‹ Correspondance du maréchal Davout, prince d'EckmühlChapitre 22 sur 99 · AMBASSADEUR DE FRANCE A SAINT-PÉTERSBOURG · texte numérisé non relu

AMBASSADEUR DE FRANCE A SAINT-PÉTERSBOURG

VaiHovie. 18 avril 1808.

Sa Majesté l'Empereur et Roi me mande que Sa Majesté l'empereur Alexandre s'est plaint d'une proclamation qui

en sûreté au r6té <lu nord, n^avait plus cl*autre pensée que de poursoirre au midi l'application de la politique du bloruA continental, en commençant par enlever le Portu£[al k l'influence an(;laise. Il avait formé une armée dite « corps d'observation de la Gironde » , ituus les ordres du {général Junot, qm'îl avait chaque de franchir les Pyrénées et de marcher sur Lisbonne* Bientôt il ne s'était p.is borné à ce premier continssent ; il avait formé an « deuxième corps d'observation de la Gironde », sous le général Dupont, qu'il avait également acheminé sur les Pyrt'nces; puis il avait encore prqMirf an troisième corps dit « corps d'observation des côtes de l'Océan • , socw le maréchal Moncey, en lui assignant la même destination. Ceci se faisait d'ailleurs en vertu d'un arrangement secret qui avait été signé entre Napoléon rt la faible cour de Madrid, le 27 octobre 1807, qui autorisait le passage des soldats français par le territoire de la Péninsule, réglait le concours an forces espagnoles et disposait éventuellement des provinces portugaises- Jusque-là, il ne s'agissait encore que du Portugal, où l'arrivée de Junot, à travers mille contrariétés, déterminait l'embarquement de la famille royale portugaise pour le Brésil, à la fin de novembre 1807; mais tandis que ceci se passait à Lisbonne, des événements non moins graves venaient de s'accomplir à l'Escurial. Les scènes les plus violentes avaient éclaté tout à coup, aux derniers jours d'octobre, dans l'intimité de la cour de Charles lY, entre le prince des Asturies, celui qui devait dtre Ferdinand VII, et le favori de la Heine, le prince de la Paix. Tout ce monde effaré se tournait vers Napoléon comme vers un médiateur ou un sauveur. Cette échaufîburée de l'Escurial avait paru se calmer, à la vérité; elle restait néanmoins assez grave pour tenter dangereusement l'Empereur, qui, dès lors, s'accoutumait k l'idée qu'il n'y avait pas d'autre moyen d'en finir, que de forcer la fimille royale espagnole h s'embnrqu(fr pour l'Amérique, cointno vmair de le faire la famil)«^

excite ses troupes à la désertion, et qu'il a dû vous montrer. Notre souverain, bien convaincu qu'une pièce pareille ne peut pas partir d'un Français, me charge de vous en écrire. Une proclamation de ce genre ne peut partir que de quelqu'un de ces brouillons qui sont désespérés de la bonne harmonie qui existe entre les deux grands souverains de Russie et de France. Il doit exister de cette espèce de gens partout, et c'est pour éviter leurs intrigues, que je n'ai fait placer que quelques postes français dans la partie du duché qui se compose de la Nouvelle Prusse. Je puis répondre nonseulement par le bon esprit de l'officier qui commande ces postes, mais par la bonne discipline qui existe, qu'aucun officier, sous-officier ou soldat ne se permettrait un langage pareil, dans les communications qu'ils peuvent avoir avec les

foyalc portii(jai«e. Il avait peut-ôtre hosité iral)ord,il ne s'était pas hâté, daiH toiu ](*8 cas, de s'expliquer; seulement il accroissait sans cesse ses forcos, prêt à inonder de troupes, non plus seulement le Portu{;al, mais l'Espaffiie elle-même par les Pyrénées occidentales et orientales. Aux corps du (général ^Qpont, du maréchal Moncey qui étaient déj<\ en marche, il n'avait pas tardé I ajouter la {^arde sous fiessières, et à la fin de février, il avait placé Murât onunc lieutenant impérial à la tête de toutes ces forces chargées d'entrer en ^pagne. Il avait lui-même pris le parti de se rendre à fiayonne, où il était rnVé le 15 avril, prêt à saisir l'occasion que lui offraient les événements.

Cette malheureuse occasion d'ailleurs. Napoléon l'avait déjà toute trouvée 'ant son arrivé k fiayonne; une nouvelle révolution, plus («rave que celle î l'Escarial, avait éclaté à Âranjuez. Pendant plusieurs jours, la famille yale avait été exposée aux violences populaires; le roi Charles IV avait '* obligé d'ahdiquor et de céder la couronne à son Hls Ferdinand. Cette solution avait hâté la marche de Murât sur Madrid, et en définitive, les stinées de TEMpagne allaient maintenant se décider h Rayonne, où Napolétm

faisait amener les princes espagnols pour recevoir leur abdication, pour »ttre à leur place «on frère Joseph déjà roi de Naples. L'Empereur avait 1 que tout finirait ainsi, que la question pourrait être considérée comme inchée avec les forces dont il disposait; c'était au contraire le moment où, is le coup de l'invasion française, des scènes d'Aranjuez et de fiayonne, ait éclater, à Madrid d'abord, le 2 mai 1808, puis dans toutes les proices, la plus formidable insurrection nationale. C'était le romineucement

cette guerre d'Espagne qui allait dévorer les forces de Napoléon et L*haîner sa politique, qui avait dès le premier jour un dangereux retentisnent en Europe et devenait un sujet d'espoir pour tous les adversaires de

fortune de Napoléon. Déjà, on va pouvoir le remarquer, ces affaires :>pagne qui commençaient étaient commentées et exploitées, en Autrichf,

Pologne, jusqu'à Danzig; on n'en était qu'au début au mois de mai 1808. orrespondance de Napoléon, t. XVI et XVII.)

troupes de Sa Majesté TEmpereur de toutes les Russies. Je vous prie. Monsieur rambassadeur, de demander si (ce que je ne suppose pas) quelque individu des troupes que je commande, ou du pays que j'occupe, s'est permis quelque acte de cette nature, et par la justice que j'en ferai, je prouverai quel est mon désir d'exécuter les ordres de mon souverain, qui sont de ne rien négliger pour entretenir la bonne harmonie si heureasèment rétablie entre les deux empires.

Sur notre point, la désertion est peu considérable, et comme ce sont des individus qu'il serait dangereux de laisser dans un pays, puisque n'ayant aucun moyen d'existence, ils y feraient le métier de vagabonds, je les fais réunir, et je les envoie sur les derrières; il y a quelques mois que, n'ayant pas pris cette précaution, ils ont commis beaucoup de vols et même des assassinats du côté de Brombei^ : j'ai été obligé de nommer des commissions militaires, et l'ordre n'a été rétabli que par la mesure que j'ai prise. Ne pouvant les rendre, puisqu'il n'existe pas de cartel d'échange entre les deux gouvernements, c*est ce qui m'a empêché de réclamer un de nos sous-officiers qui a déserté dernièrement avec une partie de son poste.

Au surplus, ces gens qui sont si peu attachés à leur souve^ rain et au sol de leur patrie sont peu regrettables et ne font pas la force des armées. Je charge M. Raoul de Montmorency, officier attaché à mon état-major, de vous porter cette lettre. Je vous prie de le renvoyer promptement, pour qu'il puisse continuer son instruction militaire. Je ne lui ai remis d'argent que pour aller. Je vous prie de lui en faire donner pour son retour.

46i. — A L'EMPEREUR ET ROI.

Varsovie, 6 mai 1808.

Sire, Votre Majesté, par sa lettre du 31 mars, en m'annonçant qu'elle allait se rapprocher des Pyrénées, m'a fait connaître que l'empereur Alexandre se plaignait d'une proclamation qui excitait ses troupes à la désertion. Votre Majesté m'ayant

engagé à écrire à votre ambassadeur M. de Caulaincourt, je lui ai adressé la lettre dont copie est ci-jointe.

