II
274 CORRESPONDANGB
La 2* au camp de Liegnitz en majeure partie à la même époque.
La 1" occupera le 9 le camp de Brieg.
Tout mon quartier général est en marche. Je pars de ma personne demain pour Breslau ; j'ai prolongé ici mon séjour parce que le départ des troupes avait jeté de la consternation dans les esprits ; elle est actuellement tout à fait dissipée.
La légion Zayoncheck, forte de 3 régiments d'infanterie, de 2 de cavalerie et 12 pièces d'artillerie, est dans les environsde Kalisz.
La garnison de Thorn est composée d'un régiment polonais, d'un bataillon saxon et d'un régiment de cavalerie polonaise. Ce dernier est établi sur les deux rives de la Vistule.
J'ai envoyé, suivant les ordres que vous m'avez transmis, 2 régiments polonais, 1 régiment saxon et 1 régiment de cavalerie saxon.
C'est la légion du général Dombrowrski qui a fourni les troupes polonaises envoyées dans ces places. xVinsi ce général se trouve maintenant sans troupes. Je vous prie de demandei des ordres à son égard à Sa Majesté.
J'ai laissé à Praga les trois bataillons d'infanterie légère.
Il y a à Varsovie 5 bataillons saxons, le 3* d'infanterie polonaise, et dans les environs 3 régiments de cavalerie polonaise et 200 hussards saxons.
Il y a à Modiin le P' régiment d'infanterie polonaise; le !•' est à Sierock.
Le long du Niémen, et sur la frontière russe-prussienne et le long du Bug, j'ai laissé le 2* de chasseurs français pour observer et avoir des nouvelles. Il serait impossible de sj reconnaître si l'on était livré aux rapports des habitants do pays.
Le 12* de chasseurs est du côté de Gzenstochouva, et le l") du côté de Sieradz; ils ont des détachements sur la Pilica.
Il se trouve outre cela à Varsovie 14 bouches à feu attelées appartenant aux Saxons et 15 pièces polonaises également attelées.
Le corps de troupes de toutes armes, qui est à Varsovie, est
K>us les ordres du prince Poniatowski; tout me (ait espérer ]u*il justifiera la confiance que j'ai mise en lui \
Depuis ces derniers mouvements, j'ai autorisé le prince à faire rentrer les chevaux qui étaient marqués pour Tartillerie et qui étaient laissés aux particuliers. Les canonniers appartenant à la direction française sous les ordres du colonel Lepelletier, restent dans les places de Thorn, Praga, Modiin et Sierock qui sont armées, à Texception de la dernière, qui ne sera en état de recevoir Tartillerie que dans quinze jours.
Les ponts de Praga et de Thorn, qui avaient été emportés par la débâcle du mois d'avril, sont reconstruits sur un plan tel qu'on peut espérer qu'ils résisteront. Les traverses ont 80 pieds, et ils sont relevés à 8 pieds au-dessus des plus grandes eaux.
J'ai laissé pour commander la place de Varsovie, le colonel Saunier, qui commandait la gendarmerie du 3* corps. C'est une bonne tète, qui allie à de la fermeté des formes conciliantes. C'est ce qu'il faut dans ce puys. Il en est très-estimé et le mérite par ses bonnes qualités. Le colonel *** va à Breslau. 11 n'est pas de la même espèce. Il aime l'argent et était haï dans le pays. Je vais être obligé de lui faire restituer du linge et de l'argenterie qui lui avaient été fournis par la ville, et qu'il avait emportés. En passant à Breslau, il sera sous mes yeux*.
1 Le maréchal, comme on Ta tu déjâi par une lettre précédente, était revenu des préventions qu'il avait eues d*abord à Tégard du prince Joiteph Poniatowski, et il ne s'en cacbait pas; il avait pris de Testime et de l'afFection pour le prince, dont il avait reconnu les qualités de soldat. En lui laissant avant son départ, le 3 septembre, des instructions pour la disposition des troupes et la défense du territoire du Grand-Duché, il ajoutait : « Le commandement important que je donne à Votre Altesse de mon propre mouvement sera appris avec plaisir par l'Empereur; je tous prie de le regarder comme une preuve de ma confiance absolue, ainsi que de l'estime que je vous ai vouée et que rien n'altérera, Votre Altesse peut en être convaincue, car je n'ai conçu ces sentiments qu'après avoir recopnu les principes de délicatesse et de loyauté qui sont la base de votre caractère. » Il ne faut pas oublier que si le maréchal agissait et parlait ainsi, c'est qu'il restait le supérieur du prince Poniatowski et gardait le grand-duché de Varsovie dans son nouveau commandement de Breslau.
