NOTE TRANSMISE
9 octobre 1807 *.
11 existe en Pologne deux partis bien prononcés qui divisent toute la nation.
* L'Empereur au maréclinl Davout. — « Fontainebleau, 22 octobre 1807. Mon coudin, je recrois vos lettres du 5 octobre. Le mémoire que vous
L^un est composé de la majorité de la grande noblesse et de ses créatures. Ce sont les hommes qui ont perdu leur pays par leurs divisions, qui, dépourvus d'un véritable sentiment de patriotisme, se sont toujours vendus sans pudeur à celle des puissances voisines qui a jugé de son intérêt de les acheter. Ces hommes légers, corrompus, entichés de leurs privilèges, amis du faste, protecteurs de la féodalité et du servage , qu'ils regardent comme la base de leur considération et de leur fortune; ces hommes, dis-je, ne sont ni les amis de lEmpereur, ni les partisans de la France. Opposés aux Prussiens qui les éloignaient des places et avaient établi pour les paysans une sauvegarde légale, ils ont vu également avec aversion le gouvernement de la maison d'Autriche qui les a teaus dans une sorte d'abaissement. La Russie seule s'est conciliée leur affection, parce que la Russie a rafFermi les institutions féodales et qu'elle leur a accordé ces prérogatives dont ils sont si jaloux.
Ces familles puissantes sont en garde contre toutes les innovations qui tendront à diminuer leur influence. La constitution de 1791 n'a point été leur ouvrage; elle fut le pro-
n'envoyez sur Tesprit de la Pologne est sanH doute de Zayoncheck ou de IQelqa'an de son parti : c'est ce qu'on n'a cessé de me répeter quand Ktûs en Pologne, c'est ce que les liommes chauds disent dans tous les pays. Si TOUS 6tez de la Pologne les principales familles qu'on appelle oligarques, 'c parti qui 8*est attache aux Russes après les événements passés, il est clair Hu'il ne restera plus personne; mais tout cela ne marche pas ainsi. J'ai vu tOQ9 ces Polonais des grandes familles, que l'on veut calomnier, être juste- ^^t ceux qui se sont prononcés davantage, et il n'est pas rare de les retroQver dans les troupes polonaises. Kollontay, au lieu de venir joindre a ^Vàovie, est resté en Russie et s'est fait mettre en prison. Il ne peut donc P'<u être question de lui. Les circonstances ont été dures, je n'ai pas eu à ■ne plaindre de la commission de Varsovie; elle a fait ce qu'elle a pu. Je u ai pas eu à me plaindre du prince Poniatowski, du comte Stanislas Potocki ; liront fait ce qu'ils ont pu. Mon intention est donc que vous ne prêtiez poii^t Toreille à ces insinuations de partis, et que vous vous mettiez bien avec '^ goaTernement de la Saxe; laissez-le faire. Il est naturel que ces hommes <*ésirent ne plus avoir de troupes françaises chez eux. Je désire plus qu'eux 1^- retirer, et du moment que les affaires de Prusse seront finies et que les "><woi auront pris un pli, je les retirerai. C'est ainsi que vous devez vous en npliqner. Le roi de Saxe est un homme de sens ; faites tout ce qui est pos- *il>lc pour lui être agréable. « (Correspondance de Napoléon y t. XVI, P- 110.111.)
uit de cette effervescence que la Révolution française avait répandue dans toute TEurope, et si elles se mêlèrent alors d'un mouvement dont elles ne pouvaient empêcher Tessor, ce fut afin d'en régler le cours.
L'oligarchie constitutionnelle est le rêve Éavori de ce petit nombre de familles patriciennes. Le secours de la France leur a été agréable tant qu'il n'a comporté aucun sacrifice et qu'il leur a été permis d'espérer qu'elles seraient délivrées de la présence de nos armées, dés que la conquête serait achevée. Elles voulaient notre assistance pour recouvrer leur influence despotique, mais jamais elles ne nous ont aimé.
Divisées entre elles-mêmes par des rivalités implacables, elles ne trouvent de centre d'union que dans la ferme volonté de tenir la petite noblesse et les paysans sous le joug.
Des intelligences dans plusieurs cours, des correspondances actives, des intrigues conduites par des femmes : tels sont les movens employés par cette classe, sur laquelle on ne doit faire aucun fonds, et qui trahira la France à la première occasion.
L'autre parti se compose de quelques nobles de la première volée, qui sont éclairés sur les vrais intérêts de leur pays, qui veulent marcher avec leur siècle, et qui sentent que, n'ayant rien à craindre de la France, ils ont tout à espérer de son appui. La petite noblesse qui n'a rien à perdre aux changements et qui ne peut qu'y gagner de la considération et des biens, le bourgeois qui attend tout des principes français et rien de la générosité des patriciens, forment la masse de cet autre parti : il ne manque pas d'hommes entreprenants et éclairés. On n'aurait à se méfier que de son exaltation. Cette classe est le seul instrument qui puisse servir aux desseins de la France. Elle tend à former un peuple. Ses intérêts sont d'accord avec les nôtres. C'est elle qui dans la dernière révolution s'est prononcée avec courage; c'est elle qui a peuplé l'armée française en Italie de bons et braves soldats; c'est chez elle que l'armée, pendant son séjour en Pologne, a trouvé des secours que les grandes maisons n'ont livrés qu'avec répugnance et ont refusés toutes les fois qu'elles ont pu le faire sans se compromettre. Aujourd'hui, l'armée
polonaise n'est composée que de cette classe moyenne, qui est un vrai foyer d'énergie.
C'est entre ces deux partis que la politique de la France a à choisir; ce choix ne peut être douteux. On a Texpérience de la mauvaise foi et de la duplicité des uns. Leur position seule indique la route qu'ils doivent suivre. Les autres, au contraire, nous ont toujours désirés, appelés, défendus. C'est en flattant l'ambition des grands que la France a toujours échoué dans les entreprises qu'elle a faites en Pologne, pour y former un peuple qui ait de l'esprit national, dont les institutions soient en harmonie avec les nôtres. Tel est l'intérêt de la France, et ce but ne sera point atteint, si un petit nombre de bimilles, ou plutôt une espèce de coterie, est chargée de concourir à l'exécution de ce plan.
Au moment de l'entrée de Sa Majesté en Pologne, les grands ont été vivement alarmés; ils voyaient autour de la personne de l'Empereur des généraux polonais, qui avaient suivi le sort de la France, quelques autres hommes poursuivis par les puissances copartageantes et devenus Français par inclination et par intérêt. Ces hommes pouvaient influer sur le choix que Sa Majesté avait à faire pour organiser un gouvernement provisoire. Les personnages qui, en 1794, avaient montré aux Russes et aux Prussiens le plus de courage, pouvaient être appelés aux principales fonctions, et alors c'en était fait de la prépondérance des patriciens. Le moment était décisif. Aussi dès que l'Empereur fut arrivé à Varsovie, on s'empressa de représenter comme des hommes dangereux les Ignace Potocki, les Kollontay et tous ceux qui avaient voulu, dans la dernière révolution, afiFranchir les paysans et sauver la Pologne par des mesures fatales à quelques individus, mais qui eussent peut-être préservé le corps politique.
En revanche, le prince Joseph Poniatowski, homme douteux, léger par caractère, conduit par des femmes qui n'aiment pas la France, porteur d'un nom odieux aux vrais Polonais, ^t mis sur les rangs. On dissimula, et l'adresse avec laquelle U avait échappé aux persécutions des ennemis de sa patrie, et les récompenses qu'il avait reçues d'eux, — et ce général, que