‹ Correspondance du maréchal de Vivonne relative à l'expédition de MessineChapitre 68 sur 171 · Après la capitulation, le gouverneur de Scalella, don · texte numérisé non relu

Après la capitulation, le gouverneur de Scalella, don

fl''>7G| DU MARKCHAL DE VIVONNE. H5

Je vins à Messine le 1 1 pour écrire ces lettres et je m'en letournc ce soir |)our achever de donner mes ordres au camp et l'aire rembarquer le canon débarqué pour les batteries de ce siège.

Voilà, Sire, un compte exact de tout ce que j'ai fait depuis l'arrivée de M. Cabaret*. Je serai bien heureux s'il peut é[ie agréable à Votre Majesté; ce que je puis lui protester avec sincérité, c'est qu'il est extrêmement véritable.

Tout le monde à l'envi les uns des autres a fait merveille. M. de Preuilly, M. de Langeron, M. le chevalier d'Mailly, M. d'Anfreville et tous les autres commandants de bataillons ont montré la plus grande valeur du monde et le plus grand zèle. Dans les galères, M. le commandeur d'Oppède, M. de La Bretèche, M. de Béthomas et M. de Montaulieu et le major ont soutenu des fatigues (ju'on ne peut assez exagérer, sans murmure, le plus souvent sans pain et se voyant dans la pluie nuit et jour sans tente ni autre moyen de se couvrir.

Quand Votre Majesté aura la bonté de jeter les yeux sur ce que je me donne l'honneur de lui représenter, elle coiinoîtra combien sa marine a de reconnoissance des bontés de son maître. Ma joie, c'est de voir leur bonne volonté. Je ne dois pas finir sans dire un mot d'un volontaire de Provence nommé Raymondi.

Domenico F^ignalelli, se rendit en Espagne par Xaples sur les galères du prince Ludovisio [Gazctie. Naples, 13 décembre 1676).

1. C'est d'après ce ra|)port de \ ivonne au roi que fut rédigé le numéro extraordinaire de la Gazette relatant les détails de la campagne [Gazette, de 1G76, p. 845).

416 CORRESPONDANCE |1f'"6]

Il a extrêmement servi dans l'attaque de Taormina et dans le siège de Scaletta*.

Je suis, avec le plus profond respect du monde...

CCCGXIV.

Le duc de Vivonne a Loirvois.

Messine, 14 novembre 1676.

Vivonne expose à Louvols les événements de la campagne sur la côte est de la Sicile qu'il vient de terminer avec succès, la prise de Melilli, de Taormina et de Mola, la reddition de plusieurs localités. Il fait l'éloge de plusieurs officiers, annonce la maladie de Vallavoire et demande de l'avoine, un train d'armée et des tentes.

« La marche que je fis du côté de Fiumedinisi fit croire aux ennemis que j'en voulois à Milazzo, et celte appréhension leur fit abandonner Gesso et la tour San Rizzo qu'ils prirent sur nous au mois de janvier dernier. Ce sont des lieux très considérables dont nous nous sommes emparés de nouveau, leur voisinage de Messine donnoit moyen aux Espagnols à toute heure de nous troubler par des factions et ils avoienl soin d'y tenir pour cet effet des gouverneurs

1. Malgré ses résultats, la méthode avec laquelle fut menée la campagne fut critiquée avec âpreté par d'Argone, officier des troupes de terre : « Tous les politiques feront sans doute de grands raisonnements sur nos conquêtes. Vous devez être persuadé que le hasard y a plus de part que la conduite de nos généraux. Les Espagnols sont extrêmement foibles et nous un peu poltrons. Nous vivons ici dans des irrésolutions conUnuelles et les desseins sont éventés quinze jours avant qu'ils soient arrêtés. Tout le monde a part au conseil, et il suffit de savoir parler pour dire son avis et être écouté » (cité par Jal, op. cit., t. II, p. 264, d'après ms. Clairambault, vol. 543, n" 211).

[1676] Dr MAUKCIIAL DE VIVONNE. 117

c;i|);il)k's de ces machines. Ces deux portes nous couvrent du côté de Milazzo et nous donnent entrée dans sa plaine. Ainsi, Monsieur, nous voilii débouchés par deux endroits et par ces petites conquêtes le roi est maître en Sicile de soixante milles de cotes.

« On ne peut pas au monde mieux servir que M. de La Villedieu l'a fait dans la prise de Taormina; il a fait encore des miracles depuis, car, étant resté dans celte place, il y a soutenu vigoureusement deux assauts que les ennemis lui ont donnés et, quoiqu'il eût été blessé d'un grand coup de mous(juel quand il y entra, il n'a pas laissé de sortir au devant des ennemis et de les repousser avec grand perte de leurs gens.

