‹ Correspondance du maréchal Davout, prince d'Eckmühl (volume 2)Chapitre 6 sur 95 · AU GÉNÉRAL DANOIS WEGENER · texte numérisé non relu

AU GÉNÉRAL DANOIS WEGENER

Haarbour0, 21 mai 1813.

J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 19 de ce mois. Je me suis empressé de la transmettre à l'Empereur et Roi mon maître.

Vous pouvez être convaincu, Monsieur le général, que s'il y a moyen d'éviter à Hambourg toutes les horreurs auxquelles est exposée une ville prise de vive force, je m'en ferai un devoir.

Win^en, 22 mai 1813, dix heures du malin.

J'ai reçu vos trois lettres du 21, dont une à six heures et deux à dix heures du soir. Je ne regrette pas que Tattaque contre Hambourg ait été difiFérée jusqu'à Tépoque où Ton a eu la certitude que les Danois eu avaient retiré leurs troupes, puisqu'une attaque faite lorsqu'ils y étaient eût pu décider la guerre avec cette puissance. Cet incident seul devait apporter des délais.

Je vous observerai en outre que l'Empereur, dans ses instructions, n'avait pas prévu cette circonstance; d'ailleurs, jusqu'à ce jour cette opération eût été impraticable, puisqu'une colonne ennemie de 4 à 500 chevaux, 3 à 4,000 hommes d'in- Eanterie et 12 pièces était prés de Dahlembourg. Il a été nécessaire de mettre en mouvement la division Dumonceau pour bire repasser l'Elbe à l'ennemi.

L'officier français que j'ai envoyé au général danois était porteur de la Ietti*e dont copie est ci-jointe. Il a ordre, à son retour, de vous communiquer la réponse et ce qu'il aura appris.

Je regrette de n'avoir pas eu connaissance avant son départ du contenu de la lettre que vous a écrite M. Alquier. Cet officier eût fait des demandes positives. Quoi qu'il en soit, si les clefs de la ville ne vous sont pas apportées dans le courant de la journée, il faut dans la nuit prochaine agir et donner tous vos ordres pour le passage.

Sept bataillons du général Dumonceau sont en marche pour ^ rendre à Haarbourg avec 3 pièces de canon. Le bataillon du 152' et 4 bouches à feu sont partis d'ici ce matin pour Haarbourg. Une batterie de 8 bouches à feu, dont 2 obu-

iî6 CORRESPONDANCE

sîerSy est partie hier de Rothembourg pour Haarbourg; cette batterie est attelée de chevaux du pays. Les chevaux d'artillerie et les chevaux du train arriveront ces jours-ci.

Donnez vos ordres à toutes ces troupes; tiaites-moi connaître Tensemble de vos opérations et le point où vous serez de votre personne. Je me porterai sur un autre point pour veiller à Texécution des ordres que vous aurez donnés et concourir à leur exécution. 2îe voyez, Monsieur le général, dans tout ceci qu'une preuve de ma haute confiance, et nullement la vile pensée de rejeter sur vous la plus petite responsabilité; c'est moi qui commande, c'est moi qui dois la supporter. Un de mes principaux motifs en agissant ainsi est un sentiment de justice. Vous avez tout préparé, tout reconnu; vous devez recueillir le fruit de votre prévoyance. Aussi, je vous le répète, je ne serai là qu'un ^e vos généraux.

P. S. — Je vous renvoie la lettre de M. le baron Alquier; dans le cas où les Danois ne feraient rien de positif, il serait peut-être bon que vous les requissiez de vous fournir troupes et bâtiments.

Je serai à Haarbourg une heure après la réception de cettelettre.

PRINCE DE NEUFCHATEL, ETC

Haarboarg, S3 mai 1813.

Monseigneur, j'ai rhouneur de rendre compte à Votr^- Altesse, par une autre dépêche de ce jour, de la nécessité de faire intervenir une décision de Sa Majesté sur le mod^ de payement des dépenses de Tadministration de la guerre dans la 32' division militaire. Je lui ferai observer main^^ tenant que la suspension du régime constitutionnel dan^le pays, les mesures extraordinaires administratives et finan-^' cières qu'elle entraine, la présence d*une armée et la nécessité de pourvoir à tous ses besoins, l'ensemble à établir dan^^ tontes les parties du service, et notamment pour l'emploi de^-

produits des réquisitions ou contributions extraordinaires, exigent des mesures et des formes tout à fait distinctes de ce qui se pratique dans les autres départements de TEmpire non envahis et non révoltés.

Cependant, le sénatus-consulte du 10 avril est loin de consacrer ces principes; il soumet même l'emploi des contributions extraordinaires à la délivrance d'ordonnances régulières et à l'assignation des ministres, mesure dont la sagesse est évidente dans un état de choses fixe, mais qui devient impraticable dans les mouvements militaires et pour la célérité et le succès des opérations prescrites par Sa Majesté.

Je crois qu'il devient indispensable d'apporter quelques modifications à ces dispositions. Si elles ne doivent pas concerner ce qui a trait aux revenus ordinaires, il faut au moins établir une distinction bien précise entre ces mêmes revenus elles revenus extraordinaires résultant du fait de la mise hors de la constitution.

Pour ce dernier cas, spécialement, la présence d'un intendant général des finances devient indispensable. Toutes les demandes relatives au service de l'armée lui seront adressées. 11 en rendrait compte au général en chef et concerterait avec lui les moyens d'y faire face. Il en ferait la répartition sur les trois départements, soit en nature, soit en valeur représentative, en adressante cet effet aux préfets les ordres nécessaires, auxquels ceux-ci seraient tenus de déférer. Il établirait aussi la répartition des contributions extraordinaires que Sa Majesté l'Empereur et le général en chef imposeraient. Il veillerait à la rentrée de tous les fonds, et à cet effet il lui serait rendu des comptes par les receveurs généraux et particuliers. Il accorderait les fonds nécessaires aux divers services de l'armée sur les demandes qui lui en seraient faites par les commissaires ordonnateurs ayant caractère, et il correspondrait avec les Diinistrcs pour leur rendre compte de ces diverses opérations. Les ministres pourraient aussi lui faire connaître et lui prescrire l'emploi de tous les revenus extraordinaires, soit en nature, soit en argent, destinés au service de l'armée et provenant des contributions extraordinaires.

un CORRESPONDANCE

Cette disposition me paraissant utile au seiricede Sa Majesté, j*ai l*bonneur de prier Votre Altesse de lui mettre sous les %'eux le présent rapport et de me faire connaître la décision de FEmperenr. J'ai l'honneur de faire observer à Votre Altesse que M. le comte de Chaban, qui a exercé les fonctions d^intendant fjénénil des finance^ et de Tintérieur dans la 32* division militaire, est en ce moment sur les lieux, et qu'il pourrait être chargé de lever les sommes nécessaires pour faire mar- <;her les différents services, etc.

1333. — AU GÉNÉRAL VASDAMME.

Ilaarboar?;, ^3 mni 1813, hn't heures du soir.

Je reçois à Tinstant votre lettre de ce jour à cinq heures du soir. Nous nous trouvons dans une position qui n'a pas été prévue par TEmporeur, puisqu'il n'avait pas compté qu'on y trouverait les Danois comme ennemis, et qu'après eux on y rencontrerait les Suédois. Nul doute qu'il ne faille prendre dans les vinfjt-quatre heures un parti, ou de passer l'Elbe, ou de nous borner à défendre la rive {jauche en gardant fortement l'Ile de Wilbelmsbourg. Je désire que vous vous rendiez ici demain de bonne heure, de votre personne, pour raisonner ensemble sur notre situation. Dans le cas où les circonstances ne vous permettraient pas de vous absenter momentanément de votre île, j'irai moi-même vous trouver.

Si nous étions à Berlin ou près d'y entrer, il n'est pas vraisemblable que les Suédois eussent osé quitter la Poméranie pour venir h IIaml)our{j. L'ennemi ne serait pas sur la rive droite en face de Mapdebourç, et il n'aurait pas des partis à Salzwedel qui ont poussé jusque vers Hanovre.

PRINCE DE NEUFCIIATEL, ETC

Haarbourg, 23 mai 1813, onze heures du soir.

