‹ Correspondance entre George et Gustave FlaubertChapitre 51 sur 63 · Secrétaire de Sainte-Beuve · texte numérisé non relu

Secrétaire de Sainte-Beuve

ET GUSTAVE FLAUIJEHT 325

premier voyage à Paris, j'aviserai à te trouver un éditeur ou une revue; mais il faudrait en causer ensemble et me le lire. Pourquoi ne viendrais-tu pas chez nous au mois de septembre? J'y serai jusqu'à l'hiver.

Tu me demandes ce cpie je fais maintenant : j'ai fait, depuis Paris, un article sur Mademoiselle Flangcrgiies, qui paraîtra dans ÏOpinion nationale avec un travail de ladite ; un feuilleton pour le Temps sur Victor Hugo, Bouilhet, Leconte de Lisle et Pauline Viardot. Je désire (|ue tu sois content de ce que je dis de ton ami. J'ai fait un second conte fantastique pour la Revue des Deux Mondes, un conte pour les enfants. J'ai écrit une centaine de lettres, la plupart pour réparer les sottises ou alléger la misère des imbéciles de ma connaissance. La paresse est la lèpre de ce temps-ci, et la vie se passe à travailler pour ceux qui ne travaillent pas.

Je ne me plains pas, je me porte bien! Je plonge tous les jours dans l'Indre et dans sa cascade glacée mes soixante-huit ans et ma coqueluche. Quand je ne serai })lus utile et agréable aux autres, je désire m'en aller tranquillement sans dire ouf! ou, tout au moins, en ne disant que cela contre la pauvre espèce humaine, qui ne vaut pas grand'chose, mais dont je fais partie, ne valant peut-être pas grand'chose non plus.

Je t'aime et je t'embrasse. Ma famille t'en envoie autant, le bon Plauchut compris. Il vient courir avec nous.

Quand nous serons pour quelque >^ jours, quelque part, je te l'écrirai pour avoir de tes nouvelles.

G. S.VND.

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