II
je26 CORRESPONDANCE
la frontière russe, et donnent ces nouvelles comme positives.
Je crois devoir, pour donner à Votre Majesté une idée du langage que Ton tient à cet égard, lui donner connaissance d*une lettre que m'adresse le colonel Félix Polocki, que je regarde comme nous étant très-attaché. Malgré toutes ces nouvelles, je ne me permettrai pas de rapprocher les troupes de la Vistule sans un ordre de Votre Majesté, à moins que la nécessité ne me force.
Cette mesure aurait trop d'inconvénient, donnerait de Tinquiétude aux Busses, qui peut-être ne pensent pas à nous. Ils ne peuvent être en mesure, une partie de leur armée étant en Finlande et en Moldavie.
Je joins ici, pour faire connaître à Votre Majesté comment on voit les choses à Cracovie, copie d'une lettre interceptée; j^y joins avissi copie d'une autre lettre de M. Stanislas Potocki à son fils. Cette incertitude sur sa conduite est la manière de voir commune à tous les grands. Kollontay est arrivé à Varsovie ; il n'y est resté que quarante-huit heures. M. le résident et moi l'avons vu quelques instants. Son arrivée à Varsovie avait fait grande sensation parmi ses ennemis, qui sont trèsnombreux et qui composent la haute société.
Indépendamment d'un aide de camp, que j'ai envoyé le 5 juin à M. de Caulaincouit et que j'attends incessamment, j'ai envoyé deux officiers à Kœnigsberg pour avoir des renseignements. Des rapports annoncent que des troupes russes se rassemblent du côté de Memel.
Je dois à Votre Majesté de lui déclarer que si une guerre devait avoir lieu, les choses ne pourraient subsister ici comme elles sont sans de grands inconvénients pour votre service.
Par des mesures maladroites et non nécessaires que dictent rineptie et peut-être la malveillance, on dégoûte et l'on &i< beaucoup de mal. Je sais que M. le résident a dû en écrire plus en détail à M. de Champagny.
Nous sommes dans de grands embarras pour trouver de l'argent pour assurer le service; l'emprunt ne prend pa^ malgré les bons exemples, on a beaucoup travaillé pour |>r; empêcher le mal.
PRINCE DE NEUFGHATEL, ETC
Skierniewice, 6 juillet 1808.
Monseigneur, je crois devoir foire connaître en gros à otre Altesse la situation de Tartillerie du duché. Depuis que les pièces de siège et de campagne sont arrivées Varsovie, on travaille toujours à les mettre en état. L'artilîrie de siège peut servir. Quant aux 80 pièces de campagne, y en a la moitié en état quant à ce qui regarde les pièces. Il a très^peu de harnais et encore moins de chevaux. Il faudrait n millier de harnais, et environ 16 à 1,800 chevaux, pour |ue Tarmée polonaise eût à sa suite les cartouches d'infanterie iccessaires, une quarantaine de houches à feu et les muniioos. Comme il y a des ordres de Sa Majesté le roi de Saxe le ne rien changer à Tétat actuel de l'organisation de Tarmée )oIonaise, je me borne à vous donner connaissance de cet état ie choses, pour que vous me fassiez connaître les intentions le TEmperêur, s'il faut faire les levées de chevaux et faire neltre cette artillerie en état d'entrer en campagne.
J'adresse à Votre» Altesse les rapports des généraux d'artillerie des troupes françaises et polonaises qui donnent plus de détails.
Skierniewice, 9 juillet 1808.