Monseigneur, j'ai eu l'honneur d'adresser le 20 mai à Votre Altesse copie d'une lettre que j'avais reçue du général com-

mandant les forces danoises dans le Holstein ; je joins ici copie Je ma réponse et d'une lettre de M. le baron Alquier, parvenue depuis au {j^énéral Yandamme. Je joins également ici copie de deux lettres de ce g[énéral, et le rapport de Tofficier qui a été porter ma lettre au g[énéral Wegener.

La présence des Danois à Hambourg et Tintention qu'ils avaient manifestée de s'opposer à son occupation de vive force, nécessitaient Tcmploi de la majeure partie des forces dont je pouvais disposer pour cette opération. Mais Tapparition d'un corps assez considérable de troupes ennemies, qui avait passé l'Rlbe et était venu même jusqu'à Dahlembourg, m'avait obligé de faire marcher la division Dumonceau, qui a été jusqu'à Dannenberg et a forcé l'ennemi à repasser l'Elbe à Domitz. Il a ensuite descendu le fleuve et s'est jeté sur Hambourg.

La division Dumonceau s'est rapprochée de Haarbourg; mais les Suédois occupent maintenant Hambourg, et le reste des troupes suédoises s'avance à grandes marches sur cette place \

Les instructions que peut avoir le général danois ne paraissent pas aussi positives que la lettre de M. le baron Alquier devrait le faire espérer.

Le général Yandamme a fait jeter ces jours-ci des obus sur

Hambourg, et Yotre Altesse verra par les pièces ci-jointes que

le général Tettenbom parait dans l'intention de défendre la

place. Ces circonstances rendent la prise de Hambourg plus

difficile et forcent de faire usage de tous les moyens qu'on peut

avoir. Néanmoins les dispositions vont être prises pour terminer

cette opération, à laquelle les Danois craignent de participer.

Avant-hier, on a voulu s'emparer d'un brick que l'ennemi

avait devant Hambourg : il a été enlevé avec la plus grande

bravoure; mais l'ennemi ayant dirigé tout son feu sur ce

' L*Einperear aa ministre <lc8 relations extérieures. — « Neumarkt, 31 mai W13. Monsieur le duc de Bassano, les troupes suédoises étant entrécrs à Ham- •«nrg, il est convenable que vous me proposiez sur-le-champ une déclaration <«<^gacrre à la Suède.

• Le rapport et les pièces ù l'appui seront envoyés au Sénat. M. Otto en fera la lecture. » {Correspondance de Napoléon, t. XXV, p. 337.)

point, les marins ont été forcés de Téchouer. Nous avons perdu par la mitraille deux officiers de marine, une vingtaine de marins et quelques soldats.

P. S. — Ci-joint aussi la traduction de quelques journaux et décrets du gouvernement prussien.

PRINCE DE NEUFCHATELy ETC.

Haarbourg, 23 mai 1813.

Monseigneur, Son Excellence le ministre directeur de l'administration de la guerre m'a fait connaître que l'intention de Sa Majesté TEmpereur était que toutes les dépenses de Fadministration de la guerre dans la 32* division fussent au compte du pays et payées par les habitants.

Pour l'exécution de cette mesure et jusqu'au 15 de ce mois, le système suivi était de faire fournir par réquisition notamment ce qui a trait aux subsistances; mais MM. les préfets m'ont fait à ce sujet de vives observations, pour me démontrer que ce système était ruineux pour le pays, et qu'il était préférable d'y substituer l'ancien mode d'administration militaire.

Cette dernière marche qui m'avait aussi été proposée par le ministre directeur, comme l'un des trois modes qu'il supposait les plus convenables pour l'exécution des ordres de Sa Majesté, m'a paru en effet préférable, et je m'y suis rendu, en maintenant toutefois les réquisitions jusqu'à la réorganisation des divers services. J'ai l'honneur de transmettre ci-joint à Votre Altesse copie de l'arrêté que j'ai pris à ce sujet le 12 de ce mois.

Je n'ai pas établi, dans cette décision, le mode à suivre pour la levée des fonds nécessaires aux divers services, parce que le sénatus-consulte du 10 avril ne me laisse le droit que d'imposer des contributions extraordinaires à titre de peine, et que MM. les préfets des départements de l'Ems-Supérieur et des Bouches-du-Weser m'ont déclaré que leurs administrés n'étaient pas dans ce cas. Cependant les préfets, de leur

côté, se disent non autorisés à faire une levée de fonds, autre qne celle des contributions ordinaires, et réclament une participation pour surimposer les habitants.

Le sénatus-consulte nécessite, sous ce point de vue, une explication; car il faut bien que les intentions de Sa Majesté soient remplies en ce qui concerne les dépenses de Tadministration de la guerre.

PRINCE DE NEUFCHATEL, ETC

Haarbourg, 24 mai 1813, minuit.

Monseigneur, j'ai reçu la lettre de Votre Altesse Impériale du 20 mai, à quatre heures après midi. Je me suis empressé de répandre Theureuse nouvelle de la bataille de Bautzen \

> Depais le 9 mai, Napoléon était rentre à Dresde, où il 8*était établi pour quelques joars, rappelant le roi de Saxe dans sa capitale et préparant les nouveaux mouvements de son armée. Croyant d*abord que les Pru.ssiens se retireraient sur Berlin, il avait porté, on l'a vn, dans cette direction le maréchal Ney avec des forces considérables composées du 3' corps, du corps du duc de Bellune, du corps de Lauriston, du corps do Rcynier, plus les troupes du général Sébastian! rappelé du bas Elbe. Il n'en était rien, les coalisés, prussiens et ru^es, après avoir repassé TElbe et s'être quelque peu remis de TafFaire de Lutzen, s'étaient dirigés sur Rautzen où ils se retranchaient, avec la réitolution de livrer une nouvelle bataille dans de très-fortes positions. Napoléon n'avait pas tardé à démêler les intentions de l'ennemi, et il avait aussitôt pris ses dispositions, ramenant le maréchal Nev sur la {gauche de Tannée, dirigeant le maréchal Macdonald sur Baulzen, le maréchal Oudinot •ur la droite, mettant en mouvement les corps de Bertrand, de Marmont, la fprde demeurée à Dresde, prêt enfin .'» se porter lui-même sur l'ennemi. Dès le 18, on se retrouvait en présence. Le Bulletin de la Grande Armée, daté de Gorlitz, 24 mai, porte :

« ...Le 19 au soir, la position de l'ennemi était la suivante : sa {gauche était appuyée à des montagnes couvertes de bois et perpendiculaires au cours de la i^prée, à peu près à une lieue de Bautzen. Bautzen soutenait son centre. Cette ▼ille avait été crénelée, retranchée et couverte par des redoutes. La droite de l'ennemi s'appuyait sur des mamelons fortifiés qui défendaient les débouchés <le la Sprée, du côté du village de Nimmschiitz : tout son front était couvert *ttrla Sprée. Cette position très-forte n'était qu'une première position.

« On apercevait distinctement, à 3,000 toises en arrière, de la terre fraicnement remuée, et des travaux qui marquaient leur seconde position. La Canclie était encore appuyée aux mêmes montagnes, à 2,000 toises en arrière

Les Suédois ont en ce moment 5 bataillons à Hambour{|[. Le prince royal était, il y a deux jours, à Schwerin ; il annonçait devoir faire marcher le reste de ses troupes, qu'il annonce, en tout, être de 25,000 hommes, mais qui ne font réellement que 18 ou 20,000, sur TEIbe; il aurait dit que son intention était d'aller délivrer les Ilanovriens et balayer tout le pays entre l'Elbe et le Weser. La victoire de Bautzen aura certainement démontré Tabsurdité de ces beaux projets.

M. le comte de Raas, que le roi de Danemark députe

de celles de la première position et fort en avant du village de Hochkîrcli. Le centre était appuvé à trois villagi'S retrancliés, où Ton avait fait tant de travaux, qu'on pouvait les considérer comme des places fortes. Un terrain marécageux et difficile couvrait les trois quarts du centre. EnBn leur droite s*appuyait, en arrière de la première position, à des villages et à des mamelons également retrancliés.

« Le front de Tarmée ennemie, soit dans la première, soit dans la seconde position, pouvait avoir une lieue et demie

« Au 19, la position de Tannée française était la suivante :

« Sur la droite était le duc de Roggio, s'appuyant aux montagnes sur la rive gauclie de la Spréc, et sépan'ï de la gauche de l'ennemi par cette vallée. Le duc de Tarente était devant Bautzen, à cheval sur la route de Dresde. Le duc de Raguse était sur la gauche de Bautzen, vis-a-vis le village de Nimmschiitz. Le général Bertrand était sur la gauche du duc de Raguse, appuyé à un moulin à vent et à un bois, et faisant mine de déboucher de Jeschiitz sur la droite de renneini.

