‹ CorrespondanceChapitre 6 sur 19 · LVI · texte numérisé non relu

LVI

Paris, mai 1881

J'ai pesé avec attention tes critiques, ma chère mère, elles sont pleines de justesse, elles me seront utiles si je trouve un moment pour les mettre à profit.

J'ai vu avec plaisir que tes observations à propos de ma glose historique, tombaienl moins sur le choix du sujet que sur la manière dont j'avais exposé mon idée. Je crois que l'on pourrait sauver l'invraisemblance, en se servant (l'une tradition populaire que tu connais bien. Le Juif errant me parait remplir tentes ces conditions. C'est lui qui écrirait ses Mémoires, si l'on peut donner ce nom à une dizaine de tableaux composés des mœurs, des préjugés, des connaissances, des hommes, à des époques différentes. Ce qu'il faudra éviter, c'est de prendre le ton important du gazetier.

J'avais craint aussi d'être obligé d'abandonner deux chapitres, ceux d'Athènes et de Rome, à cause de la venue trop tardive du Juif errant après les belles années de ces republiques ; mais

au contraire, ce sera, je crois, un point de vue nouveau que le contraste de l'Athènes d'Alcibiade et de Socrate avec celle de Xestorius et de la Rome de Caton et de Marc-Aurèle avec celle de Grégoire - le - Grand. C'est le passage des temps anciens aux siècles barbares. Il est d'ailleurs facile de ménager quelque moyen de comparaison avec l'antiquité, en commençant par dire que le Juif errant a été étudier, en sortant de Jérusalem, aux écoles d'Athènes.

Je ferai tout ce que je pourrai pour ne pas dépasser cent pages en tout.

Je ne tarderai pas à t'envoyer le premier chapitre

Le Juif errant.

Paris, 15 juin 1822.

Non, non, je ne suis ni en prison, ni blessé.

J'écris aujourd'hui à mon père. Je ne désespère pas de vous revoir. Ce sera le plus beau jour de ma vie. Adieu jusqu'au 8 juillet.

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