« Au commencement de cette petite campagne, M. Mornas ayant commandé les troupes, je veux dire dans le temps que j'étois resté à Messine avec les galères, 11 attaqua l'épée h la main Meliili, qui est un village d'une situation extraordinaire et qui reserroit extrêmement Augusta et y força quatre cents hommes que les ennemis avoient dedans. Une partie furent tués et le reste fut fait prisonnier de guerre; je le menai avec moi quand je fus à Taormina et y ayant trouvé M. de Vallavoire, lequel y étoit venu à cause qu'il avoit su la blessure de M. de La Villedieu, ils ont achevé tous deux avec moi le reste de la campagne. Vers la fin du siège de Scaletta, M. de Vallavoire est tombé dans une apoplexie assez violente pour qu'on ne sache pas encore ce qui en arrivera. Il est demeuré paralvtique de la moitié du corps; je dois dire h sa louange qu'il a fort bien servi pendant ce siège et qu'il avoit grand envie de prendre sa revanche du siège de la dite place qu'il avoit commencé avec la garnison de Messine et qu'il avoit été obligé de lever quelques jours après.

« Comme M. de Vallavoire, par sa maladie, court risque ou de mourir ou de n'être pas sitôt en état de servir, je vous supplie, Monsieur, de prier Sa Majesté qu'elle agrée

118 CORRESPONDANCE ll^l.)

que M. Mornas serve ici en sa place de lieutenant général sous moi. C'est un homme de grand mérite; il est également fort pour le conseil et pour l'cxéeulion. Si vous vouliez par même moyen, vous pourrie/, supplier Sa Majesté de faire monter M. de La Villedieu à la charge de maréchal de camp; ce seroit un homme qui rempliroit fort bien celte charge; nous avons ici deux lieutenants colonels qui sont et habiles et d'un mérite singulier; si vous voulez bien aussi supplier le roi de les faire brigadiers d'infanterie cela seroit d'une grande utilité pour le service, et je vous en serois extrêmement obligé. Ce sont MM. de Châtenay et de l'Ile.

« J'ai choisi pour commander dans Scaletta, si le roi l'agrée, M. de Brégy, que je vous envoie. Il a extrêmement bien ser\T et c'est un sujet très capable et on se peut bien assurément reposer sur lui d'un poste. Il aura l'honneur de vous rendre compte plus exactement de tout, comme ayant été témoin non seulement de ce qui s'est passé à l'attaque où j'étois, mais même à celle de Messieurs des vaisseaux où il a beaucoup servi; il demanderoit une charge de major général pour servir quand elle marchera. Si vous lui pouvez procurer cette grâce auprès du roi, je vous en aurai obligation.

« M. le marquis de Preuilly, frère de M. le maréchal d'Humièrcs, a montré dans cette campagne tout le co-ur et toute la conduite qui se pouvoit. Messieurs les capitaines des vaisseaux et les autres olTiciers et les soldats même y ont fait paroître aussi une vigueur et une grande patience, par la quantité de travaux qu'il leur a fallu faire du côté que j'étois. Les troupes des galères y ont au.ssi fait merveilles et par la bravoure et par les travaux, et quoiqu'ils ne soient pas accoutumés à faire de fatigues, elles ont pourtant résisté pendant un mois h toutes celles qu'ont causé de longues marches et la prise de Mola et de beaucoup d'autres places.

[1(;7(;| Kl MAIIKCIIM. I)K VIVONNE. 119

« Depuis que Scalella ;i élé prise, j'ai reçu la lettre que vous m'avez l'ail l'honneur tic in'écrire, par laquelle je vois (|U(; le roi s'expli(|ue cpie si nous pouvons faire cpielque chose ici avec ce que nous avons, et si nous sommes assez heureux pour réussir, qu'il auroil la bonté de nous envoyer encore des troupes. En vérité, Monsieur, si le roi persiste dans ces bons sentiments pour nous, la conjoncture est très favorable; nous sommes dans la saison où les troupes se reposent en France; nous nous sommes ouvert les pas; nous pourrions, si nous avions de quoi, essayer d'en tirer des avantages et je vous peux assurer que, donnant les ordres comme vous n'y manquerez pas en nous envoyant des troupes, nous pourrons faire quelque chose et l'armée subsistera fort bien.

« La principale ciiose (|Uo nous demandons, et sans hupielle nous ne pouvons rien faire, c'est un équipage de vivres. On ne l'ail pas toujours la guerre sur le bord de la mer et la iiur ne souffre pas très souvent que les convois nous arrivent ni lorsqu'ils sont arrivés elle ne permet pas qu'on débarque le pain; et je viens à vous faire d'autant plus hardiment cette demande que cet accident nous a fait souvent jeûner cette campagne.

« L'autre chose que je vous demande est que l'avoine ne man(|ue point à la cavalerie. La Sicile est un si bon pays qu'il ne produit que du blé; pour les fourrages, ils ne nianciueronl pas quand on pourra tenir la campagne, mais pour les menus grains il les faut tirer dehors.

