‹ Correspondance du maréchal Davout, prince d'EckmühlChapitre 8 sur 99 · A M. LE PRÉSIDENT · texte numérisé non relu

A M. LE PRÉSIDENT

^ï LA COMUISSION DU GOUVERNEMENT DU DUCHÉ DE VARSOVIE.

Varsovie, 29 septembre 1807.

Monsieur le président, plusieurs nobles polonais apparte- ^nt à des régiments de cavalerie polonaise se sont présentés ^hez moi et ont demandé à passer dans le régiment des chevau-

légers de la garde impériale. J'ai reçu aussi de semblables demandes par écrit de plusieurs qui, étant dans le même cas, sont éloignés de Varsovie.

J'ai rhonneur de vous prier d'inviter la commission de gouvernement à donner des ordres aux inspecteurs d'armes, et en particulier à celui de la cavalerie, pour que tous les nobles polonais qui ont les qualités requises par l'arrêté d'organisation des chevau-légers de la garde, et qui désirent entrer dans ce corps, soient autorisés à quitter à cet effet leurs régiments. L'intérêt que prend l'Empereur et roi, mon souverain, à la prompte formation de ce régiment, me fait espérer. Monsieur le président, que la commission adoptera cette mesure, qui ne peut avoir que le meilleur effet. M. le colonel Krazinski fera connaître aux généraux inspecteurs la quantité de chevaulégers qui lui manquent pour son complet, ainsi que l'arrêté d'organisation, afin que les militaires de bonne volonté connaissent les conditions de leur admission.

PRINCE DE NELFCHATEL.

Varsovie, l" octobre 1S07.

Monseigneur, le 3 septembre, j'ai eu l'bonneur d'adresser à Votre Altesse un rapport sur l'état d'emplacement des troupes françaises et étrangères réunies sous mon commandement; bien que les états de situation fassent exactement mention de ces emplacements , je vais avoir l'honneur de les retracera Votre Altesse, eu lui faisant connaître leé divers changements qui ont eu lieu depuis cette époque, ou qui vont s'opérer incessamment.

i'* division. — La 1" division du 3* corps, commandée par le général Morand, continue à occuper Varsovie par cinq régiments; le 65% faisant partie de la même division, est cantonné sous Varsovie, dans un rayon d'une à deux lieues.

2* division, — La 2* division, commandée par le général Friant, est encore campée près de Sochaczew ; mais en raison

n des pluies qui pourraient occasionner des maladies

division, si elle demeurait campëe plus longtemps, [e donner des ordres pour que cette division soit î du 8 au 9 de ce mois, imenl viendra tenir garnison à Varsovie, re occupera Modlin, Zakroczyn, Nowidwor, Wyszozerwinsk, avec un arrondissement de villages dont

indiqués ci-dessus formeront les chefs-lieux, sième régiment occupera Plock avec un arrondissela rive droite de la Vistule.

rigade demeurera cantonnée sur la rive gauche du xupée par un régiment ; Sochaczew et Blonie, avec iissement de villages.

égiment de la même brigade aura pour chefs-lieux de mentLowicz, Bolimow, Skiemiewice et ses environs. tsion. — La 3* division d'infanterie du 3* corps, lée par le général Gudin, occupe Thom, Wroklaweck, j et les villages environnant ces principaux lieux. n de dragons du général Lahoussaye, — Les troupes es de M. le maréchal Soult continuant à occuper

autres points de la Vieille Prusse, j'ai dû laisser pour >a droite, la division de dragons commandée par le Lahoussaye , qui continue à occuper Freystadt , wei-der, Dcutsch-Eylau et Schœuberg.

Dupes prussiennes s'étant portées sur Soldau et urg, et ayant par conséquent dépassé avant le temps e l'ancien arrondissement occupé par Tarmée fran-

ordonné au général Lahoussaye de représenter au lant des troupes prussiennes que ce ne pouvait être jn malentendu qu'elles s'étaient portées au delà de 'acée par la convention du 12 juillet, et par consé-

chargé cet officier général de faire occuper par des lents de 200 hommes Soldau, Neidenbourg et Willenn'a déjà été rendu compte que le bataillon prussien pait Soldau l'avait évacué d'après les observations • le général Lahoussaye. Je ne doute pas que les le Zythin, qui s'étaient établis à Neidenbourg, ne

s'en soient également retirés. J'en attends incessamment rapport.

