‹ Correspondance entre George Sand et Gustave FlaubertChapitre 42 sur 73 · CORUESPONDANCE ENTRE GEORGE SAND · texte numérisé non relu

CORUESPONDANCE ENTRE GEORGE SAND

pays, où, d'un jour à l'autre, on peut se rendre utile, bien qu'on ne sache guère encore par quel bout s'y prendre.

Nous sommes donc revenus chez les amis les plus proches de notre foyer abandonné, et nous attendons les événements. Dire tout ce qu'il y a de périlleux et de troublé dans rétablissement de la République au fond de nos provinces serait bien inutile. Il n'y a pas d'illusions à se faire : on joue le tout pour le tout, et la fin sera peutêtre Vorléanisme. Mais nous sommes tellement poussés dans l'imprévu, qu'il me semble puéril d'avoir des prévisions; l'affaire est d'échapper au plus prochain désastre.

Ne disons pas que c'est impossible, ne le croyons pas. Ne désespérons pas de la France. Elle subit une expiation de sa démence, elle renaîtra, quoi qu'il cH'rive. Nous serons peut-être emportés, nous autres. Mourir d'une fluxion de poitrine ou d'une balle, c'est toujours mourir. Mourons sans maudire notre race!

Nous t'aimons toujours, et tous nous t'embrassons.

G. SAND

A GUSTAVE FLAUBERT, A CROISSET

Nohant, 4 février 1871.

Tu ne reçois donc pas mes lettres? Écris-moi, je t'en prie, un seul mol : Je me portebien. Nous sommes si inquiets! A Paris, ils vont tous bien.

Nous t'embrassons.

G. SAND

Nohant, 2^ février 1871.

J'ai reçu la lettre du 15 ce matin; quelle épine cruelle elle m'ûte du cœur! On devient fou d'inquiétude à présent, quand on ne reçoit pas de réponse. Espérons que bientôt nous pourrons causer et nous raconter l'absence. J'ai eu aussi la chance de ne perdre aucun de mes amis jeunes et vieux. Voilà tout ce qu'on peut se dire de bon. Je ne regrette pas cette république-ci elle a été la plus ratée de toutes, la plus malheureuse à Paris, la plus inepte en province. D'ailleurs je l'aurais aimée que je ne regretterais rien, pourvu que cette odieuse guerre finisse! Nous t'aimons et nous t'embrassons tendrement. Je ne me hâterai pas d'aller à Paris il est pestilentiel pour quelque temps encore.

A toi

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