‹ Correspondance du maréchal Davout, prince d'Eckmühl (volume 2)Chapitre 32 sur 95 · ARCHICHANCELIER DE FRANCE · texte numérisé non relu

ARCHICHANCELIER DE FRANCE

3 avril 1815.

J'ai l'honneur de faire à Votre Altesse l'envoi d'une note qui m'a été remise sur M. de Serre, qui occupe en ce moment la place de premier président à Colmar ' .

1 C'est M. de Serre qui devait être bientôt un des plus éminents ministres de la Restauration, et qui était depuis le retour des Bourbons premier président de la cour de Colmar. Il avait été de 1811 à 1814 premier président de la cour impériale à Hamliourg, où il avait eu les meilleures relations avec le maréchal. Entre de tels hommes, il n*y avait que des sentiments d'estime et de sympathie. C'est sous le ministère de M. de Serre, quelques années plus tard, en 1819, que le prince d'Eckmiihl devait de nouveau reparaître et être rappelé à la Chambre des pairs, avec bien d'autres illustrations de l'Empire, Suchet, Moncey, Mortier, Jourdan , Dam, Verhuel, Champagny, Lefebvre, Dejean, etc.

398 COHHESPONDANCE

3 avril, à aoe heure du matin.

Monsieur le général, vous aurez déjà appris, par le télégraphe, le départ du duc d'AIbuféra pour Lyon. Deux régiments de cavalerie sont partis aujourd'hui; deux autres partiront également après-demain. Le général Boyer part pour Dijon, pour, de concert avec le général Vaux, réunir des gardes nationales, des troupes de ligne, et les porler sur Ghâlon.

Le général Saint-Clair, qui est à Besançon, reçoit en même temps Tordre de réunir des gardes nationales, des troupes de ligne et de Tartillerie, et de les porter à Lons-le-Saulnier : ces troupes seront à la disposition du duc d'Albuféra.

Le télégraphe a dû vous transmettre Tordre de faire armer la garde nationale de Lyon et du faubourg de la Guillotière, pour sa défense, puisque des troupes arrivent de tous côtés. Si le général Brayer est arrivé, vous lui donnerez le commandement de la garde nationale.

11 est nécessaire que vous informiez le maréchal Suchet des événements qui pourraient arriver, afin qu'il donne des ordres aux troupes qui se portent sur Lyon et dont il a les itinë* raires.

Le télégraphe a dû vous donner la route que tient ce maréchal, et je vous la donne en outre ci-jointe. 11 n'y a plus maintenant que ce seul point en France où Tautorité de TEmpereur soit méconnue.

J'ai reçu, cette nuit, un rapport du général Glausel qui est •entré à Bordeaux le 2 avril, aux acclamations de toute la population et de la troupe. La duchesse d'Angouléme s'est embarquée le 1*' avril, avec l'ancien maire de Bordeaux Linch, M. Laine et quelques autres agitateurs. Le général Darricau a rendu compte qu'il avait arboré le drapeau national à Perpignan. Toutes ces nouvelles sont d'une grande importance.

L'affaire de Bordeaux étant terminée, le général Morand reçoit Tordre de se porter, à marches forcées, sur Ntmes;

ainsi la retraite des iQSur{;és sera coupée. II sera fait une bonne justice des chefs.

Je suppose que le {jénéral La Salcette auni fait venir la majeure partie des troupes qui étaient sur Gbambéry à Grenoble, ainsi que les gardes nationales, et qu'il manœuvrera sur les flancs et sur les derrières des insur(jés, qui s'approcheraient de Lyon par la rive (jauche du Rhône.

4 avril 1813.

Monsieur le maréchal, j'ai l'honneur de vous donner connaissance des dernières nouvelles de Lyon {voir la lettre (3 avril, onze heures du soir) au général Grouchy) : on n'y comprend pas grand'chose, surtout venant aussi immédiatement après celles qui avaient annoncé que tout était fini. Cependant Sa Majesté, jugeant nécessaire d'envoyer dans ce pays un maréchal connu des troupes et des habitants, me charge de vous recommander de partir dès la réception de ces instructions.

Pour que vous puissiez prendre les mesures que les circonstances exigeraient. Sa Majesté vous investit de pouvoirs extraordinaires. Vous les exercerez dans toutes les 6', 7*, 8% 9* «t 19* divisions militaires. Toutes les autorités civiles et militaires seront tenues d'exécuter les dispositions que vous prescrirez, sous peine d'être déclarées traîtres envers l'Empereur et la patrie.