Sire, j'ai l'honneur d'adresser à Votre Majesté extrait d'um» lettre de M. Bourgoing à M. Serra, dont le contenu me parait assez éti'ange. Il ne peut pas y avoir de malentendu, ni de contradictions au moins de mon côté. Je ne puis regarder comme une communication suffisante celle qui m'est faite par le gouvernement saxon, lorsque je n'ai rien reçu directe- •ïient du ministre de Votre Majesté. M. Serra a hien reçu par W. de Champagny les conventions, mais ce ministre lui a dit
f>Trtri(, A.i/bcit.LC qa*^ j^eu ^ ^f^ :n:<cr«i£. j'ai tirtMiité des onire> ;ï 0!f <f p»7)i aa Bia^x' jesu^nL Xattetui? c«fu. qa'il me tnn;^ ■Mttja «ie !^ [Art de Txre M^^i^té [«i-or Ie:^ nettr^ à exécutjoo. La ^Oj^zàIaiA^ o<x cocapCcte Ie?r nfr^i^eiils, en pmanl ce ^î nar^ae ^o.^ Ie« aotref cocf :». A la recepAîoa de Tordre, il ci> aarï pla^t qo'a le:i oiettre en BLanche. Pour qu'on ne tire pa.) de^ coEB^^aences da i^>:>-ii<:part de ces régiments, j*ai écrit il f a qaeCqaes jfKir» an périnée de £ure taîre des procèsrertrtox constatant Fétat de l'armement, habillement et équipement de^ corp^ ao moment de leur départ, ainsi qae le prescrit la coorention. et de m'in^traire de Tépoqae où ils teraîent aa complet, poar qoe j'en passe la rerae. Ainsi le bmit de leor prochain départ est généralement rêpanda. J'ai rapproché le 9*, qoi était sor la frontière de la Silésie, da côté de LoTÎcz, pour en passer moi-même la rerue.
iTi. — A LEMPEREUR ET ROI.
Sk:<rra'c«îcr, 9 j^illef 180B.
Sire, pendant le pea de jours que M. Kollontav a passé à VarsoTie, je lui avais £ut demander des notes sur Tétat des choses en Russie, parce que j'ai cm utile de connaître la manière de Toir d'un homme qui a joué un rôle dans ce pays, et qui passe pour avoir de la tête. J*ai Thonneur de vous adresser ces notes qu^il m^a fait passer de Ralisz, avant de se rendre aux eaux en Silésie.
Skierniewice, 9 juillet 1S06.
Sire, M. Serra me prévient que le ministre de rintérieur est venu lui demander quelle était son opinion et la mienne sur rinvitation formelle que lui avait faite le prince Poniatowsl^i) ministre de la guerre, de mettre à exécution tout de suite k
DCT MARÉCHAL DAVOUT. — 1808. 229
icret sur la conscription en faisant donner les listes dans les ipartements et procéder ensuite au tirage, et cela sous préxte qu'il a besoin de 3,000 hommes pour compléter les corps li ont fourni des soldats aux trois régiments qui entrent au rvice de Votre Majesté.
J^ai invité M. Serra à s'opposer formellement à ce que ;tte demande du ministre de la guerre reçoive son exécution, squ'à ce que j'aie reçu des ordres de Votre Majesté. J'ai rhonneur de rendre compte à Votre Majesté des motifs ji m'ont fait désirer que Texécution de ce décret, dont la iule insertion dans les journaux a fait beaucoup -de mal, fût ispendue jusqu'à votre décision. Le trésor, qui ne peut ifRre aux dépenses actuelles, aurait à nourrir et à équiper ,000 hommes de plus.
Ils payent déjà d'après leurs états de revue 33,000 hommes, t il leur en restera à entretenir 25,000, lorsque les trois régilents seront partis, et ils n'ont pas les armes nécessaires pour ette quantité.
Ensuite la mise à exécution de ce décret fait tirer par les puissances voisines des conséquences qui ne sont peut-être •as dans les intentions de Votre Majesté, sans nous donner un ombattant de plus.
Je viens de dire à Votre Majesté que la simple publication le ce décret dans les journaux avait fait beaucoup de mal. "est que dans le fait, si Ton avait eu l'intention de faire une oi qui blesse toutes les idées, tous les préjuges de la seule Partie influente de cette nation, qui est la noblesse, on n'aurait >u mieux faire. J'aurai l'honneur d'adresser ces jours-ci à 'otre Majesté la traduction en français de ce décret. Depuis rois mois, au surplus, on ne travaille que dans ce sens.
On cherche à jeter de la poudre aux yeux pour couvrir ette marche.
Le I*' mai, on a fait publier avec beaucoup d'ostentation la aise à exécution du code Napoléon, mais aucune mesure pré-
immaire n'avait été prise pour préparer le passage des lois nciennes aux nouvelles, d'où il résulte qu'on est obligé dans >ne foule de cas de suivre les anciens usages, comme dans
£>l CORRESPONDANCE
les hypothèque». On a £aûl du code une Iraductiou aussi inintelligible que ridicule et nuisible. Si ce peuple eût été susceptible d'une guerre de religion, si toute Tinfluence du clei^é n'eut pas été détruite par les Prussiens qui lui ont enlevé toute sa fortune, il n'y a pas de doute qu^on eût fiait une Vendée, en ayant touIu forcer les prêtres à rédiger le^i actes civils des particuliers de toutes les sectes et de tous les cultes, et à consacrer eux-mêmes les divorces qu'ils ne reconnaissent pas, et enfin à foire la besogne des officiers civils.