« La cavalerie est ici non seulement sans orge, mais encore sans quartier d'hiver, sans ustensiles et sans remonte, et comme ce n'est pas le moyen qu'elle puisse se maintenir, vous voulez bien que je vous demande de la part de celui qui commande (|u'elle soit traitée ici comme elle est traitée en France. Avec cela je comprends tout et, moyennant ce traitement, Messieurs les capitaines promettent et s'obligent de tenir toujours leurs compagnies complètes.

« Le régiment de Lhcry servant ici depuis deux ans et s'étanl assez bien maintenu, nonobstant qu'il n'ait eu ni quartier d'hiver ni remonte, m'oblige de vous représenter qu'il mérite un traitement meilleur que les autres afin que vous y ayez égard s'il vous plaît, Monsieur, quand vous ferez votre rapport sur ce sujet à Sa Majesté en faisant fournir ici l'orge ou l'avoine h la cavalerie... Vous en pouvez envoyer en ce pays autant qu'il vous plaira parce qu'elle y trouvera du fourrage assez pour subsister. Les mêmes personnes qui fournissent en Catalogne pourroient en faire venir ici.

« Ayant été obligé de transporter la cavalerie du roi d'Augusta h Messine, j'ai éprouvé que les navires valent mieux que les barques, car j'ai mis sur le More cent vingt chevaux; ainsi quand Sa Majesté nous en voudra envoyer il vaut mieux se servir de cette voie que de celles des barques, outre que les flûtes ont cet avantage sur les banjues qu'elles peuvent faire ces transports aussi bien l'hiver que l'été.

« Après vous avoir parlé de la cavalerie, je ne dois pas omettre de vous dire que notre campagne est finie, parce que le peu de places que nous avons prises nous a consommé toute notre infanterie, ce qui vous doit faire comprendre. Monsieur, la nécessité qu'il y a que Sa Majesté nous en envoie promplement d'augmentation; parce que sans ce secours nous no serons pas en état de soutenir les conquêtes, ne pouvant pas mettre une compagnie en campagne. Je vous prie donc, Monsieur, de vouloir représenter ce pressant besoin h Sa Majesté, sans cela les places conquises ne se pourront maintenir...

« Comme je ferai partir des officiers pour aller aux recrues, je vous prie de donner des ordres et des lieux d'assemblées, afin que les officiers les puissent mener à Toulon, et d'ordonner à M. Lenfant, commissaire en Provence, de leur donner de l'argent pour leurs paiements et de leur fournir des vivres et des bâtiments pour le passage

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a Messine et pour eux el pour leurs soldats; le même M. Lenfanl pourroil conliiuiellemenl faire des recrues el les faire passer ici de la même manière. J'écris à M. de Seignelay afin qu'il donne des bâtiments pour le passajfe, si Sa Majesté approuve ce que je vous propose.

« (lomme les troupes que nous avons ne sont pas des meilleures et que les recrues les empireront, je vous supplie, Monsieur, de faire auprès de Sa Majesté qu'Elle envoie à Messine de bonne infanterie, afin qu'Elle puisse avoir une entière satisfaction du service que nous lui rendons ici. Je finirai cette matière en vous priant de faire payer le ([uartier d'hiver aux troupes qui sont présentement en Sicile, afin qu'elles ne désertent point; car ne pouvant tenir la campa'j'ne, et les villes ne donnant nul ustensile, elles se chaf,'rineront assurément et s'en iront aux ennemis.

« L'expérience de cetie canipaj,'ne nous a fait connoître, Monsieur, que les troupes du roi ne peuvent marcher en campagne ni camper sans causer une grande ruine dans le pays; car on ne trouve dans la campagne et sur les montagnes .|ue des mûriers et des oliviers; ces arbres ne sont nullement propres à hutter; cependant, le soldat ne laisse pas (jue de s'en couvrir, bien (|ue cette couverture ne le puisse défendre d'aucune injure de l'air. Pour remédier à une si considérable dégradation des terres. Sa Majesté pourroit comme en (Catalogne envoyer des tentes h son infanterie, et cela serviroil extrêmement h gagner le cœur des Siciliens. Elle aura à ma prière tel égard qu'elle voudra '.

1. I-e 16 novembre, Vivonne fait à bouvois l'éloge du capitaine de la Salle, du régiment de Picardie, qui s'est signalé à la prise du cliâteau de Mclilli, « où il fit des merveilles » (Arch. de la Guerre, vol. 511, n" 54 bis).

Voici comment les résultats de la campagne de Vivonne étaient connus A Naples [Gazette du 5 janvier 1677. De Naples, le 20 novembre 1676) : « Un courrier de Reggio arriva ici le

122 CORRESPONDANCE [IGTIi)

« Puisque je me trouve à vous parler sur l'arlillerie, je vous communiquerai avec liberté une expérience que j'ai faite au siège de Scaletta. J'ai éprouvé, Monsieur, que les boulets à deux tètes, qu'en termes de marine on appelle des anges, sont d'un effet prodigieux pour ruiner des maisons et une palissade de contrescarpe, et je suis d'opinion que si on s'en sert dans l'artillerie de terre on en verra de grands effets. » — (Ms. de Polignac, année 1616, n» 218; Arch. de la Guerre, vol. 511, n°' 52 et 53.)

