DLVI
Le duc de Vrv'ONNE a Loitnois.
Messine, 17 novembre 1677.
Mémoire sur l'état de l'armée de Sicile depuis la réforme.
Vivonne craint (|uc les maladies incessantes et la ilésertion n'affaiblissent beaucoup l'armée. Il commente les avis contenus dans ses lettres précédentes et déclare dilTicilc de diminuer les {jarnisons de Gesso et de Taorniina, car « ce sont deux têtes du pays C()H(|uis (|n'ii faudroii rendre très bonnes ».
Il faudrait assiéger Carlenlini de préférence aux autres
])rincipnu\ et aux environs, qui sont Milazzo, Catane et Carlenlini. .Mais, comme ils sont dispersés et (|ue nous sommes plus forts qu'eux, quand même ils seroienl tous joints ensemble, ce qu'ils n'oseroient faire, ayant raison de craindre qu'avec nos galères nous ne tombassions proraptemcnt sur un poste dégarni, il est assuré que nous les forcerons si nous les attaquons comme il faut et que nous viendrons à bout de ce que nous entreprendrons » (Arch. de la Guerre, vol. 610, n° 29).
1. Louis XIV avait reçu par deux fois un mémoire du Sénat contenant ses doléances (cf. p. 148, note 2) et où il se plaignait entre autres de la vente frauduleuse dans la ville de denrées introduites en franchise dans le port comme destinées à la (lotie. Le roi, il faut le croire, interpréta mal ce mémoire long et confus en italien. Il (il défense, le 11 novembre, en son Conseil, aux magistrats de Messine de taxer à
plitces', parce qu'elle est la clé d'un pays plus abondant. Pour le faire, il faudrait que les secours arrivassent au début d'avril au plus tard et vinssent tous ensemble et non successivement comme les années précédentes. Ils devront être considérables, car les ennemis sont forts en cavalerie et infanterie. La cavalerie surtout doit être renforcée.
« Les désertions sont causées par la cherté des vivres et par le peu de douceur que les cavaliers et soldats ont trouvée depuis qu'ils sont en Sicile, ne pouvant avec leur paye boire du vin, ni manger de la viande, n'ayant jamais eu de draps ni couvertures et en beaucoup d'endroits jamais de matelas''.
l'entrée les marchandises destinées à l'armée navale, ce que les Messinois ne faisaient nullement. Ils furent froissés de cette mesure (Arch. de la Guerre, vol. 610, n° 32).