Tout est dans un état de désorganisation qui jette le découragement dans tous les esprits et qui y jetterait le désespoir, sans Tespoir qu'on a en Votre Majesté, et la confiance qu'elle apportera un remède à cet état de choses.
Les meilleur» préfets veulent se retirer. Je n'entrerai daa« aucun détail, pour le moment, présumant que votre résident, qui continue à bien servir Votre Majesté, en aura écrit à M. de Champagny.
Ce qui ajoute beaucoup à nos difficultés, c'est que M. Tintendant n'a encore fait aucun fonds à l'ordonnateur pour payer le> services à dater du 1 "juillet,comme la convention le prescrivait.
Je lui en ai écrit, et si ces jours-ci il n^envoie pas des ordres à l'ordonnateur, j'ignore comment nous pourrons nous en tirer, d'autant plus que l'emprunt jusqu'ici n'a pas de succès, quelques efforts que l'on fasse. On ne peut se dissimuler que si le trésor, dont les ressources ne peuvent suffire aux besoins de l'Etat, est obligé de subvenir aux dépenses des troupes françaises, malgré les promesses faites, le découragement augmentera beaucoup.
Il y a trois jours, j'ai rendu compte au major général de Tétat de l'artillerie du duché.
SkiernieTice, 9 juillet 1808.
Sire, j'ai fait connaître dans une de mes dernières dépêches à Votre Majesté que j'avais, sous divers prétextes, envoyé des
officiers à Kœnigsberg et à Memel, pour y voir les consuls français et avoir des nouvelles.
Ils sont de retour. A Kœnigsberg, on n'a rien appris de nouveau ; votre consul continue à se plaindre de la protection ]ue les Anglais trouvent dans les pays prussiens.
J'envoie à Votre Majesté le rapport de celui qui a été à VIemel.
Le langage du général Batsko est celui de tous les Prusiiens sous le rapport des nouvelles de guerre.
Ceux qui sont à Bialystock n'omettent rien pour donner des nquiétudes aux Russes.
Il parait par les mouvements de ceux-ci qu'ils ont réussi, à [noins que ces mouvements, dans les provinces de Grodno, VVilna et sur le Bug, ne soient le résultat d'ordres supérieurs.
Des camps sont marqués près de Nur, à Drohiczin et Siématice, ainsi qu'à Brzeck.
Nos postes sur le Niémen ont vu, ces jours-ci, beaucoup de troupes descendre cette rivière. Il y a deux versions sur leur destination : les uns disent qu'elles vont camper à Georgen- Iturg, et les autres qu'elles se portent sur la Baltique.
Les propos des officiers russes aux nôtres depuis une quinzaine feraient croire que l'on pense à une coalition entre l'Autriche et la Russie. La plupart n'en paraissent pas très-satisfaits.
Le général Lewicz, qui commande les troupes russes qui ^ont dans le département de Bialystock, a annoncé différentes fois, dans ses après-dlnées, la guerre comme devant être trèsprochaine.
Les Russes font beaucoup d'achats du côté de Bialystock et de Brzeck.
J'ai eu des nouvelles de Kaminieck, qui me paraissent de l»onne source.
6 divisions sous les ordres du prince Prozorowski , qui a »^ous ses ordres le général Kutuzof, sont entre le Pruth et le Danube. Deux autres sont en réserve, l'une à Mohilow, sur 'e Dnieper, et l'autre à Balta, sur une petite rivière qui se jette dans le Dnieper. Toutes ces troupes, vers la fin de juin, ^^ paraissaient destinées que contre la Turquie.
fZt CORRESPONDANCE
Voici remplacement des autres divisions russes qui sont de nos côtés :
A Dubno, celle du prince Suwarof.
A Brzeck, celle du prince Gortchakof.
A Bialystock, celle du général Lewicz.
A Grodno, celle du général Muller.
A Wilna, celle du général Doctorof.