* Le maréchal était intraitable sur ce point ; il ne souffrait ni exaction ni
Varsovie, 5 septembre 1808.
Sire, j'ai Thonneur de rendre compte à Votre Majesté qu il n'y a aucun mouvement de troupes russes sur le Niémen. Le colonel Mathis voit toujours une différence d'accueil dans les relations avec les Russes, mais ce n'est que le résultat des mauvaises dispositions de quelques individus.
Le sieur W , dont j'ai parlé à Votre Majesté, a répandu
dans les sociétés l'anecdote vraie ou fausse dont j'adresse la note à Votre Majesté. Eu arrivant à Varsovie, il avait déclaré devoir se rendre à Dresde. Je lui ai fait insinuer de continuer son voyage.
Votre consul général à Kœnigsberg m'écrit qu'une frégate anglaise étant venue dans la rade de Pillau et y ayant envoyé un parlementaire sous le prétexte de demander s'il n'y avait pas des Anglais détenus, avait fait remettre des dépêches à l'agent autrichien, qui les avait fait partir pour Vienne. II me donne ce fait comme positif.
Il avait aussi la nouvelle que le 26 un agent autrichien s'était embarqué à Lord de la frégate et était parti avec elle.
Sur le rapport qui m'avait été fait qu'on rétablissait le pont
abus soldatesques. On citait notamment <i ce moment un général qui, loge clans un château, s*était donné le passe-temps de jouer du pistolet dans les appartements et avait fait quelques dégâts; le maréchal le mandait derant lui et le sommait de payer sur-le-champ les dé{>nts qu'il avait causés, en le menaçant, s'il ne s'exécutait pas, de faire opérer une retenue sur son traitement et de le signaler par un ordre du jour a l'armée. Quelquefois aussi il pouvait être trompé par de faux rapports, et comme il était aussi juste qu'inflexible, s'il s'était laissé aller à un premier mouvement de sévérité envers les officiers inculpés, il n'hésitait pas à revenir. C'est ce qui arrivait en ce temps-là, en Pologne, pour le général Eppler et le colonel Dupellin, qui lui avaient été signalés, l'un comme ayant prélevé une contribution dans son commandement, l'autre comme ayant fait des réquisitions indues pour son régiment dans une marche forcée en traversant un village qui n'était pas lieu d'étape. Le maréchal leur avait adressé sur le moment de vifs reproches. Ces faits cependant étaient bientôt reconnus faux ou dénaturés. Le maréchal avait été trompé; il ne se bornait pas à faire publiquement réparation à ces deux officiers, il s'intéressait à leur avancement et tenait à les garder dan» son corps d'armée. <-» (Voir les Souvenirs militaires du général BBRTHBZÈaK.)
le Tilsit, j'ai envoyé un officier sur les lieux. La nouvelle est ausse, il n'y a aucuns matériaux de rassemblés. Cet officier a >ou8sé jusqu'à Memel; une partie de l'artillerie partie de îraudenz venait d'arriver à Memel. Le vice-consul de Votre tfajesté voyait un peu les choses en noir; l'officier les a vues mtrement, et tout lui a paru très-tranquille. J'envoie à Votre tfajesté le rapport de l'officier et la lettre du consul.
M. de Neipperç, par le moyen de ses officiers, a répandu [ue le 19 août, il était arrivé à Vienne un courrier de Péters- >ourg, apportant un traité d'alliance offensive et défensive ntre ces deux cours, que le courrier avait reçu un présent considérable de l'empereur d'Autriche.
M. de Neipperg m'a fait demander à me présenter ses evoirs avant mon départ. Je lui ai fait dire que je le verrais vec plaisir, ma conversation le rassura. Il parait que le ëpart du corps d'armée a fait une grande sensation et a donné eu à des mouvements de troupes de la part des Autrichiens.
Il règne dans ce moment beaucoup d'exaspération dans les eux Galicies contre les Autrichiens, à raison de leurs deriéres levées. Il faudrait peu de chose pour y insurger les abitants.
