‹ Correspondance du maréchal de Vivonne relative à l'expédition de MessineChapitre 150 sur 171 · DXLVII · texte numérisé non relu

DXLVII

Le duc de Vivo>rvE a Seignelay.

Messine, 11 août 1677.

Un accident a causé la perte d'une galère'. Vivonne propose d'armer une galère « de nouvelle fabrique et de mon invention <|ue j'ai fait construire ici h mes dépens ». Il V a assci de monde pour former l'équipage. Le major des galères, de Roussy, en serait capitaine. — (Bibl. nat., Mélanges Colbert, n" 174 Z>«, fol. 503.)

DXLVlll.

LOUVOIS AU DUC DE VlVONNK.

Fontainebleau, 22-30 septembre 1677.

« Le roi a paru touché de la mort de M. de Mornas. C'cloil un bon olficier et qui avoil bien servi, et, quoique Sa Majcsii- paroisse satisfaite des services de M. deCasaux, Elle n'a pas jugé à propos de le faire, quant h présent, lieutenant général...

a Le roi a vu avec surprise et avec douleur qu'avec tous les eÊForts que Sa Majesté a faits pour envoyer des troupes

1. Celle de Foresta, la Cnpitane. Pendant le séjour des galères à Civiià-Vecchia, le feu prit à cette galère, endommageant deux autres galères et causant la mort d'un grand nombre d'hommes (Guardione, op. cit., p. 269).

.\ la môme époque, un accident coûta la vie au chevalier Henri de Fcuquièrcs qui commandait un vaisseau. « Il fut tué par un morlier (pie l'on ne croyoit pas chargé en saluant Vivonne qui enlroit sur son vaisseau « (Bussy-Rabulin, Correspondance, t. VII, p. 327).

à Messine, des sommes très conskicrables pour les f;ilre subsister et toutes les autres choses qu'Elle a cru qui pourroient vous aider h pouvoir faire quelque conquête en Sicile, l'on trouvoit les choses plus difficiles alors que l'année passée dans le temps que vous manquiez de tout. Toutefois, Sa Majesté veut espérer qu'après que les excessives chaleurs seront passées, vous vous serez mis en campagne pour faire quelque entreprise qui puisse répondre à l'attente et aux efforts de Sa Majesté et convenir à votre réputation'.

1. Au mois d'août, Vivonne reprit ses projets sur Syracuse. Le 19, toute la cavalerie et la plus grande partie de l'infanterie marchèrent sur Milazzo pour attirer dans cette place les principales forces des Espagnols. Le 24, Vivonne fit embarquer sur les vaisseaux et galères 1 500 hommes d'élite choisis dans tous les bataillons, et le même jour la flotte sortit du port. A la hauteur de Scaletta, Vivonne réunit les officiers généraux de la marine et leur communiqua le plan des opérations, qu'il avait gardé secret jusqu'alors. La discussion, très vive, dura plusieurs jours. La mer, par une fatalité nouvelle, devenait très mauvaise. Vivonne voulut passer outre, faire remorquer les vaisseaux par les galères et entrer de vive force quand même dans le port de Syracuse. Mais l'intendant survint, apportant des lettres de Colbert qui rappelaient la flotte à Messine. Les Hollandais s'apprêtaient à retourner dans la Méditerranée et le roi voulait que sa flotte fût en mesure de les combattre au premier ordre. Pour la troisième fois, Vivonne dut ainsi renoncer à attaquer Syracuse. Le cardinal Porto-Carrero pensait que les Français se dirigeaient contre Catane et fortifiait cette ville.

On trouve le récit complet de l'enli-eprise dans une lettre de Dumonceau de Nollant à Louvois (Messine, 15 septembre 1677) : « Je trouve, Monseigneur, l'occasion d'une tartane qui s'en retourne en France pour vous rendre un fidèle compte de ce qui s'est passé dans le projet que M. le maréchal avoit fait pour l'attaque de Syracuse.