Cette division est venue de l'intérieur remplacer celle du prince Galitzin qui, dans le commencement de juin, s'est dirigé sur Pétersbourg et ensuite a reçu contre-ordre et a dû se porter du côté de Revel. Cette division Doctorof est en mouvement; les uns la font camper entre Georgenburg et Memel, les autres la dirigent sur la Baltique.
Chaque division est forte de 6 régiments d'infanterie et d'autant de régiments de cavalerie de toutes armes. Les régiments d'infanterie doivent être de 2,000 hommes, et ceux di cavalerie de 1,200.
L'aide de camp que j'ai envoyé le 5 juin à Pétersbour(j n'est pas encore de retour.
Un commissaire russe étant venu, il y a quelque temps, réclamer, en vertu du traité de Tilsit, dans les archives de Varsovie, les papiers concernant le département de BialystocL, et s'étant adressé aux autorités françaises, M. le résident a fait toutes les démarches nécessaires pour que cette remise fût effectuée tout de suite; ce qui a eu lieu.
Cet exemple n'a pas été suivi, car les commissaires qui étaient à Bialystock pour réclamer les papiers appartenant au duché sont revenus sans avoir pu remplir leur mission, le^ employés prussiens, qui sont encore chargés des archives de ce pays cédé à la Russie, ayant refusé de remettre ces papiers, sous prétexte d'ordres de la cour de Kœnigsberg qui le leuî défendaient, et le sénateur russe qui gouverne là ayant déclan" ne pouvoir les y forcer.
J'ai pris ce prétexte pour envoyer à Bialystock le colonel Romeuf, qui est porteur de lettres de M. le résident et de moi pour réclamer l'intervention des autorités russes pour l'exécu tion de cette disposition du traité de Tilsit, en rappelant
qu'ayant réclamé la nôtre en pareil cas, il a été tout de suite fait droit à cette demande.
Cet officier, très-intelligent, a oi'dre de dissiper les inquiétudes qu'on a dû donner aux Busses sur de prétendus mouvements de notre part, et il vérifiera les différents rapports qui ont été faits sur ce qui se passe de ce côté.
Voilà à peu près, Sire, tout ce qui concerne les Russes. Quant aux Autrichiens, ils ont réellement fait une levée de boucliers. 7 ou 8 régiments qui étaient du côté de Lublin et de Léopol en sont partis dans le courant de juin et ont pris tous la route de Brlinn. Ils ont reçu, dans le courant du même mois, leurs pièces de campagne, leurs ambulances et 60 cartouches par hommes. C'est le rapport unanime d'une centaine de déserteurs de ces différents régiments. M. de Bellegarde, aussitôt son arrivée à Cracovie, le 17 ou le 18, a réuni tous les généraux des troupes qui étaient dans les environs, et c'est après cette réunion que les cartouches ont été distribuées et que les propos de guerre ont circulé. D'autres régiments sont attendus en Galicie, venant de la Hongrie; quelques-uns même sont arrivés. Partout on répare les fours. On en construit une assez grande quantité à Cracovie, dans la partie qui est sur la rive droite de la Vistule. On a marqué lous les chevaux des particuliers en état de servir aux transports.
Enfin on commence à mettre à exécution le décret sur la levée des milices.
Cependant, au milieu de tous ces préparatifs, les dernières nouvelles de Vienne étaient à la paix '.
' Il est désormais historiquement hors de doute que l'Autriche dès ce BKinient armait beaucoup; elle le cachait tant qu*elle pouvait, elle n'activait Ps* moins ses armements, persuadée qu'une nouvelle {;uerre était inévitable pOQr elle. La sa{;acité et la vi(;ilancc du maréchal Davout n'étaient donc point ^û défaut. Il pouvait se tromper sur des détails, avoir quelque peine à démêler I' vérité au milieu de tant de rapports contradictoires et souvent intéressés ; '1 la saisî^jiaît après tout et ne se laissait nullement é{;arer par son zèle ou par Thumeur f[uemère dans les informations qu'il envoyait à l'Empereur. t'es Mémoire» du prince de Mettcrnich récemment publ'és, tout en atténuant *< caractère des préparatifs militaires de l'Autriche, en confirment l'existence ^t le développement de plus en plus actif pendant cet été de 1808. Le mare-
23V CO R RES PON D A N flE
Le commandant des postes que j*ai sur la Pilica m'annonce que le 5 juillet, les douanes autrichiennes, qui se trouvent à Tembouchure de la Pilica, avaient reçu ordre d'empêcher le passage de toute espèce de denrées dans le duché.