« Le prince de la Moskowa, le général Launston et le général Rej'nier étaient à Iloyei-swerda, sur la route de Berlin, hors de ligne et eu arrière dé notre gauche... ■ (Correspondance de Sapoléon, t. XX V^, p. 316, 317.)

Les positions étant ainsi dès le 20 à huit heures du matin, les coalisés russes et prussiens avaient été attaqués dans leurs retranchements de Bautzen, et cette première journée s*était terminée par une victoire pour Tarmée française ; le soir. Napoléon était entré a Bautzen. Le lendemain 21, le maréchal Ney, qui avait pris une part décisive à l'affaire de la veille en débordant l'ennemi par sa droite, continuait son mouvement, et sur la route de Vurschen s'engageait une nouvelle bataille qui se terminait par une nouvelle victoire.

Ces deux journées heureuses pour les armes françaises allaient ^tre suivies presque immédiatement de pourparlers et de la signature d'un armistice en vue d'une négociation de la paix; c'était aussi le moment où l'Autriche entrait plus directement en scène. Déjà, avant son départ de Dresde, Napoléon avait vu le comte de Bubna, que l'empereur d'Autriche venait de lui envoyer peu après la batiille de Lutzen. De ce qui allait se passer pendant l'armistice dépendait l'attitude que prendrait l'Autriche, qui, à vrai dire, était déjà en négociation intime avec la coalition encore plus qu'avec Napoléon. Pour le moment elle se posait en médiatrice. Un mot de la lettre du maréchal indique a quel point, dès ce moment, dans le camp des coalisés, on comptait sur l'Autriche.

comme ambassadeur près de l'Empereur, vient d'arriver ici; les Danois paraissent de bonne foi être dans l'intention de nous seconder. Les généraux danois se rendent ici demain, pour concerter avec nous les opérations militaires. Je retiens M. le comte de Kaas, pour assister à cette conférence; la parfaite connaissance qu'il a des intentions de son souverain Qc pourra que donner de la force aux généraux danois.

Suivant ce que nous a dit M. de Kaas, et ce que rapportent les personnes qui reviennent d'AItona, l'empereur Alexandre aurait écrit au général Walmoden que les Autrichiens entraient dans la coalition.

Les corps de Dornberg, de Tettenborn, et un corps commandé par le général Woronzof, sont mis sous les ordres du prince royal de Suéde.

Je vous prie, Monseigneur, de demander à l'Empereur qu'il soit donné des ordres à Wesel pour que toutes les troupes destinées à former le 1" corps et qui y arrivent, soient portées sur le Weser; je serai plus à portée de veiller à leur organisation, et elles y seront plus utiles.

Des rapports de notre droite annoncent qu'on a vu de la rive gaucbe sur la rive droite passer beaucoup de troupes, venant de la direction de Hambourg et remontant l'Elbe.

Je joins ici le dernier rapport de l'officier que le général Vandamme avait envoyé à Altoha.

Haarboiirg, 25 mai 1813.

Sa Majesté le roi de Danemark ayant donné l'ordre à ses généraux de coopérer avec ses troupes de terre et de mer contre nos ennemis, et M. le général Wegener ayant envoyé M. le colonel de HafFner pour se concerter, j'ai l'honneur de vous inviter à demander au général danois de réunir le plus promptement possible ses troupes de toutes armes à Altona et à Wandsbeck. Il sera très-facile aux Danois de donner des motifs à cette réunion; il est même utile qu'ils fassent prendre

le change. Le général danois aurait le tiers de ses troupes à Altona et les deux autres tiers à Wandsbeck. «

Il faut demander aussi que Ton réunisse dans les eaux d' Altona la plus grande partie de la marine danoise, afin d'assurer lorsqu'il en sera temps nos communications.

11 nous est utile aussi, Monsieur le général, de connaître la force des troupes danoises de toute arme qui pourront coopérer avec nous lorsque le passage de TElbe se fera.

Enfin, mettez-vous secrètement en communication avec M. le colonel de HafFner, pour être informé des dispositions de l'ennemi, de ses forces et de la direction de ses troupes.

PRINCE DE NEUFCHATEL, ETC

Haarbourg, 26 mai 1813.

Monseigneur, M. le comte de Kaas, que j'avais annoncé à Votre Altesse, est parti cette nuit pour le quartier général de l'Empereur. Il a assisté hier à la conférence qui a eu lieu entre le général Vandamme, moi et M. le colonel de Haffner. commandant d'Altona, envoyé par le général danois, pour concerter les dispositions militaires.

Je dois dire à Votre Altesse que j'ai été très-satisfait de M. le comte de Kaas. Il a montré dans cette conférence un excellent esprit; il a constamment répondu aux difficultés qu'élevait le colonel de HafFner, que c'était aller contre les intentions de son souverain que de ne pas franchement entrer dans nos opérations, et à propos de cela, il a montré une lettre du Roi où Sa Majesté se plaint que ses généraux mêlent avec leurs devoirs leur opinions politiques *.

' Au moment où le maréchal écrivait ainsi, les négociations pour Tarmistice étaient vivement engaf^ées, et Hambourg était justement une des difficultés; on ne savait pas ce c|ui se passait sur ce point. Napoléon, dans les instructions qu'il donnait le 1^'' juin à son plénipotentiaire, M. de Caulaincourt, disait :

« ...Je vous envoie le dernier paquet que je reçois du prince d*EckmiiU; vous y verrez Tétat des clioses de ce côté. Une batterie de mortiers était établie dans les îles. Le prince d'Eckmuhl avait trois divisions d*infanterie, et,

II est résulté de cet entretien que les Danois réuniront le (iers de leurs forces à Altona et les deux autres tiers à Yandsbeck; mais comme ils avaient déjà fait quelques marches en se retirant et qu'ils étaient déjà à Segeberg, ce ne sera que dans trois joui*s que ces troupes seront rendues.

Les Suédois ont à Hambourg 7 à 9 bataillons; le reste de leurs troupes se porte sur l'Elbe.

Hier, on a vu 3 bataillons remonter TElbe de Lauembourg sur Boitzenbourg ; la distance n'a pas permis de distinguer l'uniforme. Le prince royal était à Schwerin; une division de 6,000 hommes était embarquée à Gothenbourg, prête à appareiller.

Le colonel de Haffner m'a assuré que le corps du général Walmoden, composé de ceux de Czernichef, Dornberg et Tettenbom, ainsi qu'un autre corps commandé par un général Woronzof, sont mis sous les ordres du prince royal de Suède. Suivant la coutume, on exagère la force de ces troupes à 60,000 hommes. Voici à quoi il est raisonnable de l'évaluer : 20,000 Suédois, le corps de partisans de Dornberg, 8 à 9,000 hommes, non compris les marchands de sucre de Hambourg; pour le corps de Woronzof, je n'ai aucune donnée. Les Suédois ont 2 bataillons d'artillerie légère.

Les ennemis se sont montrés sur la rive gauche de l'Elbe, du côté de Dahlembourg; par le défaut de cavalerie, on ne peut empêcher ces courses.

le 25, un conseil s'est tenu chez le prince, uù se sont trouves M. de Kans, ministre de Tintcrieur, qui vient auprès de moi comme envoyé extraordinaire, et les officiers danois. On avait drjà les ordres de la cour de Danemark pour que toute Tarmce danoise qui était dans le Holstein marchât avec Tarmée fran(;aisc. Il est donc probable que Hambourg est pris ou assié{;c. Je ne puis donc pas stipuler pour la rive {gauche de TEIbe : l*' parce que je suis maitre de Elambourj;; 2<* parce, qu'il serait déshonorant et contraire aux principes de nos constitutions de stipuler aucun armistice qui laisse Tennemi sur notre territoire, tandis que nous nous trouvons sur le territoire étranger. Mais un biais tout simple, c'est de faire finir Tarmistice aux limites de la 32' dirision, entre Liineburg et Boitzenburg, et de laisser aller les choses sur le bas Elbe. Comme il y a un mois de marche d'ici là pour l'une et l'autre armée, on ne peut pas craindre qu'on fasse des détachements de ce côté; c'est donc réellement un autre théâtre... » (Correspondance de Napoléon y t. XXV, p. 342.)