« Il communiqua son dessein à MM. de La Villedîeu, Cazaux,

[1077] ni; MARÉruAi. de vivonne. 3M

« Il est inutile ilc répondre à ce que vous marquez de la force des troupes ennemies parce que le roi vous a envoyé toutes celles qu'il pouvoit faire passer en Sicile dans l'éliit présent des affaires, et si avec un corps si nombreux il n'est pas possible d'y faire des progrès, il seroit bon que vous prissiez, la peine de le mander au roi, afin

d'Oppède et Mortoii. J'eus l'honneur d'entrer aussi dans cette confidence. Il nous proposa donc l'attaque de Syracuse, nous exagérant par un i)lan la facilité qu'il y avoil d'entrer dans le port avec les vaisseaux et galères et combien il seroit aisé de faire une brèche avec une artillerie aussi grande que celle des vaisseaux, nous montrant depuis la porte de la Marine jusques aux Jésuites ([ue ce n'éloit qu'une muraille sèche sans être terrassée. Il ne fut pas difficile. Monseigneur, de nous persuader une chose qui nous seroit si aisée, ajoutant que en moins de deux heures il pourroit placer ses vaisseaux et galères dans l'ordre qui étoit nécessaire pour faire la brèche et éteindre le feu des ennemis; qu'à l'égard de la descente, il détacheroit douze cents hommes des troupes de terre qui seroient commandées par M. de La Villedieu avec cent officiers, que .Morton devoit commander, et quinze cents hommes des troupes de la marine. Voilà à peu près la disposition de l'attaque.

« M. le maréchal nous distribua à chacun ses ordres, et pendant trois semaines l'on n'eut point d'autre application qu'à les exécuter afin qu'il trouvât les choses en état aussitôt qu'il voudroit s'embarquer.

« Le li) aoiU, il fil marcher M. de Casaux avec la cavalerie, les dragons et lo resle de l'infanterie pour aller camper auprès de Milazzo et donna ordre aux galères daller aussi devant Milazzo pour donner de ce côté là de la jalousie.

« M. le maréchal s'embarqua ce même jour avec tous les détachements, resta dans le port jusqu'au 24* qu'il mit à la voile. A la vue de Scalella, il fit assembler les officiers de la marine pour leur faire part de son dessein. Il y eut de grandes contrariétés. Il se passa cinq ou six jours en contestations. Enfin, il fut résolu d'entrer dans le port. Sur ces entrefaites, M. l'intendant apporta des lettres de M. Colbert qui donnoient avis que les liollandois armoienl pour passer le Détroit et que

3)2 COnRESPONDANCE [|r,77]

que Sa Majesté prît ses mesures, étant certain qu'il vaudroil beaucoup mieux qu'il prît le parti de la tléfensivc et de maintenir seulement ce qu'elle occupe présentement que d'entretenir inutilement en Sicile un corps aussi nombreux que celui que vous avez'.

« Vous aurez vu par mes précédentes que Sa Majesté vous a laissé la liberté de conserver quelques troupes messinoises. Si vous croyez qu'il fût absolument nécessaire d'en entretenir, je n'ai qu'à vous confirmer la même chose et vous dire qu'en ce cas là Sa Majesté estime que vous devez les répartir dans les lieux où vous tenez de fortes garnisons et dans les postes avancés pour servir principalement que les soldats ne désertent. »

Dans le reste de la lettre, Louvois répond à Vivonne à des questions touchant l'administration-. — (Arch. de la Guerre, vol. 527, fol. 469 et 654.)

l'intention de Sa Majesté étoit que les vaisseaux fussent prêts pour aller au devant d'eux aussitôt qu'ils en auroient l'avis. Il fut tenu là dessus encore un conseil, ensuite de quoi on se détermina d'entrer dans le port d'Augusta. »

Dans une lettre à Louvois (9 octobre 1677), La Villedieu critiquait beaucoup le projet formé par Vivonne d'aller attaquer Syracuse, « quoiqu'on lui ait remontré les difficultés d'y pouvoir réussir, surtout ne bloquant point cette place par terre pour empêcher que les ennemis n'y jetassent du secours et pour pouvoir faire à temps et à loisir ce qu'il projetoit ». La Villedieu blâmait aussi le temps qui fut perdu sur les vaisseaux après l'embarquement, Vivonne voulant donner ses instructions aux officiers et réunissant pour cela des conseils de guerre pendant cinq ou six jours sans que l'on avançât (Arch. de la Guerre, vol. 610, n° 39).

1. Ce passage très important de la lettre de Louvois a été publié par C. Roussel, t. Il, p. 452.

On verra qu'un mois plus tard Louvois revint sur ce sujetd'une façon aussi catégori(jue dans une nouvelle lettre à Vivonne. Cf. n° DLIIL

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