‹ Correspondance du maréchal Davout, prince d'Eckmühl (volume 2)Chapitre 80 sur 95 · IV · texte numérisé non relu

IV

exaltes sont indignés; bientôt il n^y aura plus qu^un seul sentiment : la haine des étrangers ; et qu^un vœu : leur expulsion de notre pays. L'armée vient de Eaire prés du Roi une démarche prescrite par Tamour de la patrie et par Thonneur; elle loi a adressé sa soumission sous la condition qu'aucun Français ne sera proscrit et qu'elle restera sur le pied où elle est tant que les étrangers resteront en France.

Orléans, 11 juillet 1815.

Je vous ai déjà annoncé qu'après avoir rallié sous Paris les difiFérents corps d'armée qui avaient passé la Sambre, après la perte de la bataille de Mont-Saint-Jean, j'avais présenté la bataille à l'ennemi qui avait passé sur la rive gauche et qui ne prétendait à rien moins qu'à désarmer toute l'armée en occupant Paris.

La commission de gouvernement a envoyé des plénipotentiaires pour traiter d'une convention que vous devez avoir reçue. Dès notre départ de Paris pour arriver sur la Loire, j'envoyai les généraux Gérard et Haxo pour recevoir Ie$ instructions de la commission de gouvernement pour la conduite que nous avions à tenir. Ces généraux trouvèrent, à leur arrivée, la commission dissoute et les deux Chambres fermées. Ils me représentèrent que l'ennemi ne parlait que de démembrer la France, et que le seul moyen de sauver la patrie était de se rallier franchement au gouvernement du Roi, et qu'il fallait de nouveaux pleins pouvoirs pour traiter au nom de l'armée. — Je fis réunir tous les généraux, colonels et majors des corps d'armée des généraux Gérard et Vandamme, et des corps de cavalerie commandés par le comte de Valmy, et il fut résolu qu'on donnerait des pleins pouvoirs à MM. les généraux Gérard, de Valmy et Haxo, pour ofFrh-, au nom de l'armée, une soumission franche et loyale au Roi, sous la condition que personne dans l'armée ni dans le civil ne pourrait

être proscrit ni recherché pour tout ce qui s*est passé, que les individus de Tarmée seraient conservés dans leurs grades et emplois jusqu'au départ des étrangers de France.

J'ai reçu aujourd'hui des lettres de ces trois généraux qui m'annoncent qu'après en avoir conféré avec le duc d'Otrante. ministre de la police, et le maréchal Gouvion Saint-Cyr, ministre de la guerre, on est convenu de faire au Roi une adresse de soumission au nom de l'armée, que le Roi donnerait en échange unedé claration dans le sens des demandes faites.

Voilà où nous en sommes; je vous engage, de mon côté, à suivre la même ligne de conduite, qui me parait être celle de l'honneur, d'un vrai Français, et le seul moyen qui nous reste de ne pas être factieux, en faisant tout ce qui dépend de nous pour sauver notre malheureuse patrie.

Orléans, 11 juillet 1815.

Je reçois votre dépêche du 10 juillet, à onze heures du tnatin. Le général Lorcet a agi légèrement, puisque enfin ce n'est pas sur une dépêche télégraphique, qui n'est émanée d'aucune autorité, que l'on prend des mesures pareilles; mais il est justifié s'il a évité par là l'efiFusion du sang français. Vous trouverez ci-joint. Monsieur le général, une circulaire dont je vous adresse plusieurs exemplaires, pour vous faire connaître notre situation actuelle. Je suppose que demain tout sera réglé, c'est-à-dire que nous nous serons ralliés franchement au gouvernement, le gouvernement à nous. Dans mon àme et conscience, je pense qu'il n'y a pas d'autre moyen de salut pour notre malheureuse patrie. — Sous peu de jours, si les troupes étrangères, et particulièrement les Prussiens, continuent à tenir la même conduite, ce qu'on appelait royalistes les plus effrénés Sera, autant que nous, ennemi des étrangers.

L'arrogance des Prussiens est poussée au dernier point; ils i*avagent les malheureuses campagnes. A Paris même, ils ont déjà commis beaucoup d'excès. Si cela continuait, il serait du

devoir de Tarmée d'en tirer vengeance. J'ai ramené prés de 500 bouches à feu , dont beaucoup attelées, et une grande quantité d'approvisionnements. Nous avons fait quelque perte par désertion, mais j'espère que beaucoup rentreront, et, dans peu de temps, l'armée n'en sera pas moins redoutable, parce qu'on va mettre le temps à profit pour la réorganiser. Pour la renforcer le plus possible, il faut la rapprocher de nous. Établissez tout votre corps d'armée entre Tours et Saumur, et laissez à Nantes tout ce qui y est nécessaire pour y mamtenir la tranquillité. Un grand moyen sera de bien éclairer les habitants de toutes les opinions sur la situation des choses. Je désirerais que vous eussiez une entrevue avec MM. de Larochejaquelein, Sapinaud, et autres chefs qui ont dernièrement montré un si bon esprit. Ils le montreront d'autant mieux encore, qu'ils auront la certitude que nous marchons tous sous les mêmes drapeaux, ceux du Roi et de la patrie. Demandez-leur leur parole d'honneur qu'ils emploieront toute leur influence ù maintenir la tranquillité non-seulement dans leur pays, mais dans les pays environnants , en empêchant toute réaction. Ou ne peut se dissimuler qu'il y a de très-grands projets de démembrer notre malheureuse patrie, et ce n^est que par notre union et notre réunion franche au gouvernement que nous pourrons éviter cette calamité. Si MM. de Larochejaquelein et Sapinaud le peuvent, engagez-les à me venir trouver. Nos conférences seront tout à fait dans Tintérét du souveraine! de la patrie.

Je connaîtrai vraisemblablement demain le résultat de la mission des commissaires que nous avons près du gouvernement; mais je vous invite à commencer le mouvement de votre tête de colonne sur Tours.

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