Aussitôt que les troupes de M. le maréchal Soult exécut ront leur mouvement rétrograde, je ferai prendre à la divisic de dragons du général Lahoussaye les cantonnements qu'el doit définitivement occuper, et que j'ai déjà eu Tlionneur c Caire connaître à Votre Altesse par ma lettre du 3 septembr c'est-à-dire que l'un de ses régiments occupera les districts c Culm et Michelow ; un autre, la partie du district de la Ne cédée par le traité de Tilsit; un troisième, Gnesen et environs enfin le quatrième sera cantonné entre Konin et Kolo, sur I Wartha.

Division Lasalle. — La division de cavalerie légère d général Lasalle est cantonnée le long de la Pilica, ayant pou chef-lieu de cantonnement Rawa, Ujazd, Piotrkow, Kaminsk et Radom.

Un détachement de cent cinquante chevaux de la mém division occupe la nouvelle Silésie, c'est-à-dire les districts d Lelow, Siewierz.

Cent chevaux sont répandus sur les bords de la Pilica et d la Vistule, depuis Rawa jusqu'aux environs de Varsovie pour observer les principaux points de passage sur ces deu rivières.

Environ quatre cents chevaux de la même division observent sur la rive gauche de la Vistule, les frontières autrichiennes russes et prussiennes ; le chef-lieu des cantonnements de ce derniers détachements est Augustowo.

Brigade Marulaz, — La brigade de cavalerie légère di

général Marulaz, cantonnée sur les bords de la Wartha, :

pour chef-heu de cantonnement Sieradz, Wartha et Dobra

Parc de réserve d'artillerie, — Le parc de réserve d'artil

lerie du corps d'armée est toujours à Lenczica.

!'• légion polonaise. — La V* légion polonaise, commandé par le prince Joseph Poniatowski, a ses deux premiers régi ments à Varsovie, le 3* à Pultusk et environs; le 4*, qui occu pait Plock, se porte à Plonsk pour faire place à l'un des régi ments de la division Priant.

Le 1*' régiment de cavalerie polonaise quitte Piasersno, sur la rive droite de la Vistule, pour aller cantonner sur la rive gauche à Sierp, Biezun, Radzanowo, etc. Le 2* régiment de la même arme occupe Przasznitz, Makow, Rozan et environs.

2* légion polonaise, — La 2* légion polonaise commandée par le général Zayoncheck a un régiment d'infanterie à Czenstochowa et environs, le 2' à Ostrow, le 3* à..., le 4* à Kalisz, TuD de ses régiments de cavalerie à Siewierz, le second régiment de cavalerie à Przygodzi.

3* légion polonaise, — Le 1*' régiment de cette légion qui est commandée par le général Dombrowski, est cantonné à Lekno et environs, le 2* à Wschowa, le 3* à Posen, le 4* à Rawicz. L'un des régiments de cavalerie est cantonné à Kosciawa et environs et le 2* à Labiszyn.

1" légion du Nord. — La 1" légion du Nord étant passée au service de Pologne, je Tai placée provisoirement sous les ordres du général Dombrowski, qui Ta fait cantonner à Posen et environs.

Division saxonne, — La division saxonne est toujours devant Graudenz; elle continuera à occuper cette position jusqu'au mouvement rétrograde des troupes de M. le maréchal Soult.

J ai cependant donné des ordres pour qu'il vienne à Varsovie 500 hommes d'infanterie et 100 hommes de cavalerie de cette division, pour former une garde à S. M. le roi de Saxe; ces détachements seront rendus à Varsovie le 8 de ce mois.

Varsovie, 8 octobre 1807.

Sire, j'ai rendu compte à Votre Majesté de la remise que j'ai ordonnée, des magasins de subsistances qui existaient dans le duché de Varsovie, aux agents polonais.

Je suis instruit que M. l'intendant général a manifesté la crainte que cette mesure ne donnât lieu à de grands gaspil-

lages, et que les Polonais n'en profitassent pour vendre ces magasins, ce qui donnerait lieu aux plus grands inconvénients, si on était obligé à des réunions de troupes.

Ces craintes sont sans fondement, puisque non-seulement la consommation est surveillée par les commissaires des guerres et par les employés français, mais les ordres les plus positifs ont été donnés de ne laisser sortir des magasins aucune denrée que pour la consommation journalière des troupes françaises, ou sur un ordre émané de l'ordonnateur en chef. Les commissaires des guerres français et les chambres administratives ont été rendus personnellement responsables de l'exécution de cet ordre.

Il a été rendu compte à M. l'intendant de ces mesures.