21 de ce mois et en même temps le bruit courut que les François étoient maîtres de tout le pays depuis Messine jusques au environs de Milazzo et jusques à Syracuse. On assure que les habitants de Patti et de Termini ont arboré l'étendard de France et que la noblesse et le peuple de plusieurs villes de Sicile attendent quelque occasion favorable pour s'affranchir de la domination des Espagnols, qui ne donnent aucun secours à ceux qui les servent fidèlement, qui exercent d'extrêmes rigueurs sur les moindres soupçons et qui ruinent les peuples par des exécutions et des taxes insupportables. »

Redoutant l'émotion que les nouvelles de Sicile pouvaient pi'ovoquerà Naples, le vice-roi supprima ou censura très sévèrement toutes les lettres venues de Sicile ou de Calabre :

« Les felouques qui viennent de Sicile n'arrivent plus en notre Lido. Elles vont à Ischia, où le marquis de Los Vêlez, notre vice-roi, envoie quérir les lettres qu'elles apportent pour ôter au peuple la connoissance des nouvelles de Sicile. 11 fait aussi ouvrir toutes les lettres des particuliers qui viennent de Calabre » [Ibid. De Naples, 22 décembre 1676).

« Le marquis de Los Vêlez, notre vice-roi, prend toujours mission extraordinaire d'ôter au peuple la connoissance des nouvelles qui viennent de ce royaume, et les felouques et les barques continuent de se rendre vers Capri, où il envoie quérir toutes les dépêches. Cependant, le bruit court encore, et il se confirme en plusieurs endroits, que les ennemis se sont rendus maîtres de Catania et de tout le territoire des environs » [Ibid. De Naples, 5 janvier 1677).

[l(;7t;) I)L MAHKdlAI. I)E VIVONNE. 123

Lorvois al: dic dk Vivon.nk.

Sainl-Gcrmain, 16 novenibn: 1(170.

Le roi demande à Vivonne confirmation de la nouvelle de la prise de Taorniina. — (Arch. de la Guerre, vol. 480, fol. 325.)

Monsieur,

Le roi a appris fort confusôrnent par des lettres de Rome que la ville de Taormina avoit été prise et saccagée par ses troupes. Vous jugerez facilement que Sa Majesté en attend avec impatience la confirmation par vos lettres avec une relation ample qui l'iniorme comment la chose s'est passée. Cependant, Sa Majesté m'a commandé de vous taire savoir qu'Elle s'attend qu'au moyen de cette conquête vous établirez une contribution considérable dans l'île qui vous donnera le moyen de faire subsister une partie des troupes qui sont sous votre commandement sans être à charge à Sa Majesté * . Je suis, .Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

A Saint Germain, ce 16" novembre 1676*.

Le duc de Vivoîwe a Louvois.

Messine, 22 novembre 1676.

Le Sénat s'est emparé des biens des Merli et s'excuse

i. C'était (Ml oint un principe absolu à cette époque que le pays con(|uis devait nourrir l'armée conquérante.

2. Une lettre presque semblable était adressée en même temps à d'Oppèdc [Ibid., fol. 32(5).

124 CORRESPUNOANCE [1076]

en disant qu'il a dépensé huit cent mille écus pour secouer le joug de l'Espagne et se soumettre à la France. Il se rembourse donc et Vivonne estime délicat d'intervenir.

Vivonne ne peut faire monter les dragons, faute d'argent. Il propose de passer un traité avec un Romain recommandé par le duc d'Estrées pour l'approvisionnement de Messine en blé.

Le peu que l'armée a fait a donné confiance aux Messinois. « Si j'avois un corps d'armée à mettre en campagne, les places fournies, je pourrois cet hiver ou prendre Catanc ou du moins me rendre maître de sa plaine et de celle de Mascari. » Vivonne voudrait au moins prendre Ali, et de là faire des courses dans la plaine de Catane, mais quand il a garni les postes de Taormina, Mola, Crucifix, Savoca, Fiumedinisi, Scaletta, San Placido, Gesso, la Tour San Rizzo et Messine, il ne trouve pas de troupes assez nombreuses pour faire campagne. Il supplie donc Louvois d'obtenir du roi de nouvelles troupes.

Il cesse de négocier la reddition de plusieurs localités, faute de soldats pour y mettre garnison.

« Avant fait la revue de ce qui reste h Messine, les postes fournis partout où il est nécessaire, je ne me trouve pas un petit bataillon h pouvoir mener en campagne.

