‹ Correspondance du maréchal Davout, prince d'Eckmühl (volume 2)Chapitre 73 sur 95 · AU PRINCE D'ESSLING · texte numérisé non relu

AU PRINCE D'ESSLING

Paris, 4 juillet 1815.

Les circonstances obligent Tarmée à quitter ses retranchements, pour ne pas exposer la capitale aux désordres qui i>uivent la prise d^une ville. Elle part ce soir. La sûreté de la ville de Paris reste entièrement confiée à la garde nationale.

Il est important que les gardes aux barrières soientdoublées, et qu'on ne laisse rentrer aucun militaire dans Paris. Il est très-impoitant qu'elles redoublent de surveillance pour que de légers partis ennemis ne s'introduisent pas la nuit dans la ville, et avant que les magistrats aient le temps de régler l'entrée des alliés *.

et Blûchcr, hrâlant d'impatience, devançant les An{;lais de deux marclies, passait la Seine du côté de Saint-Germain pour tourner Paris par Versailles pt la rive {;auche. A cette nouvelle, le maréclial, qui avait depuis quelques joui*s son quartier {général à la Villette, se transportait sur la rive f^auclie, à Montrou{;c, ne laissant sur la rive droite que ce qui était indispensable, et emmenant avec lui une grande partie de l'armée, surtout le corps de Vandamme, le plus inuct. In cavalerie d'Exelmans, de Pire. Il était sui^out pnH)ccupé du mouvement de Bluchcr, et il se tenait pr^t au combat. Il donnait l^ordre à Exelmans de se porter avec une division de dragons au-devant des Prussiens, régiments de Brandebouii; et de Poméranie, qui avaient déj^ dépassé Versailles, tandis que Pire, avec une autre colonne du 6" de hussards, du 1*' et 6' de chasseurs, et un bataillon d'infanterie, devait se porter sur VilIc-d'Avray et Rocquencourt : ce qui fut exécuté. Le 2 juillet, Exelmans battait complètement les Prussiens, et Pire, les recevant dans leur retraite mr Saint-Germain, achevait la déroute. Le soir même, Bliicher, furieux, fallait reprendre une attique violente sur le pont de Sèvres et sur les hauteurs l'Issy : les Prus.^iens étaient également repoussés par le général Vichery, qui fut blessé dans l'action. C'était le dernier acte de la guerre, et c'était un luccès, — qui malheureusement ne pouvait avoir rien de décisif.

> Apres bien des tiraillements, des démarches et des négociations se croisant en tous sens, il avait fallu en finir; on ne pouvait se soustraire à la nécessité. Une dernière tentative auprès des généraux alliés aboutissait à une convention d'armistice signée à Saint-CIoud, le soir du 3 juillet. C'était un icte tout militaire, au moins en apparence. Etaient présents et signataires pour la France : M. Bignon, ayant le portefeuille des affaires étrangères, le vénérai Guilleminot, chef d'état-major général de l'armée, M. de Bondy, préfet de la Seine; — pour les alliés : le baron de MiifHing, muni des pleins pouvoirs du maréchal Blucher, le colonel Hervey, muni des pleins pouvoirs lu duc de Wellington. — L'article l**" portait suspension d'armes entre les irmées alliées et l'armée française sous Paris, commandée par le prince

Quant aux tirailleurs de la garde nationale, employés dans les retranchements, on ne peut les armer, puisqu'ils ont femme et enfants ; en conséquence, ils sont remis h votre disposition, soit pour rentrer dans la garde nationale, soit pour être licenciés.

rrEckmiili]. Par les articles 2 et suivants, l'armée frani^aise deraît avoir évacn/' Paris sons trois jours et s'être retirée «derrière la Loire dans les huit jours*. Elle emportait son matériel, son artillerie de campagne, ses caisses militair», effets de régiments, etc. Par l'article 8, les armées alliées devaient occuper, le 4 juillet, Saint-Denis, Saint-Ouen, Clichy etNeuilly; le 5, Montmartre; le 6, toutes les barrières. Le service intérieure de la ville de Paris devait être fait par la garde nationale et par la gendarmerie.

La convention du 3 juillet, sans paraître toucher aux questions de gouvernement, avait implicitement, cela va de soi, une portée politique. Par l'article 10, les chefs des armées alliées s'engageaient à respecter et à faire rci^pccter « les autorités actuelles aussi longtemps qu elles existeraient », --ce qui n'était pas beaucoup s'engager. L'article le plus importa ht par les interprétations contradictoires dont il allait être l'objet, quoiqu'il fût cependant assez clair, était l'article 12, qui fut invoqué plus tard par les^ défenseurs du maréchal Ney, et qui portait : « Les personnes et propriétés individuelles seront également respectées. Les habitants, et en général tous les indiridon qui seront dans la ville, continueront de jouir de leurs droits et libertés, sans être recherchésy soit en raison des emplois quils occupent ou ont occupés^ ou de leur conduite ou opinions politiques. • En définitive, c'était le commencement de la fin et le préliminaire de la rentrée du roi Louis XVIII, qui allait arriver à Paris le 8 juillet.

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