SUR LA RUSSIE ET LA GALICIE
L'empereur de Russie est parti de Pétersbourg pour visite*" les camps de Witepsk, Kobryn, Brzcck, Bialystock et Grodno r cette nouvelle vient de différentes sources, elle me parait vraie .
Les Russes ont 1 1 régiments, tant infanterie que cavalerie , près de Kobryn.
7 régiments sont campés à Brzeck.
2 régiments d'infanterie légère qui étaient à Borki ont dû se mettre en marche le 2 pour se rendre à Grodno, où il y ^ 2 autres régiments.
Il y a 2 régiments de ligne à Bialystock.
2 régiments de Cosaques sont répartis sur la frontière du nouveau territoire cédé à la Russie; à Kobryn, il y a 2 régi-' Dients de dragons.
Chaque régiment d'in&nterie est composé de 3 bataillons et a 6 pièces de canon.
Indépendamment de ces troupes, il y a aux environs de Bialystock 6,000 hommes de milices qui n'ont que des piques pour toute arme. Ces hommes, dont un grand nombre sont très-égés, désertent dans Tintérieur par centaines.
On assure que le corps commandé par le général Essen est attendu à Bialystock, où Ton forme des magasins.
Ce sont encore les autorités prussiennes qui sont en place à Bialystock. J'en ai la preuve par une lettre du 30 septembre que j'ai reçue de la chambre administrative de ce département. Il paraîtrait que les Autrichiens se seraient renforcés du côté de Cracovie. Ils sont toujours sur le pied de guerre.
On croit s'apercevoir depuis une quinzaine que beaucoup de leurs espions et agents se remuent ici. Ils ont publié qu'on allait donner à la Galicie des états. Ils ont fait insérer dans les gazettes de fausses nouvelles d'amnistie; au surplus, il nV a pas Tombre de police civile, et il y aurait de Tinconvénient à prendre en temps de paix des mesures de sévérité qui donnent lieu à des notes et à des réclamations. Pour la Prusse, ce n'est pas la peine d'en parler. Un officier français a été envoyé à Kaminieck; il apportera certainement des nouvelles.
m. ^ AU MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE
PRINCE DE NEUFCHATEL, ETC
Varsovie, 9 octobre 1807.
J ai rhonneur d'adresser à Votre Altesse copie de plusieurs pïeces relatives à deux militaires du 3* corps d'armée, susceptibles d'être traduits devant un conseil de guerre.
L'un des deux, soldat au 17' de ligne, membre de la Légion d'honneur, se trouve compromis dans cette affaire.
Les lois sur l'institution de la Légion d'honneur s'oppo- ^nt à ce qu'aucun membre puisse être mis en jugement ^**ns une autorisation du grand Conseil, j'ai l'honneur de
prier Votre Altesse de vouloir bien prendre à Tégard de ce militaire les ordres de Sa Majesté. Jusqu^à Tarrivée de la décision que je sollicite de Votre Altesse, ledit militaire restera en détention avec le second prévenu pour la même affaire.
PRINCE DE NEUFCHATEL, ETC
Varsovie, 20 octobre 1S07.
Par ma lettre du 2 de ce mois, en rendant compte à Votre Altesse de Tétat de dénùment dans lequel se trouvait le J" régiment de hussards polonais au service de Sa Majesté, j'ai eu riionneur de lui faire connaître que j*avais donné l'ordre au général Rozniecki, inspecteur général de la cavalerie polonaise, de passer une revue de rigueur de ce corps, afin de pouvoir présenter un travail complet sous les rapports de la formation et de l'administration.
Je joins ici le résultat de la revue du général Rozniecki.
Votre Altesse reconnaîtra qu'au 10 de ce mois, jour delà revue, ce régiment était fort de 592 hommes, officiers compris , et de 217 chevaux, dont 132 de troupe et 85 d'officiers.
L'espèce d'hommes étant généralement belle et bien dis^ posée, il y a avantage à faire compléter la remonte, l'habille— ment, l'équipement et l'armement de ce corps, ainsi que d'assurer l'état des officiers par des brevets, attendu que leurs nominations se sont ressenties jusqu'à ce jour de l'arbitraire des colonels qui se sont succédé; quoiqu'il se trouve une assez grande quantité d'officiers surnuméraires, il en restera en définitif un très-petit nombre à placer, vu que la plupart d'entre eux demandent à se retirer et qu'il en est de même de quelques-uns des officiers en activité, ce qui permettra de rendre titulaires ceux d'entre les surnuméi*aires qui méritent de l'emploi.
L'administration de ce régiment pèche par le manque d'uï» major et des adjudants sous-officiers fermes et connaissant
leur besogne; le général inspecteur propose des sujets en état de remplir ces emplois. '
Comme il n'y a à peine qu'un escadron qui soit habillé et botté, que le régiment n'a aucune masse ni fonds en caisse, j'ai cru devoir faire délivrer 400 capotes et autant de paires de souliers, pour couvrir et chausser les hommes qui sont à bien dire nus, et qu'on ne peut laisser en cet état dans une saison aussi avancée.
Je prie Votre Altesse de prendre en considération le travail (l'inspection que j'ai l'honneur de lui soumettre, et de me transmettre ses ordres à ce sujet.
m, — AU MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE
PRINCE DE NEUFCIIATEL, ETC
Varsovie, 21 ortobrc 1807.
J'ai reçu la lettre que Votre Altesse m'a fait l'honneur de m'écrire, le 20 septembre, ainsi que la note qui y était jointe, relative aux domaines donnés par Sa Majesté, dans ce pays. J'ai communiqué ces deux pièces à M. le résident : je joins »n copie de la réponse que lui a faite le conseil des ministres !^urla communication qui lui a été donnée de la note.
Les donations faites par Sa Majesté ont toujours été ici un prétexte de bavardage. Depuis quelque temps ils ont été poussés très-loin dans certaines sociétés, où au reste on ne j^'est jamais piqué d'être attaché aux Français. J'ai fait insérer dans les journaux du pays l'article ci-joint, qui a été utile pour les personnes de bonne foi, et qui a intimidé les autres. Le ministre de la justice a voulu s'opposer à cette insertion, et il a écrit au rédacteur le billet ci-joint. Je l'ai fait venir, et j ai acquis une nouvelle preuve qu'il fallait mener ces gens-là un peu vertement. Il m'a avoué qu'il n'avait agi que par ordre, et qu'il était du nombre de ceux qui intérieurement blâmaient la marche adoptée de tout entraver. On a voulu exiger de lui une plainte portant qu'il avait été forcé à laisser insérer l'article; il y consentit, sous la condition qu'on y énoncerait
qu'elle avait été faite sur leur demande; ils n'ont pas osé accepter cette proposition. Enfin il parait qu*on a mis le doig^t sur la plaie, car ils crient beaucoup.
Certainement il n*y a rien là que du ridicule. La bonne discipline des troupes, la bonne harmonie qui existe entre les chefs ne permet pas d'attacher une grande importance à ces commérages : le temps où ils avaient ici une grande influence est passé.
Varsovie, }] octobre 1807.
Sire, j'ai informé Votre Majesté que l'arrivée de M. de Schonfeld n'avait rien changé à Tétat provisoire, qui continue toujours à faire du mal. Il paraîtrait qu'on voudrait attendre, pour mettre la constitution à exécution, notre départ*. Je n'en sais pas assez pour présenter à Votre Majesté cette idée comme une certitude; cependant elle n'est pas toute conjecture. Si cela arrive, il est certain que tous les ennemis de la France occuperont les places.
Le meneur est derrière le rideau; c'est M. R..., connu sous le nom du maréchal R... Votre Majesté aura pu voir, par ma lettre du 8 octobre, que M. de Breza avait arrangé le voyage du roi de Saxe de manière qu'il couchât deux fois dans les terres de M. R... : l'arrivée de celui-ci à Varsovie était annoncée avec celle du Roi.
* Par la conventloo signée à Dreade entre TEmpereur et le roi de Saxe, le 22 juillet, il était dit que trente mille Français deraient rester dan« le dacli^ de Varsovie jusqu'à ce que le nouveau gouvernement fût pleinement établi et Tarmée polonaise organisée ; que la solde de ces trente mille hommes resterait à la charge de la France. L'article IX de la convention ajoutait '• m Les deux hautes parties contractantes s'entendront sur Tépoque où ce^i trente mille hommes de troupes françaises pourront quitter le duché àe Varsovie; mais il est d'avance convenu que si elles ne l'ont pas quitté ao l»' de novembre, elles y passeront l'hiver... « C'est cette dernière éventualité qui allait se réaliser. Le départ des Français de Varsovie n*était pas ^^ prochain, d*autant plus que l'évacuation de la Prusse souffrait elle^m^me àei retards, et l'on va voir un peu plus loin les dispositions nouvelles prises pir l'Empereur pour les emplacements des divers corps de la grande armée f^ .\llemagne pendant l'hiver de 1807-1808.
Cet homme, dont il est inutile de rappeler ici les intrigues, est bien connu pour avoir eu dans tous les temps un système opposé aux intérêts de la France, et il est réellement en horreur à tout ce qu'il y a ici de bons Polonais. Il a quitté Varsovie à l'époque de notre entrée, et il s'est réfugié en Galicie.
Il n'a cessé d'influencer le gouvernement par le moyen de ses agents, parmi lesquels on peut compter M. de Breza, maintenant secrétaire d'État, dont il a fait la fortune, et MM. D... et B...
Il a été reconnu, et je puis assurer le fait, que ces messieurs allaient recevoir régulièrement les ordres sur ce qu'ils devaient foire, chez un agent de M. R...
Il est bon de prévenir Votre Majesté que M. B... a du mettre en avant tous les personnages portés par M. R... Sa correspondance avec les intrigants de ce pays pourrait donner beaucoup de lumières.
Pour achever de peindre le meneur et donner une preuve que ses sentiments actuels sont toujours ce qu'ils étaient autrefois, je joins copie d'une lettre du général Kohler qui lui était adressée et qui renfermait copie d'une autre, écrite parle roi de Prusse à ce général. L'une et l'autre n'ont pas besoin de commentaires. Elles viennent d'être interceptées. On éloigne des places tous les Polonais que l'on sait être attachés aux Français. On ne néglige rien pour tromper le roi de Saxe sur ses véritables intérêts.
Depuis quelque temps, on agissait assez ouvertement. Le chef de l'état-major du ministre de la guerre a déclaré à un officier polonais, qui venait d'être placé par mes ordres auprès du commandant de la place, que s'il acceptait, il serait rayé du tableau de l'armée polonaise, immédiatement après notre départ. Ce propos a été tenu devant beaucoup de personnes. La conduite du prince me parait toujours inexplicable. Il proteste sur son honneur qu'il ne voit de salut pour son pays ^ue dans votre protection, et cependant il ne s'entoure que d intrigants, et si ses protestations me rassurent, mille indices ^^ ses indiscrétions déposent contre lui. Il y a des moments où
îl ceoMire rétablissement de-i ûek impériaux, Fabolltion du .serrage, etc.
dOO nobles lîthaamea^ rusées paiêent le !^iemen pour venir prendre da service : l'ordre de ne pas le? receToir est enroyé de Tary>Fie. En étant inâtruit, je le^ bi> venir; ils sont mis à la di.<»poTition da ministre de la guerre. Alors on les dégoûte par tonte sorte de mauvais traitements, et la plupart sont obligés de renoncer au service. Ce fait étant parvenu à ma connaissance, j'en ai exprimé mon mécontentement au prince, et je lui ai dit qu'il fallait qu'il fut ou dupe ou complice de ses alentours, que sa conduite était équiv<>que. Sa justification me laisse toujours beaucoup de doute, d'autant plus que j^ai connaissance qu'il a des relations au dehors. Madame de Vauban, intrigante bien connue, en a une assez suivie avec le colonel autrichien de Neipperg : elle en a, je crois, dans touï» les pays.