« Si l'on pouvoit avoir une connoissance de la Sicile comme on l'a du reste de l'Europe où l'on fait la guerre je pourrois peut-être me mieux conduire suivant les règles que je vois observer à Sa Majesté et h ses plus habiles généraux. Mais je ne saurois me régler que sur ce que j'ai pu voir cette campagne du bord de la mer, car il n'y a personne h Messine qui ait jamais voyagé en Sicile par terre; ou la plupart ne sont jamais sortis de leur ville ou ils en sont sortis par mer, soit à cause de l'incommodité de la voiture, soit pour la crainte des bandits qui ont toujours inondé le royaume par la mauvaise justice et sale administration des Espagnols, dont la politique a été et est

[1676] DU MARKCIIAI. DE VIVONNE. ilb

encore de laisser les crimes impunis pour en tirer i\e l'argent et pour complaire au génie des peuples qui extrêmenicnl amoureux do la vengeance et enclin au vol.

« De ce principe s'en suit que personne ne me sait pas dire ni comme le pays est fait ni où il y a une montagne ou une plaine, une rivière ou une fontaine, un chemin pour passer ou un précipice, si un poste avancé se peut maintenir ou non. Et si par hasard quelque bandit ou autre personne me tombe entre les mains et que je l'interroge, il me donne de fausses lumières et sur lesquelles je ne puis faire de fondement, parceque ou ne sachant rien de la guerre ou ne l'ayant faite qu'en voleur et en petit . nombre de personnes, il ne me peut rien dire qui soit proportionné avec un campement, ni une marche d'armée, ni avec aucune idée que se puisse former un homme qui a l'honneur de commander un corps considérable de troupes'. »

La Sicile abonde en places fortes où il faut mettre garnison. Pour avancer dans l'intérieur, il faut donc beaucoup de troupes. Les ennemis ne peuvent bien pourvoir toutes leurs places, aussi Vivoune espère-t-il pouvoir en prendre plusieurs-.

1. Passage cité par C. Rousset, op. cil., t. Il, p. 440, note. DOppèdc écrivait de son côté : « Ce qui passe ici pour plaine passeroit partout ailleurs pour un pays impraticable. »

2. Les nouvelles de Naples du 22 novembre, publiées dans la Gazette, montrent que les Kspagnols redoutaient que diverses conspirations ne livrassent plusieurs villes aux Français. A Catano, le marquis de Castel Rodrigo « a fait exécuter quelques gentilshommes et quelques bourgeois qu'il soupçonnoit d'intelligence avec les ennemis, et la disposition qu'il voit au soulèvement de cette ville l'oblige à une vigilance extraordinaire. Cependant, le nombre des mécontents augmente et les François qui sont bien informés de l'état des choses assemblent leurs troupes de ce côté pour profiter de ces conjectures favorables ». On apprenait aussi à .Naples que les Palcrmitains avaient repris

Il fauclrail de l'argent pour fortifier les villes occupées. Vivonne demande aussi un bon chirurgien-major et un médecin. « 11 sauveroit beaucoup d'ofliciers et de soldats ou qui meurent de leurs blessures ou qui sont la plupart du temps réduits h ne pouvoir faire la fatigue du service par les incommodités que leur causent les maux qui régnent parmi les gens de guerre et qu'ils contractent dans la fréquentation du sexe dans un pays qu'il l'est en cette ville. Ces maladies servent de prétexte à une infinité de personnes de demander des congés pour France, n'y ayant pas de personnes ici habiles pour les bien guérir. » — (Arch. de la Guerre, vol. 511, n°' 54 ter et 55.)

CCGCXVII.

Le duc de VivojfivE a Louvois.

Messine, 12 décembre 1676.

Vivonne demande des troupes, les siennes étant fort diminuées par la maladie et la désertion'. Les vaisseaux qui sont arrivés n'ont pas apporté les cent mille écus annoncés par Louvois. Vivonne ne sait où prendre la sub- .sistance des troupes, « lesquelles faute de paiement sont toutes nues et désertent tant à cause de cela qu'à cause que dans les garnisons où elles sont elles n'ont pas de quoi se loger ni coucher commodément. La dépense ordinaire monte à cinquante mille écus par mois et nous n'avons de fonds présentement que vingt deux mille écus. Encore

les armes. Les nouvelles postérieures étaient encore plus alarmantes. Le vice-roi les tenait secrètes et les felouques qui les apportaient abordaient à Ischia (22 décembre).

1. Un certain nombre de soldats avaient été faits prisonniers, conduits à Syracuse, puis à Palerme par Caltagirone (Guardione, op. cit., Documenti, p. 348 et 349).

[1070] nu MARÉCHAL DE VIVONNE. 127

sont ils (lus par le S(-nal qui n'a pas moyen de les payer ».

Vivonnc a réformé des soldats, mais pas aulanl qu'il aurait voulu pour ne |)as affaiblir les garnisons. 11 demande de l'argent pour les fortilicaiions cl voudrait que le roi ne donnât plus aucune {(ratification aux Mcssinois qui vont h la cour. Certains parmi eux mériteraient des châtiments plus que des recompenses.