Je dois rappeler à Votre Altesse ce que j'ai déjà eu Thonneur de lui mander relativement à Fartillerie. Le matériel de 4 batteries a été envoyé de Wesel ; j'avais fait lever des chevaux dans la 32* division militaire; pour les atteler, des harnais avaient été envoyés de Paris; mais il s'est trouvé que lorsqu'on a voulu les utiliser, pas un n'a pu servir, tous se sont trouvés trop petits de trois pouces dans toutes les dimensions. Ainsi, c'est toujours de nouveaux contre-temps que nous éprouvons. Le personnel manque aussi : je renouvelle mes demandes à Votre Altesse.

Je renouvelle aussi à Votre Altesse la demande de prier Sa Majesté d'ordonner que les troupes du 1" corps qui sont arrivées depuis quelque temps à V^esel soient portées sur le Weser. Avec la plus ferme volonté, je ne puis remplir les intentions de l'Empereur. Il n'existe qu'un officier du génie, aucun sapeur, pour faire réparer toutes les batteries et forts sur la côte, qui ont été détruits par l'ennemi : il faut donc qu'on en envoie, ainsi que des munitions. Il faut aussi du personnel, non-seulement pour ces batteries, mais aussi pour l'artillerie de campagne.

Je ne puis que m'en référer à toutes les lettres que j'ai écrites, à ce sujet, à Votre Altesse, et lui observer qu'elle ne m'a fait aucune réponse sur mes différentes demandes. Si on ne les prend pas en considération, il m'est impossible, je le répète, avec la plus ferme volonté, d'exécuter les ordres de l'Empereur.

Je joins à ma lettre les dernières gazettes et leur extrait en français.

llaarbouit;^, 27 mai 1813, quatre heures et demie après midi.

Je reçois à l'instant votre lettre de ce jour, à quatre heures après midi. Vous pouvez donner à M. le général Wegener l'assurance que vous et moi, nous nous réunirons pour solliciter l'indulgence et le pardon de l'Empereur en faveur des

habitants de Hambour{}, sous la condition qu'ils feront une souaiission prompte et complète.

Il me semble que le traité qui engageait les Danois à nous prêter un secours pour s'opposer à l'occupation du littoral de Hambourg par des troupes étrangères n'est pas aboli. Alors le général Wegener pourrait, dans le cas où l'ennemi abandonnerait la ville avant notre passage sur la rive droite, occuper Hambourg pour y maintenir l'ordre; mais il serait plus convenable que les choses s'arrangeassent de manière que les troupes de notre souverain arrivent à Hambourg assez à temps pour y maintenir l'ordre.

Au surplus, l'essentiel est d'y être le plus promptement possible.

laiO. — AU GÉNÉRAL VANDAMME.

Haarbourg, 28 mai 1813.

Le major général, dans une de ses dernières lettres, me fait de nouveau connaitre que l'intention de l'Empereur est que le château de Haarbourg soit, au plus tôt, mis dans un bon état de défense. Je vous prie de donner des ordres positifs à M. le chef de bataillon Vinache pour que dès demain on se mette aux travaux de ce fort, et qu'ils soient poussés avec la plus grande activité; veuillez bien aussi lui demander un rapport sur le nombre de bouches à feu qui seraient néces« saires pour l'armement de ce château.

Haarbourg, 28 mai 1813, sept heures et demie du mati».

M. le général Dumonceau me fait connaître que l'ennemi d réuni beaucoup de moyens de passage aux environs de Boitzenbourg, et qu'il y a rassemblé beaucoup d'infanterie, <le cavalerie et d'artillerie. Enfin, le général Dumonceau semblait croire à une tentative de passage. Cependant, l'en-

nemi n*avait rien à Dahlembourg, ni à Goerde. S'ils voulaient jeter un pont de ce côté, ils auraient sans doute jeté une partie de leur cavalerie de ce côté-ci, ce à quoi nous n'aurions pu nous opposer, n'en ayant point.

Quoi qu'il en soit, il faut prendre vos mesures pour être à même de porter, au premier avis, la plus grande partie de votre infanterie et de votre artillerie sur Winsen.

Il existe ici beaucoup de pièces et caissons qui n'ont point de chevaux. Il faut prendre aussi des mesures pour que dans la journée les paysans et les chevaux nécessaires pour conduire ces pièces, en attendant l'arrivée de ceux attendus de Bremen, soient réunis.

La reconnaissance que vous allez faire faire au prince de Reuss ne doit pas être contremandée : cela ferait, au contraire, diversion en cas de passa{je.

Il sera bon d'envoyer à Altona, ainsi que vous en aviez l'intention, votre chef d'état-major, pour s'assurer de l'état des choses et savoir si la visite de M. de HafiFner, hier, était franche. Il prendrait aussi des informations sur les troupes suédoises, leur force, leur emplacement ou leur direction si elles sont en marche.

Les premières troupes qu'il faudrait faire partir au premier avis du général Dumonceau , s'il y avait nécessité, seraient le 152*. Veuillez en conséquence faire faire les di^ positions nécessaires à cet effet.

PRINCE DE NEUFCHATEL, ETC

Haarbourg, 28 mai 1813, minuit.

Monseigneur, j'ai reçu aujourd'hui vos lettres du 24 mai. Je ressens très-vivement la perte du duc de Frioul ; comme vous le dites, elle est irréparable pour l'Empereur *.

1 Après les batailles du 20 et du 21 à Bautzen et à Vurechen, le lendemain 22, I*arm6e française avait continué son mouyement. La cavalerie de Lefebvre-Desnocttcs et de Latour-Maubourjj, forte de 14,000 Lommcs, avait

Il paraît que plusieurs courriers ont été interceptés. Je vais prendre des renseignements, afin d'envoyer des duplicata de mes dépêches.

Je vous ai annoncé l'arrivée de 7 bataillons suédois à Hambourg; ils ont quitté cette ville hier et se sont portés entre Bergedorf et Boitzenbourg, en remontant TElbe.

L^ennemi a fait hier des démonstrations de passage sur ce dernier endroit. J'ai fait renforcer les troupes qui observent

ce point.

Le corps de Dornberg est arrivé à Hambourg.

Demain, à la pointe du jour, on effectuera un passage dans le Billwerder. Toutes les mesures sont prises pour ne point compromettre les troupes, dans le cas où elles éprouveraient des obstacles majeurs.

J^ai fait connaître que le roi de Danemark mettait à notre disposition les troupes danoises qui sont dans le Holstein, qui se montent de 8 à 10,000 hommes; je prie Votre Altesse de demander les ordres de Sa Majesté, pour savoir si l'on peut en disposer. Il serait facile au Roi de mettre à la disposition de l'Empereur 20 à 25,000 hommes, qui, dirigés par des généraux français, pourraient être très-utiles.

L^aide de camp qui a été porter au baron Alquier la dépêche du duc de Yicence est de retour; je joins ici ses dépêches; demain, j'enverrai copie de la lettre que j'ai reçue du baron Alquier; l'aide de camp a été très-bien accueilli.

Je joins à ma dépêche les dernières gazettes de Hambourg.

atteint rennemi en retraite au delà de Reichcnbach et l'avait vivement refoulé. C'est ce jour-là que Duroc avait été tué. Le Bulletin de la Grande Armée (24 mai) dit au sujet de ce pénible incident :

• ...Le soir de la journée du 22, à sept lieures, le grand m.iréchal duc de Frioul étant sur une petite éminencc à causer avec le duc de Trévisc et le général Rîrgener, tous les trois pied à teiTC et assez éIoi{;ncs du feu, un des ^miers boulets de l'ennemi rasa de près le duc de Trcvise, ouvrit le basventre an grand maréchal et jeta roidc mort le général Kirgener. Le duc de Frioul se sentit aussitôt frappé à mort; il expira douze heures après... n (jCor^ respondance de Napoléon, t. XXV, p. 321.)

Le maréchal Davout, vivement et sincèrement attaché à Duroc, était profondément ému de la mort du grand maréchal ; il l'était même plus qu'il ne le disait dans sa correspondance ofKcicIle. Il avouait qu'il n'avait pas ressenti ■ne plus donloureuse émotion depuis la moit de Desaix à Marcngo.