Les déserteurs russes qui vont en Galicie, sont rendus trèsexactement. Les communications par courrier entre Pétershourg et Vienne, sont toujours très-fréquentes.
On a débité dans ce pays, comme une preuve de la bonne intelligence qui existe entre les deux États, que du côté de }3rody, les employés autrichiens ayant arrêté un convoi venant d'Autriche, se motivant sur ce que le passe-port, au lieu de désigner des armes que portait le convoi, énonçait toute autre chose, non-seulement il y a eu ordre de laisser passer ces armes, mais on a arrêté les douaniers qui avaient voulu faire leur devoir. Quoiqu'on doive se défier des nouvelles débitées dans ce pays, ce fait est revenu de tant de côtéis, que j'y crois.
On annonce la réunion d'une diète hongroise extraordinaire. Il est difficile d'avoir des nouvelles de ce pays, car on n'y laisse pas même entrer les Polonais. Tous ceux qui devaient y aller prendre les eaux n'ont pas eu la permission d'entrer.
Le vieux prince Gzartoryski devait aller aux eaux ; mais sur des nouvelles reçues de Vienne, annonçant que l'Empereur devait venir dans la Galicie , il a renoncé à ce voya{;e. Quant à sa femme, elle a passé ici ces jours derniers, allant aux eaux. Elle est restée deux jours dans le voisinage, chez la princesse Radziwill, mère de sa belle-fille, et elle est venue faire une visite ici. J'ai évité de parler politique; mais elle a voulu absolument me déclarer qu'elle savait que Votre Majesté avait eu des préventions contre sa famille, qu'elles n'étaient pas fondées, que si, dans la dernière guerre, ils n'avaient pas bougé, c'est qu'on leur avait toujours fait dire de se tenir tranquilles, qu'ils prouveraient, au premier mot qu'on leur ferait dire, qu'ils étaient prêts à sacrifier tout pour
chai, du reste, en éclairant ]*Empercar comme il le devait, se conformait à ses instructions et continuait k parler de paix comme on en parlait à Vienne.
DCT MAllÉCUAL DAVOUT. — 1808. Î35
sur patrie. Elle m'a ensuite recommandé ses terres, attendu u elle regaidait la guerre comme inévitable. Je Tai rassurée, n bidonnant Tassurance que ses craintes à cet égard n^étaient as fondées.
Skterniewice, 16 juillet 1808.
Sire, j'ai Thonneur de rendre compte à Votre Majesté que [. Tintendant général me marque qu'il a fait des fonds à ordonnateur, pour assurer le ser\'ice du 3' corps, à dater du 'juillet. Il lui accorde 2 millions en bons de Sa Majesté le roi ïîSaxe et 250,000 francs en numéraire, pour le service des vres-viande. Il ajoute qu'il se propose d'imputer sur le serce courant :
1* 300,000 francs que j'ai fait donner au comité des subsiances, après m'étre assuré que le service allait manquer, lisqu'il n'y avait aucun fonds dans le trésor du duché ; 2' 175,000 francs qu'il avait donnés à l'ordonnateur pour bvenir aux besoins les plus pressants du mois de juin. J'ai déjà rendu compte à Votre Majesté qu'on ne pouvait se ocurer des bestiaux qu'en Russie, et qu'il fallait les payer «mptant; or, si M. l'intendant persiste à appliquer les fonds jà dépensés au service courant, les moyens de le faire n'exisront pas, ou l'on ne remplira pas ce à quoi l'on s'est engagé. Votre Majesté m'a autorisé à approuver le marché à faire >ur le service de la viande; on s'est conformé à cet ordre. t marché porte que les deux tiers de la fourniture présumée ur un mois seront payés d'avance, le troisième tiers lors
la remise des pièces ; mais l'exécution de ce marché manera si les promesses de payer ne sont pas effectuées : aussi ne dois pas vous dissimuler, Sire, que ce service important
compromis, si l'intendant général ne change pas de sysne. Son opinion à cet égard m'a d*autant plus étonné, qu^il lit déjà régularisé cette somme de 300,000 francs, et que rdonnateur m'a rendu compte que celle de 175,000 francs
536 COIIRESPONDANGE
avait été imputée par Tintendant lui-même au service de 1808, qui a été fait jusqu'au 1*' juillet.
