‹ Correspondance du maréchal Davout, prince d'EckmühlChapitre 7 sur 99 · RAPPORT SUR LA GALICIE · texte numérisé non relu

RAPPORT SUR LA GALICIE

Les Autrichiens occupent la nouvelle Galicie ave près 25,000 hommes, dont 5,000 de cavalerie. Ils artillerie, outre celle des bataillons, 6 pièces d'artilleri et 12 pièces de position.

L'ancienne Galicie était occupée, il y a quelque par 12,000 hommes seulement; mais depuis un mois on a fait entrer des troupes dans cette partie. Ces trou] venues de la Hongrie et de la Transylvanie. On porte fort jusqu'à 12,000 hommes. Sur ces 24,000 homi occupent l'ancienne Galicie, il y a 6,000 hommes de ca

Tous les voyageurs qui arrivent du côté de Viec

* Le maréchal Davout exprime ici des sentiments qu*il va repro( d*ane fois dans sa correspondance. Une fois ponr toutes, il faut se le maréchal se trouvait dans un monde assez nouveau pour lui, très il y avait bien des passions, des intri{pxes, dos ambitions, des ri milieu desquelles il n'était vraiment pas facile de se reconnaitre. Le se tirait d'affaire par sa droiture de caractère et par son zèle inflei le service, non sans ressentir parfois très-vivement les difBcuItcs de Quelles que fussent ses opinions, et ces opinions étaient évidemmc la première heure ^vorables à la Polo^e, il se faisait un devoir rapporteur scrupuleux, de tout dire, en restant toujours en dcHnii cuteur fidèle des ordres qu'il recevait. Dans ses dépèches, il faut venir, il ne parlait pas pour le public ou pour l'histoire; il parlait i reur et pour l'Empereur seul, représentant la situation du moment la voyait, jugeant librement les choses et les hommes. Aussi trov dans les lettres qui vont suivre beaucoup de bruits courant au joi dans un monde impressionnable, les accusations que les partis ne (jeaîent pas. Le maréchal mettait en tout cela une haute sincérité, fois la libre mdesçie de la franchise , sans craindre d'ailleurs de r besoin sur ses premières impressions, comme le prouvent ses rap[ le prince Poniatowski, rapports qui, après avoir été difficiles et même • de méfiance, finissaient par être oonfiiints et affectueux. Encore une I ces dépêches sont la chronique d'une période assez confuse, celle d du duché de Varsovie.

Teschen, Bilitz, ou ceux qui, de la Hongrie, viennent par Dukia, disent avoir vu incessamment des troupes dans Tangle qui est entre Toccident de la Galicie , le nord de la Hongrie (en deçà des Garpathes) , la Silésie et la Moravie. On fait monter ce corps d'armée à 60,000 hommes. Pour mieux cacher le nombre et Timportance de ce corps, on n'y a employé que des généraux de brigade; il n'y a ni général en chef, ni lieutenants généraux, ni aucun état-major monté; il n'y a pas de parc d'artillerie. On soutient cependant que tout est prêt pour ce corps; que pour les généraux et leurs états-majors, le travail est fait sur le papier, et que son artillerie est toute prête à Olmùtz.

Le public en général, et les personnes qui approchent ceux des plus considérables parmi les Autrichiens, supposent que ce corps d'armée est destiné, soit pour s'opposer au maréchal Mortier, en cas qu'il voulût entreprendre quelque chose sur la Silésie autrichienne ; soit pour entrer dans la Silésie prussienne, si le mai'échal Mortier voulait pénétrer en Bohème; soit, en s'unissant aux corps d'armée qui occupent les deux Galicies, pour former une force supérieure à celle qu'ils supposent pouvoir être employée contre eux de ce côté ; soit enfin contre la Hongrie, où l'union et l'esprit qui animent les membres de la diète, alarment la cour de Vienne plus que jamais.

