‹ Correspondance du maréchal Davout, prince d'EckmühlChapitre 25 sur 99 · COHUES POND AN CE · texte numérisé non relu

COHUES POND AN CE

Skierniewice, 16 juillet 1S08.

Sire, j'ai rhonueur d'adresser à Votre Majesté la traducdoi de plusieurs de'crets qui viennent de paraître. M. votre résident et moi, ne savons quoi penser de ce qui se passe à Dresde. Sur les décrets, il y en a trois mal conçus et mal rédigés.

Je vais donner à Votre Majesté quelques détails au sujet de ces décrets.

M. de Bréza écrit, il y a quelque temps, de la part du roi de Saxe, au ministre des finances, pour demander des explications sur des sollicitations que faisait la cour de Vienne pour qu'on permit à ses sujets qui ont des propriétés ou des capitaux placés dans le duché, d'en retirer les produits ou les revenus. Le minisire répondit qu'on ne mettait aucun empêchement, pourvu que TAutriche en fît de même pour les sujets du duché, qui sont dans le même cas en Galicie; que même ik pouvaient retirer leurs fonds, soit eu or, en billon, en moonaie étrangère, excepté en argent courant de Prusse dont Fexportation était défendue.

C'est là -dessus qu'est intervenu le décret.

Il est bien évident que tous les autres voisins ont le droit de réclamer un droit pareil; alors il en résultera de grands incoovénients. On ne peut compter sur une réciprocité dans ce genre de la part de l'Autriche, puisqu'elle n'a que du mauvai> papier ou du cuivre plus mauvais encore à exporter. Encore, si Ton eut exigé la libre sortie des fourrages de la Galicie, on aurait pu justifier en quelque sorte cet arrangement que l'on conçoit d'autant moins, dans les circonstances présentes, que les Autrichiens sont plus diflficultueux que jamais, et que Ton peut regarder les barrières comme fermées.

Quant à Tautre décret, il ferait supposer une émigration qui n'a pas lieu.

M. Serra me mande qu'il y a un autre décret qui n'est pa? moins curieux.

M. le résident, il y a quelque temps, a écrit à M. Bourgoing

t à M. de Bose qu'il existe dans le duché une grande quantité le soldats du roi de Prusse qui s'y trouvent en permission et [ui en sont habitants. Il cite Texemple du roi de Westphalie, |ui a rappelé tous ceux de ses sujets qui étaient au service des )uissances étrangères. A Dresde, certain que Votre Majesté rerrait avec plaisir prendre une mesure semblable, on a rendu in décret en conséquence; mais la rédaction en est si ridicule, [u'elle porte Tinjonction à tous les militaires prussiens qui iont dans le duché de n'en pas sortir.

Il y a quelque temps que les cuirassiers saxons étant sur la ^ilica, il est déserté, de ce côté, quelques Autrichiens. Les commandants autrichiens , en vertu d'un cartel qui existe între la Saxe et TAutriche, ont réclamé à la Russie des cheaux et des armes. Je m'y suis opposé, parce que ce cartel ne >eut être appliqué au duché; mais je veux qu'il continue à ître mis à exécution en Saxe. J'en préviens Votre Majesté, >arce que cela peut être contraire à ses intentions.

Le général Polenz m'ayant fait connaître que la division axonne qui doit remplacer dans le duché celle qui en est ortie dernièrement était arrivée sur les frontières du duché, e lui ai dit de lui faire continuer sa route. Elle sera placée, partie à Varsovie et partie à Sochaczew.

Skierniewice, 16 juillet 1808.

Sire, dans ma dernière dépêche, j'ai parlé à Votre Majesté lu décret intempestif de conscription. J'ai l'honneur d'en adresser la traduction avec quelques observations.

Ce ne sont pas celles des habitants, puisque ce n'est pas les irticles de détails qu'ils censurent, mais l'ensemble. Leurs préjugés les empêchent d'être encore à la hauteur de cette

mesure.

Il est de fait que tous les nobles, grands et petits, et même les Juifs, sont indisposés contre ce décret. J'en ai la preuve parle général Friant, qui commande dans la Grande Pologne,

et de tous les commandants de place. L'adjudant-commandant Romeuf, qui arrive de Bialystock, m'a rapporté que les habitants de ce pays tiennent le même langage.