Vous trouverez ci-joint l'itinéraire des différentes troupes que l'Empereur porte sur Lyon. L'infanterie va en poste, et la cavalerie fait double étape.

J'ai recommandé au général Grouchy de vous tenir au courant, sur la route que vous tiendrez et que je lui ai communiquée, de tout ce qui pourrait arriver de nouveau, afin que si la chose devenait nécessaire, vous puissiez, avec l'itinéraire des troupes que vous avez, donner des ordres.

Vous trouverez aussi ci-jointe la liste de toutes les troupes qui se trouvent dans toutes les divisions militaires sous votre

commandement^ ainsi que celle des généraux qui y commandent.

Le général Boyer est parti cette nuit pour Dijon. De coocert avec le général Vaux qui commande dans cette division militaire, il fera mettre en marche les gardes nationales et les dirigera sur Châlon. Il a Tordre de prendre une batterie de 8 bouches à feu et des munitions d'infiainterie à Auxonne, qui marcheront avec les gardes nationales et les troupes de ligne qui sont dans cette division.

Le général Boyer vous donnera connaissance de Titinéraire des troupes pour recevoir vos ordres. Je donne Tordre aussi au général Saint-Clair, qui commande la division militaire de Besançon, de diriger les troupes de ligne et des gardes nationales sur Lons-le-Saulnier. Par toutes ces dispositions, en supposant même que les rebelles aient obtenu un succès momentané et qu'ils aient pénétré à Lyon, vous serez en état, au bout de quarante-huit heures, de les détruire. Vous leur feriez couper la retraite sur Marseille ; ils n'ont plus désormais que cette retraite, puisque le général Clausel est entré à Bordeaux.

L'important est de terminer promptement cette insurrection de Marseille; alors la paix sera dans toute la France. Vous ferez poursuivre les chefs et vous renverrez les habitants chez eux, en leur déclarant qu'ils seront responsables de troubles qui auraient lieu dans leur pays.

Je vous donne communication des instructions que j'ai données au général Grouchy.

Dans le cas où vous apprendriez en route que le mouvement que j'ai ordonné au général Vaux et au général Saint- Clair est inutile, vous leur envenîez contre-ordre.

Ne laissez aucune arme entre les mains des rebelles. Faitesles désarmer, et versez leurs armes dans les arsenaux.

4 avril 1813.

Sire, le 27 mars, j'ai envoyé au maréchal Saint-Cyr, par sa Temme, Tordre de se retirer dans ses terres. Ma lettre lui était ;adressée à Orléans, mais ne Ty trouva plus. Depuis cette époque j'avais été sans nouvelles du 'maréchal Saint-Cyr, sauf Tavis que j'ai reçu du général Lepic, de son passage à Bourges pour se rendre dans ses terres.

J'ai remis, hier au soir, au duc de Rovigo, une lettre pour le maréchal. Un officier de gendarmerie est parti la nuit dernière pour la lui porter à Reverseaux. Je mandais à M. le maréchal Saint-Cyr que n'ayant pas reçu de ses nouvelles et n'ayant pu rendre compte de son retour à Votre Majesté, je lui donnais l'ordre de partir tout de suite pour se rendre à Paris, où il devrait demeurer tranquille dans son domicile, et le pré* venais que l'officier de gendarmerie qui lui remettrait ma lettre avait l'ordre de l'accompagner dans son voyage.

Je viens de recevoir aujourd'hui la lettre, dont copie est <;i-jointe, du maréchal Saint-Cyr.

4 avril 1813.

Sire, le général de gendarmerie Saunier, qui est en mission •dans la Vendée, me rend le compte suivant :

a Le préfet de ce département est parti : il parait avoir « pris la route de Bordeaux, passant par la Rochelle. C'est le « maire de Napoléouville qui le remplace en ce moment, et ce M n'est pas l'homme de la chose. Le pays se ressent de la non- « présence d'un préfet qui donnerait l'impulsion aux auto- « rites administratives secondaires. »

Ce rapport convaincra Votre Majesté de la nécessité de faire partir tout de suite les préfets, pour remplacer ceux qui sont partis ou ceux qui sont animés d'un mauvais esprit.

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