‹ Correspondance entre George et Gustave FlaubertChapitre 36 sur 63 · V Éducation sentimenlale · texte numérisé non relu

V Éducation sentimenlale

Je ne sais au juste quaud, mais, dans le courant du mois, j'irai sans doute l'embrasser et te chercher, si je peux le déuiarrer de Paiis. Mes enfants y comptent toujours, et, tous, nous l'envoyons nos louanges et nos tendresses.

A toi, Ion vieux troubadour.

G. SAND

A GEORGE SAND

Chère bon maître.

Votre vieux troubadour esl fortement dénigré par les feuilles. Lisez le Constitutionnel de lundi dernier, le Gaulois de ce matin, c'est carré et net. On me traite de crétin et de canaille. L'article de Barbey d'Aurevilly {Constitutionnel) est, en ce genre, un modèle, et celui du bon Sarcey, quoique moins violent, ne lui cède en rien. Ces messieurs réclament au nom de la morale et de l'Idéal! J'ai eu aussi des éreinlements dans le Figaro et dans Pa7is, par Cesena et Durauly. Je m'en llche profondément! ce qui n'empêche pas (jue je suis étonné par tant de haine et de mauvaise foi.

La Tribune, le Pays et VOplnion nationale m'ont en revanche fort exalté... Quant aux amis, aux personnes qui ont reou un exemplaire orné de ma griffe, elles ont peur de se compromettre et on me parle de tout autre chose.

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Les braves sont rares. Le livre se vend néanmoins très Lien malgré la poliliijne, et Lévy m'a l'air content.

Je sais que les bourgeois de Rouen sont furieux contre moi, « à cause du père Roque et du cancan des Tuileries ». Ils trouvent qu"on devrait empêcher de publier des livres comme ça (textuel), que je donne la main aux Rouges, que je suis bien capable d'attiser les passions révolutionnaires, etc., etc.! Rref, je recueille, jusqu'à présent, très peu de lauriers, et aucune feuille de rose ne me blesse.

Je vous ai dit, n'est-ce pas, que je retravaillais la Féerie? (Je fais maintenant un tableau des courses et j'ai enlevé tout ce qui me semblait poncif). Raphaël Félix ne m'a pas .l'air empressé de la connaître. Problème!

Tous les journaux citent comme preuve de ma bassesse l'épisode de la Turque que l'on dénature, bien entendu, et Sarcey me compare au marquis de Sade, qu'il avoue n'avoir pas lu !...

Tout ça ne me dévisse nullement. Mais je me demande à quoi bon imprimer?

A GEORdE SAN'D

Mardi 4 heures, 7 déccmlire I8G9.

Chère Maître,

Votre vieux troubadour est trépigné et d'une façon inouïe. Les gens qui ont lu mon roman craignent de m'en parler, par peur de se compromettre ou par pitié pour

ET GUSTAVE FLAUlîERT 187

moi. Les plus indulgents Irouvent que je n'ai fait que des tableaux et que la composition, le dessin manquent absolument !

Saint-Victor, qui prune les livres d'Arsène Houssaye, ne veut pas faire <rarlicles sur le mien, le trouvant trop mauvais. Voilà. Théo est al)sent, et personne, absolument personne ne prend ma défense.

Autre histoire : hier Rapha d et .Michel Lévy ont entendu la lecture de la féerie. Applaudissements, enthousiasme. J'ai vu le moment où le traité allait être signé séance tenante. Raphaël a si bien compris la pièce, qu'il m'a lait deux ou trois critiques excellentes. Je l'ai trouvé, d'ailleurs, un charmant garçon. Il m'a demandé jusqu'à samedi pour me donner une réponse définitive. Puis, tout à l'heure, lettre (fort polie) dudit Raphaël où il me déclare que la féerie l'entraînerait à des dépenses trop considérables pour lui.

Enfoncé derechef. Il faut se tourner d'un autre côté. Rien de neuf à l'Odéon.

Sarceya republié un second article contre moi.

Rarbey d'Aurevilly prétend que je salis le ruisseau en m'y lavant (5/r). Tout cela ne me démonte nullement.

GXXXVII

Jeudi, lieux heures du matin, 0 décembre 1869.

.Mon camarade, c'est fait, l'article partira demain. Je l'adresse à.... qui? réponse par télégramme. J'ai envie de

renvoyer à Girardin. Mais peul-êlre as-lu une meilleure idée, je ne sais pas bien Timportance et le crédit des divers journaux. Envoie-moi un nom propre et Vadresse par télégramme; j'ai celle de Girardin.

Je ne suis pas bien contente de ma prose, j'ai la fièvre et une espèce d'entorse depuis deux jours. Mais il faut se hâter. Je t'embrasse.

G. SAND

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