L'intendant général cherche à ménager les intérêts de Votre Majesté : rien n'est plus louable sans doute; mais aussi lorsque votre intention, Sire, est d'assurer le service de l'armée, et d'alléger les charges du pays, comme vous l'avez déclaré et voulu le prouver par des actes réitérés de votre bienfaisance, ce double but sera manqué, si les fonds ne sont pas faits exactement, parce qu'il est de toute impossibilité que le duché trouve les moyens de faire le service de la viande, lors même que Votre Majesté pourrait consentir à faire prendre les bœufs échappés à la cruelle épizootie qui, l'année dernière, a ruiné les propriétaires. L'intention seule d'une telle mesure jetterait le désespoir dans les esprits, et les malveillants ne manqueraient pas d'en profiter.
Je ne suis pas moins inquiet pour les autres services, les mesures prises par M. l'intendant ne tendant pas à les assurer convenablement. J'ajoute qu'il est contraire aux intérêts de Votre Majesté de les adopter.
Je vous prie donc de me permettre d'entrer à cet égard dans des détails qu'il est indispensable de connaître.
M. l'intendant pense qu'on peut faire le service avec des bons du roi de Saxe, et que nous devons employer tous les moyens pour en favoriser la circulation. S'il ne s'agissait que de diriger l'opinion, pour faire circuler les bons de Sa Majesté le roi de Saxe, rien ne serait épargné; mais en supposant qu'on trouve la meilleure volonté dans ce pays, il m'est démontré que tous les efforts pour atteindre un but auquel se rattache l'intérêt de Votre Majesté seraient infructueux, parce que la confiance n'est pas tout, et qu'il y a défaut réel de moyens. Pour employer les bons, il faut trouver des capitalistes qui les escomptent ou des entrepreneurs qui les reçoivent pour comptant, ou des propriétaires qui cèdent leurs denrées eu échange de bons payables à six mois de date. S'il est vrai qu'aucune de ces hypothèses n'est praticable, il reste démontré que le service ne peut pas être assuré par ce moven.
Des capitalistes, il n'en existe presque pas en Pologne. On
DIT MARKCIIAL DAVOIJT. — 1808. 237
ouve des difficultés extrêmes pour remplir un emprunt de allions de francs, garanti par les plus riches propriétaires pays et par rhypothéque de biens nationaux dont la vente décrétée. Ce fonds est également destiné à payer la partie subsistances militaires qui regardent les troupes du duché. iCS bons du roi de Saxe offrent une plus grande garantie les billets de banque du roi de Prusse, qui éprouvent une te faite pour discréditer ici toute espèce de papier, lependant ces bons ne peuvent pas être comparés aux s hypothécaires de l'emprunt d'été, parce qu'ils reposent des créances difficiles à recouvrer, que la voie de l'exproition forcée est la seule, et que tout autre mode de remirsement que veuille adopter le roi de Saxe est inconnu, e connais les facultés des fournisseurs employés jusqu'à sent au service de l'armée : ils ne peuvent pas souscrire à longs termes, parce qu'ils sont forcés d'acheter argent nptant. Déjà l'expérience a démontré que toute tentative à égard était inutile. L'ordonnateur a cherché à faire des rehés pour le service des hôpitaux ; nulle part on n'a trouvé aiter.
)n peut, sans doute, forcer les propriétaires à recevoir les is du roi de Saxe en payement des fournitures; mais si re Majesté considère les sacrifices sans nombre qu'ils ont ï faits, lors du passage de la grande armée et pendant le )urdu 3* corps, elle sentira qu'ils ont besoin de vendre leurs irées, tant pour l'achat des bestiaux nécessaires à Tagricul- 5, que pour acquitter les charges publiques, ^otre Majesté, en apprenant que, malgré ces grandes diffités, on doit au dévouement du pays d'avoir fait ici le seri des subsistances militaires, depuis septembre jusqu'à ce r, pour une armée de 60,000 hommes, comme il ne s'est t-étre fait nulle part, trouvera, dans sa bienveillance, de iveaux motifs d'agréer ces réflexions.
i l'on voit bien cette affaire, il ne s'agit que d'une avance; 'est pas douteux qu'il est de l'intérêt de Votre Majesté de lire et de garder les bons en caisse, jusqu'à leur échéance, mettant les bons en circulation, fût-elle même possible
238 COUltESPONDANCE
pour les sommes nécessaires à réaliser dans chaque mois, on doit s'attendre à des pertes incalculables, parce qu^on payera les fournitures à un prix exorbitant, tandis qu^en les gardant en caisse, on obtiendra le double avantage de bénéficier des intérêts et de faire les achats à des prix raisonnables.
