‹ Correspondance du maréchal de Vivonne relative à l'expédition de MessineChapitre 21 sur 171 · XXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVIII INTRODUCTION

lie la force dont il disposait, du printemps, des bonnes dispositions du roi et de Louvois. Or, Vivonne parut embarrassé par l'importance même des moyens mis soudainement à sa disposition. Il ne montra pas la même énergie qu'au cours de sa dernière campagne conçue dans l'adversité et qui avait obtenu des résultats si satisfaisants. Il fut lent à se décider, lent à se mettre en campagne et, n'ayant pas osé ou su frapper vite, manqua l'entreprise qu'il dirigeait contre Syracuse. Il avait tout réglé d'avance, minutieusement et en secret. Mais au dernier moment, à la fin de mai, le vent, constamment contraire, empêcha pendant huit jours les vaisseaux d'appareiller. Vivonne fut obligé de renoncer à son projet tout en espérant le reprendre plus tard.

Ce fut une grande faute , un grand malheur pour Vivonne. Du succès de son offensive, l'avenir tout entier de l'intervention française en Sicile dépendait. Le roi et Louvois, un moment encouragés, avaient fait un dernier effort en envoj^ant, bien tard, il est vrai, des troupes suffisantes pour permettre au maréchal d'organiser une campagne efficace contre les Espagnols. Or, les bonnes troupes envoyées par le roi restèrent inactives, inutilisées pendant les mois les plus favorables de cette année 1677.

Louvois, à juste titre, en fut extrêmement irrité. « Le roi a vu avec surprise et douleur, écrivait-il, qu'après tous les efforts que Sa Majesté a faits pour envoyer des troupes à Messine, des sommes très considérables pour les faire subsister et toutes les autres choses qu'Elle a vu qui pourroient vous aider à faire quelque conquête considérable en Sicile, l'on y trouvoit les choses plus difficiles alors que l'année passée, dans le temps que l'on manquoit de tout. » Il espérait cependant qu'une fois les chaleurs passées Vivonne se

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mettrait en campagne « pour faire quelque entreprise qui puisse répondre k l'attente et aux efforts de Sa Majesté et convenir à votre réputation ». Le roi avait fait passer en Sicile toutes les troupes qu'il pouvait y envo^'er « dans l'état présent des affaires ». Louvois déclarait enfin que, si Vivonne ne pensait pas pouvoir faire « de progrès », le roi, résigné à rester à Messine sur la défensive, rappellerait en France les troupes qui no. seraient pas strictement indi.spensabk's pour la sûreté de la ville.

Cette lettre n'était pas encore écrite que Vivonne avait déjà repris son projet contre Syracuse. Les troupes de terre et de mer étaient en route lorsqu'un incident arrêta l'expédition. Pour la troisième fois, l'attaque de Syracuse était raanquée. Une épidémie soudaine et très grave vint sur ces entrefaites décimer l'armée, qui fondit tant par la maladie que par la désertion.

C'en était fait de l'expédition de Sicile. Louis XIV, résolu à rappeler les compagnies inutiles, se décida en secret à abandonner Messine, à en retirer toutes ses troupes, tous ses vaisseaux, tous ses agents. Non seulement il n'était plus question de faire des conquêtes en Sicile, mais le roi ne songeait plus même à faire une diversion en Méditerranée. Le maintien du « front » de Sicile n'était avantageux qu'autant qu'il obligeait les Espagnols à immobili-ser là-bas des troupes supérieures à celles du roi. Or, une expérience de plusieurs années venait de démontrer que les efforts et les dépenses du roi faites à leur occasion n'aboutissaient qu'à des résultats secondaires. La diversion coiitait trop clier et il était prudent d'y renoncer.