Au surplus, les faits ont démontré qu'elles avaient eu de bons résultats, puisque, aussitôt qu'elles ont été connues, les employés français n'ont pas pu faire de ventes, ce qui a fait trouver dans les magasins des quantités considérables aim delà de celles portées sur les états de situation.

J'ai vu avec peine que M. l'intendant général, pour qui j'ai la plus grande estime, et à qui d'ailleurs, pour me conformer aux ordres de Votre Majesté, je fais rendre compte de tout le service par l'ordonnateur en chef, ait été affecté du renvoi de plusieurs commissaires qui se trouvaient dans ce pays; mais il ne doit pas ignorer qu'il y en avait au delà de ce qui devait: y rester après l'évacuation de la grande armée.

A Kœnigsberg, je lui avais demandé par écrit et verbale—' ment son organisation de l'administration pour le duché de Varsovie, il me l'avait promise : je l'ai attendue plus d'ur» mois, et le major général m'ayant, avant son départ de Berlin^ répété que j'étais chargé de conserver les administrateurs qus étaient nécessaires et de renvoyer les autres au quartier général, j'ai usé de cette faculté ; l'organisation des services a été faite sur le rapport de l'ordonnateur en chef, qui a conservé ce qui était nécessaire et ce qu'il a cru meilleur.

Les ordonnateurs Pradel, Géant et Leborgne de Boigne que j'ai trouvés à Varsovie, Thorn et Posen, ont été renvoyés au quartier général. Ils n'auraient pas aussi bien servi sous

les ordres de l'ordonnateur en chef, que de simples commissaires des guerres. D'ailleurs, les ordonnateurs avaient à se reprocher d'avoir au moins toléré de grandes dilapidations.

J'ai fait connaître à Votre Majesté celles qui ont été constatées à Bromberg. A Varsovie, on vient d'arrêter le gardemagasin des effets militaires qui avait 12,000 aunes de drap, près de 300 manteaux et autant de capotes. Les preuves sont complètes. On a retrouvé presque tous les objets chez les acheteurs. Le garde-magasin est mis en jugement.

PRINCE DE NEUFCHATEL, ETC

Varsovie, 8 octobre 1807.

Monseigneur, par sa lettre du 17 septembre dernier. Votre Altesse me mande que Sa Majesté ne sait pas quel est Ir V* régiment de hussards polonais dont je veux parler, comme étant au service de France, à moins que ce ne soit celui des lanciers polonais venus d'Italie et qui sont en Silésie *.

J'ai rhonneur d'observer à Votre Altesse que le régiment de hussards polonais pour lequel je lui ai demandé des ordres, comme étant au service de Sa Majesté, n'a jamais fait partie d'aucune légion et ne doit pas être confondu avec celui des lanciers polonais venus d'Italie.

Ce régiment originairement levé par le prince Jean Sulkowski, sous le titre de chevau-légers, a été admis à la solde de Sa Majesté par décret impérial du 12 mars 1807, dont je joins ici copie; il devait être porté au complet de 1,043 hommes, pied de l'organisation actuelle des chasseurs et des hussards français.

J'ignore en vertu de quelle autorisation il a pris la qualification de hussards; mais par une lettre que Votre Altesse

^ Cest la saîte des vici^dcudcs de ce ré{riincnt de hussards polonais, dont on ne poaTaic arriver à déterminer l'orifrine ni la situation, qui existait néannoîns, et qai finissait, on le verra plus loin, par être dissous ou fondu dans la lé^on envoyée, par ordre de l'Empereur, en Wcstphalic.

écrivait le 1'^ août au général Gouvion, Elle lui mandait quelle approuvait l'autorisation qu'il avait donné au payeur d'acquitter le prêt du mois de mai aux hussards du régimem polonais ci-devant de Sulhowski.

Ce régiment est maintenant commandé par le colonel Kalinowski; j*ai eu Fhonneur d'adresser à Votre Altesse un rapport sur Tétat actuel de ce corps, que j'ai trouvé dans le plus grand état de délabrement, n'ayant jamais été complètement organisé, n^ayant reçu aucun fonds de première mise et ne recevant point de solde; il est cependant fort de 5â0 hommes; mais il a à peine 130 à 1-iO chevaux de troupes; sa compagnie d'élite, qui est fort belle, est la seule habillée et montée; mais elle n'est pas armée.

