‹ Correspondance du père J.-B. Aubry [microform]Chapitre 6 sur 12 · ZZ · texte numérisé non relu

ZZ

Spirituels s'établir entre les membres les plus éloignés de sa grande famille catholique. Je suis toujours heureux de rappeler à mes pauvres fidèles, si isolés du reste du monde, que, par toute la terre, il y a des chrétiens, que nous formons une seule famille, et qu'il faut prier les Uns pour les autres. Leurs prières à eux ne se trompent pas de chemin, quand il s'agit de rendre à leurs amis de France ce qu'ils savent bien devoir à leur charité. - ' - ■ . ...

A Dieu, cher vieil ami ; vous avez gardé la foi, ne perdez jamais l'espérance ; nous nous retrouverons un jour dans la joie ; alors plus de peines ni de larmes. Pensez toujours au pauvre rnissionnaire, et dites à ceux qui vous parlent de lui qu'il n'a pas perdu la mémoire du cœur.

Long-Kéou, le ^4 Mai 1880.

Cher Ami (i),

Erci, non pas d'avoir tardé cinq ans à m'écrire, mais de n'avoir pas permis à ces cinq ans de silence d'effacer de votre cœur mon pauvre souvenir. Plus d'une fois, je vous ai envoyé des bonjours jqui signifiaient : « m'oubliez-yous ? » Vous n'aviez pas, dites-vous, les mêmes droits que d'autres à mes lettres ; si fait, mais je voulais vous voir commencer ; les missionnaires doivent être particulièrement discrets : ils apportent en Chine leurs vieilles affections, et n'en glanent plus de. nouvelles ; le Chinois, hélas ! ne remplace personne. Mais les amis demeurés en France, entourés de tant de sympathies, entraînés dans le tourbillon de la vie européenne, peuvent nous oublier, et nous courons risque parfois de troubler leurs joies comme des revenants importuns.

Mon ami, vous me demandez si je me rappelle ces entretiens que nous avons eus ensemble ? Dites-moi, est-ce qu'on oublie cela, et la confiance n'est-elle pas faite pour ouvrir et conquérir à jamais notre cœur ? La première fois que nous avons causé un peu intimement, c'était sur ces bords du Thé rain que j'arpentais si souvent, et où ma pensée me ramène , toujours ; est-ce ma faute si vous m'avez dit ce jour-là uâ-tas^ de choses intimes qui vous ont gagné mon amitié en une demi-heure ? Après, nous avons eu d'autres conversations, pas

(i) Un curé.

beaucoup, pas assez, mais toujours pleines d'un grand charme pour moi ; puisque vous voulez bien vous les rappeler, gardez-moi une petite place dans votre cœur et un souvenir fidèle comme le mien.

C'est vrai, nous n'avons fait que nous entrevoir à peine, mais nous nous sommes trouvés en communion d'idées, et voilà le ciment indestructible de l'amitié. Écrivez-moi donc," et vous verrez si les peines, les fatigues, les préoccupations, les labeurs de la vie apostolique m'empêcheront de vous répondre, et si vous avez moins de droit à. mes lettres que n'importe qui. i

J'ai vécu assez dans notre diocèse de Beauvais pour apprécier tout ce qu'un curé peut avoir à y souffrir. Sans doute, à l'heure présente, un vertige s'est emparé des âmes ; le vide se fait de plus en plus à l'église et autour du prêtre ; cependant mon p^atriotisme est encore à respéraiice : la. terre française a toujours été féconde en chrétiens, la foi y germera quand même. Mettez bien la crainte dé Dieu et la pensée du salut dans le cœur des enfants : certainement la plupart vous abandonneront, quand viendront les entraînements de l'adolescence, mais il est si rare que les impi^essions de l'enfance et du catéchisme s'effacent entièrement ! Ces impressions-là m'ont fait prêtre et m',ont donné, àl'âge de neuf ans, la pensée de l'apostolat. Soyez un prêtre ■mdiem; x\}xç, la foi et la conviction éclatent sur votre visage, et vous donnent des paroles de feu quand vous prêchez, je ne dis pas seulement à l'église, en chaire, mais dans les maisons, au lit des malades, dans les

rues, partout : douce et familière prédication de la conversation, la plus efficace et la plus persuasive de toutes !

Vous savez, j'ai été un peu curé de Montmille (i), j'y allais aux grandes fêtes. Le plus fidèle, et presque le seul fidèle chrétien de la paroisse, était un vieux bonhomme de soixantedix ans qui n'avait jamais de sa vie abandonné les sacrements.

(i) Montmille, village près de Beauvais, sanctifié par le martyre de saint Lucien et de ses compagnons.

Page 1