs, retranché derrière un épaulement fait à la hâte, le reçut à bout portant; trois fois l'ennemi, mis en désordre par notre mousqueterie et criblé par la mitraille de deux pièces, se rallia et recommença son attaque, trois fois il fut repoussé avec la même intrépidité. Il laissa deux cents morts sur le point qu'il avait attaqué, et se borna à faire jouer toute son artillerie et pleuvoir une grêle de boulets, d'obus et de mitraille sur le poste défendu par les 25 voltigeurs. Voyant ses efforts inutiles, il s'éloigna de la contrescarpe et battit nos retranchements auxquels on n'avait pu donner que peu d'épaisseur, et que les boulets traversaient en tous sens. Après sept heures d'un feu vivement nourri de part et d'autre, l'ennemi, ayant deux pièces démontées et beaucoup de monde hors de combat, renonça à son entreprise et se persuada que les plus mauvaises places ne se prennent pas d'emblée quand des hommes de cœur les défendent.

Le major Van Ommerer, le commandant Laloy, les deux chefs de bataillon Bessejac et Besaucel, le capitaine de frégate Gabet et le sergent d'artillerie Luizette, méritèrent les plus grands éloges, ainsi que le sous-préfet, M. David, qui quitta ce jour-là ses fonctions d'administrateur pour remplir celles de soldat.

Le maréchal ordonna, deux jours après, d'évacuer Stade; on enleva les blessés et les malades, rariillerie, les munitions, et tout fut transporté sur les côtes du Holstein. L'ennemi, devenu plus prudent, laissa faire tous ces préparatifs sans inquiéter la garnison, et n'entra dans Stade que lorsqu'il n'y eut plus un Français.

Nous restâmes dans cette position de la Stecknitz dont il a été parlé plus haut, tout le mois de novembre. Le général Walmoden n'osait rien entreprendre avant l'arrivée du prince royal de Suède et du corps du général Beningsen. Il avait une division devant Haarbourg, 2,000 hommes à Winsen, et sur l'Elbe en face de Zollenspicker, et le reste de son corps sur la ligne ; on avait tous les jours de nouvelles escarmouches.

Le maréchal profita de cet intervalle de repos que l'ennemi nous laissait pour envoyer à Hambourg une partie de la 3* division et pour y faire arriver une grande quantité de palissades formées en radeaux et envoyées par l'Elbe.. Ces radeaux étaient conduits et défendus par des petites garnisons du 61* régiment qui s'y étaient fait des épaulements en bois.

D'autres objets d'une autre nature occupaient la sollicitude du maréchal; il fallait s'assurer que les mesures précédemment ordonnées pour l'approvisionnement de l'armée et dé la population avaient été exécutées. Le 9 novembre, on avait renouvelé aux habitants l'ordre de s'approvisionner pour six mois, sous peine d'être renvoyés de la ville, et l'on s'était assuré de l'exécution de celui qui avait été donné aux boulangers. Les administrations et les régiments reçurent l'ordre de faire des approvisionnements particuliers en viande sur pied, légumes secs, choucroute et pommes de terre, qui allaient devenir d'un grand secours dans un siège pour remédiera l'usage des viandes salées et aux maladies qui en proviennent. Il fut désigné à cet effet des villages dans la banlieue de Hambourg et dans la partie de la 32* division militaire que nous occupions encore ; des reçus détaillés spécifiant la quantité et la quotité furent dressés en triple expédition et signés par les commandants ou chefs des régiments ou administrations; ils

furent délivrés, Tun aux maires et habitants, à valoir sur les con- Iributions ; l'autre à Tordonnateur, et le troisième au général commandant. On forma de nouveaux hôpitaux et Ton acheta (les médicaments et du riz à Altona; on créa un directoire des hôpitaux, présidé par le commandant Carlier, officier zélé et très-entendu en cette matière. M. David, sous-préfet de Stade, rempUssait près de ce directoire les fonctions de commissaire impérial; on Ht recueillir avec soin les os provenant des distributions de viande, et Ton fit des magasins; ils furent employés plus tard à faire de la galantine par les procédés de M. Cadet-Devaux et à remplacer le bouillon des malades.

Dès les premiers jours de décembre 1813, le froid devint très-vif; les marais de la Stecknitz étaient gelés, et cette rivière, qui, dans presque toute son étendue, n'a pas six toises de large, commençait à se prendre; cette position, qui jusqu'alors pouvait en avoir imposé à un ennemi supérieur par Topinion qu'il avait de notre chef, et qui avait été défendue par la bravoure et la vigilance des officiers et soldats du 13' corps, n'était plus tenable. On avait préparé à la hâte des ouvrages de campagne sur la Bille, position intermédiaire, qui devait nous permettre de nous retirer lentement et avec ordre sur Hambourg. Les écluses de la Stecknitz étaient minées, et tout était prêt pour détruire nos camps, nos ouvrages et nos ponts. Le prince de Suède et le général Beningsen avec leurs troupes avaient passé l'Elbe à Boitzenbourg, sur des bateaux, à la vue des postes français, et s'étaient dirigés sur MôUen. Dès lors il ne pouvait plus y avoir d'incertitude ; il eût fallu se battre avec désavantage contre des forces supérieures, et toutes les chances étaient contre nous, puisqu'on ne pouvait profiter d'un succès, et que la perte de quelques milliers rhommes nous eût mis dans le cas de ne pouvoir plus défendre le grand système de Hambourg, des tles et deHaarbourg, hors iuquel Hambourg est la plus mauvaise des places de guerre. Le 2 décembre, on fit sauter toutes les écluses de la SteckaitZy on détruisit les ouvrages de la tète de pont de Môllen, ainsi que les batteries sur les deux rives de l'Elbe; on brûla les ponts et les camps, et toute l'armée se retira dans le

plus grand ordre derrière la Bille. On quitta et Ton détruisit en même temps la tète de pont de Hope sur la rive gauche, on fit sauter le fort, et les troupes se retirèrent sur Bergedorf. On avait abtmë tous les gués de la Bille qui n'étaient point encore gelés; on occupa Hohenmiihl et Trittau, se liant par des partis avec le corps danois qui avait refusé sa droite dans ce mouvement et était venu se porter à Oldeslohe, tenant une ligne derrière le Trave jusqu'à Lubeck.

L'ennemi ne suivit pas le mouvement du 13* corps et porta directement la majeure partie de ses forces sur Lubeck et Oldeslohe, en passant par Môllen ; sa première opération fut de couper toute communication entre le corps danois et nous, chose que l'étendue de la ligne que nous occupions de Lubeck à Hambourg lui rendait fort facile. Les deux corps d'armée furent dès lors séparés et livrés à leurs propres moyens, l'un pour se renfermer et défendre Gluckstadt, ainsi que cela était prévu par le traité entre le Danemark et la France, dans lequel ces deux puissances étaient convenues d'armer ces deux places en cas d'événement. Le maréchal fit connaitre au prince Frédéric de Hesse, commandant le corps danois, qu'il était prêt à faire toutes les tentatives pour empêcher les progrès de l'ennemi dans le Holstein, si lui, prince de Hesse, n'était pas déjà en négociation ; mais les circonstances étaient tellement fortes que ce prince avait été forcé de négocier pour un armistice qui amena bientôt le traité de paix et d'alliance entre la Suède et le Danemark, qui fut signé à Kiel, le 14 janvier 1814. On doit à la justice de dire que le corps danois et son chef, le prince de Hesse, mirent à cette époque, dans toutes leurs relations, la même loyauté et délicatesse dont ils avaient fait preuve depuis qu'ils faisaient partie du 13* corps d'armée ; ils avaient mérité dans cette courte campagne l'estime et l'amitié de l'armée française. La plus grande intimité avait régné entre les deux chefs, et le prince de Hesse a continué à donner au prince d'Eckmiihl, dans un moment où, avec la fortune, on perd aussi les meilleurs amis, des preuves de son affection, conduite qui honore son caractère et rappelle l'ancienne franchise militaire. Par l'effet de cette

négociation, nous perdîmes le général Lallemand et un régiment de lanciers lithuaniens qui se trouvaient au corps danois, et que Tennemi retint dans le Holstein, sous les plus faux prétextes. Le maréchal ne s'occupa plus que du corps d'armée qui, tous les jours, pouvait devenir plus précieux si Napoléon reprenait ses avantages après Leipzig, ainsi qu'il Tavait fait après la campagne de Moscou, et il entra le 3 décembre dans ses lignes de Hambourg.

Voici quelle était à cette époque la situation du 13* corps : Le maréchal prince d'Eckmiihl, général en chef; — aide de camp, colonel de Castres; chefs d'escadrons, Hervo, Fayet, Beaumont, Laloy, d'Houdetot.

