A TOURS
22 mai 1815.
Monsieur le général, TEmpereur vient d'ordonner le départ pour Angers de plusieurs régiments, même de la jeune garde, avec le général Brayer; une batterie d'artillerie part également avec le général. Toutes les troupes doivent aller en poste. Les chevaux de cette batterie iront haut le pied, et les canons et harnais en poste. Une autre batterie suivra également la même route en doublant les étapes.
Un bataillon du 14* régiment qui a dû partir ce matin d'Orléans, recevra cette nuit l'ordre d'y rentrer et de se rendre en
pour se rendre à Anfvers, avec quelques officiers d*artillcrie et du {;énle. Aussitôt que le général La marque sera arrivé, vous organiserez son étatmajor. En attendant, le général Delaborde conservera le commandement.
« Je vous ai fait connaître qu'il était nécessaire d'armer le château de Nantes et d'y nommer un gouverneur; envoyez-y le général Hogendorp; faites-le partir dans la journée.
« Faites mettre en état de défense les châteaux d'Angers et de Saumur; envoyez-y l'artillerie et les munitions de guerre nécessaires. L'artillerie aura besoin d'un matériel assez considérable pour l'armement de ces châteaux et pour les divisions actives....
• Je vous ai mandé d'envoyer des maréchaux de camp pour commander les départements de la Loire-Inférieure, de la Mayenne, de la Sarthe, de Maine-et-Loire, de la Vendée, des Deux-Sèvres, de la Haute- Vienne et de la Charente-Inférieure, indépendamment du général Travot et d'un autre jeune lieutenant général, que vous ferez partir pour remplacer le général Corbineau, lorsqu'il sera obligé de revenir à Paris. Le major général a dû TOUS dire qu'il était indispensable que le général Glauscl fût prévenu des mouvements de la Vendée, afin qu'il envoie une forte colonne pour s'approcher de Niort et se joindre à la colonne de la Rochelle et de Rochefort, et
contenir les insurgés de ce côté «• {Correspondance de Napoléon, t. XXVIII,
S^ C0RRESP05DA5CE
poste à Saumar. Faite» préparer, à la rûreptioD de ma lettre^ loa^ les moyens de tran^poit pour le bataillon. 6,000 fosils partent ce soir pour Saamar; j*e»père qo'ils t seront dans six joors.
Vou4 pouvez annoncer partout qa^^en peo de jours il t aim ane armée de 25,000 hommes avec artillerie sar la Loire, qn*il est tre»-lieureux que les malreillants se soient prononcés sitôt, que nous saurons toujours faire la distinction des agitateun» arec ceux qui ne sont qu'égarés, des ex-nobles arec le reste de la population.
I7:j9. — AU MARÉCHAL DUC DE DALMATIE
MAJOR GÉNÉRAL
22 oui 1813 >.
Monsieur le maréchal, je reçois à Tinstant vos quatre lettres du 20 mai, sur les ordres que tous donnez aux généraux deTarmée du Nord et à tous les autres généraux en chef. Je vous obser\'e que, contre votre volonté, cette manière d'agir va jeter la plus grande confusion. Je rappelle un ordre que TEmpereur a dicté le 16 mai, qui déterminait vos attributions et qui vous a été communiqué. Il est un objet surtout que les ordres que vous donnez vont faire manquer, la mesure du rappel et de l'organisation en bataillons des militaires en retraite. Si le décret du 18 mai, sur lequel j'ai feit des observations à TEmpereur, est publié, son exécution est manquée.
Je vous prie, Monsieur le duc, d'attendre la décision de l'Empereur, et en général, si vous donnez des ordres de votre côté et moi du mien, comme il ne peut qu'en résulter les plus graves inconvénients, je vous déclare que je remettrai le portefeuille à l'Empereur. J'ai accepté le ministère à mon corps défendant, et l'on me ferait le plus grand plaisir en m'ôtant ce fardeau.
' Cnttc lettre et la suivante à TEmpereur sont à remarquer comme trait de rarnrtirre ; elle^ prouvent que le prince d*Eckrouhl n'entendait laisser mettre en doute ni son autorité, ni sa dignité de ministre de la f^erre.
DU MARECHAL DAVOOT. — 1815. 555
J'ai chargé M. Hargenvilliers, chef de la division du recrutementy de vous donner des explications sur le décret du 18 mai et surtout le mal qui résultera de sa publication.
24 mai 1815^
Sire, en arrivant, je trouve votre lettre du 24 mai. Je regrette que Votre Majesté ne m'ait pas parlé tout de suite de son contenu; je lui aurais fait connaître que Ton calomnie un des hommes les plus dévoués à sa personne et à Thonneur. Il y a dans la Vendée déjà des officiers supérieurs qui y sofit par vos oi-dres. Je ne vous ai point parlé du général en chef, parce que j'attendais legénéralLamarque,àquij'ai donné Tordre de venir.