On assure positivement qu'il y a une très-grande fermentation dans l'intérieur de ce royaume : ce même esprit a aussi, en quelque sorte, gagné les troupes hongroises, et beaucoup de personnes m'ont dit avoir entendu dire aux Autrichiens <|u'ils ne comptent pas plus sur les Hongrois que sur les Polonais; que la cour a été très-mécontente de la dernière diète; que c'est peut-être la dernière qu'elle a convoquée; <lue l'Empereur a fait rayer plusieurs seigneui^s hongrois de '^ liste de ses affidés.

Ce qu'il y a de sûr, c'est que depuis l'ouverture de la diète hongroise, toute communication est interceptée entre les provinces polonaises autrichiennes et la Hongrie.

Quand les Polonais de la Galicie veulent aller en Hongrie,

ils sont obligés de demander des passe-ports an ministre de Tintërieur à Vienne, et il y a autant de façons pour en obtenir qu'il en £aut pour aller à Paris. Cette année-ci, il n'y a que ceux bien connus du gouvernement, ou ceux qui ont dû aller aux eaux minérales de Bardiou, qui aient obtenu des passeports pour la Hongrie.

C'est précisément de ces individus que j'ai eu les renseignements sur la Hongrie.

La cour de Vienne, ayant des inquiétudes sur l'esprit qui anime les habitants des deux Galicies, a fait répandre le bruit qu'on allait donner de grands privilèges aux habitants de ces deux provinces; qu'on leur permettrait de se faire représenter par des états comme les Hongrois et les peuples de la Bohème; qu'on nommerait des Polonais à toutes les charges civiles, honorifiques et judiciaires; qu'on formerait des régiments entièrement de Polonais, à l'instar des régiments hongrois : qu'est-ce que ces bruits ont produit? Le public dit ; Ah! ils ont besoin de nous, et nous leur prouverons à la première occasion que nous pouvons nous passer (feux.

Les autorités autrichiennes sont inquiètes de ce qu'on ne nomme personne pour marquer les limites entre le duché de Varsovie et la Galicic, tandis que déjà Ton avait nommé des commissaires pour régler celles avec les États russes; d'un autre côté, l'esprit des habitants de la Galicie, qui ne .voient point établir de limites, se nourrit de l'espoir de quelques changements qui les rapprochera de leur métropole (Varsovie), et de ce que les choses restent ainsi aux frontières, ils en concluent que le gouvernement français ne reconnaît pas par là pour frontières du duché de Varsovie celles qui existent maintenant.

J'ai vu quelque changement dans les ordonnances de manœuvres autrichiennes. Les lignes d'infanterie ne font face qu'avec les deux premiers rangs dans les feux de file, le troi^ sième passe l'arme aux deux premières; hors ce cas-là, le troisième rang reste l'arme au bras, spectateur du combat : or» le réserve pour défendre les derrières de la ligne, en faisant feu en arrière au moment où les deux premiers font feu en avant

DU MARECHAL DAVOUT. — 1807. Cl

d'eux. Le troisième rang forme une seconde ligne en arriére de son bataillon. Les troisièmes rangs des pelotons impairs se mettent en arrière des troisièmes rangs des pelotons pairs. Les officiers et les sous-officiers de serre-file les commandent et s'y encadrent. C'est cette réserve qui est employée pour tous les petits détachements et pour tirailler : on les porte aussi ea masse, soit pour couvrir quelques flancs, soit pour prolonger le front des lignes. Toutes ces manœuvres se font au pas redoublé. On exerce beaucoup les Autrichiens à Tattaque à la baïonnette.

. Le général en chef m'a bien des fois demandé si Ton croyait chez nous à la guerre.

Il m'a aussi questionné sur le motif des travaux qu'on continue à la tête de pont de Praga.

Varsovie, 25 septembre 1807.

J'ai fait connaître à Votre Majesté que j'avais ordonné la remise de tous les services aux agents polonais sous la surveillance des commissaires des guerres et des employés français. J'avais ordonné qu'avant cette remise les scellés fussent apposés sur tous les magasins, et qu'il fût dressé un inventaire de rigueur des denrées qu'ils contenaient.