Je sais par mille voix que ce décret a fait le plus mauvais effet dans les pays limitrophes. La princesse Czartoryska m'en a parlé en disant qu'il y a de ces décrets qui refroidissent bien des tètes. Indépendamment des vues de détail, il est certain qu'il était inutile, qu'il est intempestif, et qu'il est à désirer qu'on en ajourne indéfiniment l'exécution.

Je regarde comme de mon devoir d'instruire de cela Votre Majesté, puisqu'il est évident que ceux qui soumettent ces décrets à Dresde méconnaissent l'esprit du pays ou sont guidé» par la malveillance.

Skierniewice, 26 juillet 1806.

Sire, le 9 juillet, j'ai eu l'honneur d'adresser à Votre Majesté extrait d'une lettre de M. Bourgoing à M. Serra, relative à l'étonnnement où était le roi de Saxe, du non-dëpait des 8,000 hommes ^

Je n'avais reçu à cette époque aucune espèce d'ordre, ni instruction à cet égard. M. Serra avait reçu à la vérité te conventions par M. de Ghampagny, mais ce ministre ajoutaï que jusqu'à nouvel ordre, il n'avait rien à faire.

Je pouvais supposer que le départ de ces troupes était ajourné; mais ayant reçu, il y a deux jours, la lettre du major général dont copie est ci-jointe, je pars ce soir pour Kalisï, afin d'y passer la revue du régiment que doit fournir la divi-i sion Zayoncheck, et constater, conformément à la convention, l'état de ce régiment, sous le rapport de Tarmementt habillement et équipement.

1 Pendant ce temps, FEmpereur, qui avait quitte Bayonne le SI jaîllet et q« parcourait le midi de la France, écrivait de Toulouse, le 27 juillet, au miff' clial Davout : « Mon cousin, faites partir le plus tôt possible les 8,000 Polonais qui doivent passer à ma solde, et diri{;ez-lc8 sur Mayence par le pi» court chemin. » (Correspondance de Napoléon, t. XVII, p. 419.)

Ce régiment partira tout de suite.

A mon retour de Kalisz,je passerai une revue pareille du 9', ai est à Lowiez, et ensuite du 4% qui est à Varsovie. Sous huit jours tous ces régiments seront en marche. J'adresserai l'itinéraire à M. le maréchal Victor et à [. rintendant.

Vous verrez, Sire, par la lettre du major général, que les roupes polonaises doivent continuer à être traitées comme lies Tétaient en Pologne.

Je ferai connaître incessamment à Votre Majesté les traitenents de Tarmée polonaise, comparés à ceux de Tarmée rançaise.

Je crois devoir observer à Votre Majesté que, jusqu'ici, les roupes polonaises au service de la France avaient reçu la néme solde que l'armée française. Une différence à cet égard, {ueique légère qu'elle fut, ferait un e£Fet pénible parmi ces iroupes, qui, du reste, sont animées du meilleur esprit.

Votre Majesté sera, j'espère, satisfaite du choix des corps. Les officiers sont bien composés. Les colonels tiennent à ce ju'il y a de mieux en Pologne.

Incessamment, j'aurai l'honneur d'adresser à Votre Majesté quelques notes sur les chefs et les officiers de ces régiments.

Je reçois à l'instant. Sire, une lettre de votre ambassadeur, M. Bourgoiug, dont j'ai l'honneur d'adresser copie à Votre Majesté.

Sans la lettre du major général, le contenu de celle-ci tn'eùt mis dans la nécessité de faire une chose désagréable au Boi, dans la crainte que ce qu'on me demandait ne fût pas lans les intentions de Votre Majesté.

Je termine par observer à Votre Majesté que si tous les armements de l'Autriche, qui continuent, avaient quelque iuite, il serait très -utile d'employer dans cette guerre ces 'orps, qui la feraient avec une ardeur et un enthousiasme |u'ils ne porteraient peut-être pas ailleurs.

Skierniewice, 26 juillet 1808.

Sire, j'ai annoncé, par ma dernière lettre, à Votre Majesté, que Tofficier que j'avais envoyé à Pétersbourg n'était pas encore de retour; il vient d'arriver.

J'ai l'honneur de vous adresser la réponse qu'a faite à mes dépôclies l'ambassadeur de Votre Majesté.