Les ennemis ont rec^u des renforts'. Le vice-roi fortifie Catane, où il se trouve, recrute des hommes qu'il exerce et rassemble des chevaux, demandant en Espag^ne des troupes et de l'argent-.

Vivoune vient d'apprendre l'arrivée à Augusla du chevalier de Flacourl, qui apporte cent mille écus pour les troupes. — (Arch. de la Guerre, vol. .511, n" 58.)

ccccxvin.

L'.MUJK IIlet a d'Autiège.

Rome, 12 décembre 1676'.

L'abbé Huet, secrétaire de l'ambassadeur de France h Home, expose h d'Autiège les efforts du duc d'Estrées pour ([ue le pape nomme comme archiprétre il'.Vli un can-

1. Ils venaient du .Milanais. Le prince de Ligne avait pu envoyer en Sicile 100 000 écus et 15 000 soldats milanais et a Hourguignons d qui purent échapper à la surveillance de du Quesne (Gulatti, op. cit., p. 271).

2. Le marquis de Los Vêlez, à qui il s'adressait aussi avec instance, était, comme on l'a vu, dans l'impossibilité de lui en envoyer. Néanmoins, llastel Rodrigo préparait une nouvelle tentative sur Mola et Taormina lorsqu'il se relira à Palerrae soudain, au reçu de la nouvelle de l'avènement au pouvoir de Don Juan (Galalli, p. 271).

3. Reçue à Messine le 8 janvier. — Voir la réponse d'Auliège, n° CCCCXXXI.

128 CORRESPOrJDANCE [167fil

(liiiat favorable h la France, pcudanl la vacance de l'archevêché de Messine. Il a obtenu que seul son candidat serait examiné.

L'abbé Huet fait demander à Vivonne de dresser une liste de personnes susceptibles d'èlrc proposées lorsque de semblables vacances se produisent. Il avertit que de nombreux déserteurs français qui sont à Rome retourneraient h Messine s'ils étaient certains de l'impunité.

« Il y a aussi une autre chose h laquelle il seroil bon, ce me semble, qu'on pourvût, qui est des déserteurs françois qui viennent ici. Depuis quelque temps, on s'aperçoit qu'il y en a plusieurs; et selon que je vois ils inclinent plutôt à repasser en France pour se remettre autre part dans le service qu'à retourner dans celui qu'ils ont abandonné par les craintes du châtiment qu'ils méritent. De sorte que si on pouvoit être assuré qu'on les reçût à repentir, il me semble qu'il ne seroit pas malaisé de vous les faire retourner parcequ'ils aimeroient encore mieux ce parti qui seroit sûr pour eux que de s'exposer à l'incertitude de repasser en France où ils peuvent courir quelque hasard. »

Il signale la présence à Rome d'un gentilhomme de Catane, Paterno, qui se rend à Notre-Dame de Lorette et se dit en bons termes avec Vivonne et en relations de parenté avec Don Domenico Colonna, « tout h fait espagnol ». Ce pèlerinage paraît « fort impropre dans une saison de guerre, et son fondement sur un parent espagnol peu judicieux ». — (Ms. de Polignac, année 1611, n" 1.)

Louis XIV AU DUC DE ViVONNE.

Saint-Germain-en-Laye, 21 décembre 1676.

Le roi exprime sa satisfaction à Vivonne des succès

flOTfil nil MAUÉrilAL DE VIVONNE. 129

qu'il :i obtenus ilans la dernière campagne; il se souviendra de la bonne conduite des olHciers de la marine.

« J'ai appris par votre lettre du 14" novembre dernier la continuation des heureux succès que mes armes ont eus en Sicile sous votre commandement et je suis bien aise que mes vaisseaux aient aussi avantageusement contribué à la prise de Scaletta et aux autres avantages que vous avez rem|)orlés sur mes ennemis. Vous pouvez assurer les officiers (|uc vous aveï détachés pour commander le détachement des soldats de mon armée navale et dont vous me rendez des témoignages avantageux par vos lettres que je me souviendrai des services (|u'ils m'ont rendus dans cette occasion. »

Il veut que les quinze vaisseaux qui restent h Messine « soient toujours en mer, soit pour vous servir dans les entreprises (jue vous pourrez faire sur les places maritimes de la Sicile, soit pour tenir la mer libre et empêcher par ce moyen les vaisseaux ennemis de paroître et appeler en même temps les marchands et rétablir le commerce à Messine et aux autres villes conquises. »

Il envoie de quoi réparer les vaisseaux et ravitailler les équipages, fait préparer à Toulon tout ce qui est nécessaire pour la flotte qui ira à .Messine en mars. Vivonue aura alors vingt vaisseaux sous ses ordres. « J'en ferai préparer cinq des plus forts, à la léle desquels sera le Royal Louis. »

Il demande que l'on épargne les agrès et les munitions et le renvoi de tous les bâtiments de charge dès qu'ils sont déchargés et en particulier les tartanes qui ont porté le courrier'. — (Ms. de Polignac, (innée Kjll , n" 37.)

