‹ Correspondance entre George Sand et Gustave FlaubertChapitre 63 sur 73 · CORRESPO^DA^■CE ENTRE GEORGE SAND · texte numérisé non relu

CORRESPO^DA^■CE ENTRE GEORGE SAND

pas été agréable? A moi, extrêmement! mais la suite? Je suis encore assez jeune pour espérer que la prochaine Chambre nous amènera un changement en mieux. Cependant?

Ah saprelotte! comme j'ai envie de vous voir et de causer avec vous longuement ! Tout est mal arrangé dans ce monde. Pourquoi ne pas vivre avec ceux qu'on aime? L'abbaye de Thélème est un beau rêve, mais rien qu'un rêve.

Embrassez bien fort pour moi les chères petites et tout à vous.

R. p. CRUCHARD.

Plus cruchard que jamais. Je me sens bedoUe, vache, éreinlé, cheik, déliquescent, enfin calme et modéré, ce qui est le dernier terme de la décadence.

Kalt-Bad. Righi. Vendredi 3 juillet 1874.

Est-il vrai, chère maître, que la semaine dernière vous êtes venue à Paris? J'j^ passais pour aller, en Suisse et j'ai lu « dans une feuille » que vous avez été voir les Deux Orphelines^ fait une promenade au bois de Boulogne, dîné chez Magny, etc. ; ce qui prouve que, grâce à la hberté de la presse, on n'est pas maître de ses actions. D'où il résulte que le P. Cruchard vous garde rancune

pour ne l'avoir pas averti de votre présence dans la « nouvelle A-lhènes ». Il m'a semblé qu'on y était plus bête et plus plat que d'habitude. La politique en est arrivée au bavachement ! On m'a corné les oreilles avec le retour de l'Empire. Je n'y crois pas! Cependant?... Alors, il faudrait s'expatrier. Mais où et comment?

C'est pour une pièce que vous êtes venue? Je vous plains d'avoir alîaire à Duquesnel! Il m'a fait remettre le manuscrit du Sexe faible par l'intermédiaire de la direction des théâtres, sans un mot d'explication, et dans l'enveloppe ministérielle se trouvait une lettre d'un sous-chef, qui est un morceau! je vous la montrerai. C'est un chef-d'œuvre d'impertinence ! On n'écrit pas de cette façon-là à un gamin de Carpentras apportant un vaudeville au théâtre Beaumarchais.

C'est cette même pièce le Sexe faible qui, l'année dernière, avait enthousiasmé Carvalho! .Maintenant personne n'en veut plus, car Perrin trouve qu'il serait inconvenant de mettre sur la scène des Français « une nourrice et un berceau ». Ne sachant qu'en faire je l'ai portée au théâtre de Cluny.

Ah! que mon pauvre Bouilhet a bien fait de crever! Mais je trouve que l'Odéon pourrait marquer plus d'égards pour ses œuvres posthumes.

Sans croire à une conjuration d'Holbachique, je trouve aussi qu'on me trépigne un peu trop depuis quelque temps; et on est si indulgent pour certains autres.

L'Américain H...* m'a soutenu l'autre jour que Saint-

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