‹ Correspondance du maréchal Davout, prince d'Eckmühl (volume 2)Chapitre 25 sur 95 · A MARSEILLE · texte numérisé non relu

A MARSEILLE

25 mars 1815.

Mon cher maréchal, je m'empresse de vous faire connaître que tout est fini. Les Bourbons sont sortis du territoire français sans qu'on ait eu un seul coup de fusil à tirer. Faites répandre ces nouvelles partout; je vous en envoie le détail.

L'Empereur sait que vous êtes dans une position difficile, au milieu d'une population exaltée. Il est vraisemblable que les nouvelles qu'on a dû recevoir à Marseille, depuis quelque temps, ont dû calmer cette exaspération. Un peu plus tôt ou un peu plus tard, tout s'arrangera de vos côtés, sans qu'on soit obligé d'employer des moyens de rigueur*.

* Le maréchal Masséna, prince d*£8slin{;, déjà affaihli de santé, mais toujours renommé comme soldat, commandait à Marseille, et il se trouvait en effet dans une situation difficile. De cœur il aimait peu les Bourbons, auxquels il s*était rallié par raison ; il était, d'un autre côté, peu favorable au retour de TEmpereur. Il était de plus au milieu de populations aux ardentes passions royalistes. L'arrivée du duc d* Angoulême à Marseille sur ces entrefaites allait ajouter à ses embarras. Il se tirait d'affaire en se renfermant dans les plus strictes limites de ses devoirs militaires. Il ne pouvait pas refuser au prince deux réf^ments, mais il refusait de le suivre dans la campa{;ne qu'il allait tenter sur le Rhône. Avec le reste des forces qu'il avait, il se réservait de maintenir Tordre à Marseille et surtout de préserver Toulon, si les royalistes étaient tentés de livrer le port aux An{{lais. Masséna gardait provisoirement une sorte de neutralité. Au demeurant, il n'allait pas tarder à suivre Je mouvement et à se rallier à Napoléon, en relevant le drapeau tricolore*

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