I. .\ celte époque, 9 décembre l(i7G, Louis \IV réitéra à la Ilépublique do Venise l'oirre qu'il lui avait faite un an auparavant de s'établir dans le royaume de Naples. Mais cette offre fut refusée à nouveau parContarini au nom de la paix [Galatti,o^. cit., 3" édition, p. 215, note, d'après les Dépêches de Contarini. n" 42. 1, S 160).

Il 9

CCCGXX.

Louis XIV au duo de Vivoxne.

Sainl-Germain-en-Laye, 21 décembre 1676.

Le roi annonce qu'il envoie les vivres ei, munitions nécessaires aux quatorze galères qui restent h Messine. Il recommande l'économie.

« Vous êtes assez informé combien la conservation de nos galères m'est importante pour être persuaiié que vous n'oublierez rien pour la maintenir en bon état. »

Il lui mande qu'il fait acheter de tous côtés des esclaves et fait conduire h Marseille tous les condamnés pour mettre en mer une vingt-sixième galère.

« Je suis bien aise de vous faire savoir que je fais acheter de tous côtés des esclaves et fais conduire h Marseille tous les condamnés aux galères afin de pouvoir mettre en mer l'année prochaine une vingt sixième galère, étant bien aise d'augmenter toujours un corps dont je vous ai donné le commandement. » — (Ms. de Polignac, année 1611 , n" 38.)

CGCCXXI.

Le duc de Vivonne a Louvois.

Messine, 23 décembre 1676.

Remarques sur la Sicile et les Siciliens.

« Il me paroîtque ce royaume se peut conquérir pourvu que les secours d'Espagne ne préviennent pas ceux de Sa Majesté, parce que rien n'est plus léger que les peuples de ce pays; le plus fort ou celui qui en a l'apparence est

[ir,7C] DU MARÉCHAL DE VIVONNE. 131

toujours le maître, et ils aiment mieux se soumettre que (l'exposer leurs biens et leur vie au hasard.

« Lorsque j'ai pris la liberté de vous parler dans mes préct^dentes de gagner l'affection de Sicile, je vous supplie très humblement de croire que ce que je vous en ai dit n'a pas été seulement une raison de bienséance pour avancer dans le pays; ce que j'en ai fait a été pour donner à entendre h Sa Majesté que les contributions y sont impraticables'. Les Espagnols, qui les savent faire payer aussi bien que nous en Flandre, ne les exifjent point en Sicile des lieux (|ue les troupes du roi ont conquis. Lorsqu'ils les veulent châtier, ils font faire des courses dans les villages et les font brûler; mais ils ne leur font point demander d'argent parcequ'ils connoissent l'honneur du Sicilien, qui ne peut nullement se rendre capable de ce traitement.

« Si j'envoyois demander la contribution aux villages non rendus, outre que je ferois de leurs habitants autant de soldats contre le roi, ils sont gens h prendre plutôt le parti de cacher tous leurs biens meubles sous terre et abandonner leurs maisons, que celui de payer une taxe comme celle-là. Ils ne se plaignent des Espagnols qu'en ce qu'ils leur ont mis des impositions et ne veulent les François que pour faire ôter ces mêmes impositions; de sorte que, n'avant pas une bonne armée pour les lorccr à prendre le |)li (|u'on vouilra, il n'y a que la douceur au monde qui les puisse attirer ou qui les puisse faire tenir en repos et, pour ainsi dire, dans la neutralité. Il n'y a qu'à parler seulement de la contribution, il est certain que tout le paysan désertera et que l'on trouvera les villages dépourvus de tous biens. Encore que les Espagnols aient été les maîtres de ce pays-ci pendant quatre cents ans, ils n'ont pu néan-

1. D'Oppède écrivit aussi à Louvois dans ce sens {/bid., n" 65).

132 corukrpondance [107f.]

moins gagner en aucun icnips la confiance des Siciliens au point de savoir où ils cachent leurs blés, leurs huiles et autres denrées. Ils font des caches dans les plaines et dans les montagnes et sèment par dessus ou plantent des arbres; et souvent le père meurt sans le découvrir à ses enfants, comme en Turquie.

« Ce sont des gens d'humeur méfiante et fainéante; ils ont toujours peur de mourir de faim, et cependant ne veulent rien faire; ce qui est cause que le commerce y est médiocre et qu'avec la plus grande abondance du monde ils trouvent le secret d'être mis à la nécessité pour un léger accident, n'osant sortir leurs denrées de dessous terre qu'avec de grandes précautions, de crainte qu'on ne sache qu'ils les ont.

« En France, en Flandre et en Allemagne les pays sont plus mauvais et les habitants beaucoup plus riches h cause de l'industrie et du trafic qui leur donne moyen de porter toutes sortes de dépenses; mais le Sicilien ne veut rien de tout cela, et n'est susceptible d'aucune discipline. Il s'irrite à l'excès pour la moindre chose, et un simple mouvement de colère le porte à tuer avec une vitesse incroyable, de sorte qu'on ne voit que meurtres parmi eux.

