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Louvois \v nvc DK Vivox?nc.
Saint-Geimain-cn-Laye, 2 janvier 1078.
Louvois envoie à Vivonne l'ordre du roi de rentrer en France dès que La Feuilladc sera à Messine. — (Minute : Arch. de la Guerre, vol. .570, n* 17.)
Monsieur, Comme le drsir que le roi a de vous voir arriver prompletnent par de^à est extrême, je vous adresse par la voie d'une tartane que Sa Majesté lait dépêcher exprès le double des lettres (jue M. le duc de La Feuillade, qui va vous relevei-, doit vous porter, afin que, suivant ce que vous verrez des instructions de Sa Majesté par ces dépèches, vous disposiez les choses de telle manière pour votre départ que vous ne perdiez pas un moment de temps à vous mettre en mer pour repasser dans le royaume lorstjue .M. de La Feuillade sera arrivé à Messine'. C'est le seul sujet de ces
1. Publié par C. Roussel, l. Il, p. 4G3-4G4 (rédaction un peu différente). — Dans une première rédaction (effacée dans le ras.), Louvois commençait ainsi : « Comme je ne saurois trop fortement vous exprimer le désir que le roi a montré de vous voir... »
Comme on l'a vu par la letlre précédente, Louis XIV et Seignelay s'efforçaient de laisser croire que Vivonne, à diverses reprises, avait sollicité son rappel et venait de l'obtenir. En fait, cette mesure, si soudaine, le surprit au moment où, semble-t-il, il s'y attendait le moins. Rien ne l'avait fait pressentir. 11 n'existe aucune trace de protestation do Vivonne, qui paraît l'avoir acceptée sans mot dire, alors qu'il ne se gênait pas à l'occasion p<nir protester et récriniincr. Peut-(^tre était-il trompé lui aussi par l'alfirnialion réiiéréi' du roi que son congé
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lignes et pour vous assurer que je suis, avec une extrême passion...
en France n'était que momentané et devait servir à préparer la conquête de la Sicile tout entière. Peut-être aussi était-il las du rôle qu'il jouait à Messine depuis trois ans, rôle qui aurait pu être très brillant, mais qui s'était révélé surtout difficile, ingrat et peut-être au-dessus de ses forces.
Le rappel de Vivonne avait été décidé, comme on sait, à la suite de la résolution prise par le roi d'évacuer la Sicile. Louvois y avait amené Louis XIV. A cette époque, le roi luttait avec peine contre la coalition de ses ennemis. Louvois s'épuisait à recruter des armées et, répudiant les conquêtes loinlaines, concentrait les forces de la France. L'expédition de Messine n'avait été qu'une diversion. Il ne pouvait être question, surtout à un moment où les opérations militaires tentées par Vivonne donnaient des résultats si peu encourageants, de conquérir toute la Sicile. C'eût été une guerre ruineuse et bien ingrate. La Sicile, comme le dit C. Rousset, était ingouvernable.
Louvois, du reste, n'avait jamais été favorable à cette expédition, mais il serait exagéré de penser que le seul sentiment de jalousie à l'égard de Colbert et de Seignelay ail été la cause de son opposition et de son intervention auprès du roi pour faire décider l'évacuation de la Sicile. Il dut sans peine faire ressortir l'intérêt qui s'attachait à faire habilement, prestement et en ce moment précis une « retraite stratégique ». Les Hollandais préparaient un nouvel effort pour venir en aide aux Espagnols, et les Anglais, fort irrités de la présence des Français en Sicile, allaient se joindre à eux. Il fallait évacuer la Sicile avant d'y être enfermé. Pour y parvenir, La Feuillade parut mieux qualifié que Vivonne.
Un contemporain, Primi Visconti, observateur attentif et curieux de tout ce qui se passait à la cour, raconte comme suit l'intervention de Louvois. Sans doute se fait-il l'écho des bruits qui circulaient à la cour : « Les .iVnglois prenoient de l'ombrage et préparoient des flottes pour seconder les Espagnols dans la Méditerranée, ainsi que des troupes pour les envoyer à Ostende. Ce fui à cette occasion que Louvois, voyant que son ministère étoil exclu de la guerre de Messine et ne
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Loi IS \IV AU IJIC. I)K VlVON.NK.
Sainl-Germain-en-Laye, 2 janvier 1C7.S.