Beaucoup de fils de grands propriétaires sont venus ici, et rennent du service comme surnuméraires.
Le prince, qui avait envoyé aux nouvelles, m'a remis le apport cî-joint, qu'il regarde comme venant de bonne source.
VarsoTÎe, 5 septembre 1808.
Sire, j'ai eu l'honneur de rendre compte à Votre Majesté du boix que j'avais fait, pour remplir ses intentions, des 3 régilents polonais qui sont passés à son service.
Les chefs et les corps d'officiers sont très-bien composés; s sont bien disposés et susceptibles de rendre de très-grands irvices.
Le colonel Sobolewski, du 7* régiment, est un officier plein
de zèle, de talents et de mérite. Il n'a contre lui que sa santé qui est mauvaise.
Le prince Sulkowski, commandant du 9% est plein de zèle, d'ambition y et voit le salut de son pays dans la protection de Votre Majesté. Il n'a rien de commun avec le prince Jean Sulkowskiy qui s'est si mal conduit dans la campagne de Pologne. Il est extrêmement délicat. Il a un major, officier de beaucoup de mérite, pour lequel je réclamerai la bienveillance de Votre Majesté : il a ser\'i longtemps dans les légions, et il a eu votre promesse d'avoir la décoration.
Le colonel Félix Potocki, commandant le 4* régiment, est celui que je regarde comme le plus essentiel, à cause de son nom, de sa fortune et de son caractère. Il a de l'esprit, beaucoup d'amour-propre, et il a de très-grandes relations.
Je ne le regarde pas comme aussi décidé que les deux autres. S'il voyait quelque indécision, il ferait comme tous les Potocki; mais.il peut être très-utile, à raison de son importance dans le pays et de ses relations , que sa correspondance soit bonne.
Je prie Votre Majesté de m'excuser si j'entre dans ce> détails, mais j'ai cru qu'ils pourraient être utiles au bien de son service. Les colonels Sobolewski et Félix Potocki n'ont pas la décoration ; le prince Sulkowski l'a.
Varsovie, 5 septembre 1808*
Sire, j'ai l'bonneur de rappeler à la mémoire de Votre Majesté les demandes qui lui ont été faites par Tadjudant' commandant Leclerc-Desessart. Ce qui vient à l'appui de m> demande, indépendamment des promesses que Votre Majesté a bien voulu faire à cet égaixl, c'est qu'il se trouve plusieurs généraux absents du corps d'armée par maladie, tels que les généraux Ricard et Gauthier, et plusieurs autres, qui, quoique présents, sont malades : ce sont les généraux Lacour, Thuillier
indeau. Le premier surtout est hors d^état de faire cam-
général Priant m'a toujours fait les plus grands éloges ijudant-commandant Leclerc-Desessart, qui réellement beaucoup appliqué à son état et a beaucoup gagné, iupplie Votre Majesté d'excuser cette demande, surtout >e des circonstances où je la fais, et de me permettre de primer que j'en désire vivement le succès; mais en t aux sollicitations du général Priant, j'ai la conviction et officier mérite la bienveillance et les bontés de Votre té».
Varsovie, 5 septembre 1808.
;, j'ai l'honneur d'informer Votre Majesté que depuis ues jours, le pays de Bialystock n'est plus administré par ussiens. Tout s'y fait au nom de l'empereur Alexandre, ait qu'on veut faire, dans ce pays, l'essai d'un régime ur les mœurs et les habitudes des Polonais, dans l'inn de les captiver. On donne beaucoup d'appareil à ce ;ement. On a demandé à Varsovie les acteurs du théâtre ais, pour jouer des pièces analogues à la circonstance. 1 recommandé qu'on observât avec soin les résultats de mesure, et qu'on m'en rendit compte : j'aurai l'hotineur nstruire Votre Majesté.
fireslau, 13 septembre 1808.
e, j'ai l'honneur d'informer Votre Majesté que je suis ; ici le 10. M. le maréchal Mortier est parti le 11; ses
>fficicr dont îl est ici question, Incntôt général lui-même, était le frère éral Leclerc qui était mort à Saint-Domin{pie et qui avait été le prelari (le la princesse Pauline Bonaparte; il était aussi le beau-frère du lal Davout et du général Priant.
