CORHESPONDANCE ENTRE GEORGE SAND
autre, dans un corps qui reste identique à ce qu'il était? est un spectacle navrant. Oji se sent trahi! J'ai passé par là, et plus d'une fois.
Mais cependant, que)le idée avez-vous donc des femmes, ô vous qui êtes du Iroisième sexe? Est-ce qu'elles ne sont pas, comme a dit Proudhon, « la désolation du Juste »? Dep.uis quand peuveni-clles se passer de chimères? Après l'amour, la dévotion; c'est dans l'ordre. Dorine n'a plus d'hommes, elle prend le bon Dieu. Voilà tout.
Ils sont rares ceux qui n'ont pas besoin de surnaturel. La philosophie sera toujours le partage des aristocrates. Vous avez beau engraisser le bélafl humain, lui donner de la litière jusqu'au ventre et même dorer son écurie, il restera brute, quoi qu'on dise. Tout le progrès qu'on peut espérer, c'est de rendre la brute un peu moins méchante. Mais quant à hausser les idées de la masse, à lui donner une conception de Dieu plus large et partant moins humaine, j'en doute, j'en doute.
Je lis maintenant un honnête homme de livre (fait par un de mes amis, un magistrat) sur la Révolution dans le département de l'Eure. C'est plein de textes écrits par des bourgeois de l'époque, de simples particuliars de petite ville. Eh bien, je vous assure qu'il y en a peu maintenant de cette force-là! Ils étaient lettrés et braves, pleins de bon sens, d'idées et de générosité!
Le néo-catholicisme d'une part et le socialisme de l'autre ont abêti la France. Tout se meut entre l'Immaculée- Conception et les gamelles ouvrières.
Je vous ai dit que je ne flattais pas les démocrates dans mon bouquin. Mais je vous réponds que les conservateur
ne sont pas ménagés. J'écris maintenant trois pages sur les abominations de la garde nationale en juin 1848, qui me feront très bien voir des bourgeois! Je leur écrase Le nez dans leur turpitude, tant que je peux.
Avec tout ça, vous ne me donnez aucun détail sur Caclio. Quels sont les acteurs, etc. ?
Je me méfie de votre roman sur le théâtre. Vous les aimez trop, ces gens-là! En avez-vous beaucoup connu qui aiment leur art? Quelle quantité d'artistes qui ne sont que des bourgeois dévoyés !
Nous nous verrons donc d'ici à trois semaines, au plus tard. J'en suis très content et je vous embrasse.
Et la censure? J'espère bien pour vous qu'elle va faire des bêtises. D'ailleurs, ça m'affligerait si elle manquait à ses us.
Avez-vous lu ceci dans un journal : « Victor Hugo et Rocheforf, les plus grands écrivains de l'époque! » Si Badinguet maintenant ne se trouve pas vengé, c'est qu'il est bien difficile en supphces.
Le?, alctjons patinent sur l'eau, et sont communs [ar-
lout. Le nom est joli et assez connu.
Je t'embrasse.
Ton troubadour.
Paris, vendredi soir, 08 août ou 4 septembre 1868.
Au mois d'octobre oui, je tâcherai!
A GEORGE SAND
Samedi soir.
J'ai reçu vos deux billets, chère maître. Vous m'envoyez pour remplacer le mot « libellules » celui d' « alcyons », Georges Pouchet m'a indiqué celui de gerre des lacs (genre Gerris). Eh bien! ni l'un ni l'autre ne me convient, parce qu'ils ne font pas tout de suite image pour le lecteur ignorant.
Il faudrait donc décrire ladite bestiole? Mais ça ralentirait le mouvement ! ça empUrait tout le paysage ! Je mettrai « des insectes à grandes pattes », ou « de longs insectes ». ce sera clair et court.
Peu de livres m'ont plus empoigné que Cadio, et je partage entièrement l'admiration de Maxime '.
Je vous en aurais parlé plus tôt si ma mère et ma nièce ne m'avaient pris mon exemplaire. Enfin, ce soir, on me l'a rendu; il est là sur ma table et je le feuillette tout en vous écrivant.
Et d'abord, il me semble que ça doit avoir été comme ça! ça se voit, on y est et on palpite. Combien de gens ont dû ressembler à Sainl-GueUas, au comte de Sauvières, à