Le général César de La Ville, chef d'élat-major. — Le général comte Hogendorp, gouverneur de Hambourg. — Le général de division Thiebault, chargé en chef des approvisionnements. — Le général Jouffroy, commandant Tartillerie. — Colonel Deponthon, commandant le génie.

3* division. Général de division, Loison; chef d'état-major, colonel Lecouturier. — 1" brigade, général Bomme (15% 44* de ligne); 2* brigade, général Leclerc (48* de ligne, 108*). Artillerie, chef de bataillon Mathis. E£Fectif : 9,842 hommes, 8 bouches à feu, 230 chevaux.

40* division. Général de division, Vichery; chef d'état-major, colonel Bellangé. — T* brigade, général Gengoult (30*, 61* de ligne); 2* brigade, général Delcambre (111*...). Artillerie, chef de bataillon Grosjean. Effectif : 10,000 hommes, 8 bouches à feu, 172 chevaux.

50* division. Général de division, Pecheux; chef d'étatmajor, colonel Allouir. — 1" brigade, général Avril (33*, 29* de ligne); 2* brigade, général Osten (3*, 105* de ligne). Effectif: 9,680 hommes, 8 bouches à feu, 168 chevaux.

Cavalerie. — Général de division, Wattierde Saint-Alphonse; chef d'état-major, colonel Caillemer. — Généraux de brigade : Dubois, Guitou, Lallemand. — 3 régiments provisoires de cuirassiers, 1 régiment de marche dit de Hambourg, 28* de chasseurs, détachements de toutes armes. — Effectif: 5,800 hommes, 3,800 chevaux.

Marine. — Contre-amiral Lhermitte. — Équipage de la flottille, colonel Lefranc, 1,200 hommes; 1 bataillon d'ouvriers, 400 hommes.

Douaniers enrégimentés : M. Pyonnier, directeur commandant, 600 hommes. — Gendarmerie, colonel Chariot, 230 hommes. — Équipages militaires, 600 hommes. — Vétérans, 600 hommes. — Artillerie : 6 compagnies du 8* régiment d'artillerie, 3 de divers régiments, 3,630 hommes, 2,220 chevaux. — Génie : 316 hommes, 50 chevaux, etc.

Effectif total de Farmée : 42,000 hommes, dont plus de 8,000 aux hôpitaux et 400 prisonniers; 7,500 chevaux; 76 bouches à feu attelées de 6 et de 12; 350 sur les remparts; 270,000 kilog. de poudre; 2 millions de cartouches confectionnées ; des fusées à la Congrève et les artifices, et les projectiles nécessaires à un aussi grand système de défense.

Un grand nombre de détachements appartenant aux régiments qui composaient le corps d*armée avaient rejoint à Hambourg pendant notre campagne en Mecklemhourg, ce qui explique comment il était plus fort en rentrant dans ses lignes que lorsqu'il les avait quittées à la reprise des hostilités.

La 3* et la 40' division entrèrent dans Hambourg et. dans les lignes avancées de Saint-Georges, occupant les villages de Wandsbeck et Hamm, en avant de Saint-Georges. Les postes du Pont-Yert et d'Ausschlag dans l'inondation, les digues de la Bille et enfin les maisons sur la grande digue de TElbe, où s'appuyait la droite de toutes ces positions retranchées; la gauche était à TAlster.

Sur le front d'Altona, entre TAlster et l'Elbe, en avant du fort carré de Sternschanz, rétabli en vingt-neuf jours, nos avant-postes occupaient les villages d'Eppendorf et Emsbuttel; Altona devait rester neutre par suite d'une convention tacite entre les deux chefs des armées et par considération, de notre côté, pour le roi de Danemark.

Les lies de Neuhof et de Schrewenhof, toute l'ile de Wilhelmsbourg et celles de Moor\verder et Ochsenwerder, restèrent en notre possession et furent gardées par de petits postes retranchés, dans un système bien établi, que l'ennemi

ne put nous faire abandonner que lorsque la gelée eut fait de tous ces canaux, marais et îles une terre ferme que la cavalerie et l'artillerie pouvaient parcourir à leur gré.

Quant à Tile de Wilhelmsbourg, communication indispensable et qui faisait toute la force du système, elle nous resta durant tout le siège, au moyen du pont retranché, et ne fut abandonnée que quelques heures, comme on verra plus tard, dans les journées des 9 et 15 février.

L'ile de Schrewenhof, point important, parce que Tennemi pouvait organiser de là une attaque contre le bastion n"* 22, qui tient au port et qui n'a aucun ouvrage avancé, nous resta toujours, au moyen des retranchements et d'un petit fort, d'abord construit avec des roseaux et un peu de terre, revêtu plus tard de neige et de glace, et enfin par un blockhaus de la plus forte dimension.

A Ilaarbourg, nos postes occupèrent tous les villages à une demi-lieue du grand camp retranché sur les hauteurs de la ville. Le bas était à couvert depuis la route de Winsen jusqu'à 1 Elbe sur la droite, et celle de Stade jusqu'au fleuve sur la gauche par une inondation de plusieurs lieues. Les troupes étaient établies dans les casernes, les camps retranchés et les postes, et vivaient de distributions journalières et réglées. On s'observait réciproquement sans beaucoup s'inquiéter; il y avait cependant ordre d'éloigner sur-le-champ les vedettes ennemies et de ne pas s'amuser à parlementer : ordre constant dans toutes les troupes qu'a commandées le maréchal prince l'Eckmiihl, et que les circonstances d'alors rendaient plus lécessaire. Le succès de la coalition et les menées des embauiheurs, que sous divers prétextes nous envoyaient le général îeningsen et le prince royal de Suède, pouvaient produire le fâcheuses impressions, sur une garnison composée en lartie d'habitants des pays récemment réunis à la France, illemands. Hollandais, Piémontais et Toscans. Nous avions >eu de déserteurs, et ce ne fut qu'à la fin du blocus que bon lombre do Hollandais et d'Allemands nous abandonnèrent; DUS les autres furent fidèles jusqu'à l'évacuation de la place, t la paix les ramena avec honneur dans leur patrie.

Les troupes que nous avions devant nous étaient sous les ordres du lieutenant général russe comte Beningsen, et se composaient de Tannée russe de Polo^e et des légions prassiennes, hanovriennes et hanséates qui avaient été aupani- Tant sous les ordres du comte Walmoden, beaucoup de caralerie légère et d^artillerie. Ces troupes pouvaient se monter à une soixantaine de mille hommes.

La nomination de ce général qui avait commandé en chef la grande armée russe dans la campagne de 1807, à la bataille d'EyIau, et qui avait figuré dans la campagne de Russie en 1813, nous fit penser que nous devions mettre à la défense de Hambourg autant d'importance et d'acharnement que l'ennemi paraissait en attacher à sa conquête.

La position de Hamboui^ sous tous les rapports avait firappé l'esprit des alliés, ainsi que celui de Napoléon. Nous étions en mesure. Le blocus était établi, et il notait plus possible de rien tirer du pays au delà de nos lignes ; mais nous avions beaucoup de ressources en vivres, fourrages et viande sur pied dans toutes les fies. Des approvisionnements considérables étaient rentrés et mis à Tabri dans de bons magasins éloignés des points d'attaque.

Le maréchal, en rentrant dans Hambourg, fit une reconnaissance générale de tous les postes, pour en rectifier et en perfectionner la défense; il fit remplacer la ligne de Hamm par des abatis et de nouvelles batteries, et fit éclairer cette ligne jusqu'à une distance de 500 toises. Il fit palissaderet armer les lunettes qui commandaient tout Fespace entre Saint-Georges et la ligne de Hamm, et fit faire plusieurs retranchements sur les digues de la Bille, au Pont-Vert, à Ausschlag et sur la digue de FEIbe ; le commandement de toute cette ligne, Saint-Georges compris, fut confié au général de division Vichery, les généraux Romme et Leclerc commandant sous ses ordres, le premier vers Vandsbeck, et le second sur la Bille. Le général de division Loison, qui précédemment commandait cette division, fut chargé de la police militaire et civile dans l'intérieur de la ville.

Sur le front d*Altona, le maréchal fit palissader et entourer

abatis le fort carré du Stemschanz; il fit établir des fouasses sur les glacis, on pratiqua en avant des trous de loup, t Ton fit écréter les terres qui auraient pu, au loin, masquer attaque de Tennemi ou le mettre à Tabri de notre feu. Le Dmmandement de ce fort fut donné au major Higonnet, fficier de grande valeur, que le maréchal nomma colonel fi récompense de son zèle ; on fit aussi palissader les lunettes itermédiaires, et on en logea les garnisons dans des blockhaus Tabri du canon.

Les deux réduits sur l'Elbe et TAlster armés contre Tennemi

contre la ville, mis à Tabri de la bombe, reçurent des garsons particulières et des commandants fixes, d'une valeur >rouvée. Le commandement de cette Iig;ne était confié aux înéraux Delcambre et Gengoult. Tous ces travaux dont on ent de donner le détail furent exécutés avec une intelligence

une activité rares par le colonel Deponthon, qui mérita le ^ade de général, auquel il fut nommé alors, et l'estime de irmée.