11 n'y a pas que des Polonais qui forgent des intrigues pareilles. Il y a en Russie bien des gens qui doivent en être capables. Les correspondances qui me paraissent donner les renseignements les plus exacts confirment la ferme volonté qu'a Tempereur Alexandre d'exécuter avec bonne foi les traités conclus avec Votre Majesté; mais il doit y avoir un grand mécontentement sourd, et auquel le plus petit événement peut donner de la consistance. A Pétersbourg, ceux qui sont pour Tempereur Alexandre attendaient avec une vive impatience le passage du Sund par le corps du prince de Ponte-Corvo.

Le roi de Prusse a renvoyé en congé la plus grande partie de sa petite armée. Il s'en trouve douze ou quinze mille originaires du ducbé et sujets du roi de Saxe. Sur ce nombre, les deux tiers sont en état de servir. J'en ai écrit à M. le résident pour qu'il en instruise et les ministres du roi de Saxe et votre ministre des affaires étrangères, puisqu'il peut être dans vos intentions que ces soldats qui font partie de la Confédération du Rhin ne puissent pas rentrer au service d'une puissance étrangère.

Une grande partie des ofBciers prussiens qu'on a congédiés ont pris parti dans l'armée russe. On en porte le nombre à environ 300; il paraîtrait que le parti adopté de renvoyer la majeure partie des troupes provient du refus fait par les États de la Prusse pour entretenir une armée de 40,000 hommes. Le rapport ci-joint, auquel j'ai lieu d'ajouter quelque foi, m'a été fait à cet égard.

En Galicie, tout est extrêmement tranquille. Les mêmes léfenses de laisser entrer du fourrage, des bestiaux dans le luchéy existent, lorsqu'en même temps on n'est pas aussi dif- Bcile pour les Russes. Il est certain que le commerce est libre entre la Galicie et la Russie, au moins par le fait.

Les journaux français ayant annoncé ces jours-ci que la Porte cédait à l'Autriche quelques provinces, et que cette puissance cédait en échange la Galicie pour être réunie au

duché de Varsovie, qui reprendrait le nom de Pologne, cetl nouvelle a ranimé toutes les espérances, et les Galiciens qi étaient à Varsovie ont fait passer en Galicie des copies de ce articles.

i65. — A L'KMPKRKUR ET ROI.

Varsovie, 6 mai 1808.

Sire, j'ai eu l'honneur d'entretenir Votre Majesté dans m lettre du 12 avril d'une congrégation religieuse établie depui une vingtaine d'années à Varsovie sous le nom de Benonistej J'ai annoncé en même temps à Votre Majesté l'envoi d'u grand nombre de pièces saisies chez ces religieux. Cet env( a été retardé d'abord, parce que le roi de Saxe ayant ordonii qu'on lui rendit un compte direct, et adressé à lui seul, d cette affaire, il a fallu, pour que je puisse en obtenir la corn munication, un événement qui, en dévoilant la haine de C( moines pour les Français, m'a donné le droit de l'exiger. Ce événement est constaté par une déclaration des officiers qi ont failli en être les victimes, par un rapport du commandai de Varsovie, et une déclaration d'un aide de camp du princ Poniatov^ski, dont je joins ici des copies. Cet aide de cam a été plaisanté sur cette grande marque de dévouement au Français par les alentours de ce ministre ; ce fait dont je su certain, quelque peu imposant qu'il soit, confirme les mat vaises dispositions connues de ces individus, qui finiront pr perdre leur maître. Une autre cause du retard, et qui le pr( longe encore de quelques jours, c'est la nécessité de faii traduire cent cinquante et quelques pièces écrites en allemar et en latin. On travaille avec activité à cette traduction, qn j'aurai l'honneur d'adresser à Votre Majesté aussitôt qu'el sera terminée ; mais en attendant, je crois devoir attirer toui son attention sur cette réunion d'hommes extrêmement dai gereux. La congrégation des Benonistes fait partie de oel des Pères de la Rédemption, qui, chassés de la Bavière parc qu'ils soulevaient le peuple contre la levée de la circouscri]

nu MARÉCHAL DAVOUT. — 1808. 20^

tioD J ont été ensuite de Coiro où ils s'étaient retirés; là ils employaient les mêmes manœuvres, pour empêcher le recrutement des régiments suisses levés pour le service de Votre Majesté.

Ces congrégations sont répandues en Allemagne, en Italie, en Suisse, en Autriche, en Suède, en Danemark et en Russie, et paraissent avoir pour objet de faire revivre Tordre et Tempire des Jésuites ; elles ont entre elles, ainsi qu'à Rome, à Vienne, à Mittau, une con'espondance très-active, et plusieurs passages de cette correspondance démontrent que si quelquesuns de leurs membres sont des fanatiques de bonne foi, ceux qui les dirigent ont des vues très-étendues et très-contraires à la tranquillité du pays où ils résident. Ces vues se manifestent clairement dans une lettre écrite par un certain chanoine de Vienne, et dans laquelle on lit ce passage : « Il serait plus •sûr dVtablir la congrégation en Allemagne, notamment en « Souabe, attendu que ce pays, divisé en petites principautés, •ayant une mauvaise police, laisse la liberté de faire beau- •coup de bien et de mal. La société des Pères de la Foi ■prend un grand accroissement, et elle est particulièrement ■protégée par Tarchiduchesse Marie. »

Tout porte à croire que ces Pères de la Foi, ceux de la Rédemption, les Benonistes, ceux de la Société de Jésus, appartiennent à un même et seul ordre ayant les mêmes statuts, le ïnéme but et les mêmes directeurs, et qu'on n'a donné des noms différents à chacune des congrégations que pour soustraire plus aisément à l'attention du gouvernement les progrès <l'une corporation qui s'étend déjà sur presque toute TEurope, ^tqui peut être un puissant moyen d'influence entre les mains i^ ceux qui la dirigent.

Les Benonistes de Varsovie exercent sur la dernière classe du peuple, et même sur quelques personnes de la première classe, la plus grande influence. Ils fanatisent et cherchent Particulièrement à attirer à eux les domestiques, afin de conïiaitre par le moyen de la confession ce qui se passe dans les 'faisons, et cela est si connu qu'il est d'usage de s'informer si ^û domestique se confesse aux Benonistes, parce que dans ce

ÎO^ CORRESPONDANCE

cas il est rejeté. Ils livrent le peuple à une foule de pratiques superstitieuses, le retiennent toutes les journées dans les é{jlises, où ils prêchent quatre fois par jour, et continuent leurs exercices jusqu*à dix heures du soir. Sous le prétexte d'éducation, ils s'emparent des jeunes gens des deux sexes, pour les façonner à leurs idées, et les retiennent si longtemps dans leurs écoles que le gouvernement prussien avait été obligé de leur défendre d'instruire les filles au delà de Tàge de quatorze ans.

Par tous ces moyens qui leur donnent beaucoup de prise sur des individus que leur ignorance dispose à la superstition, ils acquièrent sur cette classe un empire d'autant plus dangereux que ceux qui les dirigent paraissent très-adroits, et suivent un système bien lié. Leur conduite, les discours qu'ils tiennent contre votre personne, leurs sermons, leur correspondance, tout prouve jusqu'à l'évidence qu*ils sont les ennemis personnels de Votre Majesté.

