‹ CorrespondanceChapitre 7 sur 19 · EDGAR · texte numérisé non relu

EDGAR

Voici une lettre pour mon père; écrivez-moi dès que vous saurez sa réponse; surtout ne me faites pas attendre... Enfin, il est donc vrai, nous nous reverrons avant de mourir! Tu as bien des plaintes à faire contre moi ; de grâce, garde-les pour la seconde semaine î

Sera-ce toujours à Trévoux? Plût à Dieu !

Je vais écrire a ma tante. Gomment feras-tu pour y arriver? Si je reçois une réponse, je pars le 2 juillet. 0 maman... ô ma sœur... que je vous aime !

Tu me reconnaîtras à ma redingote d'été et à un chapeau de paille noire selon ta volonté.

EDGAR QUIXET.

A monsieur Jérôme Quinet

A Charolle?.

Paris, 20 juin 1822.

Mon cher père ,

C'est après plus de six mois de silence que j'ai recours à vous. Quand votre bonté attentive prévient tous les jours mes besoins, je ne puis croire que vous ayez pour jamais renoncé à ces sentiments d'indulgence dont vous m'avez donné tant de preuves ; et si je sonde mon propre cœur, je n'y trouve aucune pensée qui me rende indigne de votre pardon. De quelle action ai-je donc à rougir ? Ai-je mené une vie dissolue0 ai-je perdu mon argent au jeu, ma santé dans des plaisirs infâmes, mon temps dans les cafés? Je sais bien que l'on a pu vous dire , qu'à l'aide de « hautes protections », je serais parvenu à être percepteur de campagne, et que, puisque je ne le suis pas, je ne serai jamais rien.

Il a ete facile d'ajouter à cela, par un jeu d'esprit , que mes goûts littéraires m'entraîne-

raient toujours loin du droil sens el de la perception. Ce qu'il y a de vrai, c'est que je comprends fort bien qu'il faut chercher à se faire un état indépendant de la volonté d'un homme, et que le plus mauvais calcul possible serait de sacrifier à quelques avantages précoces, son avenir tout entier. Car à moins de s'être acquis, comme vous, l'estime de tous les partis, quel fond pourra faire un jeune homme du trésor d'un jour que le premier intrigant viendra lui enlever? Vous comprenez sans peine que mon travail de scribe a dû se ressentir quelquefois d'idées* qui lui étaient étrangères. J'ai donc commencé un.- nouvelle carrière où la considération et les intérêts B'accordenl avec la liberté du citoyen et où, <'<»mme le philosophe, on porte tout avec soi. J'ai étudie avec courage et avec fruit, ce que j'étudiais avec plaisir. Sans doute j'ai beaucoup a faire encore ; mais si vous ne m'abandonnez pas el si une parole de bienveillance m'apprend que vous vous réconciliez avec votre fils, je ne désespère pas de me rendre digne un jour de vous et de ma mère.

Je vous dois une explication franche de ce qui s'est passé à l'égard du procureur chez qui je devais entrer, .l'ai eu bien de la peine à en trouver qui demeurassent près du quartier de l'Ecole. Mais leurs conditions étaient tellement dures, —

i Voyez Histoire de mes Idées, p. 259 à 266.

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m'obligeanl à aller a l'étude depuis sept heures du malin jusqu'à neuf heures du soir, sans me donner pour étudier le Droit que les heures des professeurs, — que j'ai eu peur en acceptant de ne faire bien ni chez l'un ni chez l'autre. Je comprenais • l'ailleurs parfaitement les leçons et je les repelais tous les deux juurs avec quelques-uns de mes camarades.

Qu'il me tarde de ne plus être le sujet principal de vos sacrifices et de vous témoigner ma profonde reconnaissance autrement que par des paroles, qu'un poète comparait à la paille vide et sonore.

Il me reste, mon cher père, à vous demander une bien grande grâce, c'est la permission d'aller vous rejoindre pendant les vacances, vous et ma famille.

Que vous connaîtriez peu mon cœur , si vous pensiez que les distractions de Paris aient rien change aux sentiments de joie qui, à pareille époque, m'ont toujours accompagné à mon retour.

L'espérance d'une prochaine réunion donne aujourd'hui à toutes mes pensées un air de bonheur que je ne connaissais plus depuis longtemps. Vous ne voudrez pas la détruire d'un seul mot. Songez «rue pour être à la campagne, je ne serai lisif et que mes études ne seront pas interrompues. Quant à la dépense du voyage, soit que je le chemin à pied, comme j'en ai envie, soit

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