‹ Correspondance du maréchal Davout, prince d'EckmühlChapitre 10 sur 99 · II · texte numérisé non relu

II

beaucoup de militaires accusaient, peut-être injustement, de plusieurs trahisons, reçut le poste de confiance de ministre de la guerre.

On ne peut parler du vieux maréchal Malachowski qu'avec le respect dû à une vertu éprouvée et à un beau caractère; mais ce reste d'un homme qui joua un rôle très-convenable tant qu'il fut dirigé par Kollontay, n'était plus ce qu'il fallait dans un temps de crise, où les résolutions demandaient promf)titude et détermination...

{Suivent des détails tout personnels et d'un ordre privé sur quelques autres hommes du gouvernement.)

...Tels ont été les éléments combinés pour pai-alyser le mouvement que l'entrée de la grande armée en Pologne v avait produit. Un M. B..., ancien secrétaire du prince Jablonowski à la même époque que M. de Breza..., et qui, ayant depuis passé en France, y a fait un mariage qui lui a donné de la consistance, ne pai*ait pas avoir été étranger aux nomi-^ nations qui furent faites à l'époque dont je viens de parler. M B... avait été appelé de Paris; absent depuis longtemps de sa patrie, il y avait perdu la plupart de ses connais-sances; la maison du prince Poniatowski lui fut ouverte, on l'y cajola avec adresse, et on s'en servit habilement pour faire passer des renseignements que l'on ne pouvait présenter soi-même. On peut donner comme certain que taudi.^ qu'il était employé par les ministres de Sa Majesté pour obtenir des informations, il n'était en réalité que l'écho de lu coterie qui s'en était emparé. Madame de Vauban, émigrée, fort intrigante, a tiré un bon parti de ce ressort.

Les effets de cette organisation ont été tels qu'on pouvait s'y attendre. Pendant huit mois d'administration rien n'a été constitué. Aucune mesure propre à soutenir le courage de la nation, à rallier les partis, n'a été adoptée ; des exactions sans nombre ont été commises. Les places ont été données ou ^ l'encan, ou par des vues d'esprit de parti; on n'a contenté ni les Polonais dont on a refroidi l'enthousiasme par tous les moyens possibles, ni les Français qu'on a affecté de traiter comme de=^ oppresseurs et dont on a entravé les opérations.

Ce ne sont pas les minis(res de Sa Majesté qui ont pu s'apercevoir de ces effets; ils étaient entourés de personnes qui les dissimulaient et couvraient leurs sourdes menées par les protestations les plus solennelles de dévouement et d'enthousiasme. Parlant au nom de l'Empereur, les ministres n'ont jamais éprouvé la plus petite contradiction, au moins apparente. Mais si l'on consultait ceux qui ont été à portée de suivre l'exécution de ces mêmes ordres, qui ont dû répondre à toutes les chicanes, aux petites difficultés adroitement créées pour mettre des arrêts dans les rouages, ceux-là diront que jamais il n'a existé de bonne foi dans le gouvernement que Sa Majesté avait créé, que ses volontés ont été paralysées dans leur exécution, autant qu'on a pu le faire sans éclat; que ses vues bienfaisantes sur l'abolition du servage ont été déniées, que tout a été mis en usage pour dégoûter les donataires des biens distribués par Sa Majesté et pour faire considérer cette mesure comme odieuse à tous les Polonais.

L'influence de ce système est bien loin d'être afFaiblie par l'intervention du roi de Saxe dans le gouvernement du pays. Confirmé dans son ministère et avant accès dans le conseil des ministres, le prince Joseph Poniatowski devient maître de l'armée. Il profitera de son influence pour placer ses créatures dans tous les postes importants. Ce ne sera plus une force nationale, mais les soldats d'un parti, et, j'ose le répéter, ce parti n'est pas celui de la France.

M. de Breza, dans sa place de ministre secrétaire d'htat, servira la faction des R..., dont il est l'ouvrage, et éloignera avec autant de soin les Polonais prononcés pour la France, que le prince Joseph écartera les anciens militaires des légions.

Le reste du conseil des ministres est d'une composition ?i pitoyable qu'il est difficile d'en parler autrement qu'en "éplorant l'esprit qui a dirigé de pareils choix...

...La vocation de ce conseil est d'être mené par le prince Poniatowski et M. de Breza...

Tout se fait par de petites menées. On assure que les gîtes ^ù le roi de Saxe s'arrêtera en venant ici sont déterminés de lanière qu'il doit être reçu dans un château de M. R..., ce

Polonais vendu à la Russie, qui a fui à notre approche. On veut lui ménager par là une occasion de rentrer en grâce, et c'est M. de Breza qui est l'auteur de ce projet.

On assure que lorsque la commission du gouvernement s'est rendue à Dresde, M. B... a reçu d'elle six mille ducats, qu'il a été chargé de distribuer dans les bureaux de M. le prince de Bénévent. Il est rare que des sommes destinées à ces emplois obscurs aillent à leur adresse; mais peut-être le fait n'cst-il pas vrai.

En résumé, les choses sont organisées de manière à donner à nos ennemis une prépondérance marquée dans ce pays, à le laisser dans un état complet d'anarchie, à dégoûter tous nos amis. Le gouvernement n'y sera point national, comme l'Empereur doit le désirer; il ne fera point de tentative pour créer une nation qui oppose une barrière aux Russes, et il est évident que si nous avions une nouvelle guerre et que les troupes françaises fussent éloignées du duché de Varsovie, ce territoire serait livré à l'ennemi sans coup férir par les chefs mêmes du gouvernement.

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