280 COURESPONDANCE
dernières troupes, composées de la division de dragons du général Lorge, partent demain \
Il me faudra quelques jours pour connaître le pays et la disposition des esprits. Jusqu'ici toute la population ne parait que demander un peu de soulagement dans les charges, qui étaient d'autant plus onéreuses que les administrations prussiennes du pays n'ont pas su les répartir avec égalité.
Il existe dans le pays 4,000 invalides, dont la plupart sont trop âgés et trop infirmes pour pouvoir gagner leur
1 II faudrait suivre jour par jour les événements pendant les mois d'août et septembre 1808, car tout se tient et se presse. Une fois ses résolutions prises, Napoléon avait agi avec sa promptitude ordinaire, comme on a pQ le voir par ses ordres et par une de ses lettres au maréchal Davout. 11 avait ea avec TAutriche quelquei) explications assez vives qu*il avait appuyées de démonstrations militaires telles qu'une levée de soldats, un armement partiel de la confédération du Rhin, et il se flattait de l'avoir arrêtée pour quelque temps. 11 pensait surtout contenir l'Autriche par son alliance avec la Russie, alliance qu'il s'occupait en cet instant même à resserrer en promettant i l'empereur Alexandre de nouveaux avantajves en Orient, la Moldo-Valacliic, et pour cela M. de Caulaincourt avait été autorisé à préparer une nouvelle rencontre des deux Empereurs, cette entrevue d'Ërfurt qui allait être un des grands specticlcs du temps. D'un autre côté, l'Empereur était entré en n^ociation avec le fi*ère du roi de Prusse, le prince Guillaume, qui lui avait été envoyé à Paris. Cette négociation aboutissait à un règlement d'évacuation. Les Français devaient quitter le territoire prussien, Berlin, et se retirer dam la Westphalie, dans la Franconie, en Hanovre. Napoléon se réservait toutefois de garder provisoirement Stettin, Custrin, Glogau, Magdebourg, comnie gages des dernières obligations de la Prusse, ce qui lui assurait toujours une forte position en Allemagne. Tout ceci se passait k la fin d'août, tandis que le maréchal Davout faisait son mouvement sur Breslau. Le 7 septembre. Napoléon écrivait à l'empereur Alexandre pour lui dire qu'il envovait le maréchal Lannes à sa rencontre sur la Vistule, dans sa marche sur Erfiiit Le 14 septembre, il écrivait de Saint-Cloud au roi de Prusse Frédéric-Guillaume m : w Je réponds h la lettre de Votre Majesté du 3 septembre. Je me réjouis avec elle de voir toutes nos affaires terminées. Je désire que les anciennes relations qui ont existé entre Votre Majesté et moi se rétablissenl, et que le souvenir des tempêtes qui ont marqué l'époque de notre séparation soit tout à fait effacé de sa pensée. Quant à moi, je me sens disposé à reprendre pour elle mes anciens sentiments, dont elle m'a paru, dans d'autres époques, parfaitement convaincue. « L'Empereur écrivait le même jour à U reine Louise de Prusse pour la complimenter de sa rentrée à Berlin. Ainsi Napoléon poursuivait d'heure en heure, par toutes les voies diplomatiques et militaires, ses vastes coml)inaisons, laissant toujours le maréchal Davout à son rôle de sentinelle en Allemagne. (Correspondance de Napoléon, t. XVII, p. 496-510.)
DU MARECHAL DAVOUT. — i808. 281
lin. Ils sont absolument abandonnes : on ne leur payait léme pas une modique pension de 3 francs par mois.
Il vient d'arriver du papier; pour leur payer deux mois, mais î papier perdant 85 pour 100, ce payement est une espèce de érision.
Je vais leur faire donner une ration de pain.
Il y a aussi une très-grande quantité d'officiers prisonniers B guerre qui sont dans la plus haute misère. Des colonels mt réduits à demander des secours '.
Une grande quantité d'employés prussiens, qui ne reçoivent jcun traitement depuis longtemps, sont dans le même cas.
L'excès de la misère où ces gens sont plongés pourrait leur spirer une haine qui éclaterait à la première occasion.
Je vais me concerter avec M. Lesperut, administrateur fnéral de la Silcsie, pour leur procurer des secours. J'ai l'honneur de rendre compte à Votre Majesté que, par je excessive complaisance, on a laissé aux Prussiens tout le imté de Glatz. La place de ce nom avait capitulé, sous la audition qu'elle serait remise aux Français, dans le cas o\x le ne serait pas secourue. La paix de Tilsit étant survenue ant l'expiration du terme prescrit, et Votre Majesté ayant icidé que la paix était une armée de secours, la place a été issée aux Prussiens, mais à la rigueur on n'aurait pas dû leur ndre le territoire.