Vous me dites que vous apprenez que le général Chamharlhac est allé commander à Dijon, que cette disposition ne vous a pas été soumise. Je vous ai fait connaître que le général Devaux avait été nommé député; vous m'avez dit : Qu'il vienne! et vous m'avez désigné le général Chambarlhac que je ne connais point. Il est vrai que vous m'avez donné cet ordre verbal, mais je le garantis sur mon honneur.
* L'Empereur au maréchal Davout. — « Pans, 24 mai 1815. Mon cousin, vous ne nravez encore proposé aucun général pour commander dans la Vendée, dans les Deux-Sèvres, dans la Loire-Inférieure et dans les autres départements où il n'y en a pas; cette opération cependant est bien importante.
u J'apprends que le général Chainbarlliac est allé commander à Dijon; cette disposition ne m*a pas été soumise. Il est de principe pourtant qu'un général ne peut pas recevoir une destination sans mon approbation ; on ne donne le commandement d'une division milit;iire ou d'un département que par un décret.
« Je vois dans un journal une lettre que je vous ai écrite : c*est, depuis que je suis au gouvernement, la première fois que je vois pareille chose. J'apprends (|ue vous envoyez aux journaux des extraits de mes lettres et de celles des généraux : c'est contraire h tous les principes et même à la décence. Il est désormais nécessaire que mes lettres ne soient connues que de vous, et qu'il n'en soit expédié aucun extrait à vos correspondants, ni même à vos bureaux. Votre prédécesseur gardait mes lettres dans les tiroirs de son bureau, et faisait faire dans son cabinet l'extrait des ordres auxquels elles donnaient lieu. * (Correspondance de Napoléon, t. XXVIII, p. 226-227.)
Vous me dites que tous avez lu dans les journaux une lettre que vous m'avez écrite. J'ai reçu effectivement cette lettre. Je Tai transmise à tous les généraux commandant en chef les corps d'armée pour leur donner l'assurance positive qu'ils allaient recevoir de l'argent. J'ignore quel est celui d'entre eux qui a commis l'inconséquence de la rendre publique; je vais leur écrire à cet égard.
Vous avez appris que j'avais envoyé aux journaux extrait de vos lettres et de celles des généraux. Ceux qui ont avancé cela à Votre Majesté en ont imposé.
28 mai 1S15.
Sire, j'ai l'honneur de transmettre à Votre Majesté une lettre que je reçois à l'instant du général Lecourbe sur l'extrême inconvénient qui résulte de l'insertion dans les journaux d'articles désignant les chefs de partisans.
Déjà le général Rapp et le général Gérard m'avaient écrit dans le même sens. Ce point me parait si essentiel que je prie Votre Majesté de donner elle-même des ordres directs pour que de pareils articles ne soient jamais insérés ni dans le Moniteur, ni dans aucune gazette.
Sire, les alarmes sont très-grandes du côté de Laval. Tout le monde est en fuite. Je prie Votre Majesté de m'autoriser à faire partir en poste un des bataillons qui sont ici pour Laval.
Ce ne sera point une grande diminution pour l'armée du Nord, et ce sera d'un grand effet pour le pays ; il n'y a pas de forces réelles qui le tourmentent, mais beaucoup de bandes qui interceptent les communications.
J'enverrai en même temps un millier de fusils pour armer la garde nationale. Cette force maintiendra la tranquillité et assurera les communications avec Rennes, Nantes et Angers.
29 mai 1815.
Monsieur le général, j'ai Thonneur de vous adresser copie d'une lettre de M. le général Delaborde. Ce général continue à avoir un peu de décousu et à faire de petits paquets de ses troupes. II est préférable d'être quelques jours sans communications et d'organiser trois ou quatre fortes colonnes pour agir vigoureusement contre les masses des insurgés, parce qu'on pénètre partout avec des colonnes et qu'on peut y joindre quelques moyens politiques, c'est-à-dire être généreux avec les paysans, mais sévère avec les chefs.
Je vous préviens que sur le rapport du préfet de la Mayenne et du général d'Héricourt, on fait partir 1,500 hommes du 47* en poste pour Laval avec plusieurs compagnies de gendarmerie.
Ces troupes sont sous vos ordres. Vous les emploierez d'abord à détruire les bandes qui se sont formées dans ce payslà et à rétablir les communications avec Rennes, Angers et Nantes; vous leur donnerez ensuite des directions selon les circonstances.
Je vous engage à ne pas oublier les 6,000 fusils qui sont à Saumur et les 2,000 qui ont été dirigés sur Nantes. Utilisez le tout.
30 mai 1815.