Pour qu'il soit possible d'exécuter les ordres de l'Empereur, je prie Votre Altesse d'envoyer des officiers du génie, des sapeurs et du personnel d'artillerie, ainsi que du matériel pour armer les di£Férents forts ordonnés; je m'en réfère à cet égard à mes précédentes lettres.

M. Alquier porte la force des Suédois débarqués à Stralsund et dans le Mecklembourg de 20 à 25,000 hommes.

Je viens d'écrire au général Lemarois à Wesel de faire partir la 3* division; je lui envoie copie de votre lettre; j'espère qu'il ne s'y refusera pas, mais je prie Votre Altesse de vouloir bien lui envoyer un ordre direct.

Il parait qu'il est arrivé à Héligoland 40 bâtiments de transport, portant une soi-disant légion allemande, dont on estime la force de i à 6,000 hommes.

Haarboarg, 29 mai 1813, dit heures du matin.

Je reçois à l'instant votre lettre, où vous m'annoncez la prise de l'ile d'Ochsenwerder.

Il faut envoyer à Altona un de vos officiers pour donner à votre chef d'état-major Tordre de requérir les Danois de cerner entièrement Hambourg, d'occuper le village de Hamm et de se mettre en communication avec vous. (Hamm n'est qu'à une portée de fusil de Wandsbeck.) Ils devront intercepter tout secours venant de Bergedorf ou de tout autre point.

La partie des troupes danoises qui est à Altona devra aussi cerner Hambourg, entre les rives droites de TAlster et de l'Elbe, et se mettre en communication avec le corps qui a dû arriver aujourd'hui à Vi^andsbeck, et qui devra cerner Hambourg entre la rive gauche de l'Alster et la rive droite de l'Elbe.

Recommandez à votre chef d'état-major d'être avec cette dernière colonne et d'établir promptement vos communica^ tions. Cette opération terminée, il devra faire sommer Ham*

bourg et lui donner une demi-heure pour nous ouvrir ses portes.

Toutes vos mesures étant prises pour assurer la retraite de vos troupes, dans le cas où elles seraient attaquées par des forces supérieures, il serait oiseux de faire la moindre recommandation à cet égard.

Prescrivez que Ton se retranche dans les différentes issues qui aboutissent à Hambourg, Bergedorf et Zollenspicker.

Recommandez à ceux qui se portent sur Hambourg d'avoir des guetteurs sur les clochers et les points les plus élevés, pour examiner tous les mouvements que pourra faire Feunemi et en rendre compte.

Le général Osten enverra de ses officiers sur la route de Winsen à Haarbourg, pour faire partir le premier bataillon qa^il rencontrera sur la route; il doit y en avoir à une lieue et demie. Il en préviendra le général Dumonceau.

PRINCE DE NEUFCHÂTEL, ETC

Haarbourg, 99 mai 1813, miauit.

Monseigneur, j*ai Thonneur d'adresser à Votre Altesse Séréniftsime copie de la lettre que j'ai reçue hier de M. le baron Aiqaier, ainsi que les duplicata de mes lettres du 20 mai, qui sont, je crois, celles qui ont été interceptées.

Le général Yandamme a attaqué ce matin Tile d'Ochsen«» werder. Les bonnes dispositions et la vigueur qu*il a misesdans cette attaque Font £ait entièrement réussir. Il s*est emparé de Tile, y a Ssiit 200 prisonniers et a pris une pièce de canon.

Il est maintenant à un quart de lieue de Bergedorf. Le corps danois est réuni à Altona et Vandsbeck. Les Danois sont dans la meilleure volonté d'agir. Le général Wegener et le colonel de Haffner sont rappelés; il est arrivé un aide de cimp du Roi qui a apporté Tordre positif aux généraux danois <l'étre entièrement à notre disposition. Il s'est répandu le bruil]

que 4,000 Suédois étaient attendus aujourd'hui à Hambourg; je n'y crois pas, ce n'est qu'une nouvelle répandue pour soutenir la populace; au surplus, cela ne nous arrêtera pas, et s'il est vrai qu'il y a 4,000 Suédois en ville, ce sera autant de moins pour la Suède.

Les prisonniers faits aujourd'hui sont presque tous des déserteurs ou des prisonniers faits en Espagne, que les Anglais ont forcés à servir dans la légion dite hanovrienne.

Haarbourg, 39 mai 1813.

M. de Fayet, mon aide de camp, rentre à l'instant. Le compte qu'il me rend me fait craindre qu'il n'y ait un malentendu et qu'il ne vous ait mal rendu ce que je l'ai chargé de vous dire. Voici les faits :

En revenant de Bullenhausen j'ai rencontré un officier danois qui m'était envoyé par le commandant d'Altona, pour me faire connaître que ce matin une députation de Hambourg était venue lui annoncer que l'ennemi avait évacué la ville pendant la nuit. Il était prié de m'annoncer une députation des habitants pour implorer la clémence de l'Empereur.

J'ai chargé M. de Fayet, qui était présent, de vous faire connaître cette circonstance afin que vous envoyiez des troupes pour prendre possession de Hambourg, car ici il n'est plus question de capitulation.

Je suis rentré à Haarbourg avec l'offîcier danois que j'ai renvoyé à Altona, avec mon chef d'état-major, lequel a l'instruction, dans le cas où vos troupes ne seraient pas encore rendues aux portes de Hambourg, d'en faire prendre possession par les troupes danoises, qui devront aussi occuper les batteries.

La magistrature a reçu l'ordre de faire déposer toutes les armes de la garde nationale et autres dans la prairie qui se trouve vis-à-vis de l'Ile de Wilhelmsbourg; ces armes seront

SOUS la garde des troupes danoises, en attendant Tarrlvée des troupes françaises.

Le général de La Ville doit faire expédier àWilhelmsbourg le plus d^embarcations possible pour être à la disposition du commandant de vos troupes, qui devront, pour passer, attendre vos ordres.

Les Danois ont dû envoyer des partis de cavalerie par le Bilhverder, pour communiquer avec vos troupes; ainsi c'est à vous à prendre toutes les mesures. Lorsque les postes danois seront relevés par les troupes françaises, ils rentreront chez eux pour éviter les malentendus.

L^essentiel est maintenant d'être promptement maître des portes de Hambourg. Le général de La Ville, du reste, agit en votre nom.

Puisque vous êtes maintenant aux batteries qui tiraient sur Hambourg, envoyez un officier pour chercher les bâtiments nécessaires au transport de vos troupes, afin de prendre possession de la ville. S'il y avait eu encore des troupes russes, on aurait pu faire une espèce de capitulation ; mais puisqu'elles sont parties, il serait contre les convenances de faire aucun arrangement.

Les transports danois seront rendus vers les quatre heures du soir dans le port de Haarbourg; cinq bataillons du général Dumonceau, y compris le 108* arrivé hier soir, seront arrivés à Haarbourg avant celte heure.

Il faut faire passer avec ces transports le plus de troupes et d'artillerie possible.

Je vais faire venir le reste de la division Dumonceau pour que vous puissiez avoir toutes vos troupes réunies à Hambourg et entre Hambourg et Bergedorf.

PRINCE DE NEUFCHATEL, ETC

Haarbourg, 30 mai 1813, quatre heures après midi.

Monseigneur, j'ai Thonneur de rendre compte à Votre Altesse que l'opération d'bier du général Yandamme sur

l'ile d'Oselieinverder, et la réunion des troupes danoises à Altona et Wandsheck, ont eu leur effet. Les Russes, vovant qu'ils allaient être tournés, ont évaeué Hambourg cet(e nuit, en prenant la direction de Beryedorf. Nous oecupons maintenant cette ville.

Demain, j'adresserai les détails à Votre Altesse.

Je ferai porter des troupes sur le Meekleml»our{;, et lorsque Lubeck sera occupé, j'exécuterai à !a ri{jueur les iiiteiilious de TEmpereur, renfermées dans sa letlre chiffrée du .7 mai '.