La police est si mauvaise, que j'ai acquis, par expérience, la certitude qui! i'tait nuisible de s'en servir; cependant j'ai cru devoir donner connaissance au ministre de la police de cette lettre du général Kohler. Quoiqu'il ne soit ni trèsadroit , ni très-spirituel , il peut , par sa position , s'il met quelque bonne foi, faire quelque découverte; je puis espérer qu'il ira franchement, lui ayant promis de vous envoyer ses rapports, et en outre, en ayant reçu qui le compromettent déjà.
P. S, — Une lettre reçue ici de Dresde contient ce passage : « B... a écrit au gouvernement que l'Empereur lui
• avait fait un reproche de ce que le gouvernement dans ses
• proclamations ne disait pas la nation polonaise au lieu de a dire les peuples du duché. De son côté, le ministre Senft a tt écrit que B... lui avait dit tenir ces paroles de quelqu'un « qui est en faveur auprès de M. de Bénévent. »
Varsovie, 21 octobre 1807.
. Sire, par ma lettre du 8 octobre, j'ai eu Thonneur d'annoncer à Votre Majesté que j'envoyais un officier à Kamiuieck sur le Dniester; je vous adresse son rapport. Il parait que la guerre a recommencé entre les Russes et les Turcs, ces derniers n'avant pas exécuté le traité d'armistice.
Les camps de Bialystock, Grodno, Brzeck, sont levés, et les
troupes réparties dans des cantonnements; mais on a laissé
subsister les tentes et les baraques, lesquelles sont gardées.
Tous les prisonniers qui rentrent s'accordent à dire qu'il y
aune quantité énorme de malades; on a jeté sur le Niémen,
à Oroduo, un pont de bateaux qui est achevé.
Depuis une quinzaine de jours, on a fait circuler ici une foule de bruits sur des troubles et des conspirations qu'on (lisait avoir lieu en Russie; mais ces bruits sont démentis par des nouvelles de Pétersbourg, du commencement de ce mois. 11 parait cependant que les esprits y sont travaillés par les Anglais. Ce qui prouve qu'il existe quelque division, c'est que, dans plusieurs endroits, le clergé grec s'est refusé à publier la paix : ce fait, déjà rapporté par plusieurs voyageurs, est confirmé par les prisonniers de guerre qui sont rentrés.
L'empereur Alexandre était attendu le 17 à Grodno : un officier que j'y ai envoyé a vu les ordres donnés par le gouverneur et les préparatifs faits pour sa réception. Il est vraisemblable que ce voyage aura été changé, s'il n'était pas d'invention.
Je me propose d'envoyer ces jours-ci un officier au général Savan-; je le dirigerai par Orscha, Witepsk, afin de savoir quelle direction ont prise les troupes qui étaient dans ces camps. . H n'y a rien de nouveau en Galicie.
PRINCE DE NEUFCHATEL
Varsovie, 2 noTembre 1807.
Monseigneur, j'ai reçu la lettre que Votre Altesse m'a fait l'honneur de m'écrire le 15 du mois d'octobre, relativement à
l'adjudant commandant A , et la copie de l'ordre que j'ai
fait donner à cet officier de se rendre au quartier général à Berlin pour y être à la disposition de Votre Altesse.
J'ai l'honneur de lui obser>'er que les instructions qu'elle m'a données le 2 du mois d'août portent que je suis autorisé à donner des ordres à qui je jugerai convenable, que je commande dans le duché de Varsovie et que j'y ai toute autorité, que j'ai à renvoyer à Berlin tous les commandants de place et officiers sans troupe que je jugerai inutiles dans le duché de Varsovie. D'après des instructions aussi précises, j'ai dû me croire suffisamment autorisé à renvoyer à l'état-major général un officier qui, par son bavardage, l'inconséquence de ses propos et sa fureur de se mêler de tout, ne pouvait qu'être très-déplacé ici.
Depuis longtemps apprécié dans l'armée, sa présence dans les camps ne pouvait tirer à conséquence; aussi ai-je eu la patience de le supporter seul alors, car le général Gudin, entre autres, qui s'accommode à peu près de tout, près de qui je l'avais placé comme chef d'état-major, m'avait supplié à plusieurs reprises de l'en débarrasser, et pour le bien du service, j'avais dû accéder à ses demandes réitérées. Votre Altesse sait d'ailleurs qu'avant d'avoir été employé au 3* corps, l'adjudant
commandant A n'avait pu se maintenir auprès de plusieurs
officiers généraux de différents corps d'armée. Aussi longtemps que toutes ses inconséquences ne m'ont pas paru nuisibles au service de Sa Majesté, je les ai tolérées et je n'en ai jamais entretenu Votre Altesse; mais à mon arrivée à Varsovie, oii cet officier s'était rendu au moins quinze jours avant mon quartier général, sans y avoir été autorisé, faute dont il s'était plusieurs fois rendu coupable, j'ai dû, pour le bon exemple^
profiter de la latitude de vos instructions pour le renvoyer de rarmée, où il n'a jamais été de la moindre utilité.
Si les instructions de Votre Altesse n'eussent pas été aussi précises, je ne me serais pas permis cet acte d'autorité, et j'ose croire que de ma vie je ne mériterai un reproche à cet égard. Enfin l'adjudant commandant A n'est bon à rien, incapable de commander un peloton; on ne peut même pas le citer comme propre à inspirer par son exemple. Quant à sa probité, il ne m'est rien parvenu qui puisse la faire suspecter, pendant qu'il a été employé à ce corps d'armée.
-m, — AU MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE
PRINCE DE NEUFCHATEL, ETC
Var^tOTÎe, 3 novembre 1807.
Monseigneur, j'ai reçu la lettre par laquelle Votre Altesse m a fait l'honneur de m'annoncer le 17 octobre qu'elle avait donné Tordre d'envoyer à son corps un détachement d'environ 177 hommes du 21* régiment d'infanterie de ligne, provenant du bataillon provisoire de Munster, lequel détachement devait être incorporé dans les deux premiers bataillons du corps quant aux soldats, les officiers et sous-officiers devant être renvoyés au 3* bataillon en France. J'ai l'honneur de rappeler à Votre Altesse que le 1*' octobre, je lui ai fait connaître que le 3' bataillon du 21' régiment d'infanterie de ligne était toujours à l'armée et y conservait la même organisation qu'il avait à l'époque où il fut joint aux deux premiers, à Thorn, dans le courant du mois d'août, et qu'ayant reconnu qu'il résulterait de graves inconvénients, si l'on incorporait même les compagnies de fusiliers de ce bataillon dans les deux premiers qui étaient déjà très-forts, je m'étais empressé de révoquer les ordres d'incorporation que j'avais donnés, et que les choses étaient dans le même état, lorsque je reçus la lettre de Votre Altesse, du 17 septembre, qui improuvait par les mêmes motifs <|ue moi l'incorporation de ce 3* bataillon dans lesdeux premiers. Les dispositions de la lettre de Votre Altesse, du 17 octobre,
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étant contradictoires avec celles du 17 septembre, et comme les inconvénients seraient toujours les mêmes si je suivais les ordres du 17 octobre, j'ai cru devoir oi-donnerque le détachement ^de 177 hommes annoncé serait incorporé dans le 3* bataillon. Au moyen de ce renfort, il sera possible d'y former une compagnie de fusiliers de plus, attendu qu'il n'est composé jusqu'à ce jour que de 4 compagnies de fusiliers, une compagnie de grenadiers et une de voltigeurs.
Var:iOvie, -4 Dovembre 1807.
Sire, en réponse à la lettre que j'ai reçue de Votre Majesté,en date du 13 octobre, j'ai l'honneur de l'assurer que ses ordres, relatifs au langage pacifique que je dois tenir, seront ponctuellement exécutés'. J'atteste à Votre Majesté que jusqu'à ce moment, je n'en ai pas tenu d'autres. Les officiers autrichiens ont toujours été bien accueillis; il n'en vient ici que très-rarement et qui ne séjournent point. Le colonel de Neipperg, qui avait l'habitude de venir, n'a pas paru à Varsovie depuis deux mois; il n'en est cependant qu'à trois lieues. Ses correspondances avec madame de Vauban n'en sont que plus actives. Je ne puis attribuer la cessation de ses voyages ici qu'au prince Poniatowski, qui l'aura sans doute prévenu que j'étais instruit des propos qu'il m'avait prêtés. J'ai eu l'honneur de faire connaître dans le temps à Votre Majesté que le prince de Ilohenzollern avait dit à l'adjudant commandant Romœuf que le colonel Neipperg l'avait informé que, dans une conversation que j'avais eue avec lui, j'avais dit que l'ambassadeur de Votre Majesté à Vienne m* avait écrit que l'Autriche faisait des préparatifs de guerre, et que si elle avait lieu, je mettrais L* feu aux étoupes, etc.
Ce discours était entièrement d'invention. Gomme le prince
* On peut voir plus haut la lettre impériale du 13 octobre h laquelle répond le maréclial, lettre qui donnait des instructions pacifiques d'autant plus accentuées, que l'Empereur voyait de loin l'agitation entretenue en Pologne pour une guerre nouvelle.
Poniatowski m'avait souvent parlé de la manière la plus avantageuse de M. de Neipperg, de son esprit conciliant, etc., je lui ai fait connaître ces détails, en lui exprimant mon étonnement de ce qu'un homme d'honneur se permettait de faire de pareils contes; il est plus que vraisemblable qu'il aura fait donner avis de cela au colonel, qui n'aura pas osé se présenter depuis.
Quel peut être le but de cette invention, je l'ignore; mais la
lettre ci-jointe de l'ambassadeur Andreossy ferait présumer
que ce serait une misérable petite intrigue dirigée contre cet
ambassadeur, avec lequel, ainsi que je l'ai fait connaître à
Votre Majesté, je n'avais aucune relation.
Je crois devoir rapporter ici les faits tels qu'ils se sont passés.
Le passage des 5* et 6* corps à Varsovie avait donné aux
Autrichiens des inquiétudes que l'arrivée du 3* corps et de
beaucoup de troupes polonaises avait portées au comble.
M. de Neipperg, dans une visite qu'il est venu me faire à mon arrivée, m'a fait voir cette inquiétude, autant dans ses iscours que sur sa figure. Je lui ai observé qu'elle ne pouvait pas être fondée, que Votre Majesté n'avait pas l'habitude de faille la guerre sans la déclarer. Il m'a observé que la préîîence des troupes ne pouvait qu'entretenir la fermentation dans les têtes déjà si électriques des Galiciens, et qu'il fallait peu de chose pour mettre le feu aux étoupes. Nouvelle assuï^nce de ma part qu'on pouvait être très-tranquille sur ce point; qu'il n'était légitime de mettre le feu aux étoupes que pendant la guerre, que nous serions bons voisins, et qu'au bout d'un mois, toutes les têtes seraient calmées. Je n'ai pas pu mettre en avant le général Andreossy, avec qui je n'avais eu aucune relation.
Dans ce pays, on est fécond en intrigues de cette espèce. 11 y a dix à douze jours que de certaines personnes annonçaient que votre résident n'aurait ici, pendant tout le séjour du roi de Saxe, aucune fonction, et que M. Bourgoing serait chargé de toutes les communications; depuis ce temps, il a beau réclamer l'exécution des différentes mesures, soit relativement à la décision de Votre Majesté, qui accorde aux dona-
taires des fiefs impériaux, les forêts qui en dépendent, soit relativement aux réclamations que Votre Majesté exerce contre le duché de Varsovie, pour l'avance d'un million au gouvernement provisoire, pour la remise des sels, de Tartillerie, etc., on ne lui fait aucune réponse.