Le commandement des lies fut confié au général Osten. Le énéral Pecheux commandait tout le système de Haarbourg, ut était à peu près en état de défense vers le 1" janvier.

La cavalerie ennemie avait pris des cantonnements plus oignes pour couvrir ses magasins et de crainte d'une sortie 3nt le maréchal la menaçait. Pour tenir l'ennemi dans Inquiétude, on fit une petite expédition dans l'île d'Ochsenerder que nous venions d'abandonner depuis peu de jours; n débarqua dans l'fle, l'ennemi était en force, et après une îve fusillade et une perte égale d'une trentaine d'hommes de liaque côté, nos détachements se rembarquèrent et revinrent Wilhelmsbourg.

Le résultat des reconnaissances qui furent faites sur divers oints ne laissait plus douter au maréchal qu'il allait être ivement attaqué, et ne pouvant plus dès lors compromettre our des considérations particulières le sort de Tarmée et de i place qui lui étaient confiées, il ordonna le 3 janvier d'incenier le faubourg d'Hamburgerberg. Ce faubourg, situé à 50 toises de la place et tenant à Altona, pouvait masquer

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tous les mouvements de l'ennemi, et favoriser une surprise, puisque les dernières maisons se trouvaient à portée de pistolet de Touvrage à corne de TElbe. On fit aussi abattre les arbres et incendier les maisons de campagne qui se trouvaient en avant du fort carré de Sternschanz et des lunettes vers Eppendorff, Emsbuttel.

L'événement ne tarda pas à prouver que cette détermination, rigoureuse il est vrai, mais nécessitée par les circonstances, autorisée et commandée même par les terribles lois de la guerre, n'aurait pu être impunément ajournée. La nuit même du 3 au 4 janvier, le lieutenant général Markof attaqua en forces et avec une grande résolution tous les postes que nous avions dans ces villages et ceux qui toucbent au Hamburgerberg, sur la gauche de Sternschanz, et s'en empara après une vive résistance; des renforts furent envoyés de la place, ils furent dirigés par le général Delcambre, qui reprit tous ces postes ; nous eûmes bon nombre de blessés, et l'ennemi perdit une cinquantaine d'hommes. On signala à cette affaire le tambour Michauddu 48% qui, blessé d'une balle, continua abattre la charge au milieu des rangs ennemis, jusqu'à ce qu'une seconde blessure vînt le mettre tout à fait hors de combat.

Le lieutenant général Rossy était arrivé avec une division russe, et l'on attendait le corps de milice du lieutenant général comte de Tolstoy; on fit une nouvelle reconnaissance dans l'Ile de rOchsenwerder; l'ennemi en fut chassé; nous nous emparâmes de quelques bestiaux, fîmes quelques prisonniei*s, et nous nous retirâmes. Le général Delcambre fit une forte reconnaissance en avant d'Eichbaume ; il chassa l'ennemi et lui fit éprouver la perte d'une cinquantaine d'hommes. Le résultat de ces petites attaques fut de nous donner quelques jours de repos du côté de Hambourg ; le maréchal en profita pour tourner toute sa sollicitude sur Haarbourg; il se rendit sur ce point dont la communication désormais assurée par le grand pont en bois et la route pavée avait été mise, comme on l'a vu plus haut, dans un état de défense respectable. Le fort de Haarbourg, qui avait été rétabli, ne suffisant pas pour protéger nos débouchés dans la plaine et nous conserver une véri-

table tête de pont sur la rive gauche, afin de pouvoir, selon la circonstance, manœuvrer avec les corps d'armée qui auraient débouché par Weseî, le maréchal avait fait couronner les hauteurs qui le dominent par une ligne d'ouvrages formant un camp retranché d'environ une demi-lieue de développement, l'appuyant de droite et de gauche aux inondations et couvrant en même temps la ville et le fort. Tous ces ouvrages se protégeaient réciproquement, et se liaient entre eux par des flèches et des retranchements et par trois grandes lunettes qui défendaient et dominaient toute cette première ligne. Tous ces ouvrages étaient fraisés, palissades, armés, entourés dabatis, et garnis de trous de loup. Ce n'était donc plus une position à attaquer de vive force, ainsi que l'a peut-être pensé Tennemi dans le temps ; il a pu s'apercevoir de la difficulté de Tentreprise dans son attaque du 20, et a pu s'en convaincre lorsque, six mois après, il en fut mis en possession au mois de juillet, en exécution de la convention stipulée à Paris. II aurait donc fallu, pour ainsi dire, en faire le siège, et l'ennemi n'avait pas encore assez de moyens pour l'entreprendre ; il se borna donc de ce côté à prendre position à une lieue de ce Camp retranché, et nous continuâmes à occuper les villages qui sont en avant. A cette même époque, on s'assura à Haarbourg de l'exécution des ordres qui avaient été donnés précédemment aux habitants de Haarbourg et de Hambourg pour s'approvisionner. Cette mesure et celle de Hambourg ont été prises immédiatement après une proclamation du prince royal de Suède, qui, après le traité de Kiel, s'était joint au 'énéral Beningsen; il annonçait une attaque de vive force de Hambourg et exhortait les habitants de la ville à seconder au ledans ses entreprises du dehors; ces proclamations presque iussi furibondes que celles du général Beningsen étaient alors ippuyées par près de 120,000 hommes par la réunion des leux armées. Ce prince, d'un caractère assez irrésolu, s'en :int à ses proclamations, et quelques jours après se porta sur le Rhin avec son armée.

Le préfet avait nommé une commission chargée de s'assurer si les ordres avaient été exécutés, et, d'après ses rapports.

l'aotoritë militaire fit éTacaer la rille à tons ceux qui ne s\ étaient pas conformés : ils furent dirigés sur Moorbourg. Cette commission mit le séquestre sur leurs meubles, en dressa l'inTcntaire et leur en délivra expédition pour les réclamer lorsque les circonstances qui nécessitaient cette mesure auraient cessé ; on estima leurs virres et liquides, et on leur en fit passer le montant en aident par le canal de M. de Blucher, président à Altona. Le maréchal fit cesser l'indemnité de table qui avait été accordée jusqu'alors aux généraux et officiers qui étaient à Hambourg et Haarbourg, croyant qu'il était de toute justice, en cette circonstance, de dispenser ces deux villes de cette charge.

Le froid était devenu très-vif, les canaux, les fossés, les marais et les inondations commençaient à geler; il nV avait plus que les deux grands bras de TEIbe qui ne fussent pas encore pris. L'ennemi attendait ce moment avec impatience et avait fixé à cette époque la prise de la ville et la destruction du corps d'armée.

Après avoir fait toutes les dispositions nécessaires à Haarbourg, le maréchal revint à Hambourg ; il y fit mettre à exécution par les mêmes moyens et avec les mêmes formes qu^on a vu employer plus haut à Haarbourg, Tordre de faire sortir de la place les étrangers, les gens sans aveu, et ceux qui, n'avant pas fait d'approvisionnement, s'étaient mis dans le cas d'être expulsés. L'ennemi, par ses proclamations qui excitaient les habitants à la révolte, traçait au maréchal la conduite qu'il devait tenir; il sentait que de tels conseils ne pouvaient produire que trop d'effet sur une population de 100,000 âmes, exaspérée par ses propres malheurs, et enhardie par les revers que l'armée française avait éprouvés sur d'autres points. 25,000 habitants sortirent de la ville de cette manière et furent accueillis dans Altona, à une portée de canon de la place. Il fallut alors s'occuper de casser la glace dans les fossés de la ville, dans ceux de Saint-Georges, l'Alster, les lignes avancées, les inondations et l'Elbe, tant à Hambourg qu'à Haarbourg. Ce travail immense avait un développement de quatre lieues, sur lequel il fallait entretenir une cunette de

30 pieds de large; on cassait la glace avec des haches, et Ton faisait circuler sans cesse des bateaux dans ces cunettes afin d'empêcher les glaces de se reprendre. Bientôt le froid était devenu si vif que les bateaux ne pouvaient plus circuler, vu la grande épaisseur des glaces ; on organisa alors des compap^nies de marins et d'hommes du pays, qui, armés de scies, de haches et de crocs, coupaient les glaces en grands carrés elles retiraient sur les bords pour en fiaire des épaulements ou les enfoncer sous les glaces de TElbe. Le capitaine de frégate Mestagh était à la tète de ce travail et se faisait remarquer par son intelligence et un dévouement d'autant plus digne d'éloges qu'il était sans cesse à recommencer. Cet ouvrage était payé en argent et en eau-de-vie, ainsi que celui de même nature que les généraux faisaient faire par les soldats devant leurs 'igues.