Ayant déjà passé sous les ordres de trois colonels qui ont tous eu leurs créatures, il y a eu dans ce corps des mutations presque continuelles d'officiers de tous les grades; ce qui occasionne aujourd'hui une foule de réclamations de la part de ceux qui ont été éconduits.

Je viens de charger le général Rozniecki, inspecteur général de la cavalerie polonaise, de passer une revue de rigueur de ce régiment, d'entendre les réclamations des officiers et de me mettre à même d'adresser à Votre Altesse un rapport circonstancié ; mais en attendant que cette opération puisse être exécutée, je prie Votre Altesse de vouloir bien me faire connaître quels sont les ordres de Sa Majesté à l'égard de ce corps, car il est extrêmement difficile d'obtenir et même d'exiger une sévère discipline d'un régiment qui n'est ni vêtu, ni soldé.

PRINCE DE NEUFCHATEL, ETC

VawoTÎe, 8 octobre 1807.

Monseigneur, sur la demande de M. le colonel Krazinski, commandant le régiment des chevau-légers de la garde impériale de Sa Majesté, qui avait accordé à M. Slinowski, lieute-

nant au même régiment, une permission de quinze jours pour se rendre dans sa famille sur le territoire russe, en passant par la Galicie, j'avais fait délivrer à cet officier un passe-port pour mon chef d'état-major, sous la date du 22 août.

Depuis plusieurs jours, la permission donnée à M. Slinowskî était expirée, et l'on ignorait les motifs de son retard, lorsque je reçus du lieutenant général Essen, gouverneur de la Podolie et de la Wolhynie, la lettre dont j'ai l'honneur d'adresser copie à Votre Altesse.

Ayant lieu de craindre que M. Slinowski n'eût été arrêté^ je dépéchai à M. le général Essen un officier pour lui faire connaître que le passe-port sur l'authenticité duquel il me demandait des renseignements était absolument légal, et qu'il avait été délivré à mon état-major et par mes ordres; je pris occasion de cette circonstance pour représenter à M. le général Essen que, d'après les rapports qui m'avaient été faits, on nétait plus admis à passer les frontières russes, même avec uu passe-port français, et je le priai de me faire connaître si ces rapports étaient fondés.

Je joins à cette lettre copie de celle que j'ai écrite à M. le général Essen; l'officier que je lui ai expédié n'est pas encore de retour de sa mission.

Varsovie, 9 octobre 1807.

Sire, j'ai l'honneur d'annoncer à Votre Majesté l'arrivée de M. Schonfeld, chargé par le roi de Saxe de supprimer la com- Diission de gouvernement et de la remplacer par le conseil des ministres, présidé par M. de Malachowski ; mais ce conseil, déclaré provisoire, a reçu l'ordre de référer des plus petites choses au roi de Saxe, d'attendre son arrivée, et de ne rien organiser * .

' La remise officielle du duché de Varsovie avait été faite par un acte P^^ le 17 septembre à Berlin, entre M. Dam, intendant de la {;rande armée, '^'éêcntont de l'Empereur, et le comte Gutakowski, membre de la commis-

Il est bien évident qu'il y a, depuis le voyage de Votre Majesté à Dresde, une continuité d'intrigue pour éluder rétablissement du régime constitutionnel : elle se développe chaque jour. Le chef de cette intrigue doit être M. Stanislas Potocki. Des membres de l'ancienne commission de gouvernement ont exprimé leurs regrets de leur ridicule opposition aux plus petites choses, et s'excusent en la regrettant sur ce que leur faisait dire de Dresde, M. Stanislas Potocki.

On ne peut se dissimuler qu'il n'y ait, depuis quelque temps, un grand changement dans la disposition des esprits qui sont travaillés de toutes les manières, ce qui est très-facile à opérer, vu la légèreté de cette nation.

Sachant que Votre Majesté juge de ces sortes de choses par des faits, je lui en citerai plusieurs.

!• Le premier est relatif aux donations faites par Votre Majesté. On a mis et Ton met encore en usage toutes les mauvaises difficultés, toutes les vexations, en un mot, toutes les manœuvres qui peuvent rendre illusoires les bienfaits de Votre Majesté. Il n'y a pas d'exagération à dire que plus de la moitié des donataires ne toucheront rien, par l'efiFet des demandes en argent et en nature qui absorbent tous les revenus et qui sont réparties arbitrairement.