L'abbé Edgeworth, confesseur de Louis XVI et actuellement aumônier du comte de Provence, écrit de Mittau, le 14 mars 1807, au nommé Hofbauer, vicaire général des Benonistes de Varsovie et des autres congrégations, en lui adressant une lettre de recommandation pour lord Douglas : « Je tous « félicite de ne pas vous être trouvé à Varsovie au moment « de l'entrée des Français, et de n'être pas retourné où le périt turbateur du repos public, l'homme qui a en horreur toutes « les vertus, gouverne impunément. »

Il parait qu'à cette époque cet Hofbauer a été faire un voyage en Bavière, en Suisse, et peut-être en France, où il doit avoir quelques intelligences. On a retenu cette phrase d'un de leurs sermons : « La religion s'oppose à ce qu'on se lie de cœur et « d'âme avec des protecteurs dont l'immoralité est reconnue. ■

Au mois d'août 1806, Hofbauer écrivant au père Hûbel de Babenhausen, relativement à un projet de passage au Canada, l'engageait à avoir recours à l'abbé Edgeworth, qui peut tout sur l'esprit de son maître (le comte de Provence), de Marie- Thérèse et de son mari, et il ajoute : « Mais pour l'amour de « Dieu, observez le secret; il était si* bien gardé lorsque nous « étions ensemble !

«Je suis certain que nous serons reçus à bras ouverts dés

■ qae nous aurons secoué la poussière de la Bavière. On se " réjouissait dans plusieurs villes de France de notre prochaine

■ arrivée. »

Dans une lettre datée de Coire, du 29 mai 1806, en parlant

de la persécution que la congrégation avait éprouvée en Saisse, et de la dispersion de plusieurs Benonistes, on dit : iLe peuple est pénétré d'enthousiasme pour nous, même

• plus qu'il ne Test en Souabe. — Le Seigneur bénit nos tra-

• vaux, nos chants percent les rochers, les Alpes en reten- <t tissent ainsi que nos vallées; si c'est Tennemi qui nous a «dispersés, il s'en repentira bientôt. » Dans une autre lettre écrite de Vienne à Hofl^auer, on trouve ce passage remarquable : « Je sais qu'on travaille au rétablissement des «Jésuites. Les monarques ne reconnaissent pas encore assez •quelle troupe est leur garde la plus Hdèlc et la plus adroite. «Il doit se former secrètement un parti qui agira d'après le

• même plan, et les maximes qu'avaient adoptées les méchants, ■pour les renverser à leur tour. »

La correspondance que j'enverrai tout entière à Votre Majesté lui donnera des renseignements précis sur l'esprit qui anime ces congrégations; mais ce que je viens d'en extraire suffit pour faire connaître combien leur existence est dangereuse. Sans doute, celle de Varsovie ne peut l'être beaucoup dans ce moment, elle n'est pas assez puissante pour faire beaucoup de mal ; mais elle le prépare, et avec l'esprit de suite qui existe dans de pareilles corporations, si une circonstance favorable à leurs vœux se présentait, ils seraient bientôt en mesure d'en profiter.

Tout me prouve qu'ils ont beaucoup concouru, par leur influence sur le peuple, aux agitations qui se sont manifestées à l'époque de la dépréciation du billon; ces agitations n'ont cessé entièrement que lorsque je leur ai fait dire par le commandant de place qu'instruit qu'ils excitaient les boulangers et bouchers à fermer leurs boutiques, je les ferais traduire à une commission militaire, s'ils ne cessaient leurs menées. Ils se répandirent d'abord en dénégations, et voyant qu'elles

ii^opëraient aucun efiFet, ils finirent par dire que je ne pourrais rien faire contre eux, parce qu'ils étaient protégés par le roi de Saxe, auprès duquel ils avaient de puissants appuis. En effet, le confesseur du Roi est un membre de leur ordre. Cependant depuis ce temps toute agitation a cessé, et les boutiques ont été approvisionnées.

Il y a parmi leurs affiliés des gens considérables dans ce pays par leur rang et leur fortune, qu'on ne peut supposer (;uidés par le fanatisme, mais qui ont assurément des intentions qui ne peuvent être bienveillantes.

Je sais que madame de Yauban a poussé le prince Poniatowski à me parler pour eux, et celles son intérêt pour cette espèce de gens ne prend pas sa source dans des idées religieuses.

D'autres personnes marquantes ont des liaisons avec eux, leur fournissent de l'argent et sont les agents de leur corre;»pondance. Ils en entretiennent une très-active avec la Galicie.

Ces moines sont tous Allemands, et sans doute pour avoir rapproché d'eux des Polonais qui ne sont pas connus pour être très-religieux, il n'a fallu rien moins que l'espoir de s'en servir comme d'un puissant moyen d'intrigues.

Après l'attaque qu'ils ont faite contre des officiers français, je n'aurais pas hésité à les chasser, si je n'avais été retenu par rintérét que parait leur porter le roi de Saxe ; mais comme ce fait démontre qu'ils ne manquent pas d'audace, et comme il peut survenir telle circonstance où ils pourraient devenir dangereux, je supplie Votre Majesté de m'autoriser, dans ce cas, à en débarrasser le pays, et de me prescrire les mesures que je devrais prendre pour qu'ils n'aillent pas porter ailleurs leur esprit dangereux et turbulent.

Varsovifî, G mai 1808.

Sire, j'ai l'honneur d'adresser à Votre Majesté copie d'une lettre de M. de Rose à votre résident, et que ce dernier a été invité à me communiquer. Je croirais manquer à mon devoir

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si je ne relevais une conduite aussi inconvenante et aussi indécente. Je vous adresse copie de ma réponse à M. Serra qui sera envoyé à Dresde. Il y a dans les lettres de M. de Bose une mauvaise foi insigne, non-seulement sur les dates, mais dans tout ce qu'il rappelle de la conduite qui a été tenue dans ces circonstances difficiles.

Le I" mars, les ministres du duché écrivent à Dresde pour faire connaître la dépréciation du billon; ils demandent avec instance des ordres, et ce n'est que vingt-sept jours après que Ion envoie de Dresde une décision insignifiante. Encore u'a-t-elle été prise à Dresde que parce que le vingt-cinquième jour le colonel Romeuf y porta des dépêches très-pressantes de M. le résident et de moi, pour M. Bourgoing. Pendant ces délais, le mécontentement était au comhle. Le trésor public jusque-là n'avait voulu recevoir que du courant dans les caisses, et il payait les employés et les troupes en billon, valeur nominale. 11 achetait de cette mauvaise monnaie et donnait des permis d'exportation du courant pour s'en procurer.

C'est dans ces entrefaites qu'il arrive pour le payement de nos troupes un million et quelques cent mille francs de billon. Ils profitent de cette circonstance pour chercher à jeter sur les Français l'odieux de leur agiotage et de toute leur ineptie. Le 7, ils m'annoncent qu'ils sont obligés de suivre la dépréciation qui a lieu dans les pays voisins, et me prient de seconder leurs mesures. Ils me font cette demande dans l'espérance d'une opposition de ma part, opposition dont ils eussent profité, pour rejeter toutes les pertes qui résulteraient de cet état de choses sur les administrations françaises. Ma réponse a déçu leurs espérances ; mais Votre Majesté connaît toute la correspondance qui a eu lieu à cet égard, et toutes les mesures dictées aux uns par la mauvaise foi, et aux autres par l'ineptie et l'ignorance. Le résultat est que les Français n'ont pas été obligés, comme les premiers le désiraient, de tirer des coups de fusil dans le pays pour y rétablir l'ordre.

Les différents décrets pris sur les représentations de M. le résident ont suffi pour cela, et ces mesures qui viennent

Î08 COR IlES POND ANGE

d^étre étendues par M. Tintendant général à toutes les provinces prussiennes occupées par les troupes de Votre Majesté donnent Tassurance qu'il faudra employer d'autres moyens pour agiter ce pays, le billon étant d'abord ramené à sa valeur intrinsèque par sa réduction à 66, deux tiers pour 100 de sa valeur nominale.

M. le comte de Bose, dans sa lettre, parle du décret pris à Dresde le 27. J'ai l'honneur d'en adresser ci-joint à Votre Majesté une copie.