La chose étant faite, je craindrais de contrarier vos vues en langeant ces dispositions. J'attendrai donc les ordres de Votre ajesté, en lui observant que si elle n'est pas sûre de la Prusse,
en cas de guerre avec l'Autriche, l'occupation de ce pays ir les Prussiens ne peut être que très-inquiétante.
Kosel est dans le même cas que Glatz : on a laissé à la garson tout le cercle de Kosel et même deux ou trois lieues de
* A peîae arrive à Breslau et informe de cette situation, le maréchal se sait remettre un état nominntif de tous les officiers prussiens laissés dans détresse, et il faisait répartir entre eux les frais de table que la ville de eslau lui avait alloués, comme cela se pratiquait d'ailleurs alors pour la ipart des {généraux en chef. Le maréchal ajoutait qu'il avait l'habitude de ^er son dîner et de ne pas se le faire fournir par les pays où il se trouvait, •ir les Souvenirs militaires du général BerthezÈne.
pays sur la rive droite de TOder. Je soumets, à cet égard, à Votre Majesté les mêmes réflexions.
Il y a eu dans ces derniers temps, dans les montagnes qai séparent la Silésie et la Bohême, du côté de Hirschberg, quelques soulèvements de paysans contre leurs seigneurs, auxquels ils refusent les corvées, sous prétexte que le Roi les a abolies. On m'assure que, sous ce rapport, les paysans sont coalisés. Je recueillerai des renseignements à cet égard, pour prendre des mesures en connaissance de cause.
Les troupes occupent les camps de Glogau, Liegnîtz, Breslau et Brieg, que nous avons trouvés tout faits.
Les officiers, étant baraqués et ne pouvant avoir la table de leurs hôtes, jouiront ici de frais de table qui sont à peu près ceux qu'ils touchaient dernièrement en Pologne. Ces frais sont payés par le pays, ainsi que cela se pratiquait, pour le corps que nous venons de relever, avec cette différence que ces frais étant très-réduits , ce sera un soulagement de près de moitié pour le pays.
Les postes de la cavalerie qui viennent de partir, et qui étaient sur la frontière de la Bohême, s'étant repliés avant d'avoir été relevés, je suis sans renseignements sur ce qui se passe de ce côté.
J'y fais porter des postes de la brigade du général Pajol.
Les Autrichiens n'avaient jusqu'ici, sur la frontière, que des invalides qui viennent d'être relevés par des postes de troupes de ligne. Ces invalides ont été envoyés à Prague.
Le 1" septembre, il est arrivé à Cracovie 40 bouches i feo attelées, venant d'Olmiitz; elles en sont parties, descendant la Vistule. Du reste, je n'ai connaissance d'aucun mouvement de troupes marquant de ce côté.
M. Falkowski continue toujours à donner des nouvelles qui, publiées, ne peuvent que produire un mauvais effet sur les têtes des Polonais, qui, quoique bien disposées, sont extrêmement légères.
Je joins ici un extrait de deux de ses lettres des 22 et 23 août.
J'obser\'erai que ce qu'il dit des généraux polonais ne pou^ rait que les affecter. Aucun n'est parti, parce qu'il n'y a pas
i'ordrc pour cela. J*ai consulté dans le temps Votre Majesté
3t égard.
e rappelle ici à Votre Majesté que le général Dombrowski
es généraux de son état-major se trouvent sans troupes, les
iments de cette légion formant les garnisons de Danzig et
rborn.
Breslaii, 13 septembre 1808.
(ire, j'ai Thonneur d'adresser à Votre Majesté copie d'une re que je viens de recevoir de M. Clérembault, consul éral à Kœnigsberg.
le consul met dans ses fonctions une grande activité. On d généralement justice a son zèle et à son intégrité. Il a !té toutes les propositions qui lui ont été faites pour favor la fraude.
^e lieutenant général prussien de Grawert, qui commande troupes prussiennes qui se trouvent en Silésie, proteste des is sentiments de sa cour et du désir qu'elle a de se rappror de la France.