Je dois vous prier, ^[onseiyneur, de dire à Sa Majeslé que ce résultat est entièrement dû aux bonnes dispositions du général Vandamme, qui, tout en agissant avec vigueur, avait

' La leUre clilffrée du 7 mai dont il est ici (|iiesti<>n, et qui est du major général, avait trait aux mcjtures d(* ri{;uour que l'Empereur ordonnait pour le moment île la reprise d(> Ilandiourf;. Ces me»ure}i, dont le maré(!lial n'avait aucunement la reHpoiwahilité, et qu'il n'allait d'ailleurs exécuter qu'avec unojjrandc prudence, en les atténuant aut;int qu'il pouvait, avaient tout à fait le caractère d*un acte d'irritation dicte dans un premier moment, et étaient d'une sévérité draconienne. Il ne s'afririsait de rien moins que d'appli(pier les peines les plus dures à ceux qui avaient pris part à l'insurrection de Flambourp, soit dans les divers services, soit dans le corps dit lé|;ion lianséatiquc; de traduire les uns devant les commissions militaires et de les exécuter; d'envover les autres en France dans des prisons d'Etat, de confisquer leurs biens. On devait f.iire une liste de quinze cents individus de la 32* division qui s'étaient le plus mal conduits, les faire arrêter, séquestrer leurs hiens. On dt^vaic aussi Frapper une contribution de 50 millions sur les villes de Hauil)our{; et de Lubeclc, faire partout désarmer les habitants, etc. Napoléon entendait traiter les Ilambourgeois, non en bell {{gérants, mais en «• rebelles n , en sujets de l'Empire coupables de trahison devant l'ennemi, et il voulait de plus qu'il fût dit que tout cela se faisait « par ordre exprès de Sa Majesté « . Telle était en substance cette lettre chiffrée du 7 mai, écrite en vue d'une rentrée prochaine à Hambourg, entre Lutzen et Bautzen. Le maréchal allait fort heureusement se trouver exonéré d'une grande partie de sa redoutable mission par la fiiite des « individus » les plus compromis, qui cherchaient naturellement leur sûreté soit en gagnant le Danemark, soit en suivant les Russes, et quoiqu'il n'eût pas même l'idée de contester les ordres qu'il recevait, il avait assez de fermeté de caractère pour ne les exécuter que selon son jugement, avec une prudente et intelligente modération. Il savait au reste que c'était assez souvent une tactique de l'Empereur, de déployer dans un premier moment de colère une extrême rigueur qui était un peu d'apparat, et de laisser dans le fait atté* nuer ses ordres. Au fond, le maréchal, tout en remplissant ponctuellement ses devoirs, se bornait, en fait de répression, à ce qu'il ne pouvait éviter, et il allait se conduire à Hambourg avec une humanité qui n'a été quelquefois méconnue que parce qu'elle se cachait sous une certaine rudesse de commandement.

pris des mesures toiles, qu'il n'avait pas d'échaufFoure'e à rraiiiilre. Je dois ajouter que, depuis que le général Vanflamme a été mis sous mes ordres, je n'ai eu qu'à me louer de >on excellent esprit. L'Fmporeur connaît l'ambition du {;énéral Vandamme. Il a acquis, dans cette circonstance, de nouveaux droits à la luenveillance de Sa Majesté. Il a su lirer mi (iv>-f>rand paiii des marins franc;ais, (|u'il a réussi h hien organiser; les moyens de passage, tout a été bien conduit.

l;U7. — AU GÉNÉRAL VANDAMME.

Ilnarhour^, 30 mai 1813, huit lie:ircs et drMiie ilu soir.

J'envoie l'ordre au général Du monceau, dans le cas où il n'y aurait pas de partis un peu considérables sur notre droite, Je laisser le général Beurmann avec sa cavalerie battre la campagne pour nous donner des nouvelles de l'Elbe, depuis Domitz, de laisser un bataillon à Lunebourg, une compagnie à Winsen et une autre dans le fort de Flope, avec dés vivres pour huit jours, et de passer avec le reste de sa troupe à Zollenspicker.

Si, au contraire, il avait des nouvelles qu'il y ait des forces ennemies en infanterie et cavalerie, chose peu vraisemblable, du côté de Dannenberg et Dablembourg, il doit rester avec les trois ou quatre bataillons entre Lunebour(; et Hope encore demain. Il faut nous donner le temps de recevoir l'artillerie, les munitions et les batteries qui sont en marche.

Les cinq bataillons du général Du monceau viennent de se rendre dans l'ile de Wilhelmsbourg, où je suppose que vous lear aurez donné des ordres pour les faire passer à Hambourg.

Je n'ai aucun rapport sur la route qu'a suivie le parti ennemi qui était dans Hambourg. Je suppose cependant que ce sera sur Ratzebourg,

Il faut envoyer demain, de bonne heure, des reconnaissances de cavalerie danoise jusque sur la route de Lubeck, en leur recommandant d'aller toujours sur leur territoire, dans la direction d'OldesIohe à Lubeck.

Ils devront envoyer aussi des partis sur la route de Lubeck qui passe près de Schonberg; ils seront encore là sur leur territoire, et ils en enverront sur la route de Hambourg à Ratzebourg jusque sur leur frontière qui doit être Trittau.

L'ennemi doit avoir laissé beaucoup d'artillerie et de munitions à Hambourg ; faites-en faire la reconnaissance par votre officier d'artillerie. Il faut employer cette nuit a faire passer toute votre artillerie et infanterie. Personne ne devra loger chez les bourgeois. Il est nécessaire que toutes les troupes soient réunies, et que Ton occupe fortement toutes les portes de Hambourg et les différentes batteries.

Ayez 2 ou 3 bataillons en échelons entre Hambourg et Bergedorf.

Au surplus, Monsieur le général, vous placerez vos troupes suivant les renseignements que vous aurez.

Faites venir chez vous le général de La Ville, qui était à Altona, et a eu Tordre de n'entrer à Hambourg que lorsqu'il vous y saurait. Faites opérer le désarmement de la bourgeoisie si cela n'est déjà fait.

Si vous avez des renseignements positifs sur ce que font les Suédois, je vous serai obligé de me les transmettre pour que je les envoie à l'Empereur le plus tôt possible.

Je vous invite à mettre tous les douaniers à la disposition de M. Pyonnier pour qu'il les répartisse dans leurs différents postes à Hambourg, et mettre à exécution les décrets de l'Empereur.

Envoyez avec les partis danois quelques Français, avec les instructions d'arrêter tous les courriers et estafettes, et de vous les envoyer, ainsi que les dépêches.

Hambourg, 31 mai 1813, dix heures du soir.

Le général Dumonceau doit avoir trois bataillons sur la rive gauche, pour observer les points de Boitzenbourg et Lauenbourg, où l'ennemi avait encore des forces hier.

Avec trois autres bataillons et son artillerie, le général Dumonceau a dû s'établir aujourd'hui à Zollenspicker. Le général Dumonceau a quatre autres bataillons à Hambourg et un cinquième à Haarbourg.

Les bataillons des 13* et 15' d'infanterie légère qui font partie de la division ont dû arriver aujourd'hui à Rothembourg et seront rendus après-demain à Hambourg.

Il est à propos de faire appuyer le général Dumonceau et d'envoyer à Bergedorf les bataillons de sa division qui sont à Hambourg et qui resteront sous ses ordres.

Le pays étant réuni, il est nécessaire que le général Dumonceau tire ses subsistances de Hambourg, et qu'il en tire aussi de Zollenspicker par la rive gauche.

Il faut lui recommander de se procurer des renseignements sur les mouvements de l'ennemi, non-seulement du côté de Porleberg, mais dans toutes les directions qui conduisent dans le Mecklembourg et sur Lubeck. Recommandez-lui de vous donner régulièrement de ses nouvelles.

Je cesserai dès ce moment de correspondre avec lui.

1349. — AU »LiJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE

PRINCE DE NEUFCHATEL, ETC

Hambourg, 31 mai 1813.

Monseigneur, j'ai l'honneur de rendre compte à Votre Altesse Sérénissime que l'ennemi n'a eu que le temps de se sauver de Hambourg. Les travaux qu'on y a faits sont surprenants; la fausse braie est rétablie tout autour des remparts et dans le meilleur état. Il existe des ouvrages avancés très-bien entretenus et assurés. On a trouvé, tant sur les remparts que dans l'arsenal, toutes les pièces que la marine française a laissées à Hambourg, et quelques-unes que l'ennemi avait amenées. Les pièces reconnues déjà se montent ù 150 et quelques, de tout calibre, dont le plus petit est de 6. On a trouvé aussi 800,000 cartouches d'infanterie, dont 600,000 anglaises. Les munitions d'artillerie ne sont pas proportionnées

k la quantité de piece^. I! v a aiî'?>; de la poudre en l»aril>. On e*fîme à 10.000 \c iiomltre de fiî-iU aii,;!ai> qui ont t'té tli>tri- Luc'.^ à la garde liourjeci-t:' que Ion désarme.