Cet aide de camp m'a aussi apporté une lettre de l'ambassadeur de Sa Majesté le roi de Hollande, où il me marque que tt la bonne intelligence n'a jamais été plus grande entre les deux grands empires, et que tous les efforts qu'on a tentés pour l'anéantir ont écboué; que je puis juger de la confiance qui existe, puisque la frontière de mon côté se dégagerait tous les jours, pour porter des troupes en Finlande » .

Je viens de recevoir, en outre, un rapport qui m'annonce que les deux divisions de réserve de l'armée russe contre la Turquie, qui étaient à MoIuIoav et à Balta, ont passé le Dnieper sur le premier de ces points, l'une le 26 juin, et l'autre les 2 et 4 juillet.

On s'attendait, dans le pays, à voir les hostilités recommencer incessamment entre les Turcs et les Russes. Ces mouvements confirment ce qu'on me mande de Pétersbourg.

Le colonel Mathis, qui commande vos troupes légères sur le Niémen, m'écrit que depuis cinq ou six jours, tous les bruits de guerre ont cessé.

Si les démarches des Russes prouvent qu'il n'y a aucun concert entre eux et les Autrichiens, les démarches de ceux-<î* peuvent faire supposer, ou qu'ils s'attendent à la guerre, ou qu'ils veulent se préparer à la faire.

Non-seulement ils continuent à faire travailler avec activité à Olmùtz, Komorn et à plusieurs autres places, mais les levées de milice se poursuivent, même en Galicie. Ils ont envoyé partout, dans les chefs-lieux de cercle, des détachements plus ou moins forts, pour effectuer ces levées.

Suivant les derniers rapports que j'ai, jugeant par l'espnt

i|ue manifestent les Polonais, que ces milices pourraient tourner contre eux, ils paraissent, depuis le 22, avoir pris la résolution de remplacer ces milices par une levée de recrues.

Les formations de magasins de subsistances ont lieu à

Biala, ainsi qu'à Cracovie, dans la Moravie et dans la Bohème.

C'est dans ces deux dernières provinces que les plus forts

rassemblements doivent avoir lieu, suivant les déclarations

des déserteurs, voyageurs et émissaires.

Je ne parle que des frontières qui nous avoisinent ou le maréchal Mortier.

Quant aux frontières de l'Italie, d'après les voyageurs venant de Vienne, il doit y avoir une assez grande quantité de troupes rassemblées, et l'on prête à l'archiduc Charles, en cas de guerre, le projet de couper votre armée de Dalmatie. Ces renseignements me sont venus de Pulawi.

On indique la formation de cinq corps d'armée commandés par les archiducs Charles, Jean et Ferdinand, et les généraux Bellegarde et Jean Lichtenstein. Ces renseignements me viennent de la même source et de plusieurs autres côtés.

11 est à observer que si tous ces préparatifs peuvent foire ^nger que les Autrichiens craignent la guerre ou y songent, toutes les nouvelles qu'ils font circuler sont des plus pacifiques.

Il y a des défenses de parler de la guerre aux troupes et aux habitants. Tous*les officiers autrichiens qui viennent à Varsovie parlent dans le même sens, et avec tant d'affectation, qu'on voit que c'est par ordre.

M. de Neipperg, qui commande le cordon autrichien de ce côté, a eu avec plusieurs Polonais, à Varsovie, des conversations que je dois faire connaître à Votre Majesté, en lui observant que ces observations m'ayant été rapportées de différents côtés, j'ai lieu d'y croire.

11 a cherché d'abord à les faire convenir de l'immensité des charges qui doivent peser sur les habitants du duché; puis U s'est étendu sur le système de fédération de Votre Majesté, qui ne lui permettait jamais de réunir la Pologne en un seul État, n concluait de là que le vœu des Polonais de recouvrer leur

nom. de voir réuoi en on même corp$ toat lear paip, moT' celé par les différente partages, ne serait jamais exaucé, tant que le sort de la Pologne dépendrait de la France. Il essaya ensuite de conraincre ceux à qai il parlait, qu'aucune puissance ne gagnerait autant au rétablissement do siatu t/uo de 1772, que r Autriche. -^Cela e>t conforme aux <x>nTersations de M. de Thugut à Presboui^, que j*ai rapportées dans le temps à Votre Majesté.)