^ous les officiers prussiens qui sont dans la Silésie ont reçu dre de se tenir prêts à marcber.
^e prince Poniatowski me mande de Varsovie qu'il est ruit que, dans la nuit du 7 au 8 septembre, on a fait une ivelle levée sur les frontières de la Galicie. Beaucoup de sans s'y sont soustraits et ont fait cette déclaration. Iresse sa lettre à Votre Majesté pour lui faire connaître nbarras où il se trouvera, faute de fonds, pour le renouvellent de l'babillement des corps. Il faudrait qu'il fût recomndé à la cour de Saxe de prendre des mesures à cet égard, 'envoie à Votre Majesté de nouvelles lettres sur les affaires spagne, dont j'ai empêché la remise. Ces nouvelles ne irraient que produire un mauvais effet; d'ailleurs, voyant journaux français se taire sur ces événements, j'ai pensé il était bon d'empêcher de les répandre.
Tous les rapports du Niémen ne font mention d'aucun mouvement de troupes. Tous les petits camps ont été levés, et les troupes réparties dans leurs cantonnements.
La seule remarque que j'aie à faire, c'est que Tartillerie na pas suivi les corps qui se sont portés, soit en Finlande, soit vers la Turquie; elle est toujours restée sur la frontière, ainsi que les chevaux. Ainsi, ils ont une artillerie disproportionnée à leurs forces actuelles et suffisante pour une forte armée.
Le général de Grawert m'a assuré, sur sa parole d'honneur, qu'il était faux que les Autrichiens avaient envoyé des armes et des déserteurs prussiens à Glatz. Il a seulement été acheté, dans la Bohême, par l'entremise des fournisseurs, quelques provisions pour la garnison de cette place, telles que vin et vinaigre.
D'après ce qu'on m'a dit de ce général, je suis disposé à croire à son assertion.
Les déserteurs autrichiens s'accordent à dire que les officiers cherchent à leur persuader que Votre Majesté veut détruire la religion et le Pape. Ces insinuations ne produisent aucun effet, et je n'en parle à Votre Majesté que parce qu'elles prouvent qu'on veut mettre en avant le Pape et les intérêts de la religion.
BretUu, 13 septembre 1808.
Sire, je suis obligé d'entretenir encore Votre Majesté des bons du roi de Saxe. M. Bourgoing en avait annoncé l'envoi direct de Dresde à Varsovie, mais il les a envoyés à Berlin, et cela malgré la demande de M. l'intendant de les envoyer directement à Varsovie.
Ainsi ces bons qui, dès le 1" juillet^ devaient être employés à acquitter les dépenses de vos troupes, n'étaient pas encore arrivés à Varsovie le 10 septembre. Par tous les détails que j'ai, les trois quarts de la faute appartiennent à M. Bourgoing.
On annonce que le Roi partira vers le milieu d'octobre pour
Varsovie. Je ne puis m'empêcher d'exprimer à Votre Majesté, pour le bien de son service, le vœu que M. Bourgoing ne raccompagne pas. Sa présence ne pourrait qu'être nuisible, soit par les contrariétés qu'il ferait éprouver à votre résident, soit par le discrédit oii il le mettrait.
Je supplie Votre Majesté d'excuser ces réflexions, qui ne me sont dictées que pour l'intérêt de son service.
Breslau, 17 septembre 1808.
Sire, conformément à la note de Votre Majesté, j'ai écrit au prince Poniatowski pour faire un choix de 10 capitaines et 20 lieutenants polonais, ayant les qualités requises pour les expédier sur Breslau, d'où je les dirigerai en France.
Les Autrichiens continuent toujours leurs armements, et ils font des préparatifs qui annonceraient que la cour de Vienne est entièrement livrée aux intrigues anglaises. Le l*' septembre, ils ont fait dans la Vieille Galicie des levées de chevaux pour les bagages. La même opération a eu lieu le 12 dans la Nouvelle Galicie. Ceux des régiments qui n'avaient pas leurs pièces de campagne ont reçu, le 10, l'ordre de les envoyer chercher à Gracovie. Ils ont un camp à Staszo^v, sur la rive gauche de la Vistule, près d'Osieck, sur la grande route de Gracovie à Lublin; ce camp est de 11,000 hommes d'infanterie, y compris 5,000 de nouvelles levées des cinq cercles de la Nouvelle Galicie.