LV-nnemi e-pt'rait pt»uvoir ron-^erver Haml»our;y, où leprince roval de Sucde devait, «lit-on, ^e porter p;ir de> arran— [jemenls convenu-: avec rAnjîeterre; il >'e<t refusé à les (eiiir,, parce qu'on n'avait p-i-î exécuté tout ce qui avait été annonce - <Jn devait mettre à sa di-j»o-îtion un corps rus-e fort de- 15,000 lionimc<, un corps de 10,000 Pru>siens et un autre depareille force, composé de la lésion jermanique attendue* fl'An^'jl-terre et de troupe^ levées dans ce pays. Je ne donne ceci que comme de> l»ruits qui circulent en ville.

L'armée suédoise e>t entre Straisund et Gadebusch, à co qu'on dit. Je n'ai pas encore de données positives. Le corj>i= de Dornherg e>t réuni à la hauteur de Lauenbourg.

Les troupes françaises n'étaient pas encore à Berlin le 28- Des partis eun( mis sont toujours dans le voisinage de Magdc— bourg, sur les deux rives.

Ces jours-ci, le général Vandamme se portera dans le ^reck— lembourg.

Le corps danois, ainsi que je vous en ai informé, a des ordres du Roi d'être à la disposition du commandant français; je n'en ferai usage que lorsque j'y aurai été autorisé par TEmpereur. J'ai prié Votre Altesse de prendre des ordres ii cet égard.

PRINCE DE NEUFGHATEL, ETC

Ilambo:irQ, 31 mai 1813.

Monseigneur, j'ai rhonneur d'informer Votre Altesse que je me trouve dans un grand embarras pour rexécution de quelques-unes des dispositions renfermées dans votre lettre chifiFrée du 7 mai, notamment pour les diverses arresta^ tions et mises en jugement, tant de ceux qui ont pris du service sous le titre de sénateurs de Hambourg que de ceux qui ont pris parti dans la légion hanséatique.

Il n'existe en ville aucun des principaux habitants; quelques-uns sont au loin, d'autres en Danemark. Les individus qui ont pris parti dans la le(;ion hanséalique sont tous partis avec les Russes ou éloignés et dispersés; d'autres sont aussi en Danemark.

Si rKmpereur tient absolument à la prompte exécution des mesures de sévérité ordonnées contre eux, je prie Votre Altesse de ()rendre les ordres de Sa Majesté j)onr savoir si elle m'autorise à les réclamer olficiellement au (jouvernement danois.

Les orticiers de la lé([ion lianséatique qui jusqu'à ce jour ont été pris sont pres<jue tous étrangers, Prussiens, etc. Je désirerais aussi connaître la conduite à tenir envers ceux de cette légion qui désertent et rentrent d'eux-mêmes.

Uaiiibuur^j» P** juin 1813, lroi:i heures du malin.

Je vous transmets les rapports que je viens de recevoir du général Dumonceau, ainsi qu'une lettre que je vous prie de lui faire par\'enir, où je le préviens que notre correspondance directe doit cesser et qu'il doit recevoir vos oixires exclusivement. Ce général n'occupera qu'aujourd'hui avec une partie de ses troupes Zollenspicker, où je le croyais depuis hier. Il parait que l'ennemi a encore quelques troupes du côté de Geestacht; le général Dumonceau, en marchant avec résolution sur ces troupes, peut les enlever ou les jeter dans l'Elbe. Il faut prescrire au général Dumonceau de faire arrêter les cinq principaux habitants de Bardowick et autant du village le plus près de Bardov^ick, dans la direction de l'endroit où a été assassinée la sentinelle. Ces dix habitants seront mis en prison au fort de Hope, sans communiquer avec qui que ce soit, et recevront une ration de vivres. Il sera déclaré à ces habitants que si, dans le délai de quatre jours, leurs familles n*ont pas remis en notre pouvoir les trois auteurs de l'assassinat, ils tireront au sort, et les trois sur qui le sort tombera seront passés par les armes. II faudra leur tenir parole. Je

VtO CORRESPONDANCE

vous prie de donner ordre au chef de bataillon Vinache de se rendre chez vous pour y recevoir des ordres pour les travaux à faire à Hambourg; pour Tcxécution de ceux de TEmpereur.

Le chef de bataillon Vinache, étant le chef du {jénie de la 32* division militaire, restera à Hambourg; il vous enverra deux officiers du génie pour être mis à votre disposition.

1352. — AU GÉNÉRAL VASDAMME.

Hambourg, l*'juin 1813.

Je reçois votre lettre de ce jour, où vous me faites connaître que vous avez prescrit au général Dumonceau de presser la réunion de sa division à Bergedorf, et où vous me demandez de vous autoriser à envoyer un bataillon de marche de la division de Hambourg à Lunebourg.

Voici, Monsieur le général, les dispositions générales et auxquelles je vous invite à ne rien changer jusqu'à nouvel ordre, ayant mes motifs :

Le général Dumonceau continuera à avoir sur la rive gauche les trois bataillons et la cavalerie aux ordres du général Beurmann, occupant Hope, Drenhausen, Artienbourg, Marschalht, Brackède, Lunebourg et Winsen, et faisant mettre à exécution les instructions qui ont été données pour que le général Beurmann éclaire toute la rive gauche de TEIbe, soit par de petites reconnaissances, soit par des émissaires.

Le reste de la division Dumonceau sera en position à Bergedorf, occupant Zollenspicker et ayant de forts avant-postes en avant de Bergedorf.

Deux bataillons du 152* en échelons entre Bergedorf et Hambourg, et occupant particulièrement les ouvrages avancés faits par Tennemi et situés à un quart de lieue de Hambourg.

L'autre bataillon du 152* à Hambourg, ainsi que ce qui y existe maintenant de la division Du four et de la division dite de Hambourg.

Hamboui^, 3 juin 1813 i.

Comme vous êtes sur le point de vous porter dans le Mecklembourg avec les deux divisions Dufour et Dumonceau, je crois devoir vous donner communication d'un article de la lettre du major g^énéral en date du 7 mai, relatif à la conduite à tenir envers les Suédois ".

Les renseignements que nous avons sur les troupes de cette puissance étant vagues et contradictoires, puisque les unsdisent qu'ils se retirent en Poméranie et les autres qu'ils se portent en avant, il est bon de savoir promptement à quoi s'en tenir.

Je vous invite à envoyer par Lubeck un officier intelligent avec Tordre de s'adresser au premier général suédois venu pour lui demander une explication, et de nous faire connaître positivement si les troupes suédoises sont neutres ou ennemies. Si elles sont neutres, elles doivent rester dans la Poméranie suédoise.

Cet officier aura une instruction basée d'après cette lettre.

Ci-joint l'extrait de celle du major général.

P. S. — Il faut que cette démarche reste inconnue aux habitants et aux Danois.

1 L*£mpercur an major [{énéral. — • <• Gœrlitz, 24 mai 1813. Mon consin, faîtes connaître au prince d'Eckmiihl que je désire qu*au8sitôt qu*il sera entré a Hambourf;, il y reste avec une division de Hambour{;, et la 3', qu'il fera venir de Wesel et qu'il réunira à Bremen et Hambour{;, et qu'il fasse partir de Hambouq; le {général Vandamme, avec les 2* et 5" divisions et Tartillerie nécessaire, dans la direction de Mccklembourj; et de Berlin, afin de couvrir le flanc gaucbe du corps qui est sur Berlin. » (Correspondance de Napoléon, t. XXV, p. 312.)

t Le passage de la lettre du major général, 7 mai, dont il en ici question, portait : « Vous ne commettrez aucun acte d'hostilité contre les Suédois, s'ils restent en Poméranie et déclarent vouloir rester tranquilles. » Cependant ou remarquera qu'il a été parlé plus haut d'une déclaration de guerre à la Suéde, et bien souvent aussi, dans les lettres du maréchal, de la marclie des Suédois -•»ur le bas Ell)e, même de leur présence à Hambourg. Peut-être, au 7 mai, l'Empereur se faisait-il encore illusion sur les dispositions de celui qui avait été maréchal français, et qui allait tourner ses armes contre la France. Bernadotte, jusqu'au dernier moment, avait par le fait tenu une sorte de négociation oarerte à Paris.