Ce décret est arrivé à Varsovie le 2 avril au soir, et non le 29 mars, et d'ailleurs ce n'est pas avec un galimatias pareil qu*on eût pu remédier au mal. Depuis cinq jours les boutiques des boulangers et bouchers étaient fermées, et à la lettre, le peuple était sans subsistance, et depuis vingt jours votre résident était à tourmenter sans succès le gouvernement, pour qu'il mit un terme aux mesures absurdes qui occasionnaient cet état de choses.

L'intention d'exciter des troubles était tellement manifeste qu'après le décret du 27 mars auquel les ministres ont été obligés, ils se sont occupés des moyens d'en détruire l'effet. Le ministre des finances envoya secrètement l'ordre de ne recevoir dans les caisses qu'un tiers en billon au cours, et les deux tiers en courant. A la première exécution de ces ordres, la crise recommença, et le désespoir se fût emparé des esprits, sans le décret du 6 avril que j'ai envoyé dans le temps à Votre Majesté et qui a tout calmé.

Je n'entretiendrai pas plus longtemps Votre Majesté de toutes ces misères qui auraient de la conséquence, s'il ne régnait pas entre votre résident et moi la plus parfaite intelligence.

L'annonce qui a été faite à M. Bourgoing de l'intention de Votre Majesté, de compenser vos créances sur le duché avec les fournitures de vos troupes, de faire payer désormais toutes leurs dépenses, et de prendre à votre solde le tiers de l'armée du pays, a produit les plus agréables sensations; mais il esta désirer que Texécution s'ensuive promptement, car chaque jour accroit les embarras pour les subsistances, et ajoute à

DU MARKGHAL DAVOUT. — 1808. Î09

arriéré des troupes polonaises. Le tableau de Tarmée du luché est bon sous le rapport du nombre qui existe, non-seuement sur le papier, mais dans les rangs; mais s'il était quesion d'entrer en campagne, plus de la moitié resterait faute larmes, et surtout de chaussure. Ce fait est établi à la lettre par les états de situation; il n'existe que 13,000 hommes rinEanterie ou de cavalerie ayant, non la chaussure prescrite par les règlements, mais une seule paire de souliers en t^tat de servir; les autres ne font aucun service par ce motif. Lorsque je me plains de cet état de choses, je reçois de belles promesses, mais qui jusqu'ici sont restées sans effet. L(^ désordre qui existe dans Tadminislration ne fait qu'accroître le mal.

Le pays a fait cependant de très-grands sacrifices. Un fait pour vous donner une idée de Tineptie des administrations du pays. 11 existait dans la Grande Pologne des fabriques de draps qui fournissaient aux troupes russes. Au lieu d'acheter chez ces fabricants le drap pour les troupes polonaises, on Ta fait acheter en Silcsic. 11 est résulté de là que les fabricants ne vendent plus aux Russes à raison des circonstances, et ne trouvant dans le pays aucun débouché, ont déserté le pays.

Y a-t-il dans cette conduite de l'ignorance ou de la malveillance, c'est ce que le temps démontrera. Je suis tenté de croire qu'il y a Tun et l'autre.

l«7. — AU MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE

PRINCK DE NEl'FCHATEL, ETC.

Vur»uvie, 28 mai 1808.

Monseigneur, j'ai l'honneur d'adresser à Votre Altesse la opie ci-jointe d'un rapport de Son Altesse le prince Poniajvvski, ministre de la guerre du duché de Varsovie, lequel st relatif à l'enlèvement de 18 déserteurs russes sur le terri- )ire du duché, par un officier russe revenant de France avec n détachement de prisonniers de guerre de sa nation.

Aussitôt que j'ai été instruit de cet enlèvement, j'ai envoyé n. u

210 CORRESPONDANCK

Tordre au commandant de la place de Tyckoczin, ville par où devait passer ce détachement, de se faire restituer ces déserteurs.

Ayant été également informé que, d'après rautorisation de M. le maréchal Victor, un major russe avait enlevé 46 déserteurs de sa nation, que le chef de bataillon commandant le dépôt de la légion de la Yistule avait fait partir pour Mayence, afin d'élre incorporés dans cette légion, j'ai fait connaître à ce maréchal qu'en attendant que Votre Altesse m'eût transmis les ordres de Sa Majesté à l'égard des déserteurs russes, j'avais donné l'ordre de diriger sur Custrin tous ceux qui sont de la . Pologne russe, pour être incorporés dans la légion de la Vis- i tule, et qu'en ayant fait remettre ces hommes à un major ^ russe, c'était établir un cartel d'échange pour les déserteurs, qui n'avait point encore été pratiqué jusqu'ici par les Russes, attendu qu'ils ne m'avaient pas rendu un maréchal des logis -, du 2* régiment de chasseurs qui a déserté dernièrement avec ; 4 chasseurs, ni plusieurs autres déserteurs.

Les déserteurs russes, prussiens et autrichiens commettaient tant de désordres dans le pays, en faisant le métier de vagabonds, notamment dans les environs de Bromberg, que j'ai été forcé d'établir des commissions militaires pour juger ceux qui avaient commis des délits et faire cesser leur brigandage, et ce n'est que depuis la mesure que j'ai prise de faire rassembler les déserteurs en les envoyant au dépôt de la légion de la Vistule pour y être incorporés, que l'ordre s'est rétabli.

Je prie Votre Altesse de vouloir bien me transmettre des ordres positifs de l'Empereur relativement aux déserteurs russes, lesquels je ferai retenir h Custrin jusqu'à ce que je sache les intentions de Sa Majesté h cet égard. Je n'ai connaissance d'aucun cartel d'échange entre les deux nations; les Russes ne nous rendant pas nos déseileurs, je croirais manquer à mes devoirs en tolérant qu'ils reprennent les leurs

VanoTÎe, 15 juin 1808.

Sire, le ministre de la guerre du duché m'a communiqué (Bcîellement la convention conclue entre Votre Majesté et le )i de Saxe, relativement aux 8,000 Polonais qui passent à )tre solde.

Je n'ai encore rien reçu à cet égard des ministres de Votre ajesté, ni de son ambassadeur à Dresde; cependant, comme ir vos lettres, et notamment par votre dernière du 26 mai, m$ m'annoncez cette mesure, je fais tous les préparatifs Icessaires pour que, sous une quinzaine de jours, les corps li doivent composer ces 8,000 hommes puissent se mettre I marche et passer l'Oder : j'espère que pendant ce temps, recevrai des ordres.

Le prince Poniatowski m'a proposé plusieurs projets, entre très de prendre dans tous les régiments, et de donner le mmandement de ces troupes aux officiers surnuméraires. )us ces projets m'ont paru n'être pas dans les plus grands tëréts du service de Votre Majesté.

J'ai pensé qu'en choisissant des corps déjà formés et des lonels qui ont des noms marquants dans le pays, qui y lissent d'une grande considération personnelle, par leur tune et leurs qualités, comme d'ailleurs par leur attache- *nt à la France, et qui n'ont pas servi antérieurement dans légions, je remplirai davantage les intentions de Votre ijesté.

l'ai désigné, en conséquence, le 4* régiment de la légion du nce, commandé par le colonel Félix Potocki; le 7* régiment la légion Zayoncheck, commandé par le colonel Soborski, et le 9* régiment de la légion Dombrowski, commandé ' le prince Sulkowski.

'^es trois officiers réunissent les qualités énoncées ci-dessus. La nouvelle du passage de ces 8,000 hommes au service et i charge de Votre Majesté, connue dans le public, depuis elqne temps, y a produit la plus agréable sensation, ainsi

212 COR hESPOND ANGE

que leà marques d'intérêt que tous doonez à ce pays, en faisant payer comptant la Tiande et les autres services, ce qui fera cesser le système des réquisitions qui donnait lieu à mille abus. Par là, la présence des troupes ne sera plus qu*un bienfoit pour le pays.

Depuis six semaines, chaque jour, Topinion s^améliore, par ces considérations et aussi parce que les esprits se livrent à de grandes espérances.

