I6I1. — AU GÉNÉRAL SÉBASTIANI
20 avril 1815.
Monsieur le général, j'ai reçu vos différentes lettres que j'ai misessousles yeux de l'Empereur. On s'occupe avec une grande activité de ce que vous annoncez comme l'objet du vœu général : une constitution '. Je crois que sous trois ou quatre jours, on publiera le projet qui doit être présenté à la sanction de la nation. — On va prendre aussi, pour le 1" mai, une mesure réclamée par la majorité des habitants, le changement des maires. Il y aura, dans chaque chef-lieu de département, un commissaire général chargé de ces déplacements. Dès que cette disposition sera exécutoire, je vous ferai connaître le nom du commissaire général qui sera nommé pour la division où vous vous trouvez. — 11 sera important de lui faire connaître les maires à changer et les citoyens capables, par leurs principes et leur considération, de les remplacer. De la bonté des choix dépendra le succès de l'opération des gardes nationales et de l'impulsion du peuple.
MINISTRE DE l'iNTÉRIEUR.
20 avril 1815.
Monsieur le comte, le bien du service de l'Empereur exigeant un parfait accord et un ensemble de volontés bien actives pour la prompte exécution des ordres de Sa Majesté,
' Le 23 avril, en effet, pnraîàsnit tiu Moniteur V « acte additionnel aux constitutions de l'Empire » qui établissait a peu près le rc(pme constitutionnel, tel qu'il a été connu et pratique depuis en France.
relativement à la formation des approvisionnements de siège dans les places de guerre, j'ai Thonneur de prier Votre Excellence de vouloir bien renouveler à MM. les fonctionnaires qui n'y mettraient pas tout le soin désirable, Tinjonction de seconder de tous leurs movens les efforts de rautorité militaire.
Voici ce que marque, à cet égard, M. le général Hamel, commandant à Huningue :
« Je dois fixer l'attention de Votre Altesse sur Tapprovi- « sionnement de siège. Les grains n'arrivent qu^en petite u quantité, et toujours d'une qualité inférieure. Point de a liquides; les salaisons ne sont point commencées. Il est de tt mon devoir d'obseneràce sujet que les assurances données «journellement par les autorités civiles, de leur empresseu ment à compléter cet approvisionnement, sont jusqu'à ce a moment démenties par leurs tardifs et faibles envois. H a m'est plus satisfaisant d'annoncer, en outre, que leurs admia nistrés, dont l'esprit est très-bon, paraissent disposés à tout a fournir dans un couit délai, quand on mettra plus d'activité a à les y engager. — Tout dépendra donc de la responsabilité « qui doit peser sur les autorités chargées d'y concourir. »
L'urgence de ces approvisionnements de siège, dans les circonstances actuelles, doit engager tous les fonctionnaires civils ou militaires appelés par leurs rapports à y concourir, à ne rien négliger pour la réussite d'une opération à laquelle l'Empereur attache un grand intérêt. Je me ferai un devoir, Monsieur le comte, de vous communiquer, à l'avenir, tous les renseignements qui pouiTont vous mettre à même de faire cesser les obstacles ou de les prévenir : ce sera le moyen d'en assurer le succès.
P. S. — J'ai déjà reçu du ministre du Trésor un fonds de 1,500,000 francs, pour le payement des avances faites par les habitants pour les approvisionnements de siège. La répartition en a déjà ou lieu, et à mesure que Sa Majesté fera des fonds pour cet objet, je m'empresserai de les faire passer dans les départements, pour couvrir les avances faites pour cet objet par les autorités civiles.
1613. — AU MARÉCHAL GRODCHY.
20 avril 1815 K
Monsieur le maréchal, FEmpereur vous recommande de nouveau de ne rien négliger pour faire informer tous les soldats piémontais de toute arme que Ton organise des régiments piémontais à Chalon-sur-Saône; que les officiers et sousofficiers y seront admis avec leur grade. Les cavaliers piémontais qui voudraient passer dans nos rangs seront dirigés également sur Chalon-sur-Saône; il leur délivrera des feuilles de route; ils conserveront leurs chevaux, seront admis dans les régiments piémontais, et on leur remboursera leurs chevaux.