Par ce moyen, j'ai voulu mettre un terme au brigandage <|ui était à son comble pendant l'évacuation, parce que les agents infidèles avaient l'espoir que leurs friponneries pourraient rester cachées. En même temps, il avait été fait des défenses sévères aux habitants d'acheter des denrées provenant des magasins français autrement que dans des ventes publiques autorisées par M. l'intendant général.

Ces mesures ont réussi au delà de toute espérance. Les garde -magasins surpris n'ont pu se défaire de ce qu'ils avaient soustrait, et le résultat des inventaires a été de faire trouver dans les magasins, des quantités considérables de denrées, au delà de ce qui était porté dans les états de situation.

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Je me bornerai à adresser à Votre Majesté le résultat d'un seul de ces inventaires, celui de la remise des magasins de Bromberg; vous y verrez, entre autres, qu'il s'est trouvé plus de 9,000 quintaux de grains et farine et 68,000 boisseaux d'avoine au delà des quantités énoncées dans les états de situation.

On ne peut douter que Tintention des garde-magasins ne fut de vendre ces excédants, puisqu'ils n'en étaient pas chargés.

On ne peut expliquer ces bonis que par le désordre qui existait. Des denrées étaient versées dans les magasins sans procès-verbaux, ou sur des procès-verbaux de fausses avaries.

Un de ces garde-magasins, nommé B..., s'est sauvé. Je donne l'ordre que l'on adresse toutes les pièces à M. l'intendant général.

J'ai cru pouvoir entretenir Votre Majesté de ces objets, quelque désagréables qu'ils soient, pour lui donner connaissance des motifs qui m'ont déterminé à une mesure qu'elle aurait pu désapprouver, les ignorant.

PRINCE DE NEUFCHATEL

Varsovie, 25 septembre 1807.

Monseigneur, il m'a été fait, ces jours derniers, par un agent du ministère accrédité près de moi, une communication singulière, et dont je n'ai pu apprécier ni le but, ni l'intention. On a prétendu qu'on avait reçu d'un M. de Neipperg, officier supérieur autrichien, commandant quelques troupes du cordon sur les frontières de la Galicie, un rapport d'où il résultait que dans une entrevue qu'il avait eu l'honneur d'avoir avec Votre Altesse, après vous être emporté vivement contre les dispositions hostiles de l'Autriche, tous aviez répondu à ses dénégations en disant que vous teniez ces détails de moi, et que je vous eu avais écrit. Le ministère autrichien s'est tellement fait l'habitude des petits moyens que je n'aurais pas prêté l'oreille à cette espèce de communi-

cation, si je n'avais été bien aise de vous faire connaître les misérables ruses que l'on emploie pour chercher à masquer (6 que tout le monde voit, et dans tous les cas de vous signaler ce M. de Neipperg, comme un des intrigants les plus effrontés que Ton puisse trouver. Gomme ma letti^e serait certainement ouverte à la poste et peut-être supprimée, je profite d'un courrier qui se rend à Paris pour la faire jeter à la poste de Munich.

Varsovie, 25 septembre 1807.

Sire, au moment où je remettais mes lettres du 22 pour Votre Majesté à l'adjudant commandant Romœuf, j'ai reçu des rapports du général Priant, qui ont dû me donner beaucoup d'inquiétude sur les subsistances. J'ai retardé le départ de cet ofKcier et je me suis rendu à Varsovie, près de la commission du gouvernement, pour l'inviter à prendre des mesures telles que ce service soit enfin assuré et que* je n'aie plus à être dupe de belles paroles et de protestations. J'avais, sous ce rapport, à me plaindre de M. de Breza, le ministre de Imtérieur. La commission a nommé un comité de subsistances composé de 4 membres. Ce choix me fait espérer au moins <{ue je trouverai de la bonne foi, de la probité et une grande volonté. Il m'est assez démontré que l'on cherche à indisposer, par mille moyens d'intrigues, toute la nation qui mérite la bienveillance de Votre Majesté. En lui rendant cette justice, je ferai aussi l'aveu du plus profond de mon cœur, qu'elle recèle peut-être plus qu'aucune autre d'intrigants et intrigantes de la première force. Cette conviction que j'acquiers chaque jour ajoute aux craintes que j'ai toujours eues d'é{re au-dessous du commandement que Votre Majesté m'a donné. Chaque jour aussi me donne la conviction que si la guerre devait se rallumer, la plupart des hommes en place qui sont, les uns de la dernière faiblesse et incapables, les autres de mauvaise foi, ne pourraient être conservés sans de grands