Indépendamment des bruits qu*on fait courir sans cesse sur la cession de la Galicie, on a répandu, dans la société, une lettre écrite par lord Douglas à madame Potocka, veuve du feu comte Félix Potocki, et dans laquelle il lui marque qu'il est question du rétablissement de la Pologne dans ses anciennes limites, à Texception de la partie qui interrompt la communication entre la Nouvelle Russie et la Moldavie, et qui serait déterminée par une ligne qui serait tirée de Kiow à Ramieniec. Il lui conseille de retenir pour elle les terres situées au delà de cette ligne, et qui par conséquent resteraient sous la domn nation russe.

Ce lord Douglas est le dernier ambassadeur anglais en Russie; il était à Kiow vers le commencement de mars, et il J obtint la permission de retourner à Pétersbourg et d'y rester en qualité de simple particulier; i'£mpereur (d'après une lettre qu*il produisait à Kiow) connaissait particulièrement la nature de ses sentiments pour lui.

Je cite ce fait à Votre Majesté, parce qu'il me parait constater que cet ex-ambassadeur habite encore la Russie, et qu'il est probable qu'il est maintenant à Pétersbourg.

J'ai chargé un officier que j'ai envoyé à Pétersbourg de faire connaître verbalement ces détails à votre ambassadeur.

Cet officier lui porte les pièces et renseignements relatifs à l'arrestation qui a eu lieu ici, de trois Anglais se rendant en Russie, avec des passe-ports russes et qui ont été relàchéf depuis, ainsi qu'à la mauvaise conduite d'un officier russe qui a commis des violences graves sur le territoire du duché. Je n'entretiendrai pas Votre Majesté de ces deux événemeots, en ayant rendu le compte le plus détaillé au major général.

J'adresse à Votre Majesté copie de la réponse de cet ambassadeur à la lettre que je lui ai écrite précédemment par votre ordre.

D*aprés les renseignements que j'ai reçus par le retour de M. de Montmorency, qui avait été porteur de ma lettre, je dois croire que tout est au mieux à Pétersbourg.

Cependant, par la correspondance de Tintérieur, par les récits des voyageurs, il paraîtrait que Ton est très-mécontent de la gueire contre les Anglais, ce qui donne lieu à beaucoup de murmures. Cela m'a été confirmé par Rhodes, violon de la diapelle de Votre Majesté, qui est arrivé hier soir de Russie.

A Grodno, dans la plus haute société, on parle d'une nouvelle coalition, en ajoutant que, pour la faire réussir, il doit CD coûter la vie à un souverain.

Cela a été écrit entre autres par le maréchal Pancerynski à M. Lenczewski. Je cite cette lettre d'un homme très-connu, pour donner à connaître la source des bruits affreux qu'on renouvelle de temps à autre.

D'après les récits de quelques voyageurs qui me paraissent dignes de foi, les Anglais auraient repris sur les Russes les îlesdeGothland et deSeeland, et une flotte anglaise de 30 voiles de guerre aurait été vue à la hauteur de Riga, se dirigeant vers les côtes de la Livonie.

Ce sont sans doute ces nouvelles qui ont déterminé il y a quelques jours le départ de quelques régiments qui étaient sur la ligne du Niémen et qui se dirigent sur la côte.

Tout est parfaitement tranquille sur ce point, malgré ce que disent les Allemands.

A Bialystock, chaque jour, ils donnent des inquiétudes aux généraux russes, en inventant des formations de magasins et des mouvements de troupes françaises, et ici, par le canal des Polonais, ils répandent les mêmes fables pour ce qui regarde les Russes.

Il résulte des rapports les plus précis que ceux-ci n'ont sur la ligne, depuis le Bug jusqu'à Memel, que 5 divisions qui même ne sont pas toutes de la même force, car il y en a une de 2 régiments.

il» C0ER£SP05DA3(<:E

Ik ont uue gnmde armM en MoIdaTÎe; mais il règne dans le pskj^ a ne maladie contagieuse contre laquelle on prend de> précaolioD«, en empêchant la communication de ce pav^ arer le» autres proTinces, et, ce qui est encore plus mauvais, il y a une grande division entre le» généraux.

Le re^e de« troupes russes est en Finlande et du côté de Péter«ljourg.

L'administration, à Bialystock, continue toujours à être entre les mains des Prussiens, et les Russes n'occupent le pays que militairement.

Les 1 1 régiments d'infanterie autrichiens qui étaient daib les deux Galicien, se sont mis en mouvement depuis quelques jours, pour se porter, les uns en Hongrie, d'où ils doivent se rapprocher des frontières d'Italie, les autres, en arriére de ^^racovie, à portée de la Silésie autrichienne, où il se Saiit un grand rassemblement de troupes. Dans la nouvelle Galicie, il n'y a plus que des hussards.

Tout ce qui vient de Vienne ne parle que des propos ianfiirfjns des militaires autrichiens, et des bruits de guerre.

Depuis quelque temps, le prince Constantin Czartonski, frcre de celui qui est à Pétersboui^, se trouve ici. Il y ayail conduit sa femme, fille d'une princesse Radziwill qui n a pa> quitté le pays; elle est tombée malade grièvement, et c^estce qui le retient ici. Il se conduit très-bien.

On annonce que Tempereur de Russie a permis à KoUontay de rentrer dans le duché. Ce qu'il y a de certain, c*est que !%cs amis Tattendent à chaque instant. Je me rappelle que Votre Majesté m'a écrit qu'il ne pouvait plus être ques* tion de lui ; ainsi je me conduirai vis-à-vis de lui en conséquence.

Les Autrichiens, malgré les annonces des gazettes, sont toujours de fort mauvais voisins. Ils ne laissent passer que du froment et du seigle, et laissent toujours subsister la défense d'exporter dans le duché des fourrages et de Tavoine. J ai la certitude que cette défense n'existe pas, au moins par le fait, pour l'exportation en Russie. Dernièrement, de l'avoine achetée en Galicie, pour le compte du duché, n'a pu arriver à sa desti-

nation qu*en la faisant transporter sur le territoire russe, d'où elle est venue ici par le Bug.

Plusieurs journaux français ayant annoncé que rAutriche devait envoyer un résident à Varsovie, et la présence de

M. D , ancien résident d'Autriche près le dernier roi de

Pologne, arrivé avec beaucoup d'argent, dit-on, et voyant i>$ez mauvaise société, pouvant donner de la consistance à celte nouvelle, j'ai fait insérer dans les gazettes l'article suivant :

a Quelques journaux ont annoncé qu'il devait arriver un « résident d'Autriche à Varsovie ; ce qui aura pu donner lieu

«à ce bruit, c'est qu'il est arrivé dans cette ville un M. D ,

« résident de cette cour auprès du roi Stanislas. On est certain i qu'il n'est ici que comme simple particulier, pour y manger

• sa fortune, et c'est comme tel qu'il fréquente MM. M ,

• S etT »

Cette annonce a fait sauver ces trois individus. Quant à M. D , personne n'ose plus avoir avec lui de communication. D'ailleurs, quelque argent que les Autrichiens envoient, on peut assurer qu'ils ne feront pas de prosélytes.

J'ai rhonneur d'assurer Votre Majesté que je ferai tout ce qui dépend de moi pour conserver la patience et le sang-froid qu'exige le bien de son service. Je reconnais que cela est très- Qécessaire, quoique difficile, dans un pays où rien n'est orgalisé et où rien ne s'organise. Cet état de choses ne peut durer oDgtemps, et lorsque les grandes occupations que Votre ilajesté a du côté des Pyrénées n'existeront plus, la position le ce pays réclamera toute son attention * .

