I.'iki le 15 f.-vtïer
.t'ai cherché à me consoler de votre absence prolongée par t'espoir d'aï hever une pins grande partie de mon travail pour votre arrivée, mais le mauvais temps m'est si contraire, qu'en dépit de mon inspiration et de mon ardeur je ne fais aucun progrès. I)cpnis huit jours, une forte toux me tourmente et m'alourdit la tête pour surcroît de malheur, mes maux (le nerfs ne me fais-sent point de repos. Afin de conserver ma fraîcheur d'inspiration, je ne songe même pas à Wallenstein je m'occupe d'un travail futur et d'idées générales. A yaiillu cet hiver de nombreuses relations de voyage, je n'ai pu m'empêcher d'examiner si la poésie ne pour-rait pas tirer parti de ces sortes de matières, et cet examen m'a fait de nouveau sentir toute la différence qui sépare la poésie épitpie de la poésie dramatique. H est certain qu'un découvreur de mondes ou un audacieux navigateur comme Cook pourrait devenir le sujet d'un poème épique, ou du moins en fournir la matière. Pour ma part, j'y trouve toutes les conditions du poème épique dont nous sommes déjà convenus entre nous ce qu'il y aurait de favorable surtout, c'est
ENTRE GfETIFE ET SCniltER.
que le moyen aurait toute la dignité et toute l'impor-tance du but, on pourrait même dire que la but n'exis-terait que par rapport au moyen. Avec un pareil sujet, il serait facile d'épuiser un certain cycle de l'humanité, ce qui, dans l'épopée, me parait essentiel, et le monde physique s'unirait au monde moral, de manière à for-mer un bel ensemble.
Mais lorsque je m'imagine de pareilles matières des-tinées à faire un drame, leur ampleur me gène autant qu'elle m'était favorable dans l'épopée1. Ce qu'il y a de physique n'est plus qu'un moyen pour amener la partie morale, et m'incommode par son importance et par see prétentions en un mot, toute la richesse de celte matière n'est plus qu'une occasion d'amener certaines situations qui mettent en jeu t'homme inté-rieur.
Je suis vraiment étonne qu'un pareil sujet ne vous ait pas encore (enté, car vous y trouveriez toutes prête* les choses les plus indispensable% et qu'on a tant de mat à ressembler, c'est-à-dire l'action personnelle et physique de t'homme, unie à la haute importance que l'art parvient si difficilement à lui donner. Lovaillant, dans son voyage en Afrique, est vraiment un caractère poétique et un homme puissant, parce que, avec toute la vigueur des fon-c» animales et toutes les ressources puisées immédiatement dans la nature, il sait se pro-- ♦ Schiller avait m en rffet la |ien«V <!<> composer un dvamo don» l'action M' semit jiass'V dans les Hc» de l'utitrc liéini*()liéro. On a Irmivi! ttens ses pairii-r» quH'iiiPs nnlc« nirirMisw » w sujet. Voynt les iriivirs |nwtlmi»i's iti> Schiller imhliï'os pur M. ffoflnuwtir. êid enrer tous tes avantages qu'ordinairement la civilisation seule peut accorder Adieu pour ce noir, il est déjà huit heures et on ne fait encore que m'appeler à diner. Sciin.u;n,
r.fETHR scniu.Kii.
Wi-imiif le. li (Vvtirr ¥l%.
Je suis désolé de vous savoir encore «ne fois malade; eVst la meule rhose affligeante qui m'arrive en CP moment, et c'est pour cela, sans doute, que j'y suis plus sensible.
Plus je retarderai mon séjour à Weimar, plus je serai libre, une fois parti aussi me fais-jc une véritable fête do cette excursion a léna.