Le bien du service et les intérêts de Votre Majesté paraissent donc se réunir contre le système que M. Tintendant général parait vous avoir proposé.
Tout ce que je viens de vous dire, Sire, sur le service eu général acquiert un bien plus grand degré de force, en l'appliquant au ser\'icc des hôpitaux; pour faire le service avec des bons, il faut exiger que les finances du duché donnent tout de suite de l'argent qu'elles n'ont pas, pour recevoir des bons qu'elles n'auraient du acquitter que dans six mois.
On ne pourvoit pas aux besoins journaliers des hôpitaux lorsqu'on n'a à sa disposition que des bons à six mois de date. Jusqu'à la décision de Votre Majesté, on fera l'essai de tout ce que peuvent, contre la force des circonstances, les soins et le zèle de ceux qu'elle honore de sa confiance. Ils seront trop heureux, si pour un espace de temps borné leurs efforU suivis soutiennent le service. Si l'anticipation progressive des bons devait continuer à avoir lieu, tout secours deviendra impossible, par la suite, dans l'ordre actuel des choses.
J'ai exposé la situation de ce pays et mes craintes à Votre Majesté. Je dois tenir beaucoup à maintenir le bon esprit qui règne en Pologne et que vos derniers bienfaits ont fait naître; mais le grand résultat de tant de dispositions et de mesures continuelles, ce but d'aussi justes espérances ne sera pas atteint si Sa Majesté ne daigne pas accueillir favorablement la demande de faire payer en numéraire, et jusqu'au l*' janvier prochain, toutes les fournitures de l'armée française dans le duché de Varsovie.
On pourrait, à cette époque, rapprocher les recouvrement^ des dépenses, puisque avec les bons exigibles en janvier et l'avance en numéraire que fait Votre Majesté, pour le service de la viande, on ferait aller tous les services du mois et ainsi de suite. Votre Majesté aurait alors à répéter du roi de Saxe
DU MAUEGHAL DAVOUT. - 1808. 239
favaiice qu^elIe aui^it ordonné de faire, pour assurer le seririce jusqu'en janvier prochain. Cet arrangement ne pourrait qu'être avantageux aux intérêts de Votre Majesté, puisqu'on assurerait le ser\'ice d'une manière stable, et à ceux du roi de Saxe, en évitant la dépréciation inévitable de ces bons mis en circulation, qui l'entraînerait dans un excès de dépenses que la nécessité et les frais nécessaires pour se procurer les fonds qu'il devrait rembourser à Votre Majesté ne sauraient égaler.
D'ailleurs, le sacrifice que Votre Majesté a fait en cédant au roi de Saxe, pour une somme bien inférieure à leur valeur, ses créances sur ce pays, donne à ce souverain toutes les facilités de se procurer ces fonds par une négociation quelconque.
Skicruicwice, IG juillet 1808.
Sire, dans ma dernière lettre, j'ai eu Thonneur d'annoncer à Votre Majesté que, comme les Russes étaient en mouvement du côté de Bialystock et Brzeck, j'avais envoyé dans la première de ces villes le colonel Romeuf, sous le prétexte de réclamer les papiers appartenant au ducbé, que les comflûssaires prussiens, qui sont à Bialystock, refusaient de remettre.
Après bien des difficultés, le gouverneur russe a promis d'exiger que les commissaires prussiens en fissent la remisç. Quant à la position des Russes, voici ce qui a été vérifié par cet officier supérieur. Des régiments de la division du général Lewicz, qui a son quartier général à Bialystock, sont campés à Droliiczin, sur le Bug. Un autre régiment esta Goniond/ Sur la Narew, un autre à Grodeck, entre Bialystock et Tancienne frontière; un cinquième à Sokolka, entre Bialystock et Grodno. Le sixième est dans les environs de Bialystock. Cette division a 3 régiments de Cosaques, un de hussards et â de dragons. Cette cavalerie est encore cantonnée, mais a ordre de se tenir prête à camper.