‹ Correspondance du maréchal Davout, prince d'EckmühlChapitre 30 sur 99 · I/ARMEE DU RHIN · texte numérisé non relu

I/ARMEE DU RHIN

COMMANDEMENT DU MAnÉCHAT. DAVOUT A ERFURT

L'entrevue d'Erfurt, destinée à compléter l'entrevue de Tilsit, avait Heu sur ces entrefaites au milieu de toutes les pompes de cour. Préparée depuis quelques mois, désirée par l'empereur Alexandre, acceptée plutôt que recherchée par Napoléon, cette réunion extraordinaire attirait naturellement des princes, des diplomates, des généraux, tous ceux qui avaient un rôle dans ces grands spectacles ou qui étaient intéressés à pénétrer le secret ^de ce qui allait se passer. Elle avait toutes les apparences de la cordialité, de Pintimité, et semblait resserrer les liens formés à Tilsit entre les deux empires. En réalité, les circonstances avaient notablement changé depuis un an, et les deux souverains qui se rencontraient de nouveau avaient des préoccupations différentes qui tenaient à la marche des événements.

L'empereur Alexandre arrivait à Erfurt, in^patîent de tirer des avantages plus positifs de Talliance, prêt à accepter et à ratiBer tout ce que Napoléon faisait en Espagne ou ailleurs, mais disposé aussi à profiter des embarras que l'Empereur s'était créés au delà des Pyrénées pour obtenir de son côté ce qu'il voulait en Orient* Napoléon, pour sa part, se rendait à Erfurt avec la vive préoccupation des affaires espagnoles qui avaient pris une gravité imprévue pour lui et qu'il tenait à terminera tout prix. Pour avoir sa liberté sur les Pyrénées, il avait besoin de s'attacher la Russie par quelque grande satisEstction, il s'était accoutumé à cette idée. 11 se refusait, il est vrai, à combler tous les vœux de l'empereur Alexandre en lui livrant l'Orient; mais il consentait dès ce moment à lui abandonner la Moldavie et la Valachîe, et à le laisser aller jusqu'au Danube, ce qui était déjà beaucoup. A peine les deux empereurs étaient-ils

réunis à Erfiirt, que les nég^ociations s^ençag^aienf entre M. de |^ Champaçny et M. de RomanzoF, et en quelques jours, tandis que les fèies se succédaient, ces négociations conduisaient à la convention secrète du 12 octobre, confirmant et renonvelant l'alliance de Tilsit. Deux articles principaux résumaient et caractérisaient celte convention. L'empereur Alexandre restait maître de réunir immédiatement la Moldavie et la Valacbie à son empire, et s^il était attaqué par une puissance quelconque, la France ferait cause commune avec lui. D*un autre côté, au cas où l'Autriclie se mettrait eu guerre avec la France, l'empereur Alexandre s'engageait à faire cause commune avec la France contre l'Autriche. L'alliance ne pouvait être plus complète. Napoléon pensait s'assurer la Russie, et par ce qu'il faisait pour elle, et |»ar la satisfaction qu'il venait de donner à la Prusse par le traité du 8 septembre sur l'évacuation des provinces prussiennes; pour être tout à bit agréable A Alexandre, Napoléon, à Erfurt même, diminuait de 20 millions la contribution que devait encore la Prusse.

Ce qu'il y avait de caractéristique et peut-être de peu rassurant, c'est que l'Autriche avait été tenue absolument en dehors de loat ce qui se passait à Erfurt. C'était naturel d'après les clauses de li convention secrète du 12 octobre; mais c'était aussi une raison pour que l'Autriche sentit redoubler ses inquiétudes. Vainement l'empereur François avait envoyé le général de Vincent à Erfart, avec une lettre pour Napoléon et avec mission de chercher i démêler ce qui avait été fait; le général de Viucent avait été r<;ca poliment et n'avait pu rien pénétrer. Napoléon, pour l'iustant, s'inquiétait peu de l'Autriche, et à tout événement, d'ailleurs, il prenait ses précautions par une mesure qui rentrait dans ses coinbinaisons du jour. A la suite de l'évacuation de la Prusse et de l'envoi successif d'un certain nombre de corps en Elspagne, il décrétait a Erfurt même, le 12 octobre, la dissolution de la « grande armée n ; mais en même temps, avec les troupes qu'il entendait laisser en Allemagne, sur la rive gauche de l'Elbe, il créait ce qu'il appelait 1' u armée du Rhin n,el il plaçait le maréchal Davont à la tête de cette « armée du Rhin n qui était déjà considérable, qui pouvait de plus s'augmenter rapidement. C'était, sous un antre nom, la grande armée se survivant à elle-même et pouvant toajours revivre.

Ainsi rassuré par son alliance avec la Russie et par Pimpuissance de la Prusse, laissant en Allemagne, dans tous les cas, un lieute»

nant aussi fidèle qu'énerg^iqiie, Napoléon croyait avoir pourvu à tout et ôlre libre désormais de se jeter en Espagne pour en finir avec toutes les difficultés. C'était Tobjet de toutes ses combinaisons; à peine rentré à Paris, en eFFet, et il y était le 19 octobre, il en repartait le 29; il était le 3 novembre à Bayonne pour entrer aussitôt en Espagne, où depuis quelques mois il accumulait les forces. Il était le 6 novembre à Yittoria, le 11 à Burgos, engageant la campagne de toutes parts, marchant lui-même sur Madrid qu'il soumettait aux premiers jours de décembre, puis se reportant dans la Yieille-Castilleà la rencontre des Anglais. Sa présence donnait à Tarmée d'Espagne ce qui lui avait manqué, une direction, et il aurait vraisemblablement réussi à en finir comme il le voulait, s'il avait pu présider quelque temps aux opérations; mais tandis qu'il était à guerroyer au Fond de la Castille, l'Autriche s'agitait de nouveau, multipliait los préparatifs, comme si elle se disposait à ouvrir avant peu les hostilités. Encore une fois l'Empe-* reur était obligé de regagner prt^cipitamment Paris pour faire face à de nouvelles complications. On était aux derniers jours de janvier 1809. La guerre avec l'Autriche paraissait imminente, et cette u armée du Bhin » que Napoléon avait laissée en Allemagne sous les ordres du maréchal Davout, allait avant peu redevenir la grande année pour engager contre l'Autriclie une campagne nouvelle. (Correspondance de Napoléon, t. XVII, XVIII.)

PRINCE DE NEUFCHATEL, ETC

Breslau, 16 octobre 1808.

Monseigneur, j'ai reçu ce matin le décret impérial du 12 de ce mois qui me confère le commandement en chef de Tarmëe du Rhin, et les dépêches de Votre Altesse des 12 et 13 du même mois\

^ Par uo décret impérial daté d'Erfurt, 12 octobre, qui était la suite de rexécution du traité d'évacuation avec la Prusse aussi bien que du traité d'alliance avec la Russie, la « {grande armée » était dissoute. Los troupes qui devaient rester pour le moment en Allemagne sur la rive gauclie de TElbo prenaient le nom d'armée du Rhin. Les troupes aux ordres du maréchal prince de Ponte-Gorvo dans les villes banséatiques prenaient le nom de « corps de iroopes du f^ouverncment des villes banséatiques • .

Le maréchal Davout, créé depuis peu duc d'Auerstxdt, était le commandant

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