Si les rapports sont vrais, Tesprit dans toute l'armée piémontaise serait excellent ; ainsi, il serait facile de déterminer des postes entiers à passer de notre côté, avec armes et bagages, (3n les dirigerait, tout armés, sur Chalon-sur-Saône, et on leur paierait leurs armes.
11 est de la plus grande impoilance d'avoir des notions exactes sur les événements qui se passent en Italie. Vous en aurez des nouvelles tous les jours, soit par des officiers italiens ou des voyageurs. Faites-les questionner et faites-moi connaître leurs rapports lorsqu'ils annonceront quelques événements de guerre et mouvement de troupes; ils devront donner les plus grands détails sur les époques et sur les lieux.
' Comme on le voit par cette letti*e, le {;c'néral Grouchy venait d'être nommé ma réel) al de France pooi* sa petite expédition contre le duc d'Anpoulême. Ce n'était pas, à proprement parler, un fait de {guerre qui pût mériter une telle distinction ; mais l'Empereur croyait stimuler le dévouement, sans se douter qu'avant peu, dans le cas particulier, cette faveur allait se trouver peu justi- Kée. A cette date, le nouveau maréchal restait pour quelques jours encore au 7* corps, au pied des Alpes, avant d'être appelé à Paris et à l'armée du Nord.
Dans une lettre de l'Empereur au maréchal Davout, en date du 17 avril, il est dit : « ...Le général Groucliy, que je viens de faire maréchal de France, prendra des mesures pour faire déserter les Piémontais, et il menacera de se porter sur le mont Cenis, cette diversion devenant utile au roi de Naples, qui parait décidément être aux mains avec l'Autriche. » (^Correspondance de Napoléon, t. XXVII!, p. 107.)
Je vous invite. Monsieur le maréchal, lorsqu'il y aura quelque nouvelle importante dans vos rapports , à en £aire passer l'extrait au général commandant à Lyon, qui me les fera transmettre par la voie du télégraphe.
Organisez promptement votre corps d'armée, etqu'on envoie exactement les situations. Faites distribuer les eCFets de campement, et adressez-vous à cet effet à Tordonnateur en chef.
30 avril 1815.
Sire, le lieutenant général Defrance a parlé à Votre Majesté du projet d'organiser les anciens gardes d'honneur, qui demandent à rentrer à votre service.
Elle a autorisé ce général à m'entretenir de cet objet.
J'ai invité le général Defrance à mettre ses idées par écrit, et à me soumettre un projet d'organisation des gardes d'honneur, en réduisant les -i régiments à un seul.
Je soumets à Votre Majesté un rapport fait par le général Defirance à cet égard, avec un projet de décret; je la prie de me faire connaître ses intentions.
31 avril 1815.
Sire, je soumets à Votre Majesté les lettres des maréchaux duc d'Albuféra et comte de Grouchv, de Lvon et de Marseille, en date des 15 et 18 de ce mois.
Ces rapports, et les pièces qui s'y trouvent jointes, appellent l'attention de Votre Majesté sur le peu de progrès que fwt l'opinion publique dans la place de Marseille.
21 avril 1815.
Sire, différents rapports font mention des inconvénients qui résultent de la présence sur les lieux mêmes où ils étaient en fonction, des préfets et sous-préfets qui ont été remplacés. Le général Lucotte, entre autres, croit dangereuse la présence de M. de Villeneuve à Agen, où il était préfet.
Je propose à Votre Majesté d'ordonner que les préfets et sous-préfets qui ont été remplacés, soient tenus d'avoir à quitter dans les vingt-quatre heures qui suivront la réception de Tordre, les départements où ils ont été en fonction.