Il finit par conclure que les deux empereurs de Russie et d'Autriche connaissaient trop bien le génie des Polonais et leur éloignement des étrangers, et surtout des Allemands, pour ne pas leur offrir un roi de leur nation, à la première occasion, et qu*alors le duché étant une portion bien msignifiante, à proportion du reste, on ne pouvait pas douter qae toute la Pologne n^embras-sàt leur système.

On se sen'irait des Czartoryski, du prince Poniatowski et des Fotocki ; on a Eait à dessein un grand éloge de M. Ignace Potorki.

J'ai annoncé, daas le temps, à Votre Majesté, rarrivée du prince Antoine Radziwill, qui a épousé la sœur du prince Ferdinand de Prusse tué à Saaifeld. Depuis son départ, il m'est parvenu qu'il a cherché à sonder les dispositions des habitants envers le roi de Prusse, et il a annoncé, très-confidentiellement, à quelques personnes, qu'on devait s'attendre à une coalition contre la France, et qu'on ne négligerait rien pour remettre le roi de Prusse en possession de ses États et du duché de Varsovie.

Ce sont certes de misérables intrigues qui ne remplacent pas la force d'un bataillon, mais elles annoncent la disposition où sont ces gouvernements.

Le ministre des finances du duché a reçu de celui du roi de Prusse une lettre relative à quelques difficultés qu'on avait fait de laisser passer le sel de Westphalie pour le duché. Il lui dit qu'il avait reçu l'ordre exprés du Roi d'assurer le gouvernement de l'empressement de Sa Majesté à accorder le libre passage du sel de Westphalie, et que si l'on éprouvait quelques difficultés dans les provinces occupées par les

troupes françaises, on ne devait pas les attribuer aux ordres du Roi, qui n'avait rien plus à cœur que d'entretenir Tamitié et la bonne intelligence avec le duché, mais qu'enfin le pays où cela avait lieu ne lui était pas encore remis, et que ces difficultés ne devaient pas durer.

Quel que soit l'objet de cette lettre, elle est basée sur des faits faux, les difKcultés ayant été élevées par les demandes prussiennes et n'ayant été levées que parce que M. le résident et moi en avons écrit à M. l'intendant général.

Pendant que je suis sur le chapitre des Prussiens, je dois faire connaître à Votre Majesté que quelques déserteurs venus de Glatz, Polonais d'origine, ont déclaré que dans le commencement de juin, on avait publié un ordre, dans les régiments autrichiens, qui engageait tous les déserteurs prussiens à quitter le service d'Autriche, s'ils le voulaient, pour rentrer dans les armées prussiennes; qu'ayant profité de cet ordre, ils ont été remis à des officiers chargés de les recevoir et rendus à Glatz, le 17 juin; qu'ils ont été incorporés dans des bataillons, habillés et armés.

Ils ajoutent que les Prussiens reçoivent des armes d'Olmutz et de Theresienstadt.

Ces déserteurs avaient servi précédemment dans le régiment de Zastrow : faits prisonniers à la bataille d'Iéna, ils s'étaient échappés du convoi et avaient pris du service en Autriche, dans le 2* de uhlans.

J'ai fait connaître ces renseignements à M. le maréchal Mortier, qui est à même de les vérifier.

Les Prussiens ont tiré de Graudenz, depuis une quinzaine, 50 à 60 pièces d'artillerie. Ils annonçaient que c'était pour armer les côtes. J'ai la certitude que ce ne sont pas des pièces de siège, mais des pièces de 6 et de 12.

Tous les semestriers de cette puissance sont rappelés. Ils ont fait dernièrement, dans les différents bailliages, un recensement de chevaux propres au service militaire. Ils organisent une formation d'artillerie hors de proportion avec la faiblesse de l'armée qui leur reste.

Votre Majesté peut croire à tous les détails renfermés dans

cette lettre : ils sont le résultat des rapports des officiers que j'ai envoyés sur les lieux et de ceux des déserteurs et voyageurs.

Skierniewice, 3 août 1808.

Sire, j'ai Tbonneur d'informer Votre Majesté que j'ai passé la revue des 7* et 9* régiments. Us partent demain pour Custrin, suivant l'itinéraire que j'ai adressé au major général.