Ce qu'il y a de certain, c'est qu'on était très-bien informé ; car M. Vincent a reçu hier soir une lettre de M. de Ghampagny qui lui annonce qu'il ne sera accrédité, comme résident ici, qu'après le départ du roi de Saxe, pendant le séjour duquel M. Bourgoing sera chargé seul de toutes les communications *. Cependant la mauvaise disposition de ces messieurs envers votre résident, ne vient que de ce qu'il marche très-franchement et qu'il ne se prête à aucune intrigue.
Je lui dois la justice de dire qu'il réunit à une très-bonne tête, beaucoup d'intruction, un cœur très-chaud, de la dignité et toutes les qualités avec lesquelles on ne peut que bien servir Votre Majesté, et que son désir est de lui plaire par dessus tout et de ne point trahir ses intérêts.
Il est extrêmement désintéressé, et ce n'est qu'indirectement que j'ai appris que depuis plus de cinq mois, il ne touchait aucun traitement. Il n'a reçu que pendant un mois et demi le traitement de 3,000 francs que vous lui aviez accordé.
' Par une lettre datée de Fontainebleau, 27 octobre, Napoléon avait en effet chargé le ministre des affaires étranfjèrea, M. de Ghampagny, d'allouer au ministre en Saxe, M. de Bour{i;oin{;, un crédit extraordinaire pour qu'il tint ;i Varsovie pendant le séjour du Roi un {{rand état de maison, qu'il invitât les Polonais^ les peraonnes de la cour, etc. « ...Quant à ses instructions, ajoutait l'Empereur, les voici en peu de mots :
« 1® Tenir un lan{rage pacifique et ûter toute alarme aux Autrichiens, calmer les Polonais des Galicies en disant que je suis bien avec l'Autriche et U Russie; enfin faire que l'une et l'autre de ces puissances soient contentes àe son !an[*a{re;
« 2" Intervenir pour que le roi de Saxe n'éprouve aucune espèce de désafi;rément et soit reçu par les troupes françaises avec le plus grand éclat ;
M 3" Faire connaître en toute occasion au Roi et aux gens du pays que je ne laisse les troupes françaises que pour leur plaire ; qu'aussitôt qu'il aura vo le pays et qu'il sera prouvé qu'elles n'y sont plus nécessaires, je les ôterai tout à fait. Tel doit être son langage constant... » (Correspondance de Napo-^ iéon, t. XVI, p. 121.)
Comme toujours, cela avait été beaucoup exagéré à Varsovie, et l'autorité du résident s'en ressentait.
Je dois répéter à Votre Majesté qu'il est vraisemblable que
la correspondance que Ton a d'ici avec le sieur B lui
donnerait des renseignements sur bien des intrigues. Cette correspondance ne doit pas parvenir directement au sieur
B Pour achever de vous faire connaître cet intrigant et son
véritable but qui est de faire de Targent, en compromettant des noms estimables, je vous donne pour certain qu'indépendamment des 5,000 ducats qu'il s'est fait donner à Dresde sous le prétexte de les distribuer dans les bureaux du prince de Bénévent et de M. Maret, il s'est fait remettre, il y a deux mois, 2,000 ducats, aussi sous le prétexte d'acheter une tabatière garnie de diamants, pour remettre à M. Maret. Tout récemment il vient d'écrire à M. de Malachowski que cette tabatière lui ayant coûté 2,400 ducats, il priait, afin de ne pas rester dans l'embarras, qu'on lui envoyât 400 ducats. Certes la délicatesse et l'intacte probité de M. Maret sont
assez connues pour qu'il soit évident que ce B est du
nombre de ces gens qui compromettent des personnes respectables par les plus vils motifs.
Depuis quelque temps, tous les gens sages ouvrent les yeux sur les intrigants qui les faisaient aller beaucoup trop loin. Les ministres de la justice, le nouveau ministre de l'intérieur et du trésor, sont de ce nombre. Chaque jour se dissipe la loauvaise humeur que les désordres et les abus inséparables <le l'état de guerre avaient occasionnés.
Tout dépendra des choix que fera le roi de Saxe : s'ils tombent sur des hommes qui ne soient pas dans ses intérêts, fui ne peuvent être différents de ceux de Votre Majesté, ils mèneront de très-mauvais résultats pour l'avenir.
Les rapports de l'officier qui a été à Kamienieck et qui annonçait qiie les Russes étaient rentrés en Moldavie et en Valachie, sont confirmés : ils se sont reportés de nouveau dans les anciennes positions qu'ils occupaient sur le Danube.
Les forces assez considérables qu'ils ont depuis Brzeck jusqu'à Grodno n'ont fait aucun mouvement. Elles sont reparties dans des cantonnements assez rapprochés. On forme de grands magasins à Brzeck. L'empereur Alexandre, qui était
parti de Pétersbourg le 10 octobre, était attendu à Brzeck; mais il paraît qu'il n'a été que jusqu'à Orscha, et que le mauvais temps l'a empêché de continuer la visite des camps, et qu'il est retourné à Pétersbourg.
Suivant quelques rapports, il y aurait une nouvelle levée ordonnée; mais je dois observer que ce sont des rapports polonais.
Je viens d'envoyer un officier au général Savary ; il passera par Bialystock, Grodno, Wilna, Witepsk, et à son retour, il me donnera des renseignements positifs.
Toutes les troupes sont bien habillées; il y a peu de malades. Les distributions de pain sont assurées. Quant à celles de viande, nous sommes menacés de nous trouver dans un trèsgrand embarras. On m'a annoncé ces jours-ci qu'à l'avenir on ne laisserait plus sortir de bestiaux de la Russie. C'est le principal motif qui m'a déterminé à expédier un officier au général Savary. Cet officier est chargé de lettres pour les gouverneurs de Grodno et de Wilna, d'où paraissent provenir les difficultés; si on ne les lève point, je ne sais comment on fera. L'épizootie, continuant ses ravages, enlève non-seulement le superflu de l'agriculture, mais le nécessaire.
PRINCE DE NEUFCHATEL, ETC
Varsovie, 1 novembre 1807.
Monseigneur, j'ai l'honneur de représenter à Votre Altesse que les indemnités de frais de bureau sont dues à mon chef d*état-major pour les mois de juillet, août, septembre et octobre.
Je prie Votre Altesse de donner des ordres à M. l'intendant pour que ces ordonnances soient expédiées.
Varsovie, 12 noTembre 1807.
Sire, j'ai Thonneur d'informer Votre Majesté que M. R ,
que vous pouvez connaître de réputation, étant venu hier pour s'établir à Varsovie où il n'a pas paru depuis l'occupation de ce pays par les troupes de Votre Majesté, j'ai cru devoir lui faire donner l'ordre de partir sur-le-champ, ce qu'il a exécuté.
Je prie Votre Majesté de croire que ce n'est pas pour flatter les esprits chauds que j'ai adopté cette mesure, mais pour empêcher cet homme dangereux de suivre les intrigues qu'il aTait déjà nouées.
Son départ est très-agréable à presque toute la haute classe, qui le redoutait. Je puis citer à cet égard l'opinion de M. Malachowski, de M. Stanislas Potocki et de plusieurs autres.
Je joins ici un rapport et divers renseignements sur M.R
Je prie au surplus Votre Majesté de ne juger cette mesure que par les résultats qu'elle pourra avoir.
Varsovie, 12 novembre 1807.
Sire, l'adjudant commandant Romœuf, parti de Fontaine- Weau le 29 octobre, est arrivé ici hier; il m'a remis les <lépéches de Votre Majesté du 23 ' .
' L'Empereur aa maréclial Davout. — « Fontainebleau, 23 octobre 1807. Mon cooflin, j'apprends que vos soldats manquent de viande, fatif^uent le l^ys et le ruinent. Ne craignez rien ni des Autricbiens ni des Russes et <ionnez tranrpiile. Vous ne serez pas attaqué que je ne vous en aie prévenu ^ mois d'avance. Placez donc une de vos divisions le lonj; des confins de *> Silésie, du c6té de Ralisz, de manière qu'il n'y ait qu'un régiment au plus ^ ane même ville. Cette division devra occuper la nouvelle Silésie, qui Mutait partie de la Pologne. Une autre division peut être répandue le long
Votre Majesté me dit qu'elle apprend que ses soldats manquent de viande, fatiguent le pays et le ruinent. Quels que soient les auteurs de ce rapport, je vous jure, sur mon honneur, qu'il n'est nullement fondé. Toutes les troupes que vous avez dans le duché de Varsovie, sans exception, y tiennent la meilleure conduite et discipline. La majeure partie de ces troupes sont casernées et bien établies, avec des paillasses et des couvertures. Les distributions de toutes les troupes casernées et cantonnées sont régulières et bien assurées; enfin nous vivons comme dans les garnisons de France. Cela est à la lettre. Les magasins, les hôpitaux, tout est établi en raison de l'emplacement actuel des troupes. Le transport des magasins sur les points occupés sont en pleine activité et trèsavancés; ce transport est calculé sur les consommations.
Les troupes sont à très-peu de chose près placées suivant les indications de Votre Majesté; j'entre à cet égard dans des détails avec Son Altesse le vice-connétable.
Enfin la meilleure preuve que les troupes sont bien, c'est que, quoique très-près de la Galicie, il n'y a point de déserteurs, car on ne peut donner ce nom qu'à une vingtaine d'hommes qui, depuis le mois de juillet que nous sommes dans ce pays, ont abandonné leurs drapeaux pour éviter des jugements ou des punitions. Il n'y a aucune plainte des habitants, et j'ose vous assurer que notre discipline est appréciée, et que chaque jour elle dissipe des préventions et augmente le nombre de nos amis.
tic la Vistnle, depuis Plock ju8qu*à Rawa, ayant son quartier général k Varsovie et occupant les petites villes de Lowicz, etc. Cette division sera Clément bien. Que votre troisième division ait son quartier général à Thom et occupe Bromberg jusqu'à Poscn ; elle sera encore parfaitement. Ainsi disséminées, vos troupes ne fatigueront pas les habitants, trouveront des ressources de tout genre et vivront plus facilement.
« Faites mettre dans les journaux de Varsovie que la meilleure intelligence règne antre TAutriche et moi, et cela, faites-le mettre de toutes les manières, tantôt prenant pour texte le séjour du grand-duc de Wmtzbourg à Fontainebleau, tantôt la prochaine remise de Braunau, tantôt en pariant de Tambassade de Vienne. La meilleure intelligence règne également entre les Busses et moi ; dans les circonstances où nous sommes et dans le pays où vous êtes, où l'on désire la guerre, il faut porter une grande attention à redresser les esprits. » (Correspondance de Napoléon, t. XIV, p. 115.)
L'épizootie fait depuis longtemps les plus grands ravages dans toutes les parties du duché de Varsovie : elle est dans toute sa force maintenant, surtout dans les départements de Kalisz et de Posen. Dans les autres, elle s'est calmée, n'ayant presque plus rien à attaquer. Ces renseignements sont le résultat des rapports journaliers des commandants français. Partout, pour assurer les distributions, on est obligé de faire de Varsovie des envois de bœufs que Ton tire de Russie. Le marché passé à cet égard est, ainsi qu'aura pu vous le dire M. l'intendant général, très-avantageux. La livre de France ne revient pas à 7 sols : auparavant elle en coûtait plus de 9. La riande est superbe.