« Ce qu'il est nécessaire de faire, c'est de les conquérir et soumettre; et puis, ayant la force h la main, on leur pourroit imposer ce qu'on voudroit; mais quand on le fera, il faudra s'attendre à tout ce que le ressentiment et la rébellion pourra produire de cruauté.

« Ce qui causa les Vêpres siciliennes fut les impositions des gens d'affaires, et quoique les Siciliens eussent leur roi voisin dans le royaume de Naples, et extrêmement puissant en troupes et favorisé du pape, ils tramèrent si finement leur révolte que le roi ni ses ministres ne purent être à temps de l'empêcher.

« Je pourrois encore alléguer la situation des villes et

||(;77| l>r MMIDIIIAI. liK VIVCINVK 133

des villages île celle eonlrée ; elles sont si forles cl exlraor- (liiiiiires qu'on ii'v pciil reiilrer (jiie par des sièges ou parla bonne volonté des liabilanls; cl s'ils vouloicnt se défendre MUliiiit (lu'ils le pourrnient faire, el (jii'une cerUiine espérance (|u'ils oui d'améliorer leur condition dans leur changement ne leur fil ouvrir les portes, il nous auroit fallu il'aulres forces (]uc celles (|uc nous avons eues pour coii- (luérir II- peu (|ui' nous avcuis pris celle année. Encore une fois, Monsieur, les situations de ce pays-ci ne se comprennent point (pie par ceux (|ui le voient'. » — (Arch. de la (luerre, vol. .'îll, n°' (il bis et ().3.)

CCCCXXII.

Louis XIV .vu \MC I)K ViVOX.VK.

[Saint-Germain-en-Lave,] [''"janvier 1677.

Ia' roi remet le commandement du Royal Louis'~ h

1. Une grande partie de cette lettre est publiée par C. Roussel, op. cit., l. Il, p. /»40-4'i.3. Par une autre lettre du même jour, Vivonne demandait à Louvois d'insister auprès du roi pour avoir de l'infanlerie et de la cavalerie, il le remerciait des commissions envoyées pour son régiment [Ibid.].

2. Le Royal Louis, commencé en 1608, achevé en 1669, n'avait pas encore été armé. Sur sa construction et son ornementation, cf. Ch. de la Roncière, Un grand minisire de la marine; Colbert (Paris, 1919, in-8°), p. 169 et suiv., ainsi que les dessins de la proue et de la poupe qui y sont reproduits d'après la Description (ju'en publia le commissaire Hayet en

Jean Gabarel fut chargé de préparer l'armement du Royal Louis. Du Qucsne préférait monter le Monaniuc (cf. Jal, op. cit., t. Il, p. 288), pour ne pas désobliger Vivonne. Voir plus loin, p. 207 el n. 2.

134 COnnESPONDANCE [lt)77)

Du Quesne', à moins i[ue Vivonne n'y arbore son pavillon au cours de la campagne prochaine.

« Comme il est très important de faire monter ce vaisseau par un homme habile et qui le mette bien en assiette pendant sa première campagne, j'ai cru que, mon service vous obligeant de demeurer à terre à Messine, il étoit h propos d'en remettre le commandement au sieur Du Quesne. Mais comme les difiFércntes occasions qui pourront se présenter pendant la prochaine campagne vous obligeront peut-être à monter sur mes vaisseaux, et qu'en ce cas vous ne pouvez en choisir un autre pour arborer le pavillon que le dit vaisseau le Royal Louis, je vous fais celte lettre pour vous dire qu'en ce cas je vous laisse la disposition ou de faire servir sous vous le sieur Du Quesne ou de lui faire monter un autre vaisseau". » — (Ms. de Polignac, année 1677, n» 39; Arch. nat., Marine, n'^35, fol. 1.)

1. Du Quesne était alors mécontent de ne pas recevoir la juste récompense des grands services qu'il avait rendus au roi. Il se plaignait dans ses lettres, et sa femme eut une entrevue avec Colbert, qui lui écrivit le 1" janvier : « Je puis vous assurer que Sa Majesté a été fâchée que la considération de votre religion, pour laquelle vous savez qu'il est nécessaire qu'Elle ait toujours des égards particuliers, l'ait empêchée de vous procurer de plus grands avantages ; mais j'espère bien que, par quelque nouvelle action éclatante que le commandement des armées du roi vous donnera lieu de faire, vous forcerez ces égards et justifierez les avantages que vous pouvez désirer et que Sa Majesté vous accordera » (Arch. nat., Marine, B- 35, fol. 5; voir aussi Jal, op. cit., t. Il, p. 288 et suiv.).

2. Le même jour, le roi annonçait à Vivonne l'envoi du sieur Henry pour assurer la fourniture des vivres à Messine (Ms. de Polignac, année 1611, n" 97; Arch. nat.. Marine, B^ 35, fol. 1 V»).

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