J'ai tout lieu de croire ces détails exacts; on m'a fait le rapport qu'il y aurait un camp de 15 à 20,000 hommes entre Lublin et Lemberg, mais je n'ai point à cet égard de données certaines.
N'ayant pas trouvé de postes établis sur les frontières de la Bohême et de la Moravie, ce ne sera que ces jours-ci que je serai en mesure d'avoir des rapports de ces côtés.
Les communications avec les Russes sur le Niémen deviennent de plus en plus difficiles. Les régiments de Gosaques qu'ils
avaient depuis Jursbourg jusqu'à Grodno ont été relevés par des Tartai>es et des Bashkirs. Ces Cosaques se portent du côté de Dubno. II peut se faire que ce soit pour la Turquie.
Au moment où j*allais terminer ma lettre, j*ai reçu deux rapports du prince Poniatowski, que j*ai Thonneur d^adresser à Votre Majesté.
Sans doute que le nombre des pièces de canon et les rassemblements de fusils sont très-exagérés, et il est très-possible que ces rapports soient le résultat des inquiétudes que les Polonais ont maintenant, à cause de Téloignement des troupes françaises et de cette disposition d'esprit qui leur fait voir ce qu'ils désirent. J'ai eu à toutes les époques des rapports dans ce sens, et qui m'étaient donnés par des personnes de bonne foi.
Déjà depuis mon départ on fait circuler dans le duché des bulletins où Ton fait exterminer 100,000 Français en Espagne et autres pareilles absurdités, ce qui annonce une agence.
Ce qu'il y a de positif, c'est que depuis six semaines les Russes paraissent redouter les communications avec les officiers français, qui allaient auparavant avec facilité à Grodno, comme eux-mêmes venaient dans nos cantonnements.
Ce que je sais de plus, c'est que lorsqu'ils ont fait partir des troupes pour aller en Finlande et en Turquie, ils ont laissé leur artillerie sur les frontières, et qu'ils l'ont même renforcée, ainsi que j'ai déjà eu l'honneur d'en informer Votre Majesté.
Breslau, 17 septembre 1808.
Sire, je me regarde comme très-heureux d'avoir trouvé ici M. Lesperut, administrateur général de la Silésie; avec les dispositions et le dévouement qui l'animent, la meilleure intelligence régnera entre lui et moi.
Les renseignements qu'il m'a donnés sur ce pays, et ce que j'en ai appris d'ailleurs et vu par moi-même, m'ont £ait penser
il était nécessaire de venir au secours des employés, des
sonniers de guerre., des invalides et des pensionnés prus-
ns qui s'y trouvent.
Li*état de misère où sont plongés ces individus ne pouvait
3 seconder les mauvaises intentions des partis prussiens et
spérer les esprits.
['ai fait remettre à la chambre des domaines, à titre de prêt
î remboursera le pays, 100,000 francs pour venir au secours
:es malheureux, dont la plupart étaient réellement dans Tétat
plus à plaindre.
Breslaii, 17 septembre 1808.
5ire, j'ai l'honneur d'adresser à Votre Majesté un croquis la place de Thorn, avec un rapport sur son état actuel. jCs ouvrages seront terminés et la place à l'abri d'un coup main dans une quinzaine de jours; mais je dois observer à :re Majesté qu'il existe sur presque tout le front de la place I la portée de pistolet une grande quantité de maisons qui ivent faciliter l'attaque et nuire à la défense. Je prie Votre jesté de me faire connaître ses intentions à cet égard. Le it sur pilotis qui avait été emporté par les glaces est rétabli. )n passera sur celui de Varsovie dans le courant d'octobre; manière dont ces ponts sont construits peut faire espérer ils résisteront.
Breslaa, 17 septembre 1808.
lire, j'ai eu l'honneur de faire connaftre dans le temps à re Majesté que les 8,000 Polonais qui sont entrés à son rice avaient besoin d'un armement complet; plus d'un tiers t sans armes, et le reste n'avait que des armes de différents bres et hors de service.
II parait que rarmement qu'on a doDoé à ces troupes est extrêmement mauvais.
J'envoie à Votre Majesté un extrait d'une lettre do colooel
Félix Potocki à cet égard.
Sire, j'ai Tbonneur de rendre compte à Votre Majesté qu'il y a à Danzig, conformément aux ordres de Son Altesse le major général, deux régiments polonais, un régiment d'inSanterie et on régiment de cavalerie saxonne.