Ce marché tiendra si le gouvernement d'ici peut remplir ses engagements, qui sont de payer comptant. Il fait ce qu'il peut; mais tous les efForts qu'il fait n'auront pas un long succès, si OD ne vient pas à son secours. Dernièrement le service eût été compromis si je n'eusse pas fait prêter 100,000 francs sur ma caution particulière : j'ai écrit à M. l'intendant pour me feire couvrir de cette somme, et je l'ai engagé, au lieu de faire des envois de bœufs, à envoyer ici la valeur de ces bœufs. L'adoption de cette mesure ne présente que des avantages. La perte qu'éprouvent les bœufs qui nous sont expédiés par M. l'intendant, soit par défaut de nourriture, soit par Tépizootie, fait monter, pour le compte de Votre Majesté, le prix de ceux qui arrivent au taux exorbitant de 40 sols la livre, et encore cette viande est-elle maigre, et de la plus mauvaise qualité.
Ce calcul est le résultat des procès-verbaux de réception comparés à ceux d'envois et à ce que sont censés coûter les hcduk en route. Je dis censés, car malgré la surveillance des commandants de place, et quoique plusieurs des conducteurs aient été arrêtés et mis en jugement, on n'arrêtera jamais les abus qu'ils commettent. Ces gens n'ayant aucune intention de remettre ni en même quantité, ni en bon état, lorsqu'ils en trouvent l'occasion, ils vendent le foin et font quelquefois pis encore. D'après cela, je crois qu'il est indispensable de venir pécuniairement au secours de ce gouverne-
menty pour assurer ce service. Avec 150,000 francs par mois avancés à propos, tout marcherait; les envois de bœu£s continueraient à arriver de la Russie, et il n'y a, je le répète, qui ce moyen d'assurer ce service, le pays étant totalemen épuisé, et au point que ce n'est qu'aux dépens de Tagricultun qu'on parvient à assurer le service, pour les troupes cantonnées.
Depuis que le gouvernement a nommé un comité des subsistances, qui travaille avec l'ordonnateur en chef, tout a pri: la meilleure marche. Les membres de ce comité ayant h meilleure volonté et mettant de l'intelligence, du zèle et de h fermeté dans leurs opérations, nous avons déjà obtenu d( grands résultats. Partout les magasins de toute espèce, excepté en viande, sont établis de façon à nourrir deux moi^ les troupes; les denrées sont de la meilleure qualité, et le plu^ grand ordre règne.
Votre Majesté me recommande de veiller à ce que nos magasins ne soient pas gaspillés. Je puis vous assurer qu'avec les mesures prises, on n'a pas à le craindre. On peut partii demain, et faire à Votre Majesté, dans un quart d'heure, l'étal des approvisionnements qu'elle laisse, et les comptes avec I( gouvernement seront de la plus grande facilité : nos revue* les établiront, et par ce moyen les doubles emplois, les abu? et les fraudes des garde-magasins ne tombent pas à la chargt de Votre Majesté.
Je dois croire que M. l'intendant est parfaitement revenu et rend justice à la bonne administration de l'ordonnateur ei chef Ghambon et aux mesures prises, lesquelles sont auss avantageuses pour les intérêts de Votre Majesté qu'elles on été utiles pour mettre de l'ordre dans le service.
Cette explication est longue. J'ai cru vous la devoir. Sire pour détruire l'effet d'un rapport évidemment faux, fait Votre Majesté. Il est en contradiction avec le témoignage à toutes les classes du pays et avec les faits.
Ce rapport peut venir d'un sieur D , agent du ministi
des affaires étrangères dans ce pays. S'il en est ains je dois prévenir Votre Majesté que cet homme joue ici un je
double. J*ai quelques raisons de croire que depuis un mariage
qu'il Tient de faire ici, ses liaisons avec un agent de l'étranger,
très-connu et qui peut lui faire de plus grands avantages que
ceux qu'il reçoit de France, et quelques autres indices,
doivent Caire bien peser ses rapports. Il est assez leste à faire
parler. Il s'est permis, sous le secret, il est vrai, de me prêter
une conversation et unjugement défavorables à M. Bourgoing,
dont je ne me suis jamais entretenu, n'ayant pas l'avantage de
le connaître. Au surplus, toutes ces petites intrigues n'y feront
rien ; je vivrai avec M. Bourgoing, votre ministre, comme avec
M. Vincent, votre résident, c'est-à-dire très-bien. Le désir de
Votre Majesté entretiendra toujours entre nous la meilleure
intelligence.
J'ai eu un instant l'inquiétude que l'on arrêtât, en Russie, les transports de bœufs qui nous sont destinés : j'ai lieu de croire maintenant que ces difficultés ne sont qu'une affaire de Juifs. Au surplus, j'ai envoyé un officier aux généraux russes, lequel a ordre d'aller jusqu'à Pétersbourg, près du général Savary.
P, S. — Je me suis servi du sieur D , pour avoir
des rapports que je remettais au commandant de la place. Je fiis obligé d'y renoncer, celui-ci m'ayant fait connaître d'une manière positive que ces rapports étaient inexacts et donneraient de faux renseignements qui auraient pu entraîner dans de fausses démarches.
PRINCE DE NEUFCHATEL, ETC
VarsoTÎr, 12 novembre 1807.
Monseigneur, j'ai reçu la lettre que Votre Altesse m'a fait Thonncur de m'écrire sous la date du 23 octobre.
J'ai reçu une dépêche de Sa Majesté sous la même date; «Empereur me mande qu'il est informé que les troupes nianquent de viande, fatiguent le pays et le ruinent; il ajoute que j'aie à placer une division à Varsovie et Plock, une du
côté de Kalisz et l'autre à Bromberg, Thom et Posen; Sa Majesté pense qu'alors les ti*oupes ne fatigueraient pas les habitants, trouveraient des ressources en tous genres et vivraient plus facilement. La lettre de Votre Altesse renferme à peu près les mêmes dispositions.
J'ai l'honneur de vous observer que je n'ai remarqué dans les mouvements prescrits par ces deux dépêches que de simples motifs de subsistance ; je ne dois pas laisser ignorer à Votre Altesse qu'en changeant le placement actuel des troupes, qui au reste diffère très-peu de celui proposé, je produirai un efFet tout contraire.
En efFet, les troupes sont maintenant parfaitement établies presque toutes dans de bonnes casernes, où elles ont des paillasses et des couvertures; les magasins, les approvisionnements, les hôpitaux, enfin tous les divers établissements sont formés en conséquence de ce placement. Aussi les distributions pour les hommes et les chevaux sont-elles très-régulièrement faites, et je puis dire qu'à la lettre nous vivons ici avec*autant de régularité qu'on le ferait en France.
Si l'on fait faire des changements aux troupes, sans qu'ils soient nécessités par des dispositions militaires, alors on foulera réellement le pays, et les troupes seront mal sous tous les rapports.
Dans les parties du duché de Varsovie que m'indique Votre Altesse, il y a déjà des troupes, ainsi qu'elle a pu s'en convaincre par les états de situation. J'ai l'honneur de lui adresser un état d'emplacement contenant plus de détails que n'en peuvent comporter même les états de situation de quinzaine ; j'ajouterai que ce ne sont pas les troupes nourries par les simples ressources du pays, qui sont les mieux traitées. La chambre de Kalisz, entre autres, de concert avec tous les officiers généraux polonais, vient encore tout récemment de demander à être autorisée à ne distribuer de la viande que trois fois par semaine, et à remplacer les distinbutions pour les autres jours par des légumes, attendu que l'épizootie continuait ses ravages de la manière la plus effrayante, nonseulement dans le département de Kalisz, mais encore dans
toute rétendue du duché de Varsovie. Les ravages de cette épizootie m'étant d'ailleurs généralement confirmés par tous les commandants de place, j'ai cru devoir autoriser la proposition de la chambre de Kalisz, pour les troupes polonaises qui se trouvent dans cette partie.
Je laisserai donc les choses telles qu'elles sont maintenant, pour le plus grand bien du service de Sa Majesté, les motifs par lesquels Votre Altesse m'engage à changer les emplacements n'étant pas fondés. Si j'eusse vu dans cette mesure un véritable mouvement de troupes, quels qu'en eussent pu être les inconvénients, je n'aurais pas hésité; je dois ajouter à Votre Altesse que dans les rapports qu'on a pu lui faire que les soldats manquaient de viande, fatiguaient le pays et le ruinaient, tout est faux; je n'ai même plus d'inquiétudes sur les subsistances, depuis que la commission du gouvernement a formé un comité pour cette partie et qui travaille avec le commissaire ordonnateur en chef.
La viande ne manquera pas si le gouvernement polonais peut pan^enir à remplir les conditions de payement an'étées avec le fournisseur dernièrement dans un moment de grand embarras. J'ai été obligé de faire avancer une somme de 100,000 francs; H. l'intendant général vous en aura sûrement rendu compte. Ayant l'honneur d'adresser à Votre Altesse un rapport particulier sur les services administratifs, je ne me répéterai pas dans cette lettre.
Varsovie, 12 novembre 1807.
Sire, en adressant à Votre Majesté un mémoire sur le soidisant esprit de la Pologne, je l'ai fait parce qu'il m'avait été remis et que je dois tout vous communiquer. Je fais au surplus tout ce qui dépend de moi pour me soustraire aux insi- '^uations des différents esprits de coteries qui existent. Vos '^tres seront toujours mes ordres du jour et la base de ma conduite. Je suis ici dans un pays extrêmement difficile, et j'ai
toujours eu la crainte que Votre Majesté ne m'ait donné une charge au-dessus de mes forces. Je ne puis lui garantir qu'un grand zèle et la plus forte volonté de faire tout ce qui peut être utile à son service ' .
Vous me recommandez, Sire, de ne parler que de paix. C'est la conduite que je tiens, mais on tire parti de tout ici, pour faire croire à la guerre. On a beaucoup mis en circulation ce que Votre Majesté, assure-t-on, a dit à l'ambassadeur
d'Autriche, le 14 octobre. Une lettre de Paris, de M. B ,
vous fait aller incessamment en Italie. Les plus petits mots écrits de Paris qui ressemblent à la guerre sont colportés ici avec un plaisir que l'on ne peut expliquer que par l'ardent désir d'un agrandissement.
* Le lan{j[n{re que le maréchal tient ici au sujet de ce momoire qu'il avait transmis et qui avait motivé une réponse de l'Empereur, ce lanjjagc rentn^ tout a fait dans la donnée d'une note précédente sur les difficultés de la situation à Varsovie. Le maroclial avait beaucoup à faire pour rester dans son vrai rôle entre les excitations dont il était entouré et ses devoirs enver* l'Empereur qu'il mettait sûrement au-dessus de tout. Parce que ces difBcult^ existaient et se manifestaient librement dans la correspondance, il n'en faudrait pas conclure qu'il y eût ce qu'on appelle un dissentiment entre l'Empereur et son lieutenant, que le maréchal cherchât a substituer sa propre politique a la politique impériale, et que Napoléon prit de la défiance ù l'égard du chef éprouvé qu'il avait laissé à Varsovie. Il n'y avait rien de semblable. Le seul fait vrai, c'est que Davout n'avait jamais caché ses idées favorables à un rétablissement plus complet de la Polo{;ne, et comme, s'il y avait bien àt» afptations à Varsovie, il y avait aussi bien des comméra{;es autour de Napoléon, ces dispositions connues du maréchal avaient pu être l'objet des com** mentaires des envieux aux Tuileries.
