‹ Correspondance entre George Sand et Gustave FlaubertChapitre 56 sur 73 · CCXLVII · texte numérisé non relu

CCXLVII

A GEORGE SAND

12 décembre 1872.

Chère bon maître.

Ne prenez pas au sérieux les exagérations de mon ire. N'allez pas croire que je compte « sur la postérité pour me venger de l'indifférence de mes contemporains ». J'ai voulu dire seulement ceci : quand on ne s'adresse pas à la foule, il est juste que la foule ne vous paye pas. C'est de l'économie politique. Or, je maintiens qu'une œuvre d'art (digne de ce nom et faite avec conscience) est inappré-

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( iable, n'a pas de valeur commerciale, ue peut pas se payer. Conclusion : si Tarliste n'a pas de rentes, il doit crever de faim ! On trouve que l'écrivain, parce qu'il ne Reçoit plus de pension des grands, est bien plus libre, plus iioble. Toute sa noblesse sociale maintenant consiste à être l'égal d'un épicier. Quel progrès! Quant à moi, vous toe dites : « Soyons logiques » ; mais c'est là le difficile.

Je ne suis pas sûr du tout d'écrire de bonnes choses ni •que le livre que je rêve maintenant puisse être bien fait, ce qui n'empêche pas de l'entreprendre. Je crois que ridée en est originale, rien de plus. Et puis, comme j'espere cracher là dedans le fiel qui m'étouffe, c'est-à-dire émettre quelques vérités, j'espère par ce moyen me purger, et être ensuite plus olympien, qualité qui me manque absolument. Ah! comme je voudrais m'admiror!

Encore un deuil : j'ai conduit l'enterrement du père Pouchet lundi dernier. La vie de ce bonhomme a été très belle et je l'ai pleuré.

J'entre aujourd'hui dans ma cinquante-deuxième année, et je liens à vous embrasser aujourd'hui : c'est ce que je fais tendrement, puisque vous m aimez si bien.

CCXLYIII

Nohant, 8 janvier 1873.

Oui, oui, mon vieux, il faut venir me voir. Je ne pense pas aller à Paris avant la fin de l'hiver et on se voit si ma

à Paris. Apporle-moi Saint-Antoine, je veux renteudieje veux en vivre avec toi. Je veux l'embrasser de toute mon âme, et Maurice aussi.

Lina t'aime aussi, et nos petites ne t'ont pas oublié, je veux que tu voies comme mon Aurore est devenue intéressante et aimable. Je ne te dirai de moi rien de nouveau, je vis si peu en moi, ce sera une bonne condition pour que tu me parles de ce qui m'intéresse davantage, c'est-à-dire de toi. Préviens-moi pour que je t'évite Taffreuse patache de Châteauroux à Nohant. Si tu pouvais amener Tourgueneff, nous en serions heureux et tu aurais le plus délicieux compagnon de voyage. As-tu lu Pères et enfantst comme c'est bien!

Allons! je t'espère sérieusement cette fois, et je crois que notre air te fera du bien. Il fait si beau ici ! Ton vieux camarade qui t'aime,

G. SAND

Je t'embrasse six fois pour la bonne année.

A GEORGE SAND

Lundi soir, 3 février 18*;3.

Chère maître,

J'ai l'air de vous oublier et de ne pas vouloir faire le voyage de Nohant? Il n'en est rieni mais, depuis un mois, toutes les fois que je prends l'air, je suis re-empoigné par

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