Un grand nombre de Français employés dans la 32* division loilitaire étaient rentrés à Hambourg. Le maréchal, pour les utiliser, organisa les douanes en une légion avec une compagnie d'artillerie et une de cavalerie; le directeur M. Pyonnier la commandait; elle était composé d'anciens militaires et ï^endait de bons services.

Les Français occupant à Hambourg des emplois civils ou vivant du commerce ou de leur industrie, furent organisés en Un bataillon de gaixle nationale; ils ne prenaient les armes que lorsque la générale se faisait entendre, et se rendaient aux bastions qui leur étaient indiqués.

On organisa aussi une compagnie d'arquebusiers de siège, choisis parmi les meilleurs tireurs du corps d'armée ; elle était commandée par le capitaine des douanes Lavaudèze ; ils firent un service fort utile; disséminés en petits détachements aux avant-postes, où étaient placés des fusils de rempart, ils tenaient l'ennemi fort au loin et empêchaient les généraux et officiers d'état-major de l'armée assiégeante de venir reconnaître de trop près nos ouvrages.

Pour remédier à l'inconvénient du recul qui ne permettait pas de se servir de ces sortes d'armes, on avait employé un mécanisme fort ingénieux, indiqué par M. l'inspecteur aux

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'** „»(!«•****'*** ,-frs Winterhude et Uhlenoi*st. Le terrain et j <ti'f^'..i -^rf'Eppendorf furent très-disputés, mais finirent iurf»'" notre pouvoir. L ennemi laissa iO morts sur le

,.it'-''' . jgi7Je; nous eûmes de notre côté 3 hommes tués ch»^f* . ^ine de Messes. Le général Delcamhro se louait ^""^ Jes bataillons du 105' régiment qu'il avait sous ses ^^i surtout du chef de bataillon Préville et du chef de ;5SnPeItretdu6I-.

n vois que TAIster était entièrement gelé, Eppendorf était position trop avancée, et la droite de nos postes était en r Ir. On abandonna ce village le lendemain, et Ton établit nos oostes en arriére vei's l'ancien jardin des plantes; on redoujjjait de zèle pour casser les glaces sur tous les points avec le plus grand soin; ce moyen de défense ne pouvait nous rassurer qu'autant qu'on apporterait partout la même sun'eillance, Cîir l'objet important était surtout d'éviter les surprises dans tout le développement do nos lignes qui était de près de onze lieues.

L'ennemi avait occupé on force l'ile d'Ochsenwerder et y avait établi des batteries; cette circonstance nous faisait penser que sa première attaque sérieuse serait vers l'ile de Wilhelmsbourg, pour s'y établir, couper notre ligne de communication avec Haarbourg et attaquer ensuite celle des deux places qui lui eut offert le plus de chances de succès.

L'ennemi renouvelait ses proclamations et annonçait aux habitants que l'heure de la vengeance était arrivée; la fermeté de caractère du maréchal paralysa ces provocations de l'ennemi et fit avorter ces trames secrètes. Deux exemples récents avaient prouvé aux Hambourgeois que le maréchal était inébranlable dans ses résolutions, et que le meilleur parti

DU MAUEGHAL DAVOUT. — 1813-1814. 321

était d^attendre en silence les événements de la guerre. Ces deux exemples étaient la saisie de la Banque, que la chambre de commerce eût empêchée, si elle avait voulu se cotiser pour réaliser la somme d'un million par mois, et l'expulsion des habitants, qu'ils eussent prévenue, s'ils eussent exécuté les ordres si souvent réitérés de l'approvisionnement pour six mois. Le défaut d'argent monnayé se faisant sentir, le scellé mis sur la Banque et la reconnaissance des fonds qu'on pouvait en extraire au fur et à mesure des besoins, auraient dû nous tranquilliser; mais sur celte somme de treize millions, deux millions en espèces étaient déjà épuisés par les dépenses arriérées; les onze millions restants étaient en lingots. Les négociants de Hambourg et d'Altona avaient fait un accord pour ne pas recevoir ces lingots en payement; on tenta vainement de les ifcbanger contre de l'argent monnayé qui ne manquait pas à Hambourg, puisque les sommes énormes que nous avions dépensées étaient rentrées en circulation par nos achats, nos approvisionnements, et surtout par le payement des ouvriers du pays. Le comte de Chaban remédia par son intelligence et par son zèle à cet inconvénient qui était majeur; il établit un hôtel des monnaies, le composa de quelques employés français, que leur service dans les administrations diverses avait retenus à Hambourg, et fit frapper au type des anciennes monnaies de la ville, et dans le même degré de valeur intrinsèque et de perfection du travail, des pièces nouvelles. Un sergent d'artillerie qui avait anciennement travaillé dans les monnaies 60 France était à la tète de ce travail et avait confectionné en peu de temps dans l'arsenal de Hambourg toutes les machines et le matériel nécessaires. Plus tard on organisa un second atelier de monnaies avec des employés du pays.

Ces diverses dispositions qui avaient été prises pour la défense au dehors, assurer le bon ordre dans la ville, l'approvisionnement et l'acquitleinent des dépenses, donnaient à chacun de la sécurité. On supprima tous les postes intérieurs de la ville qui n'étaient pas de la plus stricte nécessité, ainsi que les gardes et factionnaires des autorités civiles et militaires ; le chef lui-même n'était pas excepté de cette mesure.

iv. 21

Le maréchal avait établi pour sa réserve une compagnie 1 d'élite du 15* léger; elle se portait avec la plus grande activité et par Tordre même du maréchal, comme premier renfort, sur le point attaqué, ce qui faisait qu'elle était sans cesse sur pied et toujours aux avant-postes, qu'elle ne quittait que lorsque le combat était fini. On avait établi sur la plus haute tour de Hambourg un observatoire, duquel deux officiers d'état-major intelligents surveillaient tour à tour, jour et nuit, les mouvements de l'ennemi : on les traçait à la hâte sur un croquis, qui était transmis avec le rapport au maréchal, par le moyen de la boite en tôle descendue au bas de la tour, où une ordonnance la portait au grand galop. 11 en résulta plusieurs fois pendant le siège que le maréchal envoya des renforts sur le point de la véritable attaque, avant que les rappoils des généraux et des chefs de poste lui fussent parvenus.

Le froid augmentait le nombre de nos malades et nous mettait dans le cas d'éprouver un grand échec si nous avions eu a£Faire à un général plus actif et à qui son âge eût permis de se trouver partout dans un temps si rigoureux. 11 devint indispensable de retirer nos postes plus avancés; on abandonna le 15 janvier la position de Wandsbeck pour prendre la ligne de Hamm ; on garda en avant de cette ligne le village de Hamm et le clocher dans lequel on établit deux cents hommes dans un poste important et susceptible de défense, mais qui exigeait la plus active surveillance pour n'y être point surpris; on s'éclairait de ces côtés par de fréquentes reconnaissances, dans Tune desquelles le colonel Holtz du 111* fut mortellement blessé et mourut quelques jours après, emportant l'estime du chef et de l'armée, qui assista à ses obsèques. On retira aussi les postes les plus avancés sur la digue de la Bille, dans l'inondation, et la droite de cette ligne resta sur la digue de TElbe, à la batterie de Ti£Fentag. Le général Leclerc déployait dans ce commandement une activité et un amour de ses devoirs d'autant plus remarquables qu'il était très-souflrant.

Le 20 janvier, à sept heures du matin, le lieutenant général Strogonof attaqua les postes que nous avions dans les villages en avant du camp retranché de Haarbourg; nos troupes se

eplièrent, ainsi qu'elles en avaient reçu Tordre, en cas d'attaque ivec de Tinfanterie ; Tennemi menaçait Wilsdorf et faisait voir >es masses vers Eisendorf et Heimfeld, et sur la route de Bremen. Le général de division Pecheux prit toutes ses dispositions, fit occuper promptement tous les ouvrages de soncamp retranché et garda auprès de lui une réserve peu nombreuse, mais composée d'hommes d'élite. Bientôt le général ennemi, voyant que nous ne prenions pas le change, décida sa véritable attaque, en faisant déboucher trois fortes colonnes par les marais gelés de Mohr, et une quatrième par WilsdorfF, tournant par cette manœuvre notre camp retranché par notre gauche; il amenait avec lui deux batteries de 8 pièces chacune pour appuyer Tattaque de son infanterie. Nos postes de Bullenhusen et Mohrbourg sur la digue de TElbe étaient vivement attaqués en même temps; nos troupes se défendaient avec intrépidité et faisaient beaucoup de mal à Tennemi, quand le général Pecheux, se voyant sérieusement attaqué et tourné par sa gauche, les fit replier avec leur artillerie sur le château de Haarbourg. Pendant ce temps, les trois colonnes ennemies avaient dépassé nos ouvrages, s'étaient emparées des retranchements qui liaient le camp retranché à l'inondation, et, marchant le long de la Sève et sur la route de Winsen, s'étaient avancées jusque dans les premières maisons de la ville de Haarbourg; le grand blockhaus armé d'une pièce sur sa plateforme avait été abandonné par sa garde. Le général Pecheux fit alors avancer sa réserve ; elle était composée de trois compagnies d'élite des 48* et 108' régiments et d'une compagnie du 5* équipage de flottille. Le brave colonel Achard, qui la commandait, se dirigea du moulin vers Post-Garten, attaqua l'ennemi avec audace, le débusqua des maisons et le chargea avec tant de succès, que le désordre se mit dans les masses ennemies, qui se retirèrent en laissant beaucoup de morts dans les maisons et le long de la Sève, et emmenant une grande quantité de blessés.