Je vais me rendre à Varsovie, pour y passer en revue le 4* régiment. Il partira tout de suite.

Ces corps sont bien composés et animés du meilleur esprit; mais le tiers des hommes est sans armes, et les deux autrei^ tiers n'ont que des armes hors d'état de servir, et qu'il est impossible de réparer; quelle que soit la destination que Votre Majesté donne à ces corps, il est nécessaire de leur faire donner des fusils et des gibernes.

J'enverrai incessamment au major général les procès-verbaux qui ont été dressés conformément à la convention.

Skieraiewice, 3 août 1808.

Sire, j'ai parlé à Votre Majesté dans la lettre que j'ai eu l'honneur de lui écrire, le 26 juillet, de celle qu'on m'avait dit avoir été écrite par le ministre des finances de Prusse à celui du duché, relativement à des sels que celui-ci faisait venir de Westphalie.

Le rapport qu'on m'avait fait à cet égard était exagéré, ainsi que Votre Majesté en jugera par les pièces ci-jointes qui contiennent toute la correspondance relative à cette affaire.

J'ai cru devoir mettre ces pièces sous les yeux de Votre Majesté et lui faire observer qu'il en résulte que le duché éprouve de la part du gouvernement prussien une grande

bienveillance, et une grande sévérité de la part de M. Daru; il y a ici bien des gens qui ne manquent pas de profiter de ces petites circonstances, pour faire circuler leurs calomnies \

Je ne puis m'empécher d'observer à Votre Majesté que le peu de profit que M. Daru retirera par là, pour les caisses françaises, n'équivaut pas au mal que cela fait et aux mauvaises impressions qui en résultent.

Je dois au gouvernement de ce pays la justice de dire qu'il en use beaucoup mieux sur toutes les réclamations qui parviennent de M. Daru.

Dernièrement, il a fait connaître que les provinces prussiennes occupées par les troupes françaises étaient sur le point d'éprouver une pénurie de blé : le gouvernement du duché a tout de suite autorisé une exportation illimitée de ses grains. Cette mesure a fait hausser ici le prix du blé, et si c est un avantage pour le pays, le trésor en a soufiFert, puis- 9u*il a payé beaucoup plus cher les approvisionnements qu'il feit pour la subsistances des troupes.

J'ai cru devoir faire ces observations à M. l'intendant, en lui exposant mon opinion, qu'il ne pourrait qu'être utile au service de Votre Majesté d'éviter de semblables mesures, non pour qu'il rapporte son arrêté, mais parce que cela l'engagera peut-être à l'avenir à prendre les ordres de Votre Majesté,

; avant d'en donner en pareille circonstance.

SkinrnieMTÎce, 3 aoilt 1808.

Sire, depuis les nouvelles que j'ai données à Votre Majesté par ma lettre du 26, sur les mouvements des Autrichiens et sur la levée d'hommes ordonnée en Galicie, j'ai appris que

* Ce« discordances n'otaient pas rares entre les nçients considérables des volontés impériales. Chacun avait à cœur naturellement le service dont il était chaque. Il faut ajouter que si le maréchal Davout n*avait pas une mission aisée h Varsovie, M. Daru avait, de son côté, une rude et infjrate hesof^ne comme intendant général dans l'administration des intérêts de Toccupation française, fort embrouillés avec la Prusse.

ces projets sont mis à exécution avec beaucoup d'actitité et de sévérité. On remarque que la levée est trois fois plus forte que toutes celles qui ont eu lieu jusqu'à ce jour, quoiqu'on soit à Tépoque de la moisson. Ils lèvent des recrues indépendamment des réserves. Le comte Malacfaowski, qui a été président de la commission de gouvernement, m'a fait connaître que, voyant toutes ces dispositions hostiles et craignant d'être retenu, il allait rentrer dans le duché.

Le même m'a annoncé que Ton faisait les préparatifs de deux camps, l'un prés de Cracovie, pour 20 ou 30,000 hommes; l'autre de 10 à 12,000, à la hauteur de Nowemiasto, sur la rive de la Vistule.

Ce rapport est confirmé par d'autres.

J'ai mandé, dans la même dépêche, à Votre Majesté que des rapports faisaient mention que des Autrichiens remettaient aux Prussiens, du côté de Glatz, les soldats de cette nation qui s'étaient enrôlés dans leurs troupes, après la bataille d'Iéna, et qu'ils leur fournissaient aussi des armes.