J*ai rbonneur d'adresser en même temps à Votre Majesté b copie d'une lettre du général Rapp, par laquelle il me prévient que Son Altesse le major général lui avait annoncé que l'intention de Votre Majesté était que les régiments saxons et polonais destinés à former la garnison de Danzig ne fussent point à la cbarge de cette ville, et qu'ils continuassent à être payés par leurs gouvernements.
Ces gouvernements vont prendre des mesures pour assurer la solde.
La division saxonne ayant toujours une caisse pour subvenir à ses dépenses, il est indiCFérent que celles-ci aient lieu dans le ducbé ou à Danzig.
Il n'en est pas de même pour le duché; les propriétaires fournissent les denrées pour la subsistance des troupes, et le gouvernement n'a d'argent à débourser que pour la solde.
Dans le principe, il avait été annoncé que le gouvernement du ducbé n'aurait à pourvoir qu'à la solde, et que ce serait la ville de Danzig qui fournirait les subsistances.
Dans l'état de pénurie où se trouve le trésor du duché, il est trés-difGcile qu'il puisse pourvoir à la subsistance des troupes qui sont à Danzig.
J'ai l'honneur de soumettre ces observations à Votre Majesté. Je les crois importantes pour le bien de son service, comme poavantcontribueràmainlenirlebon esprit quianime cette nation.
Breslau, 22 sepiembre 1808.
Sire, les différentes lettres de Varsovie et de Dresde font connaître toute Tanxiété des Polonais au sujet de l'entrevue ]ue Votre Majesté doit avoir avec Tempereur de Russie \
Je pense qu'il peut être utile de citer entre autres à Votre Majesté quelques passages de celle du comte Linowski, conseiller d'État, appelé dernièrement par le Roi à Dresde.
« Le cœur me bat, dit-il, à l'idée de et tte entrevue; c'est « là le moment où le sort des Polonais, des vrais amis de la « France, va être décidé irrévocablement. Dans aucun point «de l'Europe, la France et son Empereur ne veiTont de
■ peuple mieux disposé, plus fait pour être allié fidèle, ami
■ reconnaissant et frère d'armes plus sûr que la nation polo-
■ naise. Les Russes vous détestent, les Allemands ne vous « aiment pas , les fanatiques Espagnols se révoltent contre a les bienfaits mêmes; les Polonais seuls vous restent et restea ront par penchant et par raison.
a Puissent ces idées, dans ce moment important, être rap- « pelées au grand maître de nos destinées ! »
Il ajoute qu'à Dresde, où il est dans ce moment, il n'y a que le Roi, sa famille et deux ou trois personnes, dont les sentiments pour Votre Majesté ne soient pas équivoques.
' On commenç<iit à parler de cette entrevue d'Erfurt qui avait c't« négociée secrètement depu'S quelques mois et qui allait en effet se réaliser. Tandis que Tempereur Alexandre, parti de Saînt-Pétersbourf; avec sa cour et son ministre des affaires étran{;cres, le comte Bomanzof, se dirifrcait par Rœnîgsberj; sur Erfurt, Napoléon, de son côté, avait quitté Paris le 22 septembre, et après s*ètre arrêté a CYiâlons-sur- Marne, a Metz, à Raiscrslautern, il arrivait à Erfurt, le matin du 27 septembre. Dès son arrivée, il écrivait à Tarchichancelier Cambacérès : « ...Je suis arrive ce matin à Erfiirt, à neuf heures; Tempereur de Russie était arrivé depuis le 25 à Weimar. L'entretien doit avoir lieu ici dans une heure. Le roi de Saxe est ici depuis hier, et un fprand nombre de princes vont arriver aussi. » (Correspondance de Napoléon y i, XVII, p. 529 et suiv.) Au nombre de ces princes qui s*annonçaient, étaient le roi de Bavière, le roi de Wurtembeq;, la reine de Westphalie, etc.; tout ce qu*il y avait de politiques en Europe avait les re{;ards fixés sur ;ette rencontre, où Ton sentait qu'allaient s'a;;' ter les questions les plus (graves lour le monde, et les Polonais, comme le dit le maréchal Oavout, attendaient ivec anxiété ce qui allait sortir de ces entretient d*Erfurt.