G04. — AUX GÉNÉRAUX COMTE D'ERLON ET COMTE REILLE
17 avril 1815.
Des personnes venues de la Belgique annoncent qu'il v a un peu de désertiondans nos troupes : aucun de vos rapports n'en fait mention.
J'ai adressé dernièrement un modèle d'état, par lequel on doit faire connaître, par corps, la désertion, avec Tindication
motifs présumés. Je vous prie de tenir la main à Tenvoi régulier de ces états, et de me faire connaître tout de suite les rapports qui vous seront parvenus sur la désertion et ses causes.
II y a à Alost environ 4 à 500 hommes de la garde du Roi. Nul doute qu'ils ne cherchent à entretenir une correspondance ^Tec tous les corps, dans le but surtout d'exciter la défection des troupes, et d'introduire parmi elles un mauvais esprit. Vous ne sauriez prendre trop de précautions pour découvrir tes misérables qui pourraient être complices de ces délits dans les corps, et si vous découvriez et soupçonniez des officiers animés d'un mauvais esprit et tenant de mauvais propos, vous me les enverriez, et je les changerais, ou je les destituerais, et TOUS les remplaceriez par des officiers à la suite.
Pour le comte d'Erlon : On m'a cité le 51* régiment pour avoir eu de la désertion; qu'il surveille attentivement ce corps.
19 avril 1815.
Sire, le maréchal prince de la Moskowa demande le payement d'une somme de 10,689 francs pour frais de poste de la tournée qu'il vient de faire en Franche-Comté et de Lille à Landau \
Il réclame, en même temps, une somme de 25,000 francs
' Le maréchal Ney n*était pas sans avoir le sentiment de la situation fausse qu*il s'était créée depuis un an, par son attitude presque violente à Tégard de Napoléon, à Fontainebleau, au moment de la première abdication, et plus récemment par la conduite qu'il avait tenue en se ralliant à l'Empereur, après aroîr accepté du Boi la mission d'aller le combattre. Il était troublé, et il le montrait quelquefois dans son langage sur Napoléon lui-même comme sur les Bourbons. L'Empereur, qui le connaissait bien, qui ne voulait pas le laisser se compromettre par ses intempérances, parce qu'il sentait qu'il aurait encore besoin de ses services, avait pris un prétexte pour Féloigner momentanément de Paris ; il avait chargé le prince de la Moskowa d'aller inspecter la frontière du nord, de Dunkerque a Bâle, et de lui rendre compte de tout ce qu'il jugerait nécessaire pour la défense du territoire comme pour l'organisation de l'armée. Il s'agit dans la lettre ci-dessus du ministre de la guerre, de cette mission donnée au maréchal Ney.
qui lui est due sur son traitement extraordinaire de janTÎer, février, mars et avril 181i.
Je prie Votre Majesté de me donner ses ordres à ce sujet.
19 arril 1815.
Sire, depuis plusieurs jours, les rapports de Mézières s'accordent à dire que des troupes ennemies arrivent sur nos frontières. Votre Majesté, endonnant le commandement du 3* corps au duc de Plaisance, indiquait qu'il serait changé, lorsqu'il en serait temps; il me parait que ce moment est arrivé, et qu'il importe essentiellement au ser\'ice de Votre Majesté de confier ce commandement à un lieutenant général qui ait l'habitude des commandements en chef, et qui donne plus de garantie et de confiance aux troupes dont il a le commandement.
19 avril 1810.
Sire, j'ai eu l'honneur de soumettre ù Votre Majesté plusieurs propositions, au sujet des généraux à employer aux divisions fictives et divisions de résen'e de cavalerie. Le général Flahault est venu dans les bureaux par ordre de Votre Majesté pour prendre l'état des divisions militaires et départements, celui des divisions actives et celui des généraux organisateurs des gardes nationales des 1" et 18* divisions, pour que Votre Majesté pût prononcer à ce sujet.
Les ordres ne peuvent être expédiés qu'après que Votre Majesté aura prononcé. Je la prie de me donner une décision que je lui ai déjà demandée par deux rapports. Les divisions de réserve se rassemblent, et les généraux qui doivent les commander ne peuvent partir avant d'avoir l'approbation de Votre Majesté.
P, S, — J'ai laissé aujourd'hui une lettre à Votre Majesté pour
demander le remplacement du duc de Plaisance au 3* corps. J e renouvelle cette demande, en proposant à Votre Majesté le général Vandamme qui est revenu de Dunkerque *.
19 avril 1815.