Aujourd'hui, je vous envoie. Sire, une déposition précise à cet égard, et qui confirme ces rapports. Je l'ai communiquée au maréchal Mortier, qui est à même de vérifier les faits.

La tactique des bruits alarmants et calomnieux contre les Français est maintenant employée.

De Danzig, le général Rapp m'écrit : » J'ai appris que vous a avez eu de grandes affaires à démêler à Varsovie, et vous ne « m'en avez rien dit. »

Une lettre d'un négociant de Thom à un de ses correspondants à Danzig annonçait positivement qu'on avait découvert à Varsovie une grande conspiration pour égorger les Français et les protestants; qu'on avait miné le palais que j'habite pour le faire sauter; que cela avait donné lieu à l'arrestation de beaucoup de personnages à Varsovie, et entre autres d'un archevêque.

Cette lettre répandue à Danzig a donné lieu à ce que m'écrit le général Rapp *.

' Pendant cet été de 1808, l^AIIema^rne se remplissait en effet de nouvelles d^Espaf^o qui n'étaient malheureusement pas toutes des inventions, qui

En Silësie, on cherche à persuader aux habitants que tous les Polonais sont en révolte contre nous.

Votre Majesté trouvera ici Textrail d'un rappoit qui contient tout ce qui m'est revenu à cet égard de différents côtés. Je Tai également transmis au maréchal Mortier. Ce rapport est d'un homme sûr.

Les différentes correspondances dont on a pris connaissance à la poste n'offrent rien de bien intéressant. Je me borne à envoyer copie d'une lettre du chef d'escadron Lubienski, qui est dans les chevau-légers de votre garde. Comme il y est question qu'il s'est fait présenter à l'ambassadeur russe à Madrid et qu'il en a été bien reçu, j'ai pense qu'il était bon que Votre Majesté sût que l'ambassadeur russe reçoit et accueille les Polonais.

J'adresse aussi à Votre Majesté copie d'une lettre de M. Stanislas Potocki, écrite de Dresde à sa femme. Il recommandait dernièrement d'attendre les événements, et il est toujours dans le même système.

Quant aux Russes, il n'y a rien de nouveau. Les choses sont

«^citaient les esprits et que TAutnclie surtout exploitiit liahilement. Peu après la lettre dont il est fait mention ci-dessus, le général Rnpp, cpii était* goovemeur do Danzi{;, et qui entretenait avec le maréchal une correspondance suivie, écrivait à celui-ci : « ...Je suis arrivé ici, je n*ai entendu parler sur ma route que de mauvaises nouvelles, mais qui lieurousement sont fausses. La malveillance nous bat en Espa{;ne, révolte ritalie et fait prisonniers les maréchaux Moncey et Bessiéres... n Bessières et Moncey n'étaient pas prisonniers; mais il y avait un événement non moins sombre qui est resté tristement fameux. Le général Dupont avait été envoyé pour soumettre l'Andalousie; il avait eu d'abord quelques succès. Bientôt, par une série de circonstances extraordinaires, il s'était vu cerné de toutes parts avec des troupes exténuées et réduit à signer la capitulation de Baylen entre les mains du chef de Tannée insurrectionnelle espagnole, le général Castanos, depuis duc de Baylen. La capitulation était du 22 juillet. Napolr'on Tavait apprise le 3 août à Bordeaux, dans son vovage de retour à Paris, et il avait été saisi d*un mouvement d'indignation contre le général Dupont. On avait beau essayer de faire le silence, bientôt ces nouvelles transpiraient et se répandaient en Europe par la force des choses, par les soins de tou.^ ceux qui étaient intéressés h les propager, et elles étaient une cause de tristesse autant que d'embarras pour les chefs militaires qui commandaient en Allemagne et en Pologne, bien qu'aucun d'eux ne doutât encore de la fortune de Napoléon. (Correspondance de Napoléon, t. XYII, p. 427 et suivantes.)

254 CORRESPON'DAN'CE

dans le même état quant à leurs troupes. Il est confirmé que la division Galitzin s'est arrêtée dans le gouvernement de Gourlande.

La division Doctorof est dans le gouvernement de Wilna.