On a plus d'une fois raconté que, dans une conversation postérieure^ l'Empereur s'était exprimé dans ce sens avec le maréchal, qu'il lui avait demandé s'il ét;iit vrai que l'ambition l'eût gayné, lui aussi, qu'il voulût être roi de Pologne : à quoi le maréchal aurait répondu que l'Empereur ne l'avait pas cru sans doute, que l'Empereur pouvait l'envoyer commander u» n'igiment au bout du monde, qu'il obéirait; mais que quand on avait eu l'honneur de naître Français, on ne cessait pas d'être Français, etc. Tout cela est pos<sible, mais ne modifie en rien l'attitude du maréchal, qui, même en parlant librement à l'Empereur comme il s'y croyait autorisé, restait absolument correct dans sa conduite en Pologne. Le maréchal ne songeait pas «" instant à se créer ou à se laisser attribuer par ambition personnelle un rt^f indépendant de l'Empereur, pas plus que l'Empereur ne songeait k se défier de celui qu'il avait placé et qu'il maintenait longtemps dans une posiû*'" aussi délicate que difficile. C'est ce qu'il ne faut pas oublier en lisant ces correspondances toujours trcs-libres et en jugeant ces faits déjà lointain»'
Je fais suneiller ici les journaux; lorsqu'il leur échappe quelque chose, je les fais redresser. La lettre ci-jointe du commandant de la place de Posen, et le numéro de la gazette de cette ville dont il y est parlé, seront pour Votre Majesté une preuve que dés longtemps j'exécute ses intentions.
Tant que nous serons dans ce pays et que Ton travaillera aux fortifications de Praga, de Sierock, de Thom, les imaginations seront à la guerre.
Les fortifications de la tète de pont de Praga avancent, sous un mois elles seront terminées ; mais elles sont envelop* pées de beaucoup de maisons qu'il est important de détruire, puisqu'elles anéantissent l'effet de ces fortifications. Je les laisse subsister, parce que, ayant parlé de leur destruction, il en était résulté mille propos de guerre : cependant je donnerai jusqu'au mois de février, à moins d'ordres contraires. Je puis répondre à Votre Majesté que je dors exactement tranquille sur le- voisinage des Russes et des Autrichiens, et qu'étant tellement en mesure que dans quarante-huit heures je pourrais réunir près de 30,000 hommes, aucuns propos ou busses nouvelles ne peuvent me donner la moindre inquiétude. S'il m'arrive quelquefois de transmettre à Votre Majesté de ces rapports, j'aurai soin de les désigner pour qu'elle les apprécie comme nouvelles polonaises. Je les distinguerai des rapports faits par des Français.
Le roi de Saxe a dû partir le 11 . Il est trop du bien de votre service de ne rien négliger pour être agréable à ce prince, pour queje ne fasse pas ce qui dépend de moi : j'ose espérer y réussir. Je ne sors presque pas, et seulement pour des visites de convenance. Le plus grand ordre règne, ainsi qu'une grande confiance, etchaque jour les fâcheuses impressions qui étaient le résultat des circonstances se dissipent et sont remplacées par de la bienveillance pour nous. La haute classe nous rend aussi justice, et depuis quelque temps reçoit beaucoup plus volontiers les officiers français.
II n'y a plus que fort peu de soldats français à rentrer de Russie : ils arrivent dans le plus mauvais état. On leur donne acides chemises et des capotes. Je me fais amener les plus
108 CORRESPOISDANCE
intelligents de chaque convoi. Les derniers ont rencontré, entre Minsk et Grodno, 4 convois d'artillerie de 24 à 30 bouches à feu chacun, se dirigeant sur Grodno. Les chevaux n^étaient pas de réquisition. Du reste, ils n'ont vu aucun mouvement de troupes. Il résulte des différents rapports des officiers français que j'ai envoyés en course et des postes que nous avons sur le Niémen, qu'il existe, entre Brzeck et Grodno, les régiments portés en l'état ci-joint. Ces régiments doivent être au complet.
Les troupes russes ont considérablement soufFert dans les camps de la misère : il y a beaucoup de malades.
Le chef d'escadron Borellier, qui commande les postes que j'ai sur le Niémen, me mande que l'on annonce qu'il est attendu à Wilna 2 divisions russes du camp de Witepsk; ceci peut être une nouvelle polonaise, ainsi que celle qu'un prince Zubow, connu pour être du parti ariglais, qui était dans ses terres du côté de Tilsit, aurait reçu de l'empereur Alexandre un courrier expédié lorsqu'il était au camp de Witepsk, vers le milieu du mois dernier, pour l'appeler à Pétersbourg.
Nos prisonniers rentrants ont remarqué en Russie du contentement de la paix et quelque inquiétude qu'elle ne fût pas de durée, fondée sur ce que le Sénat ne la voulait pas.
J'ai fait partir, il y a huit à dix jours, un officier pour Pétersbourg.
Quant à la Galicie, je n'ai qpe des nouvelles polonaises, du reste assez insignifiantes.
PRINCE DE NEUFCHATEL, ETC
Varsovie, 12 novembre 1807.
Monseigneur, j'ai reçu la lettre que Votre Altesse m'a fait rhonneur de m'écrire pour la dissolution et l'incorporation du l*' régiment de hussards polonais, commandé par le colonel Kalinowski, dans le régiment des lanciers de la légion polacoitalienne qui se rend en Westphalie. Pour assurer l'exécution
des ordres de Voire Altesse et éviter la défection totale de ce régiment de bussard$, j'ai pensé qu'il était indispensable de lui donner l'ordre de se mettre en marche ainsi qu'il se compose aujourd'hui, sans lui donner à connaître que sa dissolution avait été arrêtée par Sa Majesté.
Dn sous-inspecteur aux revues du corps d'armée va passer à ce régiment une revue de départ; il constatera en même temps l'état actuel de sa comptabilité. Dn extrait de cette revue adressé au général Grabinski lui servira de renseignements pour approfondir la comptabilité de ce corps.
J'adresse au général Grabinski copie de la lettre de Votre Altesse contenant la décision donnée par Sa Majesté le 27 octobre; je lui fais part des ordres que j'ai donnés au colonel Kalinowski de le rejoindre, et des motifs qui m'ont déterminé à laisser ignorer à ce régiment sa dissolution prochaine aussi longtemps qu'il sera en Pologne, et à le charger, lui général Grabinski, d'opérer cette incorporation, aussitôt qu'il aura été rejoint par ce régiment.
J'ai l'honneur d'adresser à Votre Altesse copie des ordres que [ai donnés au colonel Kalinowski et de ma lettre au général Grabinski; elle verra que ce dernier est chargé de prendre les siens relativement aux officiers du régiment de hussards qui se trouveront sans emploi par suite de l'incorporation.
P. S. — Je prie Votre Altesse de vouloir bien adresser directement ses ordres à M. le colonel Kalinowski pour sa destination.
VartoTÎe, lÀ novembre 1807.
Sire, j'ai eu l'honneur de rendre compte à Votre Majesté du rôle d'intrigante joué ici par madame de Vauban, emigrée française qui habite chez le prince Joseph Ponia- ^^lû, sur qui elle n'a que trop d'influence * . ,
I^'Emperenr aa maréchal Davouc. — « Venise, 6 décembre 1807. Mt)n ^^^^1 je reçois vos lettres du 14 novembre. La Pologne est un pays rempli
Cette femme a une correspondance très-étendue, entre autres une très-suivie avec le colonel autrichien Neipperg, que Ton ne peut intercepter, puisque ce sont des officiers qui en sont porteurs.
Cette femme se mêle de tout : je mets sous les yeux de Sa Majesté copie d'une lettre qu'elle vient d'écrire à M. le comte de Schonfeld, ministre de Saxe à la cour de Vienne, envoyé ici dans le courant du mois dernier, pour y recevoir le serment du conseil d'État et l'installer dans ses fonctions.
Cette lettre ne contient . rien de précisément suspect, surtout pour ceux qui ne sont pas au courant des intrigues de cette dame ; mais lorsqu'on peut supposer qu'elle joue, vraisemblablement depuis longtemps, un rôle contraire à vos intérêts, on ne peut que craindre qu'elle ne fasse un trèsmauvais usage de sa grande influence sur le prince. Au surplus, comme Votre Majesté aura sans doute quelques renseignements, et aura entendu parler de cette femme, elle appréciera à leur valeur les renseignements que j'ai cru devoir lui fournir, comme j'aurai soin de lui transmettre tous ceux de ce genre qui me paraîtront propres à l'éclairer sur les intrigues et les intrigants de ce pays.
Les rapports des postes français sur le Niémen annoncent toujours l'arrivée de deux divisions russes àWilna. Cependant, comme ce sont des nouvelles des gens du pays, je ne les crois pas sûres. Les officiers que j'ai envoyés à Wilna, et dont Tun doit aller jusqu'à Pétersbourg, apporteront des renseignements positifs; Le calme qui règne ici confirme que l'empereur Alexandre conserve son influence et est fidèle aux engagements qu'il a contractés avec Votre Majesté.
Le pays de Bialystock est toujours gouverné par les autorités prussiennes; les troupes russes l'occupent, mais tout s'y fait au nom du roi de Prusse. On annonce que les Russes n'en prendront possession qu'au 1" janvier prochain.
d*mtri{[ants ; maïs la plupart de ces intrigant^ sont insignifiants. C'est t*^^ besoin de mouvement qui ne peut en rien nous concerner. . . Quant à madars^^ de'Vauban, c'est une femme impotente à laquelle il ne faut faire ancu**^ s^ttention. » (Lettre non insérée dans la Correspondance,)
M. de Neipperg, qui, ainsi que j'ai eu Thonneurde récrire à Votre Majesté, n'avait pas paru ici depuis plus de deux mois, est Tenu me faire Une visite, il y a quelques jours.
Je l'ai accueilli selon vos intentions, et je l'ai invité à dîner. 11 tient lui-même le langage que Votre Majesté m'a prescrit. Il n'a parlé que de la bonne intelligence qui règne entre son souverain et Votre Majesté, et du départ de lord Pembrock qui a été éconduit.
PRINCE DE NEUFCHATEL, ETC
Variuvie, 15 novembre 1807.
Monseigneur, j'ai l'honneur d'adresser à Votre Altesse la demande ci-jointe, avec différentes pièces à l'appui, d'une place de commandant d'arme avec le grade de général de brigade, en faveur de M. le colonel Valterre, commandant le 30* régiment de ligne.
Ce colonel est à jamais, par suite de ses blessures, hors d'état de faire la guerre. Votre Altesse sait qu'il a été proposé plusieurs fois pour être fait officier général, à raison de sa brillante valeur et de ses bons services; d'ailleurs, elle le Gonoaft trop pour qu'il soit nécessaire d'entrer dans des détails sur son compte. Je me bornerai à transmettre et à appuyer sa demande, en priant Votre Altesse de vouloir bien la mettre sous les yeux de Sa Majesté.
PRINCE DE NEUFCHATEL, ETC
Varsovie, 17 novembre 1807.
Monseigneur, j'ai l'honneur d'accuser à Votre Altesse la ^ception de sa lettre du 25 octobre, relative à M. le général ^* brigade Henry de Wolodkov^ricz. Les ordres de Votre Altesse sont exécutés; mais je crois devoir lui adresser une f^damation de cet officier général, qui est marié avec une
Française, et qui a la plus grande partie de sa fortune* en France; je dois en outre rendre de bons témoignages sur son compte. Enfin si cet officier général ne peut être maintenu sur le tableau des généraux français, je prie Votre Altesse de vouloir bien m'autoriser à réclamer de l'avancement en sa faveur dans les troupes du duché de Varsovie.
J'aurai également l'honneur d'observer à Votre Altesse qu'il est probable que le général Henry de Wolodkoviricz, considéré comme officier général français, a été omis sur l'état des généraux et officiers polonais à qui Sa Majesté distribue les vingt millions qu'elle s'est réservé de donner en récompense pour leurs bons services.
Varsovie, 11 noTembre 1807.
Sire, j'ai l'honneur de prier Votre Majesté de vouloir bien autoriser l'admission dans sa garde du chef d'escadron Christophe, mon aide de camp.
Cet officier a remplacé près de moi M. de Montesquieu atné, qui faisait partie de la garde impériale ; ainsi en accueillant favorablement ma demande. Sire, Votre Majesté permettra seulement de remplacer la vacance de M. de Montesquieu.
