‹ CorrespondanceChapitre 8 sur 19 · AMIBE · texte numérisé non relu

AMIBE

que je suive les caravanes eu patache de mes nombreux camarades, je viserai au plus économique.

Je suis libre du côlé du cours de Droit le 1er juillet, ma chambre n'est louée que jusqu'au 8, je n'ai besoin que d'un mot.

Mon bonheur est entre vos mains. Je vous aime et vous embrasse de toute mon àme.

Votre fils,

1 /U UUHHtfrFU.MJA.MJt.

A madame Eugénie Quinet

A Charolles.

Paris 1" juillet 18-22.

Je pars demain à cinq heures du soir avec dixhuit jeunes gens de Bourg. \ is irons de compagnie jusque près d'Autun. Là, je les quitterai pour m 'acheminer soûl du côté de la route de Pa-

ray. Ma malle sera au roulage, je n'aurai avec moi qu'une boîte où seront les ornements les plus indispensables. J'arriverai samedi soir ou dimanche soir, suivant que nous coucherons nui ou non en route. Tâche de te trouver avec ma sœur sur le chemin; tu sais que c'est celui qui passe derles Garnots.

Adieu, remercie mon père de tout mon bonheur.

À madame Eugénie Quinet

A Charolles.

Certines, 16 septembre 1822.

Je m'accoutume fort bien, ma chère mère, à mon rôle de seigneur châtelain; quand je vois nos h ix nous apporter régulièrement nos provisions, la petite Babet docile a nos injonctions, Hippolyte apprendre ro$a et la jeune dame sur qui je veille si parfaite en tout point, je m'aperçois que rien n'est plus agréable que la féodalité.

Nous sommes à L'affût de tous les courriers pour savoir des nouvelles de mon père. Il nous tarde bien de le voir planter des noyaux et aller à la pèche aux écrevisses.

La Pythie est finie, si tu veux, je te l'enverrai.

Adieu, notre très-chère mère. Nous t'aimons d'une manière féroce et tendre (Contes de madame de Genlis).

CORRESH'NDANCE

A madame Eugénie Quinet

A Bourg.

Trévoux, lundi 4 novembre 1822.

Je suis arrivé sans encombre à Trévoux ; ma tante m'a gardé un jour ici avec elle ; demain elle partira pour Lyon avec Tune des demoiselles Constant et moi. Je ne suis plus inquiet des voitures ; on me dit que j'en trouverai à toute heure.

Je voudrais penser que notre séparation a été moins solennelle cette année que les autres. Je te promets de t'écrire souvent dans quelque situation que je puisse me trouver. Ma tante m'a lait mille amitiés ; elle a commencé par m'obliger à déposer mes bagages dans son alcôve, tandis qu'elle transportait sa demeure dans la petite chambre de Mme Béraud. Elle a voulu ensuite que j'aille prendre ce matin le café chez MadeLm a Saint-Bernard. J'ai bien pensé, quand j'étais à oette table, qu'un jour voua y étiez venues avec moi. Quelle différence !

Es tu retournée dans ma chambre? J'espère que

je n'y ai rien oublié. Je tâcherai de me rappeler toutes tes injonctions. Adieu !

A propos, Madelon est de la confrérie du Saint- Rosaire.

Nous avons retrouvé sur le piano du Trévoux l'ouverture de Joconde. On vous l'enverra. J'arriverai samedi matin à Paris. Je vous embrasse de toute la force de mon cœur.

EDGAR UL'INET.

A madame Eugénie Quinet

A Bourg,

Paris, lundi 11 novembre 1822.

Je suis arrivé samedi à dix heures du soir, ma très-chère mère, nullement fatigue. J'avais de trèsaimables compagnons de voyage. Nous nous sommes arrêtés à Dijon. J'ai vu aussi a Montbard la maison et le parc de Buf'fon.