1,0 roi avise Vivimnc (|n(> l.a Fcuilladc lui apportera son congé
pouvant sdutliir ((uc Collxrt s'occupAt do l'arnu're, ni que le cardinal d'Kstrt'os, onnemi de la maison do Lo Tcllier, pût tirer gloire des aiPaires de Sicile, se rendit tout bouleversé chez le roi, uffirinant (ju'il avoit jeté inutilement trente millions dans la Méditerranée, qu'avec cette somme on auroit ae<piis la moitié de la Flandre, qu'il compromcttoit sa réputation s'il ne retiroit ses troupes do Messine et cpj'il devoit faire brûler ses galères et ses vaisseaux dans le port plutôt (pie de les laisser à la merci de ses ennemis, auxquels il ne pouvoit résister à cause du secours des Anglois. Le roi choisit le maréchal do La Feuilladc comme étant un homme propre à exécuter des entreprises hardies et lui ordonna de brûler les galères s'il ne lui étoil pas possible de les sauver. Cette résolution, qui devoit abaisser l'autorité do Colbert, faisoit plaisir k Louvois. Mais La Feuillade réussit à sauver les vaisseaux, les troupes et une quantité de rebelles de Sicile, que l'on vit ensuite à la cour et dans Paris se lamenter comme des forcenés et qui furent renvovés du royaume et dispersés dans le monde entier comme des Juifs, car ils étoient réduits ù la misère et on craignoit d'eux quelque désordre.
u Le roi, s'étant aperçu qu'il avoit suivi avec trop d'empressement le sentiment de Louvois, envoya un contre ordre à La Fcuilladc pour lui prescrire de se maintenir en Sicile ; mais La Feuilladi- étoit déjà de retour et près do Toulon (piand cet ordre lui parvint.
« J'étois présent (piand il reçut du roi l'ordre de se mettre en route. Tout le monde croyoit à une intrigue do Louvois pour l'éloigner de la cour, car La Feuillade étoit le seul courtisan qui se maintint en faveur auprès du roi, malgré Louvois, et son régiment des gardes étoit le seul (jui ne fût pas critiqué par le ministre » (l'rimi Visconti, Mémoires, éd. Leinoine, p. '216 et suiv.l.
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et lui ordonne de s'embarquer sans relard. — (Arcli. nat., Marine, B« 35, fol. 9.)
Le sieur duc de La Feuillade*, que j'ai choisi pour commander en votre absence mes armées navales en Sicile, vous remettra en main la lettre par laquelle je vous accorde le congé que vous m'avez demandé |)Our quelque temps, et j'ai estimé nécessaire de vous en donner avis par avance, afin que vous puissiez vous préparer à repasser en France, parce que, comme je veux être promptement informé du temps auquel le sieur duc de La Feuillade sera arrivé à Messine, je di'sire que vous vous embarquiez sur le même vaisseau qui l'aura porté et que vous fassiez en sorte de remettre à la voile le même jour ou le lendemain de son arrivée pour repasser en Provence^ et venir
1. « La Feuillade est un homme de haute taille, blond, plein de feu et beau parleur; il fait de grands gestes, paraît inquiet, s'agile et se promène tout le temps ou bien il court. Il a l'air d'un fou, mais il est habile; il est toujours sur ses gardes; ses manières, qui paraissent libres, sont adroites et plaisent au roi » (Primi Visconti, Mémoires, p. 218-219). Il était maréchal de France depuis 1675.
2. La Feuillade partit de Paris le 8 janvier, fit la route à cheval, avançant jour et nuit, arriva à Toulon le 16, s'embarqua à Hyères le 24 et arriva à Messine le 3 février. Vivonne ne s'embarqua que le 10. Dans l'intervalle, La Feuillade avait laissé à son prédécesseur tous les honneurs et toute l'autorité du commandement.
D'Oppède à Louvois, 14 février 1678 (Arch. de la Guerre, vol. 610, n° 87) : « M. le duc de Vivonne, qui paroissoit un peu embarrassé avant que M. de l^a Feuillade fût arrivé, a eu tous les sujets du monde de se louer de ses honnêtetés. Il n'a jamais voulu commander ni rien ordonner jusques à ce que M. de Vivonne ait été parti, sans pourtant que le service du roi ait été retardé, et il l'a renvoyé comblé de ses civilités. »
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ensuite me rendre compte des moyens de faire réussir les desseins que vous avez pour achever la con(|U<^te de ce royaume. Siu' ce, je prie Dieu (|iril vous ait...