PRINCE DE NEUFGHATEL, ETC
VarsoTÎe, 18 noTembre 1807.
Monseigneur, j'ai l'honneur d'adresser à Votre Altesse une réclamation du colonel du 21* régiment de ligne, à laquelle est jointe un état nominatif des officiers et sous-officiers qui se trouvent au dépôt du corps, et dont la présence est néces^ saire au 3* bataillon dont ils font partie.
J'ai l'honneur de prier Votre Altesse d'avoir égard à la demande de ce colonel, et d'agréer l'assurance, etc., etc.
PRINCE DE NEUFCHATEL, ETC
Vartoyie, 19 novembre 1801.
Monseigneur, j'ai l'honneur d'adresser à Votre Altesse deux nouvelles pièces relatives aux officiers français qui font partie de la première légion du Nord, passée à la solde de la Pologne.
J'aurai l'honneur de rappeler à Votre Altesse mes précédentes demandes à l'égard de ces officiers, en la priant de vouloir bien me faire connaître sa décision sur mes premières réclamations en date du 8 octobre dernier, ainsi que sur les pièces ci-jointes qui font connaître de nouveau combien ces officiers désirent ne pas rester à un service où ils seraient toujours considérés comme étrangers, ne connaissant pas la langue.
Varsovie, 20 novembre 1807.
Sire, parmi les domaines que je tiens de la munificence de
Votre Majesté, il y en a plusieurs, tels que des moulins, des
auberges, des maisons, qui exigent une reconstruction entière
ou les plus fortes réparations, ce qui entraînera dans une
dépense considérable. Je prie Votre Majesté de m'accorder
l'autorisation nécessaire pour aliéner les biens de cette nature,
à la charge d'en employer le prix à l'acquisition de biens en
France, conformément aux intentions de Votre Majesté '. Ces
objets, pouvant convenir à une foule de gens, se vendront
bien. Je citerai un moulin situé à Lowicz, dont on m'offre
95,000 francs, quoiqu'il soit loué moins de 3,000 francs, et
' L'Empereur, qui en ce moment faisait un voyage en Italie, écrivait •'t'^e, 11 décembre, au maréchal Davout : » Mon cousin, je reçois votre 'îttre du 20 novembre. Je vous donne Tautorisation de vendre ce que vous f^ftn à propos des biens que je vous ai donnés dans le duché de Varsovie, *^ cKarge par vous de replacer le produit de cette vente en acquisition de "•cng en France, pour constituer le fief qui y sera érigé en voti-e faveur. ■
qu'il y ait plus de 30,000 francs à dépenser sur-le-champ pour le reconstruire.
Une grande partie des revenus de la principauté de Lowicz se composent de redevances en nature et de droits féodaux dont la perception entraîne un détail considérable, donne lieu à mille abus, et qui produisent beaucoup moins qu'ils ne coûtent aux redevables.
Ces redevances, d'après une disposition du code de lois que Votre Majesté a donné au duché de Varsovie, vont devenir rachetables. J'ai l'honneur de demander à Votre Majesté l'autorisation d'en recevoir le rachat, ou de les vendre sur le pied du revenu actuel. Quant aux terres, qui ne peuvent convenir qu'à de grands propriétaires, ce n'est pas le moment de les vendre, et peut-être faudra-t-il attendre plusieurs années, avant de trouver dans ce pays des acquéreurs; mais il importe de débarrasser l'administration des perceptions compliquées et des reconstructions sans fin qui absorberaient une partie des revenus, et qui ne pourraient être suffisamment suiTcillées dans un si grand éloignement.
PRINCE DE NEUFGHATEL, ETC
Varsovie, 20 novembre 1807.
Monseigneur, j'ai l'honneur d'adresser à Voti-e Altesse les pièces qui viennent de me parvenir, et qui sont relatives au refus fait par les officiers français de la légion du Nord de prêter serment à Sa Majesté le roi de Saxe.
Je prie Votre Altesse de se faire mettre sous les yeux la lettre du major de cette légion qui est jointe aux pièces, et qui me parait pleine de sagesse et dictée par un bon esprit.
J'ai déjà demandé des ordres à Votre Altesse à Tégard de ces officiers, et je la prie de nouveau de vouloir bien me faire connaître sa décision.
PRINCE DE NEUFCHATEL, ETC
Varsovie, 23 noveqabre 1807.
Monseigneur, conformément aux ordres de Votre Altesse du 3 de ce mois, le 51* régiment de ligne va partir de Varsovie pour se rendre à la destination que vous lui avez prescrite ; les lieux d'étapes dans le duché de Varsovie ne présentant pas de grandes ressources pour le passage entier d'un régiment, et désirant d'ailleurs éviter Tencombrement dans les lieux de passage, j'ai cru devoir faire marcher chaque bataillon isolément, laissant même un jour d'intervalle entre chacun d'eux. Le 1*' bataillon partira de Varsovie demain 24, et le 2* le 26. L'un arrivera à Magdebourg, sa destination, le 21 décembre, et l'autre le 23,
J'ai l'honneur d'adresser à Votre Altesse l'itinéraire qu'elle a tracée pour ce régiment, indiquant les mouvements de chaque jour.
Varsovie, 25 novembre 1807.
Sire, le mémoire ci-joint auquel l'ordonnateur en chef a travaillé et qui vient d'être remis par le comité des subsistances au roi de Saxe, vous fait connaître notre position.
Je doute que l'on puisse trouver surtout à temps l'argent nécessaire pour empêcher les services de manquer. Ce ne serait qu'aux dépens de la solde de l'armée polonaise qu'on pourrait l'exiger du trésor; mais ce moyen offre des inconvénients si majeurs, qu'il faudrait des raisons de nécessité pour T recourir, et on ne peut se dissimuler qu'il en résulterait beaucoup de désertion.
D'uD autre côté, si on ne trouve pas l'argent nécessaire pour assurer les payements qu'on est obligé de iaire presque aa comptant, nous serons obligés, par nécessité, d'avoir
recours aux moyens vexatoires et abusifs des réquisitions , et alors on indispose tous les esprits; il fendrait mettre presque toute Tannée en exécutions militaires, surtout pour ce qui concerne la viande. L'épizootie, qui a déjà fait de grands ravages, les continue, et le mal, à cet égard, est au-dessus de toute expression.
L*état de désorganisation où est le pays, et Tinsouciance des habitants, sont cause qu'il n*a été pris aucune mesure précautionnelle. Ce qui reste de bestiaux, étant bien inférieur aux besoins de Tagricuiture, ne pourra être pris que par la force, et cette ressource sera bientôt épuisée.
Ainsi, dans tous les cas, les achats à l'étranger sont nécessaires, et je pense que, malgré les difficultés qu'on éprouve maintenant, ils pourront toujours se faire, parce que les Juik savent tout faire avec de l'argent.
Une lettre de Son Altesse le vice-connétable, portant que toutes les dépenses, et en particulier celle des hôpitaux, sont à la charge des pays occupés par les troupes de Votre Majesté, va beaucoup ajouter aux difficultés. C'est une somme de 2,000 francs qu'il feut qu'on trouve par jour, pour les différents hôpitaux. Je n'y comprends pas les hôpitaux polonais.
Le blanchissage, le payement des infirmiers, la fourniture des œufs, légumes, beurre et autres dépenses journalières de cette espèce, ne pourront s'eflFectuer si les économes n'ont pas, à l'avance, les fonds nécessaires, et il y a une telle pénurie de numéraire et si peu d'ordre dans les finances de ce pays, que je vois beaucoup de difficultés à assurer ce service. Ce n'est qu'en usant de mille ressources qu'on a pu faire les fonds pour travailler aux fortifications.
Votre Majesté lèverait bien des difficultés et surtout empêcherait que le traitement des malades ne soufiFrtt, si elle vou* lait maintenir, pour le duché de Varsovie, l'ordre de faire des fonds pour les hôpitaux.
Vers la fin d'octobre, dans un moment où la fourniture de la viande allait manquer, où il n'y avait aucun fonds dans 1^ trésor, j'ai cru devoir faire avancer 100,000 francs à la coffl' mission des subsistances; j'en ai informé M. l'intendant
général et Son Altesse le vice-connétable. Je prie Votre Majesté d'approuver cette mesure, parce que sans cela, on serait dans le cas de me réclamer cette somme qui a été avancée sur ma caution.
Je crois qu'une somme de 150 à 200,000 francs par mois assurerait ce service, sauf à faire entrer ce qui serait avancé, dans les liquidations à faire avec ce gouvernement. Je ne ferai rien donner, au surplus, sans nécessité.
Je conjure Votre Majesté de prendre en considération cet état de choses.
Je joins ici un état des magasins à Tépoque du I*' septembre et à celle du 10 novembre. Votre Majesté verra que ce qu'on BOUS a laissé n'a pas été gaspillé, et que les consommations sont remplacées.
La quantité des vivres et des liquides est bien peu considérable, et vos ordres à cet égard n'ont pas été remplis. Les troupes qui sont à Danzig en ont un approvisionnement quadruple, ainsi que le 4* corps; aussi étant obligé de délivrer le vin en majeure partie pour les hôpitaux, on ne peut en faire de distribution qu'aux officiers. Ce vin ne pourrait pas durer longtemps aux hôpitaux, si on le donnait comme aliment. Celui qui leur est destiné est remis au pharmacien, qui le rend amer, ce qui prévient les manipulations et les infidélités des garde-magasins et influe avantageusement sur la santé du soldat. On n'en donne qu'une très-petite quantité.
Varsovie, 25 novembre 1801.
Sire, j'ai l'honneur de rendre compte à Votre Majesté que le roi de Saxe a fait son entrée à Varsovie le 21 octobre ; nous lui avons rendu tous les honneurs dus à un souverain allié du Q^tre et investi de son estime particulière. Je ne négligerai *ien de ce qui pourra être agréable à ce prince, dont le voyage *ci ne peut produire que lé meilleur effet, et si je n'y parvenais pas, avec le dévouement sincère qu'il porte à Votre
Majesté, et toutes ses belles qualités, il faudrait que la faute fut de mon côté, et j'espère ne pas mériter ce reproche.
Je me concerte avec M. le maréchal Soult pour faire venir ici le reste des troupes saxonnes qui étaient devant Graudenz. Il y en avait déjà 600 ici. La totalité se montera à 4,000 et quelques cents hommes, non compris les malades.
Nos postes sur le Niémen annoncent toujours que Ton attend deux divisions du camp de Witepsk à Wilna, mais ce sont des nouvelles polonaises. Le dernier convoi de prisonniers de guerre qui est rentré n'a rien rencontré. Des 4 convois d'artillerie que les prisonniers précédemment rentrés avaient vu en route, ceux-ci n'ont aperçu que 48 pièces qui étaient parquées. Du reste, tout est parfaitement tranquille.
J^ai envoyé deux officiers, ainsi que j'ai eu l'honneur d'en rendre compte à Votre Majesté, pour lever les difficultés relatives à la sortie des bestiaux de la Russie pour le service des troupes françaises, laquelle est interrompue depuis quelque temps. L'un ne devait aller que jusqu'à Wilna, et revenir de suite; l'autre devait pousser jusqu'à Pétersbourg et est porteur d'une lettre pour le général Savary relative à cet objet. Je n^en ai pas de nouvelles. Le premier ne peut cependant tarder à arriver.
Ce qui me fait croire que toutes ces nouvelles de rassemblements de troupes sont de l'invention des Polonais, c'est que je n'aperçois ici rien qui ressemble à des intiûgues russes. II n^y aurait que celles-là d'importantes.