Hambourg, 3jiim 1813.

Je viens de recevoir la lettre que Votre Majesté m'a fait rhonneur de m'écrire, le 1" juin, à sept heures du soir, et où elle me fait connattre la marche de Tavant-garde du général Bulow. Il n'est pas vraisemblable que TEmpereur étant sur le haut Oder, l'ennemi s'aventure sur la rive gauche de l'Elbe. Tous les dégâts occasionnés par les partis ennemis n'auraient pas eu lieu si les garnisons de Wittenberg et de Magdebourg s'étaient entendues pour avoir un corps de troupes pour observer l'Elbe entre ces deux places. Au surplus, ces réflexions sont oiseuses et ne remédieront pas au mal.

Votre Majesté me demande quelles sont, en cas de besoin, les forces dont je pourrais disposer, sur quels points je les dirigerais et quelle est ma position vis-à-vis de l'ennemi.

Nous sommes depuis quelques jours maUresde Hambourg. L^ennemi n'a eu que le temps de se sauver; il nous a abandonné aitillerie et munitions, et la place de Hambourg, à laquelle on avait fait travailler avec une très-grande activité. Cette place est non-seulement à l'abri d'un coup de main, mais encore mériterait un siège. Je donnais tous ces détails à Votre Majesté dans une lettre qui m'est revenue, le courrier ayant été inquiété sur sa route par des bruits de partis ennemis.

Maintenant, voici ma position vis-à-vis de l'ennemi; tout le corps de Domberg, qui est peu de chose, surtout pour la qualité, est du côté de Lauenbourg. Celui de Tettenborn, qui a évacué Hambourg, est du côté de Mollen. Les Suédois ont des troupes du côté de Gadebusch ; ils ont occupé Hambourg pendant quelque temps et ont commis des actes d'hostilité; cependant on est assez généralement porté à croire que le prince royal retirera ses troupes du côté de Straisund, si les Danois rejettent les dernières propositions faites par la Suède et l'Angleterre, malgré que des lettres interceptées de Straisund, du 31 mai, annoncent que le prince royal se porte sur l'Elbe. Il y a de l'anarchie en Danemark; des généraux,

contre T intention du Roi, ont commis des actes d'hostilité qui ODt été désavoués par leur souverain ; ils ont été rappelés, et ceux qui les ont remplacés montrent beaucoup de bonne folonté.

Aussitôt que Taffaire des Suédois sera éclaircie, le général Yandamme remontera TElbe avec une trentaine de bataillons. Hambourg sera gardé avec 5 ou 6,000 hommes; La 3" division du !•' corps arrivera ces jours-ci sur le Weser; elle occupera Bremen en force et enverra des détachements à Mindeu et Niem bourg.

Des bâtiments de transport anglais sont ariûvés, il y a deux ou troisjours, à Héligoland, portant la légion allemande qu'on estime à 4 ou 5,000 hommes. La nouvelle est positive ; mais lors du départ d'Angleterre, on n'avait pas connaissance des évéDements qui se sont passés sur le bas Elbe. Cependant cette expédition m^oblige à garder sur le bas Weser la majeure partie de la 3* division, jusqu'à ce que j'aie la certitude qu'elle n'est pas dans ces parages.

Hambourg, 5 juia 1813.

Sire, j*ai l'honneur d'adresser à Votre Majesté des copies de lettres interceptées du comte d'Artois, arrivé à Héligoland

le 3 mai, et une d'un de ses agents, le sieur 9 qui explique

le motif de cette arrivée. Les lettres originales sont dans le paquet ci-joint adressé au duc de Bassano par le consul de Tonningue; c'est lui qui m'a envoyé ces copies.

J'ai transmis au major général des copies de lettres interceptées, en date de Stralsund, le 31 mai. Je joins ici le duplicata de cette dépêche. Les rapports sur les Suédois sont toujours contradictoires. Le général Yandamme a dû envoyer un officier au premier général suédois pour lui demander une explication, afin de savoir s'ils sont neutres ou ennemis. L'instruction de cet officier est basée sur celle du major général, du 7, qui dit de ne commettre aucune hostilité envers les

iU CORHESPONDANCE

Suédois, s'ils rentrent dans la Poméranie et déclarent vouloir demeurer tranquilles.

Il serait imprudent de mettre en mouvement les divisions Dumonceau et Dufour, avant de connajtre les dispositions des Suédois et le résultat des dernières tentatives de négociations faites par les Anglais près le gouvernement danois, attendu que par le départ de ces divisions, la garnison de Hambourg sera réduite à 2,000 hommes.

La 3* division, qui est partie de Wesel pour se porter sur Bremen et Hambourg, n'est composée maintenant que de 7 bataillons. Les autres non-seulement n'étaient pas arrivés à Wesel, mais n'étaient même pas annoncés au général Lema— rois. Sur ces 7 bataillons, je serai obligé d'en laisser 3 ou 4 à Bremen et sur la côte, et ce ne sera que dans huit ou dix jours que les 3 ou 4 bataillons de cette division que je fais venir à Hambourg pourront y être rendus.

Je demande à Votre Majesté d'être autorisé à écrire à notre ambassadeur pour qu'on nous livre tous les réfugiés de Ham^ bourg qui se sont retirés à Altona et dans le Holstein, et par^ ticulièrement les sénateurs. Tant que ces gens pourront restes impunément aux poites de Hambourg, ils entretiendront tou^ jours dans la basse classe de fausses espérances et l'esprit de. sédition. Le désarmement a été effectué, mais beaucoup s'y sont soustraits en envoyant leurs armes, avant notre arrivée ^ en Holstein.

On a trouvé ici, y compris l'artillerie que la marine avai^ laissée, plus de 200 bouches à feu en bon état, beaucoup de projectiles dans l'arsenal de marine, 800,000 cartouches^ presque toutes anglaises, mais on va fondre les balles pour le calibre français. On a trouvé peu de poudre.

Je prie Votre Majesté de vouloir bien donner des oixlre? pour qu'on en envoie une centaine de milliers, afin qu'on puisse armer Hambourg, Haarbourg et les autres forts de la côte dont Votre Majesté a ordonné le rétablissement.

J'ai demandé différentes fois au prince de Neufchàtel des officiel^ du génie et des sapeurs; sans cela les travaux ordonnés par Votre Majesté seront mal faits et avec lenteur. Les tra-

vaux que Fennemi a faits à Hambourg sont très-considërables. Je vais les faire compléter; cette ville pourra alors être considérée comme une place de guerre. On travaille avec activité à mettre en état le fort de Haarbourg.

Lubeck est occupé par un bataillon danois, au nom de Votre Majesté ; les magistrats sont venus me sup|)lier d V envoyer des troupes pour maintenir la populace.

Le partisan Tettenborn a demandé par écrit au général danois si les Danois étaient en guerre contre les Russes. J'adresse à Votre Majesté la copie de la lettre de ce général à ce sujet. Les troupes danoises sont dans un bien mauvais état et peu capables de faire campagne; elles ont leurs 50 bouches à feu mal approvisionnées et presque toutes du calibre de 3.

J'attends la réponse du prince de Neufchàtel, sur Temploi qu'on peut faire des troupes danoises ; on pourrait au moins utiliser leur cavalerie, n'ayant pas plus de 6 à 700 chevaux, doat une partie est employée sur la côte.

Il y a ici une grande quantité de goudron, de bois et autres objets qui pourront être utilisés pour la marine, sauf à en tenir compte ensuite, s'il y a lieu, aux propriétaires.

PRINCE DE NEUFCHATEL, ETC

Hambourg, 7 jiia 1813.

Monseigneur, Son Excellence le ministre de la guerre m'a aanoncé M. le général de brigade Thiebault, pour commander la 3* division du 1" corps qui s'est organisée à Wesel.

D'un autre côté, M. le général de division Loison m'a écrit qu'il venait prendre le commandement de cette division.

Ayant reçu la lettre de ce général avant celle que m'a écrite le ministre de la guerre au sujet du général Thiebault, J ai donné l'ordre au général Loison de ae rendre à Bremen.

Dans cet état de choses. Monseigneur, je prie Votre Altesse Sérénissime de prendre les ordres de l'Empereur. Quoique

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