' A ce moment, les occupations de Napoléon étaient en effet fort grandes u côté des Pyrénées, et les circonstances étaient devenues critiques; tout était précipité. Par les conventions des 5 et 10 mai, le roi Charles IV et

prince Ferdinand, son fils, arrivés h Bayonne, avaient cédé à Napoléon as leurs droits de souveraineté. Peu après, une junte de notables espagnole 'ait ét^ réunie à Baronne même, pour voter une constitution, et Josepli ait été proclamé roi d'Espa{;ne; mais dans Tintervnlle, les événement* aient marché, tout était on ft'u. Au 8i{;nal du mouvement du 2 mai, à adri<l, rt a la nouvelle des c!»anf;<*monti* accomplis h Rayonne, l'insurrection ait éclaté dans* l<s Asturies, dans la Galice, dans TEstramadure, l'Anda* uitie, danri U'a provinces dv Murcie, Valence, Catalogne. Partout s'étaient.

Le roî it Saxe e«t certûaeBfesA u prince Teitaem, déToné a \rJtr^ If^ef^é et ian» arrHfre>-peiuee. Mirf il C!»t mal seiri et bwtiignement troiapé.

Od a bcetk pabliê ici le oïde Sapoteoo. bû aans prendre aseiiDe des mesarc;^ prèiiaû]iaife< indispettsaklespoa rassurer JiOD ^réeotifMi et pn?-parer Ea tranâztioa des aacîenoes lois aox ftoorelle».

Il n'a pa« néoie été £aît de traductîoa officielle du code, et la ieale qui existe e$t faîte, assçore^-oo, d^une manière si înÎDtelligikle qa*oo peut supposer de la nianTai:çe foi dans ses auteurs.

De là le» pins i^rands dé:ïOrdre«^ dans les trikunaux, qui n^ont aucune ba^e pour juger beaucoup de difficultés entre le$ paT«aa« et les seigneurs, au sujet des conrentions à Elire entre eux. Cet article est très-important, et il en résulte un mal journalier. Les înges de paix, qui pourraient y remédier et qui seraient en général si utiles, ne :?ont établis presque nulle part.

Il T a pour le moins autant de décousu dans radminislra^ tion, et c*est au désordre qui existe qu'il Eiut attribuer rarriéré qu'il T a dans la perception des impôts. Enfin les différent^ décrets que les ministres prennent au nom du roi de Saxe ajoutent au désordre. Celui de la conscription est de cette nature.

Le nom de Totre Majesté, Tespérance qu*ont les babitants que TOUS tous occupez d'eux, Toilà ce qui combat les mauvai^ effeU de cet état de cboses, car, j*ai Thonneur de tous k répéter, Tesprit public est très-bon.

Il s'agit d'organiser le pays, et il y est tout préparé : c'est la

fonnéeiidfM janUïS insarreciionnclles, prenant le («uaTememeni du pay«« faisant jppH à l'armée estpa^ole, aax lerres en maue, et Napoléc^ s^êtaît to obli{;i' aoMirdt de foire face de toos côté;?, ayant à conq[oérir par les armes la couronne rpi*îl Tenait de donner à ton frère. Bessières tenait tète a rin^orrecdon en Galice. Dapont était mis en marche snr rAndaloiuie, on il allait, sTant peu, essoyer an iii cmel rerers. Le niaréclial Moncey marchait sor le roTanoM^ de Valence. Le fanerai Dahesme était en Catalogne. D*aatres forces opéraient dans TAraf^on, sur Saragosse. Bref, à cette date de la mt-ju'n, où écrÎTait 1« maréchal DaToaf, la guerre était déj3i dans toute son intensité. (Correspondance de Napoléon, t. XVIU p. 307.)

ité du roi de Saxe, ce sont les organisateurs qui manquent. I recommande, de Dresde, au nom du Roi, — et j'ai là cer- B que c'est à Tinsu de ce prince, — aux ministres, d'élu- >ar des promesses tout ce que les autorités françaises osent. Ainsi, cette morale, contraire au bien du service nun, met les ministres dans Talternative, ou de se refuser mesures que les circonstances exigent, ou de courir la ce de déplaire à leur souverain.

tte conduite artificieuse ajoute encore aux difficultés déjà ; embarrassantes.

n'y a ici aucune police, et j'ai été obligé d'en organiser à la tête de laquelle j'ai mis le chef d'escadron Saunier, ier plein d'activité, d'intelligence, et d'une probité uvée. J'en suis satisfait sous tous les rapports; mais un e du ministre de la guerre l'appelle dans le royaume rurie, pour y organiser la légion de gendarmerie qu'on me. J'ai réclamé contre cet ordre auprès du ministre et de Altesse le major général, et s'il n'est pas révoqué, la police j'ai sera désorganisée, et je me trouverai sans moyens de laitre la vérité au milieu des contes de toute espèce que fabrique ici. Je supplie Votre Majesté, pour le bien de service, de donner l'ordre qu'on laisse ici cet ofBcier qui y essentiel, et qui certes ne sera nulle part, à raison des mstances, aussi utile qu'il l'est dans ce pays. 3S journaux étrangers, même ceux imprimés dans les pays pés par les troupes françaises, contiennent une foule ides rédigés dans la vue de jeter des inquiétudes dans les its.

îmièrement, la Gazette de Berlin a imprimé sur le Pape rticle qui a produit ici un très-mauvais effet. J'en ai écrit . l'intendant, qui m'a répondu que cet article avait été *é à l'insu de la censure.

;s gazettes d'Autriche, et surtout celle de Presbourg, mt sans cesse des affaires de Rome et annoncent qu'on les prières publiques pour le Pape et le salut de l'Église '.

[ saffit de rappeler sommairement leg cin'onstances qui provoquaient émotion constatée par le maréchal Davout et qui étaient naturellement

ÎIO CORRESPONDANCE

Tordre au commandant de la place de Tyckoczin, ville par où devait passer ce détachement, de se faire restituer ces déserteurs.

Ayant été également informé que, d'après Tautorisation de M. le maréchal Victor, un major russe avait enlevé 46 déserteurs de sa nation, que le chef de bataillon commandant le dépôt de la légion de la Yistule avait fait partir pour Mayence, afin d'être incorporés dans cette légion, j'ai fait connaftre à ce maréchal qu'en attendant que Votre Altesse m'eût ti*ansmis les ordres de Sa Majesté à l'égard des déserteurs russes, j'avais donné Tordre de diriger sur Custrin tous ceux qui sont de la Pologne russe, pour être incorporés dans la légion de la Vistule, et qu'en ayant fait remettre ces hommes à un major russe, c'était établir un cartel d'échange pour les déserteurs, qui n'avait point encore été pratiqué jusqu'ici par les Busses, attendu qu'ils ne m'avaient pas rendu un maréchal des logis du 2* régiment de chasseurs qui a déserté dernièrement avec 4 chasseurs, ni plusieurs autres déserteurs.

Les déserteurs russes, prussiens et autrichiens commettaient tant de désordres dans le pays, en faisant le métier de vagabonds, notamment dans les environs de Bromberg, que j'ai été forcé d'établir des commissions militaires pour juger ceux qui avaient commis des délits et faire cesser leur brigandage, et ce n'est que depuis la mesure que j'ai prise de faire rassembler les déserteurs en les envoyant au dépôt de la légion de la Vistule pour y être incorporés, que Tordre s'est rétabli.

Je prie Votre Altesse de vouloir bien me transmettre des ordres positifs de TEmpereur relativement aux déserteurs russes, lesquels je ferai retenir à Custrin jusqu'à ce que je sache les intentions de Sa Majesté à cet égard. Je n'ai connaissance d'aucun cartel d'échange entre les deux nations; les Busses ne nous rendant pas nos déseileurs, je croirais manquer à mes devoirs en tolérant qu'ils reprennent les leui*»

« On avertit qu^il y a un incendie, et Ton prévient de se « hâter pour venir Téteindre. Tout le* monde s'empresse et « court, mais personne ne s'entend, et chacun ne veut ■ défendre des flammes que ce qui lui appartient : alors > rincendie étend ses ravages, gagne de proche en proche. « Tout est successivement en flammes, tout est perdu ! Alle- « magne, Europe, voilà le tableau ressemblant de votre posi- « tion. »

Cette même gazette contient un dialogue entre deux cardinaux, à l'occasion du testament du roi Charles II qui appelait au trône d'Espagne le duc d'Anjou, où sont rappelés tous les motifs qu'avait alors l'Europe de désirer que la monarchie espagnole ne passât pas sous l'influence de Louis XIV et de la France.