Les nouvelles de guerre que l'on débite ici viennent sauvent des lettres particulières de Paris que l'on se montre. C'est pourquoi j'ai cru devoir en prévenir Votre Majesté. Le général Axamitowski, entre autres, en a reçu une de ce genre, d'un de ses parents. J'enjoins ici un extrait. Ces nouvelles détruisent un peu l'effet de celles que l'on insère dans les journaux; cependant l'arrivée du roi de Saxe ici, nos discours et nos démarches paraissent prendre le dessus, et l'on commence à désespérer de voir réaliser les grandes espérances d'agrandissement.
Je prie Votre Majesté de me permettre de lui rappeler un
objet dont j'ai cru devoir Tentretenir souvent, pour le bien de son service, et sur lequel elle m*a même annoncé qu'elle avait fait droit : c'est le traitement extraordinaire à accorder aux officiers. Je ne vous répéterai pas ici les motifs qui m'ont déterminé à vous poiler cette réclamation, sur laquelle vous avez prononcé par une lettre précédente.
Aucun ordre n'étant arrivé depuis cette annonce, la misère des officiers est devenue plus forte. Cette circonstance ajoute aux difficultés de notre position; c'est sous ce rapport que j'en entretiens votre Majesté, en la suppliant de prendre ces réflexions en considération.
Notre discipline est bonne. Les distributions se font comme en France; il n'y a que très-peu de plaintes, et la majeure partie est dirigée contre les troupes polonaises. Aussi, il en résulte un bon effet que l'on aperçoit chaque jour; mais. Sire, il faut, pour entretenir cette discipline, que cet ordre de distribution qui a déjà dissipé beaucoup de préventions, soit maintenu. Je ne dois pas taire à Votre Majesté quel l'avenir ne me laisse pas sans inquiétude. Je développe cette idée dans le mémoire ci-joint.
J'ai suppléé à la désorganisation de ce pays par l'établissement des commandants de place, qui partout mettent l'ordre dans les distributions et dans l'établissement des magasins. La formation des autorités constitutionnelles qui va s'opérer, remédiera d'ailleurs aux inconvénients qui résultent de l'ordre de choses actuel.
J'ai vu partir M. Vincent avec regret, parce que la meilleure intelligence régnait entre lui et moi, et que cela était très-avantageux à votre service ; mais Votre Majesté peut être assurée qu'elle existera aussi avec son ministre, M. Bourgoing, dont l'expérience ne peut m'étre que très-utile dans ce pays d'intrigues. D'ailleurs, toute ma diplomatie consiste, et je me suis toujours renfermé dans ce cercle, à assurer et régulariser les subsistances des troupes, et à niaintenir une bonne discipline : ainsi elle n'a rien de commun avec celle de M. Bour- 6oing.
Le général Zayoncheck jusqu'ici refuse de prêter son ser-
ment au roi de Saxe, non comme propriétaire, mais comme général de division, et n'étant plus compté au nombre des généraux français, il envoie sa démission, motivée sur ce qu'il ne veut plus servir d'autre souverain que Votre Majesté. Je lui ai donné ordre de venir à Varsovie, pour faire finir toutes ces difficultés, soit en prêtant serment au Roi^ soit en donnant définitivement sa démission,
Au surplus, le mémoire que j'ai adressé à Votre Majesté ne venait pas de ce général, avec lequel je n'ai eu que des relations de service ' .
Les tra!Vaux de Thorn, Modlin, Sierock et Praga, se continuent avec activité. C'est une dépense de 60,000 francs par mois pour ce pays. On a bien de la peine à se procurer cette somme, à laquelle il faut encore ajouter celle nécessaire pour la construction des brise-glaces.
Les administrations prussiennes sont toujours à Bialystock. 11 y a très-longtemps qu'il n'est arrivé d'officiers russes à Varsovie. Les officiers autrichiens n'y viennent que très-rarement.
PRINCE DE NEDFCHATEL, ETC
VarsoTÎe, 30 noTembre 1807.
Monseigneur, j'ai reçu la lettre que Votre Altesse m'a Éait l'honneur de m'écrire relativement au vol de 1,100 écus qui a été commis sur l'une des voitures du convoi de 800,000 francs expédié de Breslau à Varsovie dans le courant du mois dernier.
Je n'avais point attendu les ordres de Votre Altesse pour ordonner des recherches sur les auteurs de ce délit. Dès qu'il m'a été connu , j'ai fait faire toutes les démarches qui pouvaient conduire à leur découverte, et je les ai poussées jusqu^à faire arrêter tous les soldats du train qui se trouvaient can-
• Voir plus haut ce mémoire, dont il est plus d'une fois question dans la correspondance entre l'Empereur et le maréchal, — qui n'avait point été san* indisposer quelque peu Napoléon.
tonnés dans ce lieu. Par les soins du commandant de cette place et du commandant de la gendarmerie du 3* corps, je suis parvenu à acquérir les preuves de la culpabilité de deux de ces militaires, et je les ai fait traduire à Tun des conseils de guerre de la 1" division, qui s'occupe en ce moment de rinstruction de cette affaire. Déjà environ 750 écus ont été retrouvés, et j'ai ordonné qu'ils fussent versés dans la caisse du payeur principal du 3* corps. Votre Altesse peut être assurée que rien ne sera négligé pour l'éclaircissement de ce délit, et j'aurai l'honneur de lui en rendre plus tard un nouveau compte.
PRINCE DE NEUFCHATI^L, ETC
VanoTÎe, 2 décembre.
Monseigneur, j'ai l'honneur d'adresser à Votre Altesse les états de service de MM. Marperger et Presolle, aides de camp de M. le général Henry de Wolodkowicz, qui, par décision de Sa Majesté du 17 septembre dernier, est passé au service de Pologne.
Ces deux officiers, dont l'un est Français et l'autre Saxon, et qui ne connaissent point la langue polonaise, désirent rester au service de France et demandent à être employés dans leur grade soit dans un régiment de cavalerie, ou de telle manière que Votre Altesse voudra bien l'ordonner.
J'ai l'honneur de prier Votre Altesse de prendre ces demandes en considération, et de vouloir bien me faire connaître ce qu'elle aura décidé à l'égard de ces deux officiers.
PRINCE DE NEUFGHATEL, ETC
Varsovie, 2 décembre 1807.
Monseigneur, j'ai reçu les ordres que Votre Altesse m'a fait 1 honneur de m'adresser le II du dernier mois, qui me donnent ^^e extension de territoire pour le placement des troupes qui
restent sous mes ordres; j'ai reçu en même temps ceux relatif au départ de la division de dragons pour la Silésie^ J'ai l'honneur d'observer à Votre Altesse que Tilinéraire qu'elle avait arrêté pour cette division la fisdsant passer et même séjourner à Posen, j'ai cru devoir changer cette direction et ^re marcher cette division par Inowraclawecky Konin, Kaliszy etc., par la raison que le point de Posen va se trouver foulé par le passage non -seulement des troupes du général Gudin et d'une partie de celles du général Priant, mais encore par celui de la division de dragons et de divers régiments du 4* corps, d'après l'avis qu'en a reçu le commissaire ordonnateur eu chef Chambon ; la route que j'ai prescrite a de plus l'avantage d'être plus courte que la première. J'ai désigné la division Gudin pour aller occuper Custrin et
1 Cette lettre da major général était Texécution des ordres donnés par TEmperear à Fontainebleau, le il novembre, et ainsi conçus : • Mon cousin, TOUS enverrez demain un nouvel officier d^ctatnnajor à Tarmée, et vous ferez connaître aux marécliaux les dispositions suivantes :
« Le territoire de Farmée sera divisé en six commandements. Le premier commandement comprendra le duché de Varsovie et la province de Custrin, y compris. Custrin et son territoire. Le maréchal Davout y commandera, et il placera ses troupes de manière à pouvoir y passer tout Tbiver et dans Tordre suivant : i^ une division avec un régiment de cavalerie légère à Tliom , à Bromberg et à Posen, occupant par des détacliements d'infanterie et de cavalerie lès frontières du côté de la Prusse et de la Russie; 2** une division et deux ré^^ments de cavalerie légère à Varsovie et à Kalisz; 3** une division et les quatre régiments de cavalerie légère du général Pajol à Costrin et dans la province de Custrin. La division de dragons qui est attachée au maréchal Davout se rendra en Silésie. Par ce moyen, la Pologne se trouvera Aoula^ée d*une division d'infanterie, d*une division de dragons et d*nne division de cavalerie légère. La place de Custrin ne recevra d'ordres que dn maréchal Davout. Il y aura un de ses généraux de di\-ision qui aura là son quartier général... »
Suivaient des ordres analogues pour le deuxième commandement, maréchal Soult, sur la basse Vistule; pour le troisième commandement, maréchal Mortier, en Silésie; pour le quatrième commandement, maré<:hal Victor, entre TOder ei TEIbe ; pour le cinquième commandement, prince de Ponte- Corvo, dans les villes hanséati<pies ; pour le sixième commandement, en Hanovre; Danzig formait un commandement à part sous le général Oudinot.
L*Empereur ajoutait : « ...l\ir cet arrangement, mes troupes seront placées de manière à passer Thiver sans se gêner les unes les autres. Le maréchal Davout restera à Varsovie, le niawhal Soult à Stettin, le maréchal Mortier à Rreslau. le maréchal Victor à ReHin,et le prince de Ponte-Gorvo à Hambourg... » [Correspondance Je Sapoiron^ t. XVI, p. 153>15%.)
la province de ce nom, conjointement avec la brigade légère du général Pajol. Aucune carte m'indiquant en quoi consiste la province de Custrin, j'ai cru que Votre Altesse m'ordonnait d y placer une division d'infanterie qui compte 12,000 hommes présents sous les armes, et de plus 4 régiments de cavalerie légère. J'ai écrit dans ce sens à M. le maréchal Soult pour qu'il ne disposât point d'une partie du territoire de cette province ; je joins ici copie de ma lettre.
Je fais exécuter tous les mouvements que m'a prescrits Votre Altesse; j'aurai l'honneur de lui en rendre compte successivement.
Le général Gudin aura son quartier général à Gustrin. Le général Priant aura le sien à Posen et fera occuper par sa division Thorn et Bromberg.
Je fais observer par de la cavalerie légère polonaise Ja forteresse de Graudenz et les frontières des distincts de Culm et de Michelow.
Le 2* régiment de chasseurs à cheval observera les frontières russes le long du Niémen et celles de la Prusse du Neu Ost Preussen.
La division Morand continuera à occuper Varsovie. La division saxonne sera également casemée dans cette capitale.
Varsovie, 4 décembre 1807.
Sire, j'ai l'honneur d'adresser à Votre Majesté le rapport de deux officiers envoyés à Wilna.
Les difficultés relatives à l'extraction des bestiaux sont levées par le général Korzakof, gouverneur de Wilna : il n'y a plus que celle de trouver l'argent nécessaire pour les acheter, et c'est la plus importante. Je ne vois pas comment ils pourront, vu le discrédit où ils sont, trouver les moyens de solder leurs troupes et faire toutes les autres dépenses nécessaires. J'ai déjà entretenu Voti'e Majesté de cet objet.
Le départ d'une division d'infanterie et de la cavalerie lég^ère du général Pajol qui vont dans la province de Gustrin, est un grand soulagement pour ce pays. Ce bienfait est vivement senti par Sa Majesté le roi de Saxe et par les habitants du duché.
La gratification que Votre Majesté vient d'accorder aux troupes qui restent dans le duché de Varsovie est un autre bienfait qui excite une vive reconnaissance. Il y avait beaucoup d'officiers dont le sort était très à plaindre.
Plus j'ai l'honneur de voir le roi de Saxe, plus j'acquiers la conviction que ce prince est tout dévoué à Votre Majesté. Sa religion, sa reconnaissance, l'admiration dont il est pénétré pour votre personne, tout alimente chez lui ce dévouement. Toutes ses actions sont frappées à ce coin; il s'énonce de manière à ôter toute espérance de parvenir à lui faire, avec quelque succès, des insinuations qui ne seraient pas dans ce sens ' . Un rapport ci-joint donnera à cet égard à Votre Majesté une idée de la marche de ce sage prince. Il calmera avec le temps toutes les tètes, plus ou moins remplies d'intrigues de ce pays.