Un officier envoyé à Wilna, près le général Korzakof, en a été bien accueilli, et le langage de ce général est conforme à la bonne harmonie qui existe entre Votre Majesté et Tempereur Alexandre.

Le gouverneur civil a eu avec cet officier une conversation beaucoup moins convenable. Il a parlé de la guerre avec FAutriche comme inévitable, en ajoutant que, quoique les Russes et les Français ne fussent pas faits pour se haïr, si Tempereur Napoléon persistait à vouloir rétablir la Pologne, il faudrait bien faire une guerre.

Cet officier a appris qu'il se formait des magasins à 12 ou 15 milles en arrière de la ligne du Niémen.

Du reste, il a été observé et n'a pu parler à aucun Polonais.

Ces précautions n'avaient pas été prises jusqu'à cette époque.

On m'a fait le rapport que la ville de Brzeck, sur le Bug, avait été brûlée le 26 juillet, et que tous les magasins russes avaient été consumés par les flammes.

J'ai appris par l'aide de camp que j'avais envoyé à Pétersbourg que le prince Czartoryski, celui qui a été ministre des afFaircs étrangères, est parti de Pétersbourg. On n'a pas encore la nouvelle de son arrivée à Pulawi.

Pour détruire le bon effet que produit dans le pays la présence d'un régiment polonais faisant partie de la garde de Votre Majesté, j'ai vu, par différents rapports, et par les lettres dont je joins ici copie, que l'on faisait courir le bruit en Galicie que ce régiment, ainsi que le colonel, avait été passé au fil de l'épée. On publiait aussi des faussetés sur le service d'Espagne. On a inséré dans les journaux un article pour démentir ces fausses nouvelles.

J'ai l'honneur de vous adresser. Sire, la traduction des dernières ordonnances relatives aux levées qui se font en Galicie.

VarsoTie, 17 aoAt 1808.

Sire, j'ai Thonneur d'informer Votre Majesté que, sachant j'il venait par la poste militaire beaucoup de lettres d'Esigne qui donnaient lieu à des bruits exagères, j'ai cru devoir tlonner qu'on m'en donnât connaissance avant de les reettre; et je ne fais faire la remise que de celles qui sont myenables.

Je transmets à Votre Majesté quelques-unes de celles que il cru devoir arrêter.

Votre Majesté y trouvera quelques lettres de M. Falkowski, 1 de ses officiers d'ordonnance, qu'elle vient de faire chef escadron, adressées au général Axamitowski, commandant irtillerie du duché.

Ces lettres respirent un esprit d'intrigue et d'égoïsme poussé I plus haut degré.

Ce général Axamitowski est peu apprécié ici. 11 vient éprouver une afFaire très-désagréable dont j'ai rendu compte major général, et que j'ai arrêtée, parce que je pense 'elle pouvait faire un mauvais efFet pour la discipline. Les lettres du colonel Krazinski, commandant les chevau- ;ers de votre garde, sont toutes dans le meilleur esprit *.

Varsovie, 17 aoi'ii 1808.

5ire, j'ai eu l'honneur d'annoncer à Votre Majesté le départ Pétersbourg du prince Adam Gzartoryski. Depuis quelques rs il est dans sa famille, à Pulavvi. L'adjudant-commandant

Ces cficvau-lt'i^crs polonais allaient se (Ii.<;tin{;uer, quolquea moifl aprèi», 'ombat de Somo-Sierra, clans la inarche de l'armée française ramenée par ipereur lui-même i^ur Madrid. ll.s allaient avoir une belle mention dans bulletin de l'armée d'F«s[).i;;ne », pour la cliar{»e cpi'ils exécutèrent «ou.s )rdre» du (général Montbrun, où était (gravement hlesaé Philippe de Ségur, i major, depuis {général de division et mort nona{;énaire il y a une saine d'années.

Romeuf Fa rencontré ces jours-ci chez la princesse de Wurtemberg;, sa sœur, qui habite sur les frontières du duché.

J'ai l'honneur d'adresser à Votre Majesté le rapport de cet officier sur la conversation qu^il a eue avec lui. Dans les circonstances actuelles, l'arrivée de ce prince peut tenir plus ou moins à des intrigues. Il dit avoir un congé de six mois.