Je suis parfaitement convaincu comme vous qu'un voyage, surtout du genre de ceux que vous me dosi-gnez, contient de très-beaux motifs épiques. Je ne me hasarderai cependant jamais » traiter un pareil sujet, car je n'ai pas vu moi-même les rentrées et les peuples qu'il s'agirait ile peindre, et je crois indispensable que le poète, dans un ouvrage de cette nature, s'identifie personnellement avec son sujet la lecture d'«ne rela-tion de voyages ne saurait ici remplacer l'expérience. Eu tout cas, on aurait à lutter contre l'Odyssée, qui s'est déjà emparée des motifs les plus intéressants, et il serait téméraire de hasaiiier le plus intéressant de 1 la invniiiTi- ii'latinii <Ir l.t'viill.uit, fvi/age dniu t' intérieur de f Afrique par lr cap de ftmw-E*fi(rmu; rtc, avait pini ou 1790 l<> second voyant' fia (mlilir eu iî'.û. \a\ \\m\\k\ww alli-inandR rsi <1i> celte inclue iinni-c.
ENTRF, G1KTHE ET SCHILLER.
iou», le trouble jeté dans une àmc fie femme par l'ar-rivée d'un étranger; que pourrait-on faire après Nau-- KÎcaa? Dans l'antiquité même, quelle distance entre Médée, Hélène, Didon, et la fille d'Alcinofts !a Narine de Levaillant, ou toute autre chose semblable, ne serait jamais qu'une parodie de ces magnifiques créations. Je reviens toutefois ù mon premier point une expé-rience personnelle pourrait encore fournir des situations fini ne manqueraient pas de charme mais cette expé-rience est indispensabK et voici pourquoi Si l'Oittjssà1 nous enchante, nous autres habitants du centre de l'Europe, ce n'est que sous le rapport moral, car notre imagination peut à peine en concevoir la partie descriptive mais lorsque j'ai lu à Naples et en Sicile les chants qui se passent dans ces pays, avec quoi r.idieux éclat le poome tout entier m'est apparu Figu-rez-vous nn tableau emhu sur lequel on vient de passer un vernis qui lui rend toutàcoiip la clarté et Ihannoiiic. .l'iivoite qu'alors YOdyxsée cessa d'être pour moi un poème, j'y voyais la nature elle-même, (l'est ainsi, au reste, que les anciens étaient forces de composer, puisque leurs wuvre» devaient être Inès en face de ta nufurc, Y n-l-il beaucoup de nos poèmes modernes qui supporteraient une lecture sur une place publique ou en plein champ' Tâchez de rétablir votre sauté et utilisez chaque mo-ment favorable. €o;îhe.
CORRESPORHANCE R
SCHILLER A Gff.THK
l^nn. In 37 février 179».
Ainsi le mois de février a passé sans vous avoir amené ici, et j'aurai bientôt traversé l'hiver partagé entre t attente et l'espérance. Maintenant j'entrevois h printemps avec bonheur et tes préparatifs pour l'em-bellissement de mon jardin m'occupent de !a manière la pins agréable. Une de ces améliorations sera surtout très-bienfaisante pour moi c'est une petite salle de bains que .je fais maçonner et disposer le plus propre-tnpnt et le plus gracieusement possible. Il y aura un étage au-dessus de cette stalle, d'où nous jouirons d'une ch.-irmante vue sur la vallée de la Leulra. Sur le c«H« opposé de la maison, h cabane qui y était appuyée a déjà été, l'automne dernier, convertie en une cuisine solidement construite. Vous trouvère/, donc bien des rhanjjements utiles faits à notre demenre d'été lors-i|iie vous viendrez, nous y voir. Puissions-nous déjà y être réunis r Mon travail avance insensiblement, je marche d'étape en étape, et déjà me voilà en plein dans le tourbillon fl«> l'action. Je suis content surtout d'être sorti d'une situation où il s'agissait île juger le crime de Wallen-slci» d'après la morale vulgaire, et de traiter poétique-ment, spirituellement, une matière anti-poétique et triviale, sans porter atteinte à la vérité morale. L'evé-eiilion me satisfait, et j'espère bien qu'elle satisfeivi aussi notre r.lter public si moral, quoique je n'aie pas fait un sermon de ta chose. A cette occasion, j'ai
F.STRK GŒTnB ET SCHILLER.
senti de nouveau tout ce qu'il y a de vide dans ce qu'on appelle la moralité, et combien le sujet est obligé de faire d'efforts pour maintenir l'objet à la hauteur poé-tique. ScHILLEn.