‹ Correspondance du maréchal Davout, prince d'Eckmühl (volume 2)Chapitre 67 sur 95 · AU DUC D'OTRANTE · texte numérisé non relu

AU DUC D'OTRANTE

28 juiu 1815.

Monsieur le duc, j'envoie à Votre Excellence les nouvelles que j'ai reçues sur l'état des choses et des troupes. Il n'y a |)as de temps à perdre pour adopter la proposition que j'ai faite hier. Nous devons proclamer Louis XYIII, nous devons le prier de faire son entrée dans la capitale, sans les troupes étrangères, qui ne doivent jamais mettre le pied à Paris; Louis XVIll doit régner avec l'appui de la nation.

Pour les autres rapports de la question, je vous renvoie à ce que j'ai dit auparavant. L'avenir inspire mes motifs ; j*ai vaincu mes préjugés, mes idées. La plus irrésistible nécessité et la plus intime conviction m'ont déterminé à croire qu'il n'y a pa.< d'autres moyens de sauver notre patrie *•

' Le 28 juin, le corp8 de Keillc marchait de Villcr^CoCtcrets sur Dammartiii ; le corps de Vandatnme se portait par la Fertc-MHon sur Meaax ; le corps de d'Erlon se hâtait aussi dans sa marche. lis arrivaient tous le 29 S01U Paris.

^ Les événements avaient marché avec une singulière rapidité depais l'abdication de TEmpereur. 11 ne pouvait plu.« être question de Napoléon 11 qoi avait été un instant proclamé dans les Chambres, mais dont le règne n*était plus une combinaison sérieuse qui eût aucune chance d*étre admise. Dans l'état des choses, vu les idées de l'Europe et même les dispositions de quelquesuns des membres de la commission executive, il ne restait plus que Louis XVIII* Le maréchal, qui était tras-combattu intérieurement, mais qui jugeait cette situation violente avec une virile droiture, en était venu lui-même Ik recon-

Dépêche télégraphique, 28 juia 1815, au soir >.

)n ne doit rien céder. Cette demande du général autrichien

contraire aux déclarations des alliés.

l faut défendre le fort TEcluse, le Rhône, la montagne de

re qu'il n'y nvait plus d'autre solution que le retour du Roi, sous certaines ditions toutefois. II avait eu avec le maréchal Oudinot, qui était venu le der, une conversation où il s'était expliqué très-loyalement, en repoussant c hauteur tout ce qui pouvait ressembler h une ouverture au sujet de sa ition personnelle. La veille, 27, dans une réunion du (gouvernement, il it dit le mot de la situation ; il avait déclaré qu'il ne voyait pas d'autre fen que le rappel spontané du Roi, revenant seul et arrèt;int la marche armées alliées. C'est à cette réunion du {gouvernement qu'il fait allusion s la lettre ci-dessus, à laquelle le duc d'Otrante, président de la commis- I executive, répond par la sin{;ulière lettre qui suit :

( 28 juin. ...Je suis persuadé comme vous, Monsieur le maréchal, qu'il nous reste rien de mieux a faire que de traiter promptement d'un armistice; is il faut savoir ce que veut l'ennemi. Une conduite mal calculée produitrois maux : 1° d'avoir reconnu Louis XVIII avant tout en{;agement de wrt; 2° de n'être pas moins forcé de recevoir l'ennemi dans Paris; 3** de btenir aucunes conditions de Louis XVI IL Je prends sur moi de vous oriser h envoyer aux avant-postes de l'ennemi et a conclure un armistice, ant tous les sacrifices qui sont compatibles avec nos devoirs et notre aité. Il vaudrait mieux céder des places fortes que de sacrifier Paris. » *our peu qu'on rej^arde de près cet obscur et difficile point d'histoire qnî a souvent l'objet de si vives discussions, on voit ce fait bizarre : Fouché, qui t le plus en{;a{;é dans toutes les menées pour la restauration, qui allait être listre de la police du Roi, était celui qui paraissait faire le plus de diffités, tandis que le prince d'Eckmuhl, qui n'hésitait pas à avouer qu'il avait il se vaincre lui-même, allait droit au but. Au fond, ce que Fouché ponrsuit a travers mille intri{;ucs, en s'enveloppant de sa diplomatie équivoque, maréchal l'admettait comme une nécessité, uniquement par une considéion supérieure d'intérêt national. Quelque décision qu'on prit d'ailleurs, >i qu'il arrivât, il entendait remplir jusqu'au bout ses devoirs de soldat; il cptait toutes les responsabilités du chef militaire, et dans une réunion noule du (*ouverncmeiit, qui avait lieu pour décider ce qu'il y avait à fair^ nme Fouché lui demandait, d'une façon captieuse, s'il se croyait en mesure défendre Paris, s'il était sûr de la victoire, il répondait fièrement qu'il était ft h livrer bataille, qu'il répondait du succès s'il n'était pas tué dans les IX premières heures. Et de fait, il établissait en ce moment son quartier léral à la Villette; avec ce qu'il avait, avec ce qui arrivait de l'armée Nord, des corps de Vandammc, d'Erlon, du reste de l'armée, il disposait soixante-treize mille hommes avec lesquels il restait prêt k combattre. ■ Pendant que le grand duel s'enjjageait et se dénouait an nord, sur la ntière belge, la guerre avait aussi commencé, sur la frontière des Alpes,

5S0 correspo5da:ice

l'Épine et des Échelles. Il £aut détruire le chemin du mont da Chat. Grenoble doit se défendre. C^est la seule manière coq- ▼enable de ga<pier du temps; c'est nous sauver, car. Napoléon n'étant plus rien, ce sera prouver au monde et à la France que l'on veut détruire notre patrie.

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