La lunette de gauche du camp retranché faisait pleuvoir la mitraille sur l'ennemi qui se retirait et qui dut éprouver une perte de 7 à 800 hommes tués ou blessés. Nous perdîmes de

3î4 CORRESPONDANCE

notre côté 150 hommes tués ou blessés et une trentaine de prisonniers faits dans le commencement de Tattaque. Pendant ce temps, le général russe Schemschuschnikoff tenta une attaque sur Tîle de Moorweder et Godjenhort; la batterie de Neuland et de Bullenhusen ayant été évacuée, ainsi qu'on Ta vu plus haut, Tile de Moonverder était entièrement débordée. Le commandant Larpenteur fit retirer ses pièces et fut bientôt forcé de se retirer lui-même; il rallia ses troupes dans Wilhelmsbourg, y fut renforcé de quelques compagnies du 30* que lui envoya le général Osten, commandant dans Tlle; il repoussa Tennemi et reprit après deux attaques successives sa position. Il envoya de là une compagnie de grenadiers passer le grand bras de TEIbe et reprendre les batteries de Neuland sur la rive gauche. Nous avions perdu dans cette petite affaire 30 hommes du 29*; Tennemi nous avait laissé 25 morts sur le cbamp de bataille.

Nos forces diminuaient tous les jours par Teffet des maladies, des petits combats, et des alertes pendant la nuit. Le froid était devenu très-vif, et nous avions aux hôpitaux 50 soldats qui avaient eu les pieds gelés en une seule nuit; on prit toutes les précautions imaginables pour garantir tous les soldats de ce fléau, et grâce à nos précautions, presque tous guérirent. Pour diminuer le sei*vice de la troupe, on évacua tous les villages en avant du camp retranché de Haarbourg, qui avait lui-même un développement si considérable ; Fennemi vint les occuper. Nous évacuâmes toutes les fies que nous avions gardées jusqu'alors en dessus et au-dessous de Wilhelmsbourg. Un seul poste fut conservé dans l'Ile de Neuhof. Sur le front d'Altona, nous abandonnâmes tous les villages en avant des lunettes intermédiaires entre TAIster et TElbe, en avant du Sterschanz. La surveillance redoubla sur ce point, dont Toccupation eût permis à Tennemi de jeter des obus et des bombes dans la ville de Hambourg. Le commandant Higonnet était toujours sur pied et ne négligeait aucune des précautions et moyens de défense que son zèle pouvait lui suggérer. Il établissait des planches armées de clous dans les fossés; il faisait répandre de Teau sur les para*

pets, et quelques heures de gelée en faisaient des remparts de glace; il éloignait Tennemi à coups de canon, ne fatiguait pas înatilement sa troupe logée dans un blockhaus et veillait pour tous.

Le 22 janvier, Tennemi tenta une nouvelle attaque sur la batterie de Neuland ; le colonel Achard le repoussa vigoureusement, le poursuivit et lui fit éprouver une perte en tués et blessés de 150 hommes; nous eûmes de notre côté 36 hommes blessés, dont deux officiers. On ne peut assez louer la constance et la conduite des officiers dans ces diverses affaires : tous donnaient le plus brillant exemple, et nos jeunes soldats devenaient invincibles sous de tels chefs. Le général Osten, pendant cette attaque, contenait l'ennemi dans File de Wilhelmsbourg et montrait, malgré ses longs services, tout le zèle et le feu de la jeunesse. Le général de division Pecheux déployait dans ce grand commandement, dont la direction lui était confiée, de grands talents, le calme et Tintrépidité qui-assurent les succès.

Nous nous attendions à une affaire générale pour le 26 janvier, anniversaire de Timpératrice Elisabeth; cette attaque eut lieu, mais nous étions sur nos gardes, et elle n'eut pour résultat que de nous enlever le poste du clocher de Hamm. Le général Beningsen avait mis en mouvement toutes les troupes et fait attaquer en même temps Hamm, Auschlag, Stadt-Deich et la ligne en avant de Wandsbeck, et celle en avant du front d'Altona. Une brigade russe attaquait les retranchements de Morfleth; le général Wtorof se portait sur Auschlag, le général Gogel sur Hamm, le lieutenant général de Roussy sur TAlster, et le général Markof sur le pont d'Altona. La bravoure des troupes françaises, les bonnes dispositions qui furent prises de notre côté, et la grande quantité de neige qui était tombée et qui contraria les manœuvres de Tennemi, rendirent inutile ce grand développement de forces. Nous eûmes de part et d'autre 4 ou 500 morts ou blessés, et nous perdîmes 200 hommes qui nous fui'ent enlevés par surprise au clocher de Hamm, par la négligence de l'officier qui y commandait. D'après ce petit échec, nos postes dans l'inondation du Hammer-Brook se trouvaient trop en pointe; le maréchal fit replier les troupes au

village en arrière; on ne conserva que la batterie de Tiffentaç, sur TElbe, comme poste avancé protëg[eant Tile de Wilhelmsbourç.

L'ennemi nous laissa quelques jours tranquilles; il n'y eut que quelques alertes et eng^agements d'avant-poste, sur lesquels, avertis par l'expérience, nous ne prenions pas le changée; on laissait dormir la garnison tandis que les chefs et les postes attaqués veillaient. La gelée devenait toujours plus intense et le travail des glaces toujours plus pénible, et il fallait un zèle et un courage à toute épreuve pour ne pas se relâcher dans un travail de cette nature. Les malades augmentaient à un point effrayant, et malgré tous nos soins, nous avions jusqu'à 60 et 70 morts par jour. Cependant, à force de fumigations, de propreté et de bon vin, cette maladie funeste connue sous le nom de fièvre d'hôpital n'approcha jamais de nos hôpitaux, et aucune maladie contagieuse ne s'y manifesta. Toute l'armée, les g'énéraux et le chef compris, étaient à la viande salée; le seul parc de bétes à cornes existant était réservé pour les malades. Les peines les plus sévères étaient établies contre quiconque se permettrait de manquer à cette règle. Lorsque cette ressource vint à manquer, on y suppléa par du bouillon d'os conservés, et du sagou.

On a vu que l'ennemi avait fait de vives tentatives le 20 janvier au camp retranché de Haarbourg, et l'événement lui avait montré la difficulté de l'entreprise. Il nous avait attaqués le 26 sur le front d'Hamm et d'Altona, et il avait échoué; il commençait à comprendre que ce n'était qu'en plaine qu'il pouvait développer ses troupes, faire usage de tous ses moyens et espérer d'accabler par le nombre une garnison affaiblie par les privations, les maladies et le grand froid. Le corps russe du général Tolstoy avait quitté vers les premiers jours de février le blocus de Magdebourg et avait rejoint l'armée devant Hambourg. Cette armée, dite de Pologne, avait été divisée en trois corps; l'aile gauche était commandée par le lieutenant général Doctorof, le centre par le lieutenant général Tolstoy, et la droite par le lieutenant général Markof.

Le général russe comte de Beningsen se crut alors en

esure de nous livrer bataille dans Wilhelmsbourg. Voici uelles furent ses dispositions : le lieutenant général Ahrensbield, qui commandait depuis peu devant Hambourg un corps usse et Tancien corps de Walmoden, fut chargé d'occuper lar une forte démonstration les troupes aux ordres du lieutelant général Pecheux, et de soutenir ainsi la véritable attaque. Toute Tarmée de Pologne devait se mettre en mouvement ur trois colonnes, se réunir dans le centre de Tlle sur la chaussée et attaquer de vive force le pont en bois.

La première colonne, aux ordres du lieutenant général imme, se dirigeait par l'Ile d'Ochsenwerder ; la 2*, commandée )ar le général Tolstoy, devait attaquer la ligne de la Bille par e pont Rouge, traverser TElbe sur la glace et se réunir sur a chaussée; la 3", aux ordres du général Markof, partait de lerriére Altona et devait rejoindre les deux autres.