Votre Majesté pourra juger, et de l'esprit qui dirige tous ces gazetiers étrangers, et de la disposition qu'on a dans ce pays à voir dans les choses les plus simples ce qui n'y est pas, par I effet que produit ici la phrase suivante d'un article de la Gazette de Kœnîgsberg, où l'on annonce le cartel conclu entre la Russie et l'Autriche, pour la remise des déserteurs :

« L'amitié intime et le désir de se rendre mutuellement de « bons offices ont engagé l'empereur des Uussies à faire avec « l'empereur d'Autriche, son sincère confédéré, la convention « suivante. »

Cette expression inusitée, son sincère confédéré, mise sans doute à dessein, donne lieu à mille commentaires.

i69. — A L'EMPEREUR ET ROI.

Varsovie. 22 juin 1808.

Sire, j'ai eu l'honneur d'annoncer à Votre Majesté, par ma

lettre du 15 juin, le décret que le roi de Saxe a rendu pour

'expulsion des Bénonistes du territoire du duché de Varsovie.

Ces moines avant demandé à se retirer en Galicie, le ministre

de la police s'est adressé à M. de Neipperg, qui est toujours à

c|uelques lieues d'ici, j)our demander leur lihre passage. Ce

212 COKHESPONDANCE

que le^ marques d'intérêt que tous donnez à ce pars, eo faUant payer comptant la TÎande et le$ autres services, ce qui fera ce»ser le système des réquisitions qui donnait lieu à mille abu4. Par là, la présence des troupes ne sera pins qu'un bienbit pour le pays.

Depuis six semaines, chaque jour, Topinion s'améliore, par ; ces conf^idérations et aussi parce que les esprits se livrent à de i grandef^ espérances. <

Indépendamment des bruits qu'on fait courir sans cesse sur ^ la cession de la Galicie, on a répandu, dans la société, nne ! lettre écrite par lord Douglas à madame Potocka, veuve do j feu comte Félix Potocki, et dans laquelle il lui marque qu*ii J est question du rétablissement de la Pologne dans ses anciennes ] limites, à Texception de la partie qui interrompt la commu- ' nication entre la Nouvelle Russie et la Moldavie, et qui serait déterminée par une ligne qui serait tirée de Kiow à Kamieniec. Il lui conseille de retenir pour elle les terres situées au delà de cette ligne, et qui par conséquent resteraient sous la domn ; nation russe.

Ce lord Douglas est le dernier ambassadeur anglais en J Russie; il était à Kiow vers le commencement de mars, et îIt obtint la permission de retourner à Pétersbourg et d'y rester en qualité de simple particulier; l'Empereur (d'après une lettre qu^il produisait à Kiow) connaissait particulièrement la nature de ses sentiments pour lui.

Je cite ce fait à Votre Majesté, parce qu'il me parait constater que cet ex-ambassadeur habite encore la Russie, ci qu'il est probable qu'il est maintenant à Pétersbourg.

J*ai chargé un officier que j'ai envoyé à Pétersbourg de faire connaître verbalement ces détails à votre ambassadeur.

Cet officier lui porte les pièces et renseignements relatifs à Tarrestation qui a eu lieu ici, de trois Anglais se rendant en Russie, avec des passe-ports russes et qui ont été relâchés depuis, ainsi qu'à la mauvaise conduite d'un officier russe qui a commis des violences graves sur le territoire du duché. J^ n'entretiendrai pas Votre Majesté de ces deux événemeotS} en ayant rendu le compte le plus détaillé au major général.

DU MARECHAL DAVOUT. — 1808. tîl

Quant au pieux archevêque Raczinski, sa piété n'est pas de longue date; c'est un homme sans mesure qui depuis quelque temps joue le dévot.

Je joins à Tenvoi de cette lettre un manuscrit intitulé : Méditations sur les tombeaux de Louis XVI, Louis XVII, etc. Cet écrit, trouvé également chez les Bénonistes, paraît assez insignifiant, et je ne Tenvoie que parce que c'est l'ouvrage d'un comte Brocadero qu'on dit avoir été fait depuis caixlinal, sans doute à cause de ces inepties.

Dans ma dernière lettre, j'ai rendu compte à Votre Majesté des mouvements des Autrichiens qui avaient évacué la Galicie occidentale et se concentraient entre Cracovie, Teschen et Yahlonka. Ces rapports se confirment de toutes parts. Il doit y avoir maintenant 13 régiments réunis de ces côtés. Tout ce i^orps d'armée est sur le pied de guerre. On démolit avec beaucoup d'activité les murailles qui entourent Cracovie.

Us cherchent à répandre parmi les soldats que la guerre cloit être une guerre de religion. Votre Majesté ayant aholi la v^eligion catholique.

M. de Bellegarde, qui doit commander l'armée, doit être à Cîracovie depuis quelques jours.

Les hussards de Kaiser, commandés par le colonel Neipperg, t^ui sont près de Varsovie et sur la ligne, se réunissent. Il f>arait qu'ils doivent se porter sur le grand camp. Je n'ai pas encore de nouvelles de leur départ.

Il y a une douzaine de jours que les officiers de ce régiment ont reçu ordre de se fournir de chevaux d'équipage et de se tenir prêts à entrer en campagne dans les premiers jours de juillet.

Ils ont fait partir les haras qui étaient dans cette partie de la Galicie.

Les archives, les caisses de Luhlin, Léopol, etc., sont parties depuis quelques jours pour la Hongrie *.

* N.ipoléon affectait de répéter san» resac, danA 8a correspondance avec Ir maréclial Davout, qu'il était au mieux avec la RuRsic, au mieux avec l'Au* triche, et îl avait besoin de le croire pour s'cngapcr à fond, comme il le faisait en Espagne. CVtiit vrai pour la Russie qu'il avait les moyens de rete-

522 COUHESPONDANCK

On remarque aussi que depuis quelques jours, il arrive à Varsovie beaucoup de grands seigneurs polonais. Je citerai entre autres :

Deux princes Sapieha, cousins de celui qui est chambellan de Votre Majesté ;

La vieille princesse Czartoryska de Pulawi ;

Le prince Radziwill, marié à une princesse de Prusse.

Il n'est pas certain cependant que ce soit la crainte d'une

iiir par des conccft»îon8 fort {>raTes en Orient, et rpril nllaii, poar le roomi.'nt du moins, g.ifrner tout à fait h sa cause par l'ontre\'uc d*Erfurt. C*<'t.iit moins clair pour l'Autriche, quoique les apparences fussent suffisamment rassurantes. L'Autriclie, il est vrai, cédant à la pression de la France et de la Russie après Til^it, sV>t;iit prononcée contre l'Angleterre. Elle ganlait toujours, cependant, une altitude assez réservée, épiant tout ce qui pouvait servir sa cause, surtout depuis iVxplosion espa<{noIe. Elle ne négligeait p.i.s son état militaire, et si Napoléon s'était montré jusque-la presque importuné des avertissements du maréchal Davout, il ne tardait pas à les prenclrc plu» au sérieux en les voyant confirmés par d'autres avis. Dés le 25 juin 1808, Il écrivait à M. de Champ.igny, de Hayonne, où il était encore retenu :

« Monsieur de Champ<igny, envoyez par un courrier extraordinaire au sieur Andreossy (ambassadeur à Vienne) l'extrait de la dépèche du sifnr Otto (ministre à Munich), afin qu'il vérifie si l'on fait effectivement de* magasins en Bohème et qu'il soit alerte sur les démarche» de rAutriche. Il est également néces^saire que vous écriviez à mes ministres a Stuttgart, ^ Dresde, pour qu'ils envoient quelqu'un voir ce qui se passe en Bohème. Enfin, il fiut faire une note douce à M. de Metternich, dans laquelle voui lui ferez connaître que le commerce anglais est protégé dans les Etats d'Au-

tiiche que la guerre avec l'Angleterre sera perpétuelle, si l'on ouvre un

seul fléhouché à son commerce. Vous enverrez la copie de cette note au sieur Andreossv...