M. le président donnant à cet égard à M. Maret de trèsgrands détails, je ne les répéterai pas.

2** M'étant aperçu qu'on cherchait à égarer les esprits sur l'article de la constitution qui abolit l'esclavage, et ayant eu lieu de voir que, même chez le prince Poniatowski, on parlait hautement à cet égard, les membres du gouvernement et le ministre de l'intérieur Breza ont été engagés à éclairer l'opinion : ils ont fait des promesses verbales, et non-seulement ils n'ont rien fait, mais votre résident ayant envoyé aux rédacteurs des journaux polonais et français un article sur le servage, rédigé dans le meilleur esprit, le journal français seul

sion du gouyemement de Vargovîc, représentant du roi de Saxe; à la suite, le roi de Saxe adressait h ses nouveaux sujets du grand-duchc une proclamation datée du 23 septembre , et il envoyait h Varsovie le comte de Sclionfeld, qui ne précédait le Roi que de quelques jours.

la inséré, et il faut employer Tautorité pour le faire mettre dans les autres.

Cependant il est d'autant plus nécessaire d'éclairer Topinion sur cette mesure, que, d'après les rapports des officiers français revenus de Russie, les nobles lithuaniens qui s'étaient le plus prononcés à l'approche des Français, leur ont parlé de Tabolition de l'esclavage comme d'une mesure qui indisposait contre nous toute la noblesse, non-seulement de la Pologne russe, mais même du pays que nous occupions. Ces nobles disaient que l'opinion avait pris cette direction depuis quelque temps, à la suite des rapports venus de Varsovie.

Du côté de Bialystock, il parait qu'on avait préparé, dans quelques villages, des révoltes de paysans, sous le prétexte de la liberté, pour que cela fit une impression dans les provinces voisines.

3* J'ai donné connaissance dans le temps à Votre Majesté des mauvaises difficultés que la commission de gouvernement avait faites, pour qu'on ne publiât pas dans les journaux la constitution qui doit régir le duché de Varsovie. Il a fallu l'y faire insérer par autorité, et aujourd'hui, malgré l'arrivée d'un commissaire du roi de Saxe, on ne la connaît encore que de cette manière. M. de Schonfeld s'est borné à publier une proclamation de son souverain, qui, du reste, est dans un bon esprit.

4* Pour les subsistances, on a répandu presque officiellement le bruit que le pays était chargé de pourvoir à tous les besoins de l'armée française, en pain, viande, etc., et lorsque, pour détruire l'espèce de consternation que ce bruit avait répandu, j'ai pris la mesure, ainsi que j'en ai rendu compte à Votre Majesté, de faire remettre aux administrations polonaises tous les magasins qui existaient dans le duché de Varsovie et qui étaient destinés à la subsistance des troupes que Votre Majesté y laissait, non-seulement des lenteurs afFectées ont été apportées dans l'exécution, mais lorsque enfin le travail a été terminé et qu'on a dû donner connaissance au public des résultats, ceux-ci ont été exposés d'une manière fausse, et l'on a fait courir des bulletins où l'on disait que les denrées que nous avions remises étaient toutes avariées.

5* Il n'y a pas d'obstacles que n'éprouve le colonel Krazinski pour la formation du rég[iment de chevau-légers polonais, qui doit faire partie de votre garde. Comme l'opposition qu'on a éprouvée à cet égard vient du prince Poniatowski, je vais entrer dans quelques détails sur sa conduite.

Dés la formation de ce régiment, trois de ses aides de camp, le comte Potocki, le prince Paul Sapieha et le comte Fredro, qui y étaient entrés comme ofBciers, ont donné leur démission. Deux autres ofBcTers de sa légion, le prince Lubomirski et Szimanowski, ont refusé leur nomination : pour ce dernier, qui était à mou état-major, j'ai acquis la certitude que c'était par les conseils du prince.

Dans un moment où on lui donnait connaissance d'une lettre du maréchal Bessiéres qui annonçait que Votre Majesté autorisait à admettre dans ce régiment ceux des nobles polonais servant dans les régiments nationaux et ayant les conditions requises, qui voudraient y entrer, le prince, pour empêcher l'efFet de cette mesure, s'est permis de dire : « Peut-on, lorsqu'on se dit bon Polonais, chercher à lever des régiments pour le service de la France? A-t-on oublié le sort qu'ont suhi nos malheureux compatriotes de Saint-Domingue? »

Des nobles polonais, dans les régiments, ayant demandé à passer dans la garde, ont été mis en prison par leurs chefs ; le colonel Krazinski ayant réclamé, il lui fut répondu officiellement par le prince qu'il y aurait lieu de craindre une trop grande diminution dans les régiments, si les demandes étaient accordées.