A quatre heures du matin, le 9 février 1814, Tennemi ttaqua en même temps sur tous les points. Le maréchal était ebout. Une vive fusillade se faisait entendre de tous côtés, /officier de garde à TobseiTatoire de la tour avait prévenu es mouvements qui se faisaient sur toute la ligne ennemie, ar les fusées et le changement des feux de bivouac ou leur (tinction. Quelques hommes égarés et faits prisonniers par os postes avancés pendant la nuit, avaient été conduits au uartier général. D'après leurs rapports et les noms des régilents auxquels ils appartenaient, le maréchal n'eut plus un loment d'incertitude sur le véritable point de l'attaque; il onna ses ordres pour le pont d'Altona, celui de Saint-Georges t Hamm, et pour l'intérieur de la ville; il fit partir la comagnie d'élite du 15* léger pour la tète de pont dans l'île de V^ilhelmsbourg, et s'y rendit en toute hâte. Voici où en taient les affaires à son arrivée. Le général Markof avait surris les postes de l'île de Neuhof ; le colonel du 29' régiment, ierre, avait marché à lui et avait été tué; sa troupe, privée e son chef, s'était retirée en grand désordre, et l'ennemi était laitre du moulin de Reygersteig sur notre droite. Le lieuteant général £mme s'était emparé de l'Ile de Moorwerder, vait chassé nos troupes de leurs retranchements, et s'était

avancé vers le vieux château de Tiie de Wilhelmsbourg.

Le g[ënéral français Osten avait réuni de son mieux nos soldats épars, les avait placés sur les (>[randes digues d'hiver, et avait contenu le mouvement de Tennemi par le feu de deux pièces établies en avant de la maison rouge où était établi son quartier général. Le lieutenant général Vichery, à qui le maréchal avait confié depuis peu le commandement supérieur dans ces fies, était accouru aux premiers coups de fusil, avait remis Tordre dans les troupes, leur avait inspiré son ardeur et avait changé la défense en attaque. Il avait fait porter une colonne sur la maison rouge et la grande ferme dont Tennemi s'était emparé; la colonne russe, surprise de tant d'audace, avait cédé sur tous les points et éprouvé une grande perte. Le chef de bataillon Dehiis, du 30% avait enlevé la grande ferme, et le colonel Ricard, du 61% avait tout renversé devant lui ; Fennemî alors avait fait agir ses réserves pour se maintenir. Le général Emme, désespéré d'avoir trouvé une résistance aussi opiniâtre et d'être réduit à se défendre, pensait déjà à la retraite, quand il aperçut la colonne du général Markof, s'avançant du moulin de Reygersteig, sur la digue de notre droite, vers la tète du pont; il vit en même temps s'avancer une de ses colonnes, qui avait réussi à nous tourner par notre gauche. Le feu d'artillerie et de mousqueterie redoubla alors de part et d'autre. La blessure du colonel Ramand, du 30% et la mort du chef de bataillon du 44% mirent le désordre dans ces troupes, qui se retirèrent sur la tête de pont.

Ce point s'était trouvé alors tellement encombré de blessés, de chevaux morts et de caissons d'artillerie, que le général de division Vichery s'était trouvé dans l'impossibilité de faire déboucher deux bataillons du 105% qui formaient sa réserve, pour reprendre la digue; l'ennemi s'y était établi et avait mis ses troupes en bataille, ses pièces en batterie sur la grande chaussée; on se battait très-vivement, on perdait beaucoup de monde, le général Osten venait d'être blessé. Le défaut de chefs, qui presque tous avaient été mis hors de combat, empêchait de contenir les soldats qui se retiraient dessus et dessous le pont, emportant leurs camarades. Par un bonheur

inouï, Tcnnemi ne pensa pas, dans cette confusion, à établir ses pièces sur la grande chaussée et à enfiler le pont; un seul coup de canon que le hasard y avait dirigé, nous avait emporté 17 files.

Le maréchal était déjà arrivé; il avait établi sa petite réserve de 60 hommes d'élite du 15* léger au blockhaus, vers le milieu de cette partie du pont, avait établi quelques hommes à droite et à gauche sur la petite digue d'été, et avait renforcé la batterie de Klugenfeld sur sa gauche. Le feu soutenu de cette batterie contenait les troupes ennemies qui voulaient tourner la digue d'été sur ce point; il avait envoyé en toute hâte chercher des renforts à Hambourg et à Saint-Georges. Le lieutenant général Vichery se maintenait avec une poignée de monde et la plus rare intrépidité à la tète de pont, et bientôt accablé par le nombre, il se retira par le pont sur la compagnie du 15*, et plaça derrière la petite digue d'été les débris du bataillon du 105*, dont les deux commandants Coste et de Rivière venaient d'être mis hors de combat. Le capitaine d'artillerie Genta, qui commandait la batterie de la tête de pont, était resté seul, avait mis lui-même le feu à ses pièces, avait fait beaucoup de mal à l'ennemi et fut percé à coups de baïonnette.

L'ennemi, maître de la tète de pont, la trouva tellement remplie de morts, de mourants, hommes et chevaux, et de iroitures d'ambulance et de vivres, qu'il ne put y amener ses pièces, ni même tourner les nôtres contre nous; il manqua îlors d'un de ces éclairs d'inspiration et d'audace, si fréquents lans l'histoire militaire française de ces vingt dernières innées. S'il marchait en avant, notre communication était létruite; le sort de la place, le salut de l'armée, l'honneur les armes, tout était là; les renforts ne pouvaient nous arriver jue dans une heure, et les soldats admiraient le calme et 'intrépidité du chef dans une telle circonstance. Le maréchal i*avança vers l'ennemi sur le pont, pour le reconnaître et rasurer sa petite troupe; il y resta quelque temps exposé à une nve fusillade, et ne se retira vers la compagnie du 15' [u'après la blessure du chef d'état-major de l'armée, le général

César de Lavîlle, qui raccompagnait. Cette blessure ne fut heureusement pas dang[ereuse ; cet officier général fut conservé à Tarmée, qui, ainsi que son chef, appréciait ses belles qualités, sa brillante bravoure et son beau caractère.

Le général du génie Deponthon,le général d'artillerie Jouffroy, et l'ingénieur en chef Jousselin, s'étaient rendus auprès du maréchal. On se battait avec acharnement depuis quatre heures du matin; enfin les renforts arrivèrent, et Ton entendit se rapprocher de nous le canon du général Pecheux. Ce général, après avoir repoussé les attaques du général Ahrenschield jusqu'à trois heures après midi, sur tout le front de sa ligne, s'était mis à la tète de sa réserve, avait débouché parla partie du pont qui allait à Haarbourg, par la grande chaussée, et inquiétait l'ennemi sur ses derrières.

D'un autre côté, le lieutenant général Tolstoy, qui commandait la 2* colonne russe, avait attaqué le général Leclerc au pont Rouge et à TifFentag. Nos troupes s'étaient retirées dans la grande maison barricadée; le chef de bataillon Rosier avait accueilli l'ennemi à bout portant et lui avait tué beaucoup de monde. Le désordre s'était mis dans ses troupes, et il avait été impossible au général russe de les rallier; la batterie de Tiffentag, par un feu bien nourri, avait contribué à lui faire abandonner son projet de traverser l'Elbe sur la glace pour se réunir aux deux autres colonnes dans l'fle de Wilhelmsbourg. On ne se battait plus que faiblement sur ce point, ce qui avait permis au général Leclerc d'envoyer les renforts demandés»

Le maréchal fit alors ses dispositions pour reprendre la tète du pont et la grande digue d'hiver, dont l'ennemi était en possession depuis son arrivée. Il organisa trois colonnes; la première, commandée par le général Delcambre, déboucha par la digue d'été, et, traversant tous les obstacles, arriva à la grande digue, en chassa l'ennemi et le mena battant jusqu'au moulin Reygersteig. La deuxième colonne, formée des compagnies d'élite du 105* commandées par les capitaines Christian et Ménissier, fut dirigée par Klugenfeld, sur la gauche de la grande digue; elle chargea à la baïonnette, tua beaucoup de monde, fit une vingtaine de prisonniers et s'établit à l'embran-

chement où les deux dig[ues viennent se rejoindre. Dans le même moment, une petite colonne filait sous le pont avec le général Vicherj- et la compagnie du 15* léger. L'ennemi abandonna la tète de pont sans pouvoir amener nos pièces. Le maréchal fit alors établir six pièces de campagne en dehors de la tête de pont et fit battre les masses russes qui cherchaient à dégager leurs troupes qui étaient aux prises avec le général Delcambre au moulin de Reygersteig. La colonne du général Pecheux avait forcé Tennemi à abandonner la chaussée et avait rétabli la communication. Elle le poursuivait Tépée dan& les reins sur la digue gauche et le village de Wilhelmsbourg; nos troupes ayant fait leur jonction sur la chaussée se portèrent au pas de charge sur Tennemi qui se retirait vers Tile cle Walterhof. Il éprouva dans sa retraite un feu très-vif qui lui tua beaucoup de monde, repassa dans Tile de Neuhof, et de là, derrière Altona, en traversant le Grand-Elbe sur la glace. Il essuya le feu des fortes pièces du réduit de l'Elbe.