• ...Engagez le )»ieur Otto à parler des armements de l'Autriche au (•ouvcrncmcnt bavarois, pour qu'il envoie de son côté des agents sûrs sur It^ lieux, vu qu'il est nécessaire que je sois instruit d'avance de requise ferai; non que j'aie besoin de faire venir des troupes de France, car j'ai à la grande armée plus de 300,000 hommes tous Français. Et il est bon que le sieur Otto sache pour sa g<;uverne qu'au lieu que Tannée ait été diminuée, elle a été au contraire réor(»aiiisée, que j'ai en réserve sur le Rhin toute la levée de cette année qui, au premier bruit, portera't la grande armée .'i un tiers de plus qu'elle n'a jamais eu. Dites au sieur Otto qu'il faut se tenir mr le qui-vivc et se mettre en me.^ure d'être instruit d'avance, et que si l'Autriche faisait des mouvements, la Bavière devrait armer les forteresse? et veiller à ce que le château de Passau ne fût pas surpris... »

Peu de jours après, le l"" juillet. Napoléon écrivait, toujours de Bavonne, an major général : « Mon cousin, écrivez au .sieur Dam et au maréchal Davout d'envoyer des agents en Bohème pour connaître les mouveiiu'iil* réels des Antricliîens. »» i^Concspondanre ilr SopofcoUy t. XV IT, p. 3S9-3^3.)

DIT MAIlKCriAI. DAVOUT. 1808. 223

guerre qui les ait amenés ici; il est possil)le qu'ils le soient par Tépoque actuelle, où tous les Polonais passent leurs contrats.

Malgré toutes ces nouvelles, je ne fais faire aucun mouvcv ment aux troupes, parce qu'en supposant, chose peu probable, qu'ils attaquent sans déclaration, je puis, en quarante-huit heures, réunir à Varsovie vingt et quelques mille hommes, et que malgré toutes les nouvelles polonaises, les Busses ne font aucun mouvement du côté du Niémen.

Je dis malgré les nouvelles polonaises, car tout le monde ici désire tellement la guerre que la moindre revue, le moindre exercice des troupes russes servent de prétexte pour inventer des mouvements.

Les membres du gouvernement font des rapports dans ce sens, et quoiqu'ils les regardent comme authentiques, je n'y ajoute pas de foi, parce que les rapports que j'ai des troupes qui sont sur le Niémen sont tout à fait contraires à cela. Cependant ils remarquent qu'il y a beaucoup d'oixlres et contre-ordres. Les Russes ont fait construire beaucoup de voitures de bagages.

Les derniers, sous la date du 17, annoncent que plusit ui*s ^«^(jiments qui étaient du roté de Grodno et Wilna sont partis pour Riga et Revel.

J'ai envoyé un officier à M. le man'chal Mortier pour l'inciter à établir une ligne de correspondance entre lui et moi.

Je cherche toujours à étudier le prince Poniatowski. Il est possible qu'un coup de canon le change; jusqu'ici sa conduite ficelle d'un homme qui n'a pas de bonne volonté, mais qui cherche cependant à ne pas se compromettre. 11 me faudra des feits pour que, surtout dans une guerre contre l'Autriche, '• ne m'inspire pas de la méfiance.

Quelques lettres interceptées de Kœnigsberg annoncent

l^e les Prussiens, et même le gouvernement, cherchent à

^cilitcr l'introduction des marchandises anglaises; mais votre

consul général, M. Cléremhault, fait à ce système une (jiirrre

1 active.

»i COnRESI'0\r».INCE

TanoTie. là jaia 1809.

Sire, Votre Majesté in^a fait rhoaneurde mVcrire le 25 n qu*eile avait fait faire auprès du roi de Saxe ' les instances ce Tenables pour le renvoi des Benonistes établis dans le ducli et elle me charge de lui rendre compte de ce qui aura été i à cet égard. J'ai en conséquence Thonneur d^informer Vot Majesté qu*hier il est arrivé ici un décret du Roi porta expulsion de ces moines du territoire du duché; ce décret reçu son exécution à Varsovie.

Par ma lettre du 6 mai, j*avais annoncé à Votre Majes renvoi des pièces saisies chez les Benonistes. Cet envoi a e retardé, parce que toutes ces pièces étant eu latin, en ail mand ou en polonais, la traduction, confiée à une seu personne, a demandé beaucoup de temps. Je joins ici ces tr ductions et ces rapports de l'adjudant commandant Romeu que j'ai chargé d'en faire l'examen.

Ce rapport, qui est le résumé de toute cette correspondanc confirmera Votre Majesté dans l'opinion qu'elle s'est faite ( cette dangereuse corporation. Son renvoi de Varsovie et c duché est un grand bien, car ses membres étaient les seu hommes vraiment inquiétants dans le pays, par leur influent sur le bas peuple, et par les liaisons qu'ils entretenaient av( quelques grands [lersonnages dont la malveillance estconni par leurs liaisons avec les Autrichiens.

Les originaux de la correspondance ont été remis sur rëc< pissé au ministre de la police, après avoir été cotés et par fés, précaution qui n'avait pas été prise par lui lors < Tenlèvement.

J'envoie ces lettres, quoique Votre Majesté m'ait fait coi naître qu'elle n'avait pas une inquiétude à cet égard, parce qi plusieurs des signataires et d'autres qui y sont nommés, et q<

' Voir plu8 liaut ct'tte lettre, aînAÎ que la lettre de l'Empereur à M. < Cliampagny au sujet de cette congrégation religieuse.

paraissent avoir pris une part à la propagation de cette dan- ;ereuse congrégation, habitent encore des pays soumis à rinfiluence de Votre Majesté.

SkierDÎevrtce, 27 juiu 1808.

Sire, depuis la dernière lettre que j'ai écrite à Votre Majesté où j'annonçais les mouvements des Autrichiens, tous les rapports les confirment. M. de Bellegarde est à Gracovie, et il parait qu'il y a de ces côtés une assez forte armée.

Quant aux Russes, j'avais fait connaître à Votre Majesté que par les rapports de la cavalerie légère que j'ai sur le Niémen, uae division qui était entre Grodno et Wilna paraissait être partie pour les côtes de la Baltique entre Riga et Pétersbourg.

Les rapports faisaient connaître qu^il y avait une grande incertitude dans les mouvements des ordres et contre-ordres successifs.

Les rapports du 23 annoncent un changement de ton envers nous, de la part des officiers russes, et beaucoup de défiance. Il était arrivé dans la nuit du 20, à Kauen, trois fégiments pour remplacer ceux de la 4' division qui en était partie. Un régiment était ai'rivé le même jour à Grodno. Ces régiments font partie de la division du général Doctorof. Ils devaient venir de l'intérieur.

Les postes sur le Bug et la Narew annoncent que les Russes forment des camps de plusieurs régiments à Drohiczin, Kobrin etBrzeck.

Il se trouverait, suivant les rappoits, deux divisions du côté de Brzeck, dont l'une serait arrivée tout récemment de l'Ukraine. Toutes les têtes sont en mouvement, et les Polonais annoncent la guerre.

Suivant le rapport de nos officiers, les Russes tiennent le inéme langage. Tous les membres du gouvernement, et en par- ^culier M. Gutakowski, ne parlent que des préparatifs, mouvements de troupes et formations de magasins qui ont lieu sur

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