J'ai cherché hier une chambre au pays latin ; ce moment de rentrée fait qu'elles sont a un prix très-élevé. Je ne trouvais à bon marché que de petits cabinets mal meublés. Il m'a fallu m'arréter à une chambre de vingl francs par mois, y compris le service. Je ne serai éloigné ni de mes cours, ni de mon cabinet de lecture. En voici l'adresse : Hôtel de France, rue des Boucheries- Saint-Germain, n" 35. Mon hôte est un marchand mercier qui a l'air assez bon homme, ne connaissant pas trop les rubriques des portiers parisiens. J'aurai bien assez de meubles. Il y a une bonne commode a trois tiroirs, un secrétaire avec une

ANNEi: I8ZZ 181

armoire dessous, deux fauteuils. Mon lit est dans l'alcôve. J'ai deux fenêtres, bien percées, les murs sont en pierre et je n'entendrai pas le bruit des voisins de la rue, perche que je suis au quatrième élut* •. Je n'y ai pas encore porté mes effets, et je t'écris de l'hôtel de Londres, rue de L'Échiquier, oùje me suis arrêté en descendant de voiture. Je n'ai encore vu personne et ma journée d'hier n'a pas été perdue. Adieu, je vous écrisà la hâte. nue de montagnes et que de rivières me séparent de vous! J'ai besoin de tous les petits détails de mes arrangements pour me distraire et ne pas tomber dans la tristesse. Adieu, écris-moi dans mon hôtel de France, rue des Boucheries-Saint-( lermain, n 35.

EDGAI: QU1NBT.

CORFï: ?ONDXNCE T. I.

Paris, 17 novembre 1822.

C'est par mademoiselle Druet que tu recevras ma lettre, chère mère. Je doute cependant que tu sois revenue à Cbarolles.

Es-tu toujours dans ta petite maison si laide et si incommode? Avec quelle impatience j'attends une lettre où tu me dises que tes voyages sont finis. Que je voudrais te voir ici dans ma chambre ! Je suis sûr que tu la trouverais fort belle avec son alcôve, ses deux grandes fenêtres et ses meubles en bon ordre. Je voudrais aussi que tu visses avec quelle symétrie j'ai range tous mes eftèts. Tu ne serais point mécontente non plus de mes hôtes qui ont l'air d'honnêtes marchands merciers.

J'ai revu ma tante qui a été enchantée de l'effet général de ma toilette. Elle m'a embrassé et m'a ensuite battu à grand coups de poings, disant qu'il était assez singulier que mon séjour en province auprès de toi m'eût plus valu que deux ans - propres râriminations. Elle m'a fait mille • rie. Elle s'inquiète beaucoup do

AMfôi L882 183

savoir si vous ne lui envoyez ni découpures, ni Heurs. Je lui réponds alors comme à toi ! « Nou^ verrons, dans ma malle. »

A propos, sais-tu que les enfants de la maréchale Ney n'iront point à l'École polytechnique? On leur demande un certificat de royalisme qu'ils ont refusé, et tout a été fini.

J'ai pris mes inscriptions le surlendemain de mon arrivée (le lendemain était un dimanche). J'ai les professeurs que je demandais. J'ai acheté deux livres de droit qui m'étaient indispensables; de son côté Bayardm'en a prêté. Je vais acheter du bois et je travaillerai dans ma chambre pendant les premiers mois de l'hiver.

J'ai parlé au petit Bertonnier de mon envie de vendre mes meubles. Il s'occupe de me trouver un acheteur. Ne sois pas inquiète, je me porte parfaitement. Je déjeune le matin a neuf heur. demie avec du pain et une tablette de chocolat ; le soir, à quatre et demie, je dine chez le restaurateur à seize francs les quinze cachets. Adieu. Quand je pense à toi, la vie ne me parait plus une peine. Je présente mes respects à mon père, je m'occupe de ses transcriptions aux bibliothèques.

Je continue mon œuvre du démon. Tout sera fini dans quinze jours.

Page 1