Les habitants d'Altona admiraient l'intrépidité de quelques hommes sortis de la petite redoute de Schrewenhof, qui accompagnaient ces masses à coups de fusil. Cette affaire fort vive dura presque toute la journée, et Ton se battit avec le plus grand acharnement contre des forces trois fois supérieures, car la force dont nous pouvions disposer sans trop dégarnir les autres points ne montait pas à 8,000 hommes, et l'ennemi en avait mis en mouvement plus de 25,000. Nous avons perdu près de 1,200 hommes tués ou blessés, et quelques prisonniers, faits dans la surprise de Neuhof, le matin avant le jour; deux généraux, dont l'un, le général Osten, mourut quelques jours après; presque tous les colonels et commandants de bataillons avaient été mis hors de combat. Le capitaine Gayard, aide de camp du général Delcambre, y fut mortellement blessé. L'ennemi laissa sur le champ de bataille près de 800 morts et emporta ses blessés sur des traîneaux. Si le lieutenant général Tolstoy avait pu exécuter ses ordres, et si le chef de l'armée russe s'était" trouvé, ainsi que le chef de Tarmée française, au moment décisif, lorsque la tête de pont nous fut enlevé, toute communication entre Hambourg et

Haarbourg eût prohablement été coapée, et les projets d'assassinat des Français par les habitants, ainsi que cela était annoncé par les proclamations ennemies, eussent pu recevoir leur exécution.

Nous nous attendions à une nouTclle attaque peu de jours après; Tennemi avait vu que Tile de Wilhelmsbourg était notre seul point vulnérable, que, tant que nous aurions la communication du grand pont et de la chaussée, nous pouvions porter une grande quantité d^artillerie bien attelée et des troupes aux points menacés, et déjouer ses projets. Cependant il nous laissa tranquilles jusqu^au 17 février. On profita de cet intervalle pour remplir les places d'officiers et de sousofficiers vacantes dans les régiments, et pour donner à nos postes dans Tile une organisation plus concentrée, qui ne nous exposât plus à perdre un seul homme par surprise. On s'occupa des hôpitaux, on établit des infirmeries régimentaires et des maisons de convalescence. Le comte de Chaban, intendant général des finances, se mit à la tète de cette direction et v consacra tous ses instants.

Le 17 février au matin, le général en chef Beningsen mit toutes ses troupes en mouvement. On était aux prises en même temps dans Timmense développement de tous nos ouvrages. Le général Ahrenschield attaquait Haarbourg : les généraux Tschiiplitz et Tschepelow attaquaient le front d'Altona depuis TAlster jusqu'à TElbe. Le lieutenant général Doctorof faisait avancer deux colonnes aux ordres des généraux Tolstoy et Emme, sur la Bille et TOchsenwerder, tandis que le général en chef, de sa personne, marchait avec le corps du général Markof, par derrière Altona, vis-à-vis du moulin de Reygersteig. On fut quelque temps dans Tincertitude sur le point de la véritable attaque de Tennemi; cependant Tattention du maréchal se porta sur Tîle de VVilhelmsbourg. Les observations de Tofficier qui était à la tour nous faisaient connaître que deux fortes colonnes pénétraient dans cette île, Tune par Neuhof et Tautre par Ochsenwerder; nos postes s'étaient repliés ainsi qu'ils en avaient l'ordre, sans rien compromettre. Le général Romme avait arrêté, par ses

l)onncs dispositions, le premier choc de Tennemi, qui cherchait à s'emparer de la digue d'hiver, vers la tête de pont. Cette position, défendue par ce général et deux bataillons des 61' et 48*, était devenue inexpugnable; Tennemi avait renoncé après plusieurs attaques à s'en emparer et manœuvrait sur notre gauche.

Le général Vichery avait établi ses troupes en arrière de la grande digue et à la tête de pont; la fusillade s'était engagée sur toute cette ligne, et le feu de l'artillerie était très-vif. Le maréchal avait fait battre la générale dans Hambourg; la cavalerie à pied, la gendarmerie, la garde nationale avaient pris leurs postes sur les remparts; les canonniers étaient à leurs pièces; huit bataillons avaient été envoyés au général Vichery avec ordre d'en laisser deux en réserve, à l'embarcadère et au Grass Brock. Vingt bataillons restèrent en réserve sur les places publiques pour les porter où besoin serait. Quatre bataillons furent placés près des portes de Steinthor et Deiehthor pour renforcer le général Leclerc s'il était trop vivement attaqué : il faut observer que nos bataillons étaient tellenent affaiblis par les maladies qu'ils ne présentaient pas 200 baïonnettes chacun. Le maréchal se rendit à la tête de >ont où l'on se battait avec une grande chaleur. L'ennemi mit es réserves en action et fit usage de tous ses moyens pour irriver à notre tête de pont par notre gauche. Ses efforts l'obtinrent aucun résultat. Le général Vichery dirigea de ce ïôté trois bataillons du 61'. Le colonel Ricard fondit sur Tenleml qui se retira, laissant le champ de bataille couvert de ies morts. Deux compagnies du 111* placées dans une maison i la gauche de la tête de pont, s'y défendirent contre les nasses russes, et, les prenant en flanc et à portée de pistolet, contribuèrent à déjouer cette attaque de gauche. Pendant ce emps, un bataillon du 111* défendait la batterie de Hof; un iataillon du 15* léger, la digue du pont Bleu, et un bataillon lu 48% la batterie de Tiffentag. Le major Goutefrey dirigeait ;e$ trois bataillons, qui par leur constance empêchaient 'ennemi non-seulement de rien entreprendre sur leur point, nais aussi d'aller prendre part à l'attaque de Wilhelmsbourg.

334 COUUESPONDANCE

L'ennemi avait pris position dans la plaine, à cheval sur la grande chaussée ; il ne paraissait plus vouloir prendre Toffensive, mais seulement chercher à se maintenir. Des forces considérables qui nous observaient de Ttle de Neuhof semblaient destinées à se porter sur la tête de pont, si nous marchions en avant sur la chaussée ou dans la plaine. On resta donc en position derrière la grande digue, attendant que Tennemi décidât son mouvement. Les réserves étaient arrivées et placées derrière la digue d'été sur le pont et à Klugenfeld. Pendant ce temps, Tennemi, perdant tout espoir de réussir dans son entreprise de notre côté, cherchait à masquer son attaque sur la partie du pont de bois qui aboutit à Haarbourg; il s'y était porté en force, avait forcé à la retraite une compagnie qui gardait la tête de pont de ce côté, avait sapé quelques pilotis et mis le feu, en sorte qu'il parvint à détruire une vingtaine de toises de cette partie de pont. A peine vit-on la fumée s'élancer vers Haarbourg et démasquer ainsi la manœuvre de Tennemi, que le maréchal, prévoyant ce qui était arrivé, ordonna l'attaque; on marche à lui avec une grande résolution. Le général Pecheux, de son côté, s'était porté à la défense •du pont avec sa réserve, composée du 105*, commandé par le major Aurange, et des marins ; l'ennemi, pris entre deux feux, opéra sa retraite sur Altona et Ochsenwerder vers midi ; il fut vivement poursuivi, laissant sur le champ de bataille plus de 300 morts. Notre perte fut à peu près la même, entre tués et blessés.

Le maréchal se porta au pont avec l'ingénieur en chef Jousselin pour voir le dégât; ce dernier lui assura qu'en trois jours il serait rétabli. Gomme la gelée continuait, la communication ne fut plus interrompue un seul instant entre les deux places, et le pont fut rétabli, suivant la parole de l'ingénieur. Cette facilité à renoncer, au milieu du jour, à un projet aussi bien conçu, étonnait ceux qui avaient vu souvent opérer de si grandes choses avec de la ténacité et des poignées d'hommes.

Le 24 février, le général Beningsen renouvela son attaque sur toute notre ligne. Elle commença â trois heures, avant le jour, au moulin de Reygersteig : l'ennemi Tattaqua sur trois

Dnnes; une fusillade très- vive s'eng^agea , et malgré Timmense •ériorité des assaillants, un bataillon du 30% commandé par :;hef de bataillon Blain, tint ferme et conserva sa position, nnemi se retira en désordre, laissant ses morts sur le cbamp bataille; il perdit plusieurs liommes dans les cuncttes que is ouvrions entre Reygersteig et Neuliof. Le général Romme faisait remarquer par son infatigable activité et ses bonnes positions.

L'ennemi montra beaucoup de troupes dans la plaine et se ira sans avoir rien entrepris. On ne put trop comprendre gl avait été son projet.

