‹ Correspondance entre George Sand et Gustave FlaubertChapitre 40 sur 73 · CORRESPON/DANCE ENTRE GEORGE SANI · texte numérisé non relu

CORRESPON/DANCE ENTRE GEORGE SANI

A GEORGE SAND

Croisset, mercredi., 1870.

Je suis arrivé à Paris lundi et j'en suis reparti mercredi. Je connais maintenant le fond du Parisien et j'ai fait dans mon cœur des excuses aux plus féroces politiques de 1793. Maintenant, je les comprends! Quelle bêtise! quelle ignorance! quelle présomption! Mes compatriotes me donnent envie de vomir. Ils sont à mettre dans le même sac qu'Isidore !

Ce peuple mérite peut-être d'être châtié, et j'ai peur qu'il le soit.

Il m'est impossible de lire n'importe quoi, à plus forte raison d'écrire. Je passe mon temps comme tout le monde à attendre des nouvelles. Ah! si je n'avais pas ma mère, comme je serais déjà parti!

GLXXV

A GUSTAVE FLAUBERT, A CROISSET

Nohant, 15 août soir, 1870.

Je t'ai écrit à Paris, selon ton indication le 8. Tu n'y es donc pas? C'est probable : au milieu d'un tel désarroi, publier Bouilhet, un poète! ce n'est pas le moment. J'ai le cœur faible, moi; il y a toujours une femrce dans la peau

du vieux troubadour. Cette boucherie humaine met mon pauvre cœur en loques. Je tremble aussi pour tous mes enfants et amis qui vont peut-être se faire hacher. Et, au milieu de tout cela, pourtant mon âme se relève et a des élans de foi; ces leçons féroces, qu'il nous faut pour comprendre notre imbécilUté, doivent nous servir. Nous faisons peut-être notre dernier retour vers les errements du vieux monde. Il y a des principes nels et clairs pour tous aujourd'hui, qui doivent se dégager de cette tourmente. Rien n'est inutile dans l'ordre matériel de l'univers. L'ordre moral ne peut échapper à la loi. Le mal engendre le bien. Je te dis que nous sommes dans le deux fois moins de Pascal pour arriver au plus que jamais! C'est toute la mathématique que je comprends.

J'ai fini un roman au milieu de cette tourmente, me hâtant pour n'être pas brisée avant la un. Je suis lasse comme si je m'étais battue avec nos pauvres soldats.

Je t'embrasse. Dis-moi où lu es, ce que tu penses.

Nous t'aimons tous.

La belle Saint-Napoléon que voilà !

G. SAND

A GEORGE SAND

Samedi, 1870.

Chère maître,

Nous voilà au fond de l'abîme! Une paix honteuse ne sera peut-être pas acceptée! Les Prussiens veulent détruire Paris! C'est leur rêve.

Page 1