Sire, j'adresse à Votre Majesté copie des rapports de M. le général Delaborde. Les troubles du Morbihan prennent un caractère sérieux. Je recommande au lieutenant général La-
marque d^agir vigoureusement et de dissoudre promptement les bandes de la rive gauche, afin d^étre en état d^agir sur le Morbihan.
Je reçois un rapport du 28, de Rennes, du général Bigairtf, qui annonce qu^une colonne de 400 hommes de nos troupes venant de Lorient a été surprise à Sainte-Anne entre Tanne» et Lorient. 200 hommes ont jeté leurs armes, le reste a pns la fuite. Ci-joint le rapport du général Bigarré.
31 WÊm 1815.
Monsieur le général, je vous envoie copie d^ane lettre du préfet de Laval et copie de ma réponse. Je tous engage de votre côté à presser les ordres et à mettre de Tensemble dans leur exécution pour rétablir la communication avec Laval. Cela est d'autant plus important que cela vous donnera plus de fecilités pour mettre de Tensemble dans vos opérations sur le Morbihan et y porter plus de forces.
Le préfet a employé un excellent moyen pour obtenir de grands succès contre ces bandes de paysans; c'est de £aire avec un petit nombre d^hommes d'élite des attaques de nuit. On jette la plus grande confusion. Leur imagination est plus frappée qu'elle ne Test dans des déroutes de jour. Je vous invite à donner des instructions aux différents commandants de vos colonnes pour feire ces attaques. Il faut que les hommes qui font partie de ces détachements aient un signal ou un mol de ralliement qui se donne peu avant Tattaque.
Il est bien important que de promptes mesures soient prises contre les bandes du Morbihan. On se plaint à Nantes qu'il n'y a pas encore d'embarcations armées, et que les bateaux sont pillés par les révoltés. Pressez cet armement et prenez toutes les mesures pour intercepter les communications d^une rive à l'autre.
Je suppose que lorsque cette lettre vous parviendra, vous aurez déjà organisé vos colonnes pour les faire agir avec
vigueur contre les rassemblements vendéens. Il est bien important de leur ôter toute communication avec le littoral ; une fois isolés, vous en viendrez facilement à bout par des moyens politiques qui isoleront la cause des paysans de celle des nobles. Il vous sera facile de garder le littoral depuis Tembouchure de la Loire jusqu'à Brest, ayant Belle-Isie, Lorient et Brest. II faut vous entendre avec la marine pour qu'elle vous seconde depuis la Gironde jusqu'à Paimbœuf. Il y a, m'at-on dit, un très-mauvais esprit à Poitiers. Faites prendre des otages; vous y trouverez beaucoup de familles des Vendéens.
l'^juia 1815.
Monsieur le général, je reçois à l'instant votre lettre du 30 mai. Son contenu m'a beaucoup étonné. On ne vous a pas annoncé d'envoi de nouvelles troupes. Par l'attitude défensive que vous prenez, il n'y a pas de doute que les insurgés prendront de l'assurance et de la force, et finiront par être dangereux. Vous laissez le général Travot se porter en avant, et vous restez à Angers. Si vous n'avez pas assez de force pour agir sur trois colonnes à la fois, portez-vous rapidement sur Nantes, en laissant quelques troupes et des gardes nationales pour garder les Ponts-<le-Cé, et agissez tout de suite avec le général Travot et le général Estève que vous laissez en l'air à Napoléon. Vous avez plus de forces qu'il n'en faut pour combattre le rassemblement qui se porte sur la côte; vous le poursuivrez en agissant suivant les circonstances.
Pendant le temps que vous ferez ce mouvement, vous ferez venir à Angers le 47* régiment qui est à Laval. En faisant ce mouvement, il est nécessaire d'intercepter toute communication d*une rive de la Loire à l'autre, et de retenir toutes les embarcations.
Faites venir à Saumur le régiment espagnol qui est à Tours, et qui doit être bientôt babillé. D'ailleurs, on achèverait son habillement à Saumur.
Annoncez dans le pays qu'il vous arrive beaucoup de troupes; mais, de vous à moi, dans les circonstances actuelles, l'Empereur ne peut pas vous en donner davantage...
Vous convenez vous-même que les Vendéens marchent par force; c'est une raison de plus pour agir avec vigueur... Vous avez vu qu'avec une poignée de monde, le préfet de Laval a dissipé un rassemblement parce qu'il a montré de la vigueur. Ne disséminez pas vos troupes et agissez d'après les données générales de cette lettre.
Avec les troupes que vous avez, celles du général Estéve et celles du général Travot, vous pouvez vous former un corps de 8 ou 10,000 hommes. C'est plus qu'il n'en faut, si vous agissez avec vigueur et ensemble, pour dissoudre tous ces rassemblements.