Pendant la journée du 27, Tofficier placé à la tour et les ers postes avaient remarqué des colonnes russes filant d erre Altona et se portant dans les lies; on se préparait à une ELque de nuit; tout le monde était sous les armes. En effet, nze lieures, l'ennemi déboucha de Tfle de Neuliof et vint tablir dans celle de Willielmsbourg. Nos avant-postes se irèrent en ordre, derrière la grande digue d'hiver et dans la e de pont, ainsi que cela avait été prescrit depuis le 17 féer. Le maréchal avait pris la précaution de disposer de gros jments chargés de bombes et de matières inflammables qui, Lcés de distance en dislance, devaient être allumés à propos, cas d'attaque, et jetaient une telle clarté que les manœuvres l'ennemi se voyaient comme en plein jour. Nos postes, en retirant, avaient mis le feu à ces bâtiments, qui, sautant ec un grand fracas, et par intervalles, sur leurs derrières, saient sur lui l'effet de mines et nous faisaient connaître sa irche ; cela déconcerta ses manœuvres et le décida à abannner son entreprise. La contenance des troupes et quelques ulets bien dirigés sur la colonne qui s'avançait déjà sur la aussée, firent opérer entièrement la retraite. Pendant ces intervalles d'attaque, on cassait avec le plus and soin les glaces, on continuait les travaux des têtes de nt, on terminait quelques batteries pour assurer sur la ande digue et sur celle d'été les positions dont nous avions pris à connaître par l'expérience les avantages et les désa- Qtages; on crénelait les maisons dans l'Ile, et on les entou-

rait d'abatis, de manière à en faire de bons postes; les différents chemins débouchant dans Tile, des fies voisines, étaient obstrués et encombrés d'arbres et d'autres obstacles; on armait avec de fortes pièces les traverses construites eu fumier sur le pont; on y faisait d'espace eu espace, dans tout son développement, des espèces de palanques pour mettre les soldats à Tabri de la balle, et pour éviter toute surprise, on fermait par des barrières les rampes du pont et les embarcadères, de sorte que tout accès devenait très-difficile et très-dangereux. Ënfiu, à chaque nouvelle attaque, Tennemi trouvait aussi de nouveaux obstacles qu'il n'avait pas reconnus.

Le froid continuait depuis cinquante jours avec le même degré d'intensité. L'£lbe, les canaux et les inondations n'offraient pas le moindre obstacle à l'artillerie et aux troupes, qui pouvaient y manœuvrer en tous sens. Les soldats étaient exténués de fatigue, vu l'immense développement que nous avions à garder, et malgré la bonne nourriture et la bouteille de vin que chaque homme avait par jour, nous avions constamment, depuis le commencement de février, 17,000 malades; aussi nous avions perdu près de 900 hommes morts dans les hôpitaux. Cependant le maréchal ne pouvait diminuer le service; il avait défendu jusqu'alors le pont important de Haarbourg, et il était indispensable de le conserver; il fallait donc faire des sacrifices pour s'y maintenir. Hambourg présentait peu de défense du côté de l'Elbe tant que durait la gelée, et toute la sûreté de la place était dans la conservation de l'ile de Wilhelmsbourg, qui elle-même dépendait de l'occupation et de la communication de Haarbourg. On avait organisé les hommes non montés de la cavalerie en un régiment de grenadiers de siège ; ils furent armés et équipés convenablement au service qu'ils devaient faire; c'étaient pour la plupart de vieux soldats qui pouvaient devenir très-utiles comme réserve. On avait enlevé les chevaux des habitants et des administra* tions, et l'on avait réduit le nombre de ceux des généraux et officiers au strict nécessaire; on n'avait conseiTé que ceux de troupe et d'artillerie. Tout le reste avait été réformé, payé et abattu pour les distributions de viande.

Le 3 mars, vers minuit, quelques fortes patrouilles ennemies întrèrent dans Tile de Wilhelmsbourg que nous ne tenions plus la nuit que par des postes volants de cavalerie; nous y perdîmes quelques hommes que Tennemi fit prisonniers ; avant deux heures du matin Tennemi s'était retiré. Nous prîmes notre revanche le lendemain du côté de Haarbourg, où le colonel Achard enleva quelques postes, et du côté de Hamm, où nous fîmes une trentaine de prisonniers.

Toute l'attention du maréchal se portait sur Wilhelmsbourg^, dont il perfectionnait la défense par tous les moyens possibles; il veillait presque toute la nuit, et après quelques heures de repos dans la matinée, allait parcourir tous les postes et donnait Texcmple de la constance et du dévouement; nos espérances étaient soutenues par les bulletins des batailles de Champaubert et des affaires des 16, 17 et 18 février en France, que le maréchal faisait imprimer et publier.

Le 5 mars, le maréchal se rendit à Ilaarbourg et fit attaquer es avant-postes ennemis sur les digues de Morhbourg et de ^euland ; ils furent repoussés, et on leur prit quelqueshommes; los troupes allaient au combat avec la plus grande détermination, et avaient acquis une grande supériorité. La batterie le Tiffentag sur la rive droite de TElbe était un point bien ivancé depuis que les glaces nous avaient forcés à prendre la igné en arrière de Hamm; cependant cette batterie était mportante à conserver, puisqu'elle protégeait efficacement 'lie de Wilhelmsbourg, comme l'événement nous l'avait :)rouvé dans les combats des 9 et 17 février. Le 11 mars, bien ivant le jour, ce poste fut attaqué et enlevé, l'ennemi brûla |uelques maisons et se retira avant le jour ; il n'y avait point le canons dans la batterie; depuis quelque temps, on les -étirait pendant la nuit. On occupa de nouveau la batterie; nais ce petit échec nous apprenait que ce poste ne pourrait îe garder longtemps. Le maréchal fit construire en arrière une nouvelle batterie qui se liait mieux avec la ligne qui venait les redans de Saint-Georges au pont Vert; on l'entoura de forts ibatis, on fit en avant une cunette dans l'Elbe en cassant la jlace, et l'on crénela et retrancha quelques maisons environ-

nantes. Ces divers postes étaient liés entre eux, et la retraite était assurée en cas de besoin. Toute cette lig^e était toujours sous les ordres du général Leclerc, qui, par ses bonnes dispositions et son zèle in&tigable, avait constamment érité les surprises dans une défense aussi compliquée, et qui avait rendo de grands services au corps d*armée dans les journées des 9 et 17 février, en empêchant le corps du général Tolstoy de passer dans File de Wilhelmsbourg. La barrière de Hamm fut aussi renforcée par une traverse en fumier qui défilait la route et qui donnait les moyens d'arrêter Fennemi, dans le cas où, à coups de canon, il fût parvenu à détruire le tambour en charpente qui fermait ce passage.

Le 12 mars, le général Pecheux fit attaquer le village de Wilsdorf, situé à la gauche du camp retranché de Haarboui^g; ce poste fut enlevé à la baïonnette par un détachement do brave 108*. L*ennemi y perdit plus de 60 hommes tués ou blessés. Notre perte fut peu considérable, attendu que les troupes marchaient avec une grande résolution et sans tirer un coup de fusil.

Le 18, Tennemi s'empara de la batterie de TiCFentag, la détruisit et en établit une autre un peu en arrière ; nous nous établîmes dans notre nouvelle batterie qui avait été préparée à cet eCFet par la prévoyance du chef, que Tévénement venait toujours justifier.

Le 19, Tennemi, profitant d'un brouillard très-épais, s'embusqua dans des masures en avant de la Damthor, et nous enleva une vingtaine d'hommes qui ne marchaient pas avec assez de précaution, pour aller occuper diCFérents petits postes qu'on établissait pendant le jour.

Le comte de Chaban avait perfectionné l'organisation des hôpitaux; on distribuait aux malades du riz, du sagou, du bouillon d'os, quelques légumes, de bons médicaments et surtout le meilleur vin. On avait varié depuis quelque temps la nourriture de la troupe qui était incommodée par l'usage de la viande salée; on avait ordonné des distributions de viande fraîche de cheval, des harengs et un peu de riz; le pain et le vin étaient de bonne qualité et ne manquaient pas; on

>attait monnaie dans deux ateliers, et la solde et les dépenses

étaient au courant.

Au milieu de tous ces soins d'administration, le comte de

Chaban to^ouva la mort le 22 mars : la France perdit en lui un

de ses meilleurs citoyens, le 13" corps d'armée son père, et le maréchal son plus intime ami. Les soldats pleurèrent sur son tombeau, et les habitants de Hambouqj, auxquels la dure nécessité faisait éprouver de si douloureux sacrifices, versèrent des larmes à sa pompe funèbre qui eut lieu à la cathédrale. On ne peut mieux rendre l'impression que cette perte fit éprouver qu'en transcrivant Tordre du jour par lequel le chef de l'armée faisait connaître sa mort.

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