Sire, tous les rapports militaires qui me sont adressés expriment la même opinion sur la tiédeur et le mauvais esprit des magistrats; la plupait, pris dans la classe des anciens nobles, démontrent, avec tout ce qui les entoure, une faiblesse coupable.
Les g[énéraux commandant les départements s'accordent à dire qu'il serait à désirer que la presque totalité des maires soit remplacée par des hommes choisis par les communes : cette opinion exprimée dans les rappoits venus de toutes les parties de la France, sans que Ton puisse supposer la possibilité <]u'elle ait été influencée, m'a déterminé a la soumettre à Votre Majesté '.
1 Le* {{ém'ral Vnndamiiic était en effet déâi{;iié pour le commandement du 3* coq)3 à l'armée du Nord. Pour ce qui est du général de Flahault, dont il est itri question, qui était fort en faveur auprès de TEmpereur, et qui s'en prévalait un peu trop pour s'immiscer dans les affaires du ministère de la {{uerre, il est c<;rtain qu'il indisposait quelquefois le maréclial par ses interventions, surtout dans le choix du per^tonnel. Sans avoir de grandes conséquences, ces interventions de M. de Flahault n'étaient peut-^tre pas étrangères à quelques mouvements de mauvaise liumeur auxquels l'Empereur se laissait bientôt aller conti'e son ministre de la guerre, et qui ne tenaient pas d'ailleurs devant les premières explications, toujours très-fermes, du maréchal.
' Cette question des fonctionnaires et des maires, on a pu le reman|uer, revient assez souvent dans la correspondance, et l'Empereur la tranchait par la lettre suivante au ministre de l'intérieur.
L'Empereur au comte Carnot. — « Paris, 20 avril 1815. Monsieiu* le comte C;irnot, je désire que vous m'apportiez ce soir, avec votre opinion, la rédaction définitive d'un projet de décret qui contiendrait les dispositions suivantes :
« Tous les maires, adjoints et membres des conseils des communes cesseront leurs fonctions au l"* mai.
« Les préfets présenteront sur-le-champ, en remplacement, des maifes, adjoints et conseillers des communes, qui aient la confiance du peuple. Ces
Um. — A L'EMPEREUR ET ROI.
SOmTril 1815.
Sire, j'adresse à Votre Majesté la correspoodance du ministère de la guerre concernant l'esprit public. Je la prie de fixer particulièrement son attention sur l'article de M. le général Lemarois. Il désigne trois curés qu'il signale comme trèsdangereux, ceux de Seufchâtel, d'Aumale et de Forges (Seine- Inférieure), et les directeurs des postes aux lettres de ?cufchâtel et de Forges. H y a aussi de l'agitation dans la division militaire de Rennes, sur les deux rives de la Loire.
29 «TrU 1815.
Monsieur le général, je suis instruit que les approvisionnements de Huningue se font mollement. Prenez des mesures,
présentations seront faites par des préfets à des commissaires extraordinaires (|ui seront envoyés dans chaque division militaire.
« Les commissaires extraordinaire» se présenteront ensuite dans cliaqne clief-lieu de département, et nommeront tons les maires, adjoints et cooseillers de commune, d'ari'ondissement et de département.
« Il y n, je crois, vin{»t-deux divisions militaires; déjà plusieurs commissaires extraordinaires s*y trouvent. Présentez-moi, pour compléter la liste de ces commissaires extraordinaires, des conseillers d'État, quelques ancieoi sénateurs, comme Pontécoulant, Boissy d'Anglas; quelques membres de Tanctienne Chambre, comme Bedoch. Par ce moyen, chaque division aura un commissaire.
« 11 faut que ces commissaires puissent partir demain, car ce renouvellement de tous les maires est de la plus haute importance.
« Dans un autre projet de décret, je désire que vous me proposiez les dij* positions suivantes :
« Tous les ofHciers et commandants des gardes nationales cesseront lc<tm fonctions au 1"" mai. Les préfet» présenteront sur-le-champ a nos commissaires extraordinaires les nominations à faire en remplacement.
«I Voyr'z s'il fau<Irait prendre la même mesure pour les juges de paix. H peut y avoir des plaintes contre les ju{][cs de paix, mais je ne pense pas qo en {général cette classe soit dans le sens du parti royaliste.
« Je crois qu'à la prompte exécution de ces mesures est attaché le salut public.
« Préparez-moi les instructions pour les commissaires... • (^Correspondance de Napoléon, t. XXVIII, p. 113.)
je vous prie, et donnez des ordres à votre ordonnateur pour qu'ils rentrent et se complètent le plus promptement possible par les soins des autorités locales. Des fonds seront exactement et successivement faits pour rembourser les avances que vont faire les communes.