Je me suis assuré aussi que lorsque des jeunes gens arrivaient pour entrer comme simples gardes dans le régiment des chevau-légers, le prince leur a fait proposer d'entrer comme sous-lieutenants dans la ligne. Mais ce qui m'a paru le plus' fort, c'est que, parlant au prince des mesures à prendre pour compléter ce régiment, il m'a assuré que vous ne pouviez y mettre beaucoup d'importance, puisque vous en aviez confié le commandement au colonel Krazinski. Je lui ai répondu qu'il n'appartenait à personne de blâmer les choix faits par Votre Majesté.

Toutes ces entraves m'ont déterminé à écrire à la commission de gouvernement. II en est résulté des ordres qui auront, je Tespère, de bons résultats. Dans sept à huit jours, il partira un détachement de 120 chevaux, ce qui portera à 500 le nombre d'hommes montés qui sont partis pour votre garde. Pour en revenir à ce qui regarde le prince Poniatowski, je dois dire à Votre Majesté que si sa légèreté, ses indiscrétions et le peu d'amis qu'il a, ne le rendent pas très-dangereux, cependant, par les conseils qu'il reçoit et les personnes qui se servent de lui, il pourrait arriver telle circonstance où il serait nuisible. J'ai lieu de le croire, en général, assez mal disposé. Un exemple vous donnera une idée de son astuce. Il me présente un jour un chef de bataillon estropié, en me demandant de l'admettre dans les bureaux du commandant de la place, où il serait utile, connaissant les deux langues. J'accorde cette demande. Quelques jours après, il le fait colonel, et il l'institue commandant de place pour les Polonais. Tous les rapports des troupes polonaises lui sont adressés ; il signe des billets de logement et donne des ordres comme le commandant de la place Target. Celui-ci ne s'aperçut de tout celaqu'après plusieurs jours, et sur l'avis qu'il m'en donna, je donnai des ordres pour arrêter cet abus et pour faire connaître à cet officier qu'il ne devait se considérer que comme officier d'état- major sous les ordres du commandant de place. Avant-hier, le prince est venu m'apporter l'itinéraire que devait tenir le roi de Saxe, en me disant qu'il avait fait choix de son chef d'état-major pour aller au-devant du Roi disposer les escortes, etc. Je l'ai prié de vouloir bien se dispenser de donner des ordres qui ne pouvaient point le concerner; je lui 31 dit que son chef d'élat-major ne pouvait pas quitter son poste sans mon approbation, et qu'en un mot, les ordres les plus convenables seraient donnés.

Le général Dombrowski, occupant le pays que doit parcouïvle Roi, sera chargé de l'accompagner, et de faire toutes les dispositions nécessaires.

11 serait oiseux de rendre à Votre Majesté toute cette conversation qui, de la part du prince, a été toute en protestations.

mais qui n'a rien changé à Tidée que j'ai conçue de lui depuis quelque temps. Toutes ces misérables intrigues sont sans inconvénients dans les circonstances actuelles; mais si la guerre survenait, elles seraient plus ou moins nuisibles.

J'ai l'honneur de vous envoyer, Sire, une note faite par quelqu'un de sûr, et qui est à même de bien observer. Elle peut donner à Votre Majesté des renseignements positifs sur les moyens d'intrigues de ce pays.

Je ne finirai pas sans citer encore un fait qui, quoique peu important, fera connaître à Votre Majesté l'habileté des intrigants de ce pays. Le général Belliard est venu ici pour faire terminer sa prise de possession. Après son départ, une personne vient me trouver pour me faire part d'une note qui pouvait me donner des préventions contre ce général. Lorsqu'il est revenu ici, je lui ai communiqué franchement cette note; il m'a juré, sur son honneur, qu'elle ne contenait que des faussetés, qu'il n'avait jamais eu de confiance dans le prince Poniatowski, qu'ainsi il ne sei^it jamais dans le cas d'avoir avec lui des liaisons aussi intimes qu'on le supposait.

Je ne doute pas, à cet égard, de cette déclaration, puisque ce général m'a toujours parlé dans ce sens.

Au surplus, il y a ici la plus grande union parmi les généraux français. La meilleure harmonie règne entre le résident de Votre Majesté et moi, et l'excellente discipline de vos troupes contribue beaucoup à diminuer l'impression que peuvent produire toutes ces misérables intrigues.

P, S, — Ci-joint l'extrait de plusieurs rapports.

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