s'ayil de VA/]'ranchi
disputes el des scandales de coulisses et de journaux; el lu ne Tas pas non plus. Quel scrail le résultai? De faibles indemnités cl beaucoup de bruil jiour rien. Il faut une patience à toute épreuve, je l'ai, cl je te répèle que si tu as un vrai chagrin de ce relard, je suis prèle à me sacrilier. Sur ce je l'embrasse et je t'aime.
G. SAND
A GEORGE SAND
14 octobre 1869.
Chère maître,
Non! pas de sacrifices! tant pis! Si je ne regardais les affaires de Bouilhel comme miennes absolument j'aurais accepté tout de suite votre proposition. Mais : i° c'est mon affaire; 2° les morts ne doivent pas nuire aux vivants.
Mais j'en veux à ces messieurs, je ne vous le cache pas, de ne nous avoir rien dit du Lalour Saint-Ybars. Car ledit Lalour est reçu depuis longtemps. Pourquoi n'en savionsnous rien?
Bref, que Chilly m'écrive la lettre dont nous sommes convenus mercredi el qu'il n'en soil })lus question.
Il me semble que vous pouvez être jouée le 15 décembre, si Y A /franchi commence vers le 20 novembre. Deux mois el demi font environ cinquante représentations ; si vous les dépassez, Aïssé ne se présentera que l'année prochaine.
Donc, c'est convenu puisqu'on ne peut pas supprimer
Latoiir Saint-Ybars; vous passerez après lui, et Aïssé ensuite, si je le juge convenable.
Nous nous verrons samedi à l'enterrement du pauvre Sainte-Beuve. Comme la petite bande diminue! comme les rares naufragés du radeau de la Méduse disparaissent!
^lille tendresses.
■Q-.x A GUSTAVE FLAUBERT
Paris, 20 ou v'I octobre 18G0.
Impossible, clier \ieux chéri. Brébant est trop loin, j'ai si peu de temps. Et jtuis j'ai donné rendez-vous à Marchai et à Berton chez Magny pour les adieux. Si lu peux venir, je serai bien heureuse et pourtant si cela doit te rendre malade, ne viens pas, je sais bien que lu m'aimes je ne t'en voudrai de rien.
G. SAND
A GUSTAVE FLAUBERT. A CROISSET
Noliaut. 15 novembre 1860.
Qu'est-ce que tu deviens, mon vieux troubadour chéri? tu corrige tes épreuves comme un forçat, jus(ju'à la dernière minute? On annonce ton livre pour demain depuis deux jours. Je l'attends avec impatience, car tu ne vas pas
KT filSTAVE FLAIHERT 183
ni'oublier? On va le louer el l'ahimer: lu l'y allends. Tu as Irop (le vraie supériorité pour n'avoir j/as des envieux et lu t'en bals l'ieil. pas vrai? l'.t nini aussi pour toi. Tu es de force à être slimulé par ce qui abat les autres. 11 y aura du pétard, cerlainement; ton sujet va être tout à tail de circonstance en ce moment de IhUjimbards. Les lions progressistes, les vrais démocrates l'approuveront. Les idiols seront furieux, et tu diras : « Vogue la galère! »
Moi, je corrige aussi les épreuves de Pierre qui roule et je suis à la moitié dun roman nouveau qui ne fera pas grand bruit: c'est tout ce que je demande pour le quart d'beure. Je fais alternativement v)ou roman, celui qui me plaît el celui qui ne déplaît pas autant à la Reçue et qui me i)laît fort peu. C'est arrangé comme cela: je ne sais pas si je ne me trompe pas. Peul-étre ceux que je préfère sontils les jdus mauvais. Mais j'ai cessé de prendre souci de moi, si tant est que j'en aie jamais eu grand souci. La vie m'a toujours emportée hors de moi et elle m'em])ortera jusqu'à la fin. Le cœur est toujours \\v\s au détriment de la léte. A présent, ce sont les enfants qui mangent tout mon intellect; Aurore est un bijou, une nature devant laquelle je suis en admiration: ra durera-t-il comme ça?
Tu vas jtasser l'hiver à Paris, el, moi, je ne sais pas quand j'irai. Le succès du Bùlurd continue: mais je ne m'impatiente pas; lu as promis de venir dès que tu serais libre, à Noël, au jjIus lard, faire réveillon avec nous. Je ne pense qu'à ça, el, si lu nous manques de parole, ça sera un désespoir ici. Sur ce, je t'embrasse à [dein C(eur comme je l'aime.
G. SAXI).
i84 CORRESPONDANCE ENTRE GEORGE SAND
A GUSTAVE FLAU15ERT, A PARIS
IN'ohant, 30 novembre 1869.
Ciier ami de mon cœur,
J'ai voulu relire ton livre'; ma belle-fille l'a lu aussi, et quelques-uns de mes jeunes gens, tous lecteurs de bonne foi et de premier jet — et pas bêtes du tout. Nous sommes tous du même avis, que c'est un beau livre, de la force des meilleurs de Balzac et plus réel, c'est-à-dire plus fidèle à la vérité d'un bout à l'autre.
Il faut le grand art, la forme exquise et la sévérité de ton travail pour se passer des fleurs de la fantaisie. Tu jettes pourtant la poésie à pleines mains sur la peinture, que tes personnages la comprennent ou non. Rosanetle à Fontainebleau ne sait sur quelle berbe elle marcbe, et elle est poétique quand même.
Tout cela est d'un maître et ta place est bien conquise pour toujours. Vis donc tranquille autant que possible, pour durer longtemps et produire beaucoup.
J'ai vu deux bouts d'article qui ne m'ont pas eu l'air en révolte contre ton succès; mais je ne sais guère ce qui se passe; la politique me paraît absorber tout.
Tiens-moi au courant. Si on ne te rendait pas justice, je me fâcherais et je dirais ce que je pense. C'est mon droit.