inconvénients. Le génie de Votre Majesté a pu se servir de ces éléments, mais avec tout autre ils eussent été très-dangereux.

M. rintendant m'a annoncé la remise du duché de Varsovie au roi de Saxe. Ce souverain est annoncé pour les premiers jours d'octobre : on parait douter cependant de son arrivée. Elle est bien essentielle pour organiser ce pays, que beaucoup de gens se hâtent de spolier en profitant de la faiblesse de ceux qui gouvernent, et qui laissent faire aux Chambres et aux commissions tout ce qu'elles veulent.

La Chambre de Kalisz vient, de son autorité, de réduire la ration de pain aux troupes polonaises. Certes, il n^y a pas de nécessité, puisque ce pays, qui n'a jamais eu de troupes, est non-seulement embarrassé de la récolte de cette année, mais aussi de celle de l'année dernière, n'ayant pas de débouché, à raison des circonstances.

Ne connaissant pas les individus, je ne puis décider si cette mesure est le résultat de la plus profonde sottise ou de la plus insigne malveillance.

Je ne vous parlerai pas. Sire, de la police; elle répond au reste : depuis quelques jours une foule de vols ont été commis.

Je ferai tout ce qui dépendra de moi pour surmonter toutes ces difficultés.

VarsoTÎe, 25 septembre 1807.

Sire, j'ai l'honneur d'adresser à Votre Majesté l'état de situation de l'armée.

Elle y verra que le nombre des présents sous les armes s'élève à près de 62,000 hommes, non compris la légion du Nord, forte de 2,000 hommes, et que l'effectif, existant dans le duché de Varsovie monte à 84,222, et à plus de 86,000 en y comprenant la légion du Nord.

Si, comme on me l'assure, la légion polaco-italienne et le régiment de lanciers qui sont en Silésie ont voté pour rentrer au service polonais, et que ces deux corps viennent dans le duché de Varsovie, l'effectif se montera à 90,000 hommes

Il est de toute impossibilité, si on ne vient pas à notre secours, que le duché de Varsovie puisse nourrir une armée si nombreuse.

Je prie Votre Majesté de prendre cet état de choses en considération.

Quoique sur les états de situation des troupes polonaises il nyen ait que 29,000, en y comprenant les malades et les détachés, et quoique je ne puisse douter, par les renseignements que j'ai, qu'il faille en rabattre au moins 5 ou 6,000, cependant, à en croire le gouvernement, on lui fait payer

t pour 30,000 hommes.

On se hâte de spolier ce malheureux pays de toutes les manières, et il y a bien des gens qui s'en mêlent.

Pour faire de l'argent, on s'est avisé d'établir ce qu'on appelle ici l'arrière-ban dans la partie de la Lithuanie échue au duché de Varsovie, et comme ce ne sont pas des hommes qu'on lève, on évalue cette levée en argent. Cette mesure, qui ne peut pas manquer de produire un grand mécontentement, aura de l'influence dans la Lithuanie russe, et le pis de tout cela, c'est que cet impôt se perçoit par des hommes d'affaires qui ne rendent aucun compte, et qu'il n'en rentrera rien dans le trésor. Au surplus. Votre Majesté m'ayant dit de ne m'immiscer que le moins possible dans les affaires des Polonais, je n'en parle que comme renseignement, et je ne m'en mêle d'aucune lûanière.

II est à désirer que le roi de Saxe vienne avec des hommes ^ssez fermes et assez éclairés pour trancher dans le vif et ïïîeltre un frein à tout ce gaspillage.

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