Un autre événement détormina encore le roi à retirer ses troupes. Les lloUaudais, auxquels se joignaient cette

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fois les Anglais, allaient faire une nouvelle tentative pour chasser les Français de Sicile. Leurs préparatifs pour la campagne de 1678 étaient déjà commencés. 11 fallait évacuer la Sicile de peur de s'y trouver enfermé'. Louis XIV organisa sans s'en ouvrir à personne cette opération très délicate. Pendant plusieurs mois, il dissimula, ne fût-ce que dans la crainte de possibles Vêpres siciliennes au cas où la nouvelle s'ébruiterait à Messine-, et parla de nouveaux renforts, de nouvelles dépenses à propos de la Sicile. Il choisit pour organiser et diriger la retraite le duc de La FeuiUade, mieux qualifié par les ressources de son esprit et celles de son caractère que le maréchal de

1. cf. C. Kousset, t. II, p. 4G5 et suiv., el Ch. do la Uoncière, op. cil., t. V, p. 08.3.

Louis XIV, Mémoires, éd. Grimoard, t. IV, p. 143 : « Les efforts (lue mes nnnemis ligués ensemble et les envieux de ma prospérité vouloient faire contre moi m'obligèrent de prendre de grandes précautions; et, pour commencer, en finissant la campagne de 1G77 et n'employer mes forces que dans les lieux où ■ elles seroient absolument nécessaires. Le maréchal de Vivonne m'avoit demandé son congé pour revenir de Messine; j'envoyai le maréchal de La Feuillade en sa place, avec ordre de ramener les troupes que j'y avois pour appuyer la révolte, et je lui ordonnai de s'y préparer avec tant de secret et de diligence que l'union de l'Angleterre avec mes ennemis ne rendit pas leur retour impossible. »

Et plus loin il conclut (p. 101) ; « .le sentis un plaisir intérieur de la résolution que j 'avois prise d'abandonner Messine (quoiqu'elle m'eut coûté beaucoup de peines), voyant l'étouuement qu'en eurent mes ennemis qui avoienl espéni de m'embarrasser par l'impossibilité que j'aurois eue à soutenir une si grande diversion. Un roi ne doit point avoir de joie dans de pareilles rencontres par animosité ; mais il faut qu'il fasse son seul plaisir il'avoir contribué au bonheur de son royaume en prévenant |)arses soins les maux qui pouvoient arriver par sa négligence. »

2. Vivonne estimait même que la simple décision du roi de rester sur la défensive à Messine provoquerait une révolte. Les événements, la perte de Mola lui donnaient raison.

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Vivonne, auquel, du reste, son long commandement à Messine enlevait beaucoup de liberté d'action à l'égard des habitants'. On peut aussi penser que Louis XIV voulut épargner au vice-roi de Sicile une tâche singulièrement ingrate.

A la cour, quoi qu'écrive à ce sujet Bussy-Rabutin, personne ne se douta des réelles intentions du roi, et Vivonne ignorait tout lorsqu'il reçut l'avis que le roi lui accordait « sur sa demande » un congé pour venir se reposer en France. La Feuillade lui donna la clé de l'énigme. Quels lurent les sentiments de Vivonne? Nous l'ignorons, car à partir de l'airivée de La FeuiOade à Messine il n'écrivit plus à la cour, et sa correspondance avec ses subordonnés ne paraît pas avoir laissé de traces. La transmission des pouvoirs se fit le mieux du monde. La Feuillade était habile, souple, d'humeur enjouée et entretenait depuis de lono-ues années avec Vivonne des relations d'amitié-.

Vivonne s'embarqua le 11 février 1678 sur le Fortuné^ et débarqua le 27 du même mois à Toulon. Il était à la cour cinq semaines plus tanl. « M. de Vivonne est arrivé, écrivait, le 5 avril, Hussy-Rabulin. Il n'est point, comme on le disait, gros comme un tonneau. Il court le bruit que M. de La Feuillade retire ses troupes de Messine. C'est un vais-

1. « Ce ijui cloit hizarre, c'est que trois années à Messine avaient donné à la iilupart des Français îles maîtresses ou des amis intimes ou un mélange d'intérêt par le commerce, ce qui demaniloit un redoublement d'apiilicalion pour les éloigner de la pensée d'une retraite. Le roi, pour mieux faire croire qu'il y envoyoit un grand secours, commanda des troupes et des vaisseaux pour y passer dans les premiers jours de février » (Helatiou citée par C. llousseï, t. II, p. WG et suiv.).

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