Je ne néglige rien pour lui être agréable.
J'ai eu l'honneur de rendre compte dans le temps à Votre Majesté que quelques Cosaques s'étaient permis de tirer sur deux de nos postes, et de les insulter. Nos réclamations ont été prises dans la plus grande considération. 11 est venu de Pétersbourg un officier supérieur russe, pour prendre connaissance de ce fait. Il a mis une grande sévérité dans les punitions. Aussitôt que j'ai été instruit de l'empressement que l'on mettait à nous rendre justice, j'ai fait connaître aux généraux russes que je désirais qu'on ne donnât pas de suite à cette a£Faire.
^ On racontait notamment qu'un des {grands fonctionnaires dufprand-duclié, le jour de sa réception, ayant paru mettre dans son discours quelque affectation à séparer les intérêts polonais des intérêts français et à répéter que la nation tout entière aspirait à rindépcndance, le Roi l'aurait arrêté en lui disant : « Oui, vou9 avez raison, mais avec Taide, le soutien et la protection de Tempereur Napoléon ! » C'est à cette scène que le maréchal fait allusion dans sa lettre.
Le général Zayoncheck est venu ici. Il s'était fait précéder par renvoi de son serment de fidélité au roi de Saxe, nonseulement comme propriétaire, mais aussi comme général de division au service de Pologne.
Varsovie, 20 dëcembre 1807.
Sire, j'ai eu l'honneur d'informer Votre Majesté que j'envoyais un officier auprès du général Savary. Cet officier est de retour. Voici ce que le général Savary m'écrit sur son compte :
« Le voyage de l'officier que vous m'avez envoyé est devenu K par le fait entièrement inutile, et dans les circonstances, un «tel voyage, fait par un tel homme, pouvait avoir plus « d'inconvçnients que d'avantages. Je regrette que votre « choix ne soit pas tombé sur quelque autre que j'aurais pu « garder quelques jours. »
Le général Savary ajoute :
« J'ai recommandé à M. Laroche d'aller vous joindre par « la route directe, et de ne pas trop causer, comme il paratt A en avoir l'habitude. La nature 'des relations qui existent « entre les deux empereurs de France et de Russie oblige à « beaucoup de circonspection. »
Je ne conçois pas les motifs qui ont pu porter le général Savary à s'alarmer de ce voyage. L'officier qui l'a fait est un Français qui sait le polonais, qui était employé«à la grande armée comme adjoint, et que je préfère employer, plutôt que des Polonais qui, tous voulant la guerre, font toujours des rapports qui se ressentent de cette disposition d'esprit.
J'avais employé plusieurs fois M. Laroche, et j'ai toujours été satisfait de la manière dont il s'est acquitté des missions que je lui ai confiées. Je n'ai pas eu lieu de remarquer chez lui d'indiscrétion.
Je ne pouvais dans cette circonstance me servir d'un simple courrier, puisqu'il y avait des renseignements à prendre sur
les lieuxy pour connaftre d'où partaient les difficultës qu disait exister à Textraction des bœufs achetés pour ne Elles consistaient en gp:*ande partie dans la friponnerie douaniers^ qui faisaient courir ces bruits pour faire de Targc
Je n'ai eu jusqu'ici sur les frontières russes et autrichien que des détachements français, et tant que nous rester dans ce pays, je continuerai cette mesure, parce qu'au me je suis certain qu'il n'y aura pas de mésintelligence avec détachements étrangers, ce qui quelquefois tire à con quence. D'ailleurs, on m'a si souvent réitéré la demande placer sur la frontière des troupes polonaises, que cela i donné de la méfiance et m'a fait prendre le parti de les écarter, surtout du côté de la Galicie.
Suivant quelques rapports, il y aurait à Pétersbourg, ai qu'ici, un système suivi de fausses nouvelles et d'alarr supposées. Un agent anglais, qui est à Wilna, ne doit pas é étranger à tout cela.
Le roi de Saxe part le 27. Il professe pour Votre Majest< vénération, la reconnaissance et le dévouement les plus s cères. Nous n'avons rien épargné pour être agréables à respectable souverain. 11 est à regretter que son séjour n'ait pas été plus prolongé. Il n'aura pas eu assez de ten pour apprécier et juger ces'gens-ci * .
Le rapport de l'adjoint Laroche confirme le dernier ( j'ai eu l'honneur d'envoyer à Votre Majesté.
Il est déjà parti 5 détachements des chevau-légers de vc garde, faisant 645 hommes montés. Dans quelques jours partira un 6* détachement fort de 150 chevaux.
Tout le reste sera parti dans le courant de janvier.
* L*Einpcreur au maréchal Davout. — « Paris, 4 janvier 1808. ? cousin, je reçois votre lettre du 22 décembre. J'ai vu avec plaisir tou que vous avez fait pour le roi de Saxe et la bonne opinion que vous ave; ce souverain. Pendant le peu de temps que j*ai passé <\ Dresde, j*ai co pour lui une grande estime. » (Correspondance de Napoléon, t. XVI, p. 2
VarsoTÎe, 26 dëcennbre 1807.
Sire, j'ai remis à M. Vincent les rapports originaux que me
faisait le sieur D , avec une lettre d'envoi pour le ministre
(les relations extérieures de Votre Majesté, afin que Ton puisse les comparer avec ceux qu'il envoie à Paris. Si ces rapports sont dans un esprit différent, cela le démasquera; mais jusqu'à présent je n'ai que des conjectures. Si elles se réalisent, je le ferai arrêter.
Quant à madamede Vauban, je la laisse fort tranquille En
résultat, ces misérables intrigues ne peuvent point faire autant de mal que la bonne discipline des troupes de Votre Majesté fait de bien; d'ailleurs, il est difficile de connaître ce que Ton veut ici. Le roi de Saxe y est personnellement très-estimé ; on apprécie sa sagesse, sa sagacité et toutes ses qualités; d'un autre côté, on accueille très-mal les Saxons dans les sociétés : OQ les mystifie.
On met en circulation avec complaisance un propos que Ton prête à l'empereur Alexandre, qui aurait dit au comte Czacki à Saint-Pétersbourg : «L'empereur Napoléon m'a engagé « à prendre la couronne de Pologne, les circonstances seules « m'ont empêché de l'accepter. »
On espère que les circonstances changeront, et qu'alors la Pologne pourra être réunie. II faut le dire, devenir Pologne par les Russes n'est pas dans toutes les têtes, et quelque temps de paix calmeront les imaginations.
J'attends le général Savary, pour être instruit s'il y a aussi à Saint-Pétersbourg, comme on me l'assure, un système de fausses alarmes. Si cela est, il est probable qu'il existe ici quelques intrigues pour donner des prétextes à faire naftre ces fausses alarmes, et que les demandes qui m'ont été présentées sous mille formes et sous mille motifs, de porter des loupes polonaises sur les frontières, sont un des moyens mis «n avant par l'intrigue. Tout récemment on vient encore de iQe Eaire officiellement cette demande, mais je m'y suis refusé.
Je ne doute pas qu'il en résulterait des malentendus et d( rites, même sans qu'il fût besoin de les faire naître, ce qi pourrait produire le plus mauvais effet.
On jette des inquiétudes sur Tabolition de Tesclavage et si rétablissement du Gode Napoléon; enfin, sous mille prétexti on cherche à retarder rétablissement de Tordre constitutioi nel : voilà ce qui est apparent. Mais y a-t-il là des arrièn pensées, c'est ce que je ne puis dire. Le roi de Saxe est étrai geràtout cela; avec le temps, il calmera les esprits par s sagesse et fera tout marcher.
Ce souverain part demain; je n'ai rien négligé pour rempl les Intentions de Votre Majesté, et à cet égard je la prierai d me permettre d'entrer dans quelques détails.
Je redoute tous les éloges de journaux; ce n'est pas ( témoignage que je cherche, mais uniquement l'estime et bienveillance de mon souverain.
Le Courrier de l'Europe et des spectacles du 9 décemb] contient un ailicle, sous la rubrique de Dresde et sous la dal du 25 septembre, présentant des éloges outrés.
Le Moniteur du même jour, 9 décembre, donne aussi u article de Dresde sous la date du 25 novembre, qui annom que l'entrée de Sa Majesté le roi de Saxe à Varsovie a eu lie sans beaucoup de solennité, ainsi qu'il l'avait désiré.
S'il en eut été ainsi, je n'eusse pas rempli mes devoirs i vos intentions. Sire ; mais dans quelque esprit que cet articl ait été dicté, il est faux, car il est de fait que si Votre Majesl fût venue elle-même, il n'eût pas été en mon pouvoir d'e faire davantage. Toutes les troupes françaises, saxonnes < polonaises ont été mises en bataille depuis la barrière jui qu'au palais du Roi.
La veille de l'entrée de ce monarque à Varsovie, j'ai et prendre ses ordres à Blonié. Le jour de son entrée, j'ai été ai devant de lui avec tous les généraux et officiers d'état-majoi c'est au milieu de ce cortège et au bruit d'une salve de cei vingt coups de canon qu'il a été reçu et s'est rendu à so palais. J'étais à cheval à la portière de droite, et le ministre d la guerre polonais à celle de gauche.
Je me suis servi du terme de devoirs, car la lettre par laquelle M. Bourgoing me prévenait que rintention de Votre Majesté était que le roi de Saxe fût reçu avec éclat, m'est arrivée beaucoup trop tard pour qu'il eût été possible de le (aire, si déjà les dispositions nécessaires n'eussent été faites.
Depuis l'arrivée de ce prince à Varsovie, je n'ai rien négligé pour lui être agréable, et je me suis conduit envers lui comme si c'eût été vous-même, Sire. Deux motifs m'y ont engagé : le premier, parce que cela était dans mes devoirs; le second, par la respectueuse estime que votre allié m'a inspirée. Je dois avoir réussi; ce prince n'est pas faux, et il me témoigne bienveillance, confiance et estime. Je n'ai abusé d'aucun de ces sentiments; chaque fois que j'ai eu l'honneur de le voir, il m'a prié de lui parler sur le pays, sur les individus, comme à un ami (ce sont ses expressions). Je m'y suis refusé, en lui observant avec franchise que je ne le pouvais pas, parce que très-souvent mon imagination me trompait dans ces sortes de jugements, et que je ne pouvais m'exposer à l'induire en erreur; que si j'en agissais autrement avec Votre Majesté, c'est que me connaissant, vous mettiez de côté les visions de mon imagination; enfin je ne me suis jamais départi de cette résolution ^ Dernièrement, le Roi m'avait demandé avec instance de prendre connaissance d'un état de propositions pour la croix du mérite de Pologne que lui avait présenté le prince Poniatowski. Sans émettre mon opinion sur les choix, je me suis borné à donner connaissance de la manière dont Votre Majesté avait fait les premières promotions; c'est-à-dire, que la plus grande partie des généraux de division de l'armée active avaient été îaiis grands officiers; les généraux de brigade, commandeurs; les colonels, officiers, et les chefs de bataillon, légionnaires; que chaque régiment avait dû faire des propositions pour l'admission d'un certain nombre de légion-
* On ¥oit ici une des règles de conduite du maréchal Davoat. Dans sa coi^ ^ondance avec TEmpereur, il croyait de son droit et de son devoir de ^t dire, de tout transmettre, de ne pas cacher ses impressions; dans sa <^iiditite, il suivait strictement ses instructions, et il se conformait sans ^^nre, sans hésitation, sans arrière-pensée, aux vues de l'Empereur.