M. de Kotchubey, qui était dans le ministère avec lui et qui est aussi du parti anglais, est arrivé hier à Varsovie. Il se rend à Dresde, et de là aux eaux d'Egra. Il est parti le 15 juillet de Pétersbourg, et dans la conversation, il explique la lenteur de sa marche par l'état de la santé de sa femme, qui l'accompagne, prétexte que j'ai fait vérifier et qui est faux. Cet ex-ministre s' étant fait présenter chez moi, j'ai cru devoir l'inviter au bal que j'ai donné pour l'anniversaire de Votre Majesté. Il sort dans ce moment de chez moi pour prendre son passe-port. Il a mis la conversation sur les affaires d'Espagne. Il a dit qu'on avait regardé les troubles comme bien sérieux, puisqu'on assurait qu'on avait tiré beaucoup de troupes françaises de l'armée d'Italie. Â Riga, il a appris que l'on avait reçu la nouvelle certaine du départ de l'expédition anglaise de la Baltique, pour retourner dans les ports d'Angleterre. 11 s'est informé si cette nouvelle était confirmée par celles qu'on avait reçues de Copenhague dans ce pays. Il a parlé aussi de la Turquie; enfin, j'ai trouvé que pour un ministre disgracié, il priait beaucoup d'affaires.

Il n'est pas inutile d'observer qu'il avait été précédé ici, de quelques jours, par un comte Walewski, qui l'a annoncé et mené partout. La note ci-jointe fera connaître à Votre Majesté ce que c'est que cet individu.

Sous peu de temps, je saurai toutes les différentes insinuations et démarches faites par ces deux personnes.

En attendant, j'ai tout lieu de croire que l'arrivée à l'époque actuelle du prince Adam et de ces deux personnages tient à des intrigues. Kotchubey était du conseil de l'empereur Alexandre, à Pulawi, lorsque ce prince a été porté à se déclarer roi de Pologne, avant son départ pour Berlin. 11 s'est montré alors un des auteurs de ce projet.

Tous les préparatifs de guerre de rAutriclie, les diÉFérentes ntriçues que l'étranger peut ourdir dans ce pays, ne me paraissent avoir aucune influence, même dans les plus hautes classes.

Depuis quinze ou vingt jours, il arrive ici une assez grande quantité déjeunes gens des premières familles, qui veulent prendre du service.

Le prince Poniatowski, que j'étudie toujours beaucoup, me paraît plus ouvert. Il y a quelques jours qu'il m'a dit qu'une des mesures qui pourraient attiédir, diviser et mettre de l'incertitude dans les esprits de ce pays, serait que l'Autriche et la Russie s'entendissent pour le rétablissement d'une Pologne. Sur mon observation que dans la supposition d'un pareil projet, il me paraissait que, par sa place et la considération dont il jouissait, il était impossible qu'on ne lui fit pas des ouvertures à (îet égard, et sur cette question directe : Avez-vous reçu quelques insinuations de cette nature? il m'a protesté que depuis le traité de Tilsit, il n'en avait pas reçu, mais qu'entre les batailles d'Eylau et de Friedland, on avait voulu le sonder sur des projets de ce genre, et qu'il avait répondu ce qu'un militaire devait répondre : qu'il était sous les ordres de Votre Majesté, et qu'il n'entendait rien à ce langage. — Il pensait que puisqu'il avait été question de ce projet, il était vraisemblable que, dans le cas d'une nouvelle coalition, on le remettrait sur le tapis.

Un nommé Pozzo di Borgo ', qui doit être attaché à la légation russe à Vienne, a passé dernièrement par Leobschutz, en Oalicie, et les propos de cet homme sont des indications des opinions, sinon du prince Kourakin, au moins de l'ancien ambassadeur Razumowski, auquel il parait attaché, et qui certainement ne néglige rien pour porter sa cour à s'unir avec l'Autriche.

Enfin, j'adresse à Votre Majesté la copie d'une note qui m'a

' C'est le comte Pozzo di Boi^o, {jrand ennemi de l'Empereur, qui devait jQQer par la suite un assez {;rand rôle en 1814, être ambassadeur de Russie ^ Paris 80u« la Restauration, mais qui n'avait pas encore à ce moment la position et Tinfluence qu'il acquit